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Full text of "Traité de l'auscultation médiate, et des maladies des poumons et du coeur"

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THE 

ABNER WELLBORN CALHOUN 

MEDICAL LIBRARY 

1923 



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BOOK. 



PRESENTED BY 



TRAITÉ 



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l'auscultation 

MÉDIATE. 



A MONTPELLIER, chez SÉVALLE ci CASTEL 
A STRASBOURG, chez DERIVAUX. 



A Besançon, chez Bintot. 

( ^ e Bereeret. 

A Bordeaux (Ch.Lawalle. 

A Brest Le Pontois. 

A Caen . Manoury. 

A Dijon Lagier. 

Au Mans { J^T 

( Jresche. 

A Lyon \ Maire. 

I Ayne rils. 

A Marseille \ ^moin. 

A Rennes Duchesne. 

A Toulon Bellue. 



A Toulouse. 



( Senac. 
f Gimet. 



IMPRIMERIE D'Hiri'OLYTE TILLIARI) 

BUH SiJNTIIYACIKTHE-SilBI-aiCIlEL 50. 



TRAITE 

DE 

L AUSCULTATION 

MÉDIATE , 
ET DES MALADIES 
DES POUMONS ET DU CŒUR, 

ParR.-T.-H. laennec, 

Yn. 

Médecin de S. A. R. Madame la duchesse de Berry, Professeur au Colle'ge 
de France et à la Faculté de Me'decine de Paris , Membre de UAcadc'mie 
royale de Me'decine , Chevalier de la Le'/jion-d'Honneur, etc. 

Avec les Noies et Additions de M. M. LAENNEC , D. M. P , Ancien chef de Clinique à l'hôpital de 
la Charité, Associé correspondant de la Société académique de Nantes , etc. 

QUATRIEME EDITION, CONSIDERABLEMENT AUGMENTEE 

Par M* ÂNBRAXt, 

PROFESSEUR A LA FACULTÉ DE MÉDECINE DU PARIS, MEMBRE DE l'aCADÉMIB ROYALE DB MÉDECINE , 

MÉDECIN DE l'uOPITAL DE I.A f.IIAI.ITF, , MÉDF.C1N CONSULTANT DU SOI , CHEVALIER DE l'oBDBE ROYAL DB Là 

LÉGION-d'hONNEER , MEMBRE DB PLUSIEURS SOCIÉTÉS ETACADÉMIBS NATIONALES ET ÉTRANGÈRES. 

Me'yoc oè fJ.époç t^s té^vjjs tg Svvcwdcci axonsiv» 

Pouvoirexplorerestune grande partie de l'art, 
lîirr., Epid.iu. 

TOME TROISIÈME. 



9 
S. CHAUDE, LIRRAIRE-ÉDITE|UR, 

RUï: DU FOIN SAINT-JACQUES, N° 8. 

1857. 



DE L'AUSCULTATION 

MÉDIATE. 

TROISIÈME PARTIE. 

MALADIES DE L'APPAREIL CIRCULATOIRE. 



SECTION PREMIERE. 

EXPLORATION DES ORGANES DE LA CIRCULATION. 

Les affections du cœur pouvaient encore , à la fin du 
dernier siècle, être rangées au nombre des maladies les 
moins connues. Elles étaient regardées comme rares ; et 
malgré les travaux de Lancisi, de Morgagni et de Senac, 
le vulgaire des praticiens ne connaissait guère encore, il 
y a une trentaine d'années , que les polypes du cœur , 
maladie imaginaire dans le sens où ils l'entendaient , 
et les palpitations 3 qu'ils regardaient comme des affec- 
tions nerveuses. Les travaux des auteurs que nous ve- 
nons de citer, et ceux de Corvisart, ont fait connaître 
beaucoup de lésions organiques du cœur , mais ont jeté 
peu de lumières sur leurs signes (1) ; et dans l'état où ils 



(i) Cette phrase me paraît jeter utie trop grande défaveur 
sur les travaux de Coi visart et de ceux qui ont écrit sur les 
ni. T 



2 EXPLORATION DES ORGANES DE LA CIRCULATION. 

ont laissé la science ,, il n'était peut-être pas possible de 

distinguer constamment une de ces affections de l'autre. 

Les véritables signes des affections organiques du cœur 

se tirent encore de la percussion et surtout de l'auscul- 

maladies du cœur avant la découverte de l'auscultation. On ne 
saurait nier sans injustice que, dans le livre de Corvisart, 
sont établies des règles très sûres pour distinguer l'une de 
l'autre un certain nombre de lésions du cœur. J'ai fait mes 
premières études cliniques dans les hôpitaux, à une époque où 
l'on ne pratiquait point encore l'auscultation, et je puis af- 
firmer qu'alors on reconnaissait très bien, dans un grand nombre 
de cas, plusieurs affections organiques du cœur. Il y a lieu 
toutefois de s'étonner que Corvisart n'ait pas cherché à tirer un 
plus grand parti de la percussion, pour arriver au diagnostic 
des maladies du cœur ou de celles du péricarde; et l'on ne 
peut se refuser à admettre que , grâce aux renseignemens 
donnés à la fois et par l'auscultation et par la percussion , les 
maladies du cœur et celles de son enveloppe sont aujourd'hui 
bien mieux connues et bien plus sûrement distinguées les unes 
des autres que du temps de Corvisart. Les travaux de Laennec 
ont commencé à changer sous ce rapport la face de la science; 
et, depuis la publication de ses investigations immortelles ; 
d'autres recherches sont venues s'ajouter aux siennes, et en 
féconder les résultats. Tels sont les travaux de M. Piorry sur 
la percussion du cœur, de M. Louis sur la péricardite, de 
M. Corrigar et autres sur l'insuffisance des valvules , de 
MM. Rouannet, Marc d'Espine, Hope, Magendie, etc., sur 
la cause des bruits du cœur, de M. Bouiîlaud sur l'endocar- 
dite; de ce même professeur sur les bruits des artères et 
sur une foule d'autres points de la pathologie du cœur et de 
celle de son enveloppe, qu'il a éclairés de la lumière la plus 
vive et la plus inattendue. Cepeudant , malgré tant de la- 
borieuses rechercîies , l'histoire des maladies du cœur est loin 



EXPLORATION DES ORGANES DE LA CIRCULATION. 3 

tation ; et à l'aide des renseignemens précis que four- 
nissent ces signes purement physiques , quelques sym- 
ptômes ou accidens physiologiques nés du trouble des 
fonctions., et par eux-mêmes très vagues, peuvent quel- 
quefois acquérir un degré de certitude qu'ils n'avaient 
pas auparavant. 

L/application de la main , unique moyen d'exploration 
qui fut employé avant Avenbrugger, ne donne le plus 
souvent aucun résultat , et trompe fréquemment sur la 
force réelle d'impulsion du cœur. Elle indique moins 
bien que l'examen du pouls la régularité ou l'anomalie 
de ses contractions. Elle n'est réellement utile que dans 
un cas particulier , celui de l'existence du frémissement 
cataire, dont nous parlerons en son lieu. 

La percussion elle-même ne donne guère sur les ma- 
ladies du coeur que des signes confirmatifs et accessoires 
qui peuvent manquer souvent (i). 

d'être encore terminée : elle présente encore bien des doutes 
à éclaircir, bien des lacunes à remplir, et le moment n'est pas 
venu où leur diagnostic pourra être regardé comme aussi 
facile et aussi sûr que celui des maladies du poumon ; mais 
la voie continuelle de progrès dans laquelle on n'a cessé de 
marcher depuis Lancisi jusqu'à Laënnec, et depuis celui-ci 
jusqu'à M. Bouillaud, doit à cet égard, comme à beaucoup 
d'autres , nous donner foi en l'avenir. Andral. 

(i)Sans doute, dans beaucoup de cas, la percussion pratiquée 
sur la région précordiale ne nous éclaire en aucune façon sur 
les altérations que ïe cœur peut avoir subies : il en est ainsi 
lorsque le poumon s'avance au devant du cœur, de manière à 
le recouvrir tout entier ; en pareil cas la région précordiale 
peut rendre partout un son très clair, bien que le cœur ait 



4 EXPLORATION DES ORGANES DE LA CIRCULATION. 

Sous le rapport de FexpJoration , on doit distinguer 
deux régions précordiales , la droite et la gauche : la 
première comprend l'espace couvert par le tiers inférieur 
du sternum ; la seconde , celui qui correspond aux car- 
tilages des quatrième, cinquième, sixième et septième 
côtes sternales. 

La région précordiale droite rend naturellement un 

acquis des dimensions plus considérables qu'à l'état normal • 
cette disposition du poumon par rapport au cœur se rencontre 
assez souvent, par exemple, chez les individus atteints d'em- 
physème pulmonaire. Toutefois il est d'autres cas dans lesquels, 
au contraire , c'est la percussion seule qui nous donne le moyen 
de distinguer les unes des autres les palpitations purement 
nerveuses et celles qui dépendent d'une affection organique du 
cœur, et cela par l'étendue plus ou moins grande dans laquelle 
la re'gion du cœur et son voisinage donnent un son mat à la 
percussion. A la vérité on ne peut ainsi avoir la mesure que de 
la portion du cœur non recouverte par le poumon ; mais, 
comme le remarque M. Bouillaud, cette portion étant géné- 
ralement d'autant plus grande que le cœur est plus volumi- 
neux , l'espace occupé par le son mat peut, jusqu'à un certain 
point, être considéré comme la mesure du degré d'augmenta- 
tion ou de diminution du volume du cœur. 

Lorsque le cœur est sain , et lorsqu'il n'est ni plus ni moins 
recouvert par le poumon qu'il ne doit l'être , le son mat qu'il 
produit par sa présence se fait entendre dans l'espace d'un 
pouce et demi à deux pouces carrés. Cet espace devient moins 
considérable dans les cas où le poumon , soit sain , soit emphy- 
sémateux, s'avance au devant du cœur plus que de coutume* il 
augmente, au contraire, lorsque le cœur est devenu plus volu- 
mineux, soit que ses parois se soient hypertrophiées, soit que ses 
cavités aient subies un certain degré de dilatation. M. Piorrv 



EXPLORATION DES ORGANES DE LA CIRCULATION. 5 

son très clair. L'hypertrophie des ventricules, leur dila- 
tation , celle des oreillettes , une congestion sanguine 
énorme dans toutes les cavités du cœur, l'accumulation 
d'une quantité considérable de graisse autour de cet 
organe, et les épanchemens dans le péricarde ,, peuvent 
rendre ce son mat (i). 



à qui l'on doittant d'excellentes recherches sur les signes fournis 
par la percussion de la région précordiale, a en outre appelé 
particulièrement l'attention sur d'autres cas dans lesquels cette 
région rend un son mat dans une étendue plus grande que de 
coutume, sans qu'il y ait altération de la texture du cœur. Ces 
cas sont ceux où, sous l'influence de causes diverses, le cœur 
vient à se laisser distendre par une quantité de sang supérieure 
à celle qu'il doit ordinairement contenir : le son mat qui dé- 
pend d'une pareille cause présente cette circonstance remar- 
quable, qu'il augmente et diminue à plusieurs reprises, suivant 
les divers degrés de plénitude du cœur; ainsi une saignée peut 
le faire rapidement disparaître. Je n'ai jamais vu la matité 
produite par un cœur devenu plus volumineux s'étendre au- 
delà de six pouces carrés : il est assez commun qu'elle soit de 
quatre pouces. Je n'ai jamais vu non plus la matité due à une 
augmentation passagère ou permanente du volume du cœur 
se faire entendre jusque sur le sternum : j'ai toujours observé 
qu'elle s'arrêtait un peu avant l'union des cartilages costaux 
avec cet os. Il n'en est plus de même lorsque l'augmentation de 
matité dépend d'un épanchement dans le péricarde : celle là 
dépasse très souvent les cartilages costaux, et se fait entendre 
dans la moitié gauche du sternum. Ce sera là une remarque dont 
on pourra profiter, lorsqu'il s'agira de distinguer le son mat 
dû à une hydropéricarde lentement formée de celui qu'aurait 
produit l'augmentation de volume du cœur. Andral. 

(0 Les cas dans lesquels , par son augmentation de volume , 



6 EXPLORATION DES ORGANES DE LA CIRCULA** *' 

*me effet 
Les mêmes causes peuvent produire le m 3111 

dans la région précordiaie gauche : mais ici I e 5, k 

' ««*? iiaturel- 
rait moins concluant; car ccLte région reson»° 

lement assez peu chez la plupart des hommes, et pr 

point chez les sujets obèses, infiltrés ou même fortement 

Il est très rare que le son manque dans l'une et l'autre 
région à la hauteur des oreillettes. L'absence du son 
suppose, dans ces cas, une dilatation énorme et qui n'a 
guère lieu que par suite du rétrécissement de la valvule 
mitrale. 

Les contractions alternatives des ventricules et des 
oreillettes du cœur produisent des bruits très distincts et 
de nature différente, qui permettent d'étudier ses mou- 
vemens , par l'auscultation médiate , plus exactement 
qu'on ne peut le faire par l'ouverture et l'inspection des 
animaux vivans. Cette proposition , qui , au premier 
abord , présente peut-être quelque chose de paradoxal, 
paraîtra plus soutenable si l'on réfléchit que l'oreille juge 
beaucoup plus sûrement des intervalles les plus petits des 
sons et de leur durée la plus courte , que l'œil ne le peut 
faire des circonstances semblables du mouvement. Le 
musicien le moins exercé s'aperçoit d'une note omise au 
milieu de plusieurs doubles croches, fussent-elles cà l'u- 
nisson ; il apprécie facilement un point ajouté à la va- 
leur ou durée d'une d'elles, lors même que la prolonga- 
tion de durée n'est pas de plus d'un douzième de 



ie cœur produit un son mat dans le tiers inférieur du sternum 
sont au moins très rares; je renvoie à cet égard à ce que f \ 
dit dans la note précédente. Andra 



EXPLORATION DES ORGANES DE LA CIRCULATION. "] 

seconde (i) : l'œil ne trouverait aucune différence entre 
des mouvemens d'une rapidité semblable et un mouve- 
ment unique et continu. L'auscultation a d'ailleurs , 
pour l'observation des mouvemens du cœur , un avan- 
tage incontestable sur l'inspection , en ce que l'on n'est 
point obligé de défalquer les anomalies qui appartien- 
nent aux convulsions de l'agonie. 

Malgré cet avantage > on peut avouer encore avec 
Haller (2) que l'analyse des mouvemens du cœur est 
difficile,, et demande une grande attention. Plusieurs faits 
physiologiques surtout sont difficiles à constater ; mais 
les observations qui peuvent conduire à des résultats 
pratiques sont plus faciles à faire , et ne demandent 
qu'une force d'attention commune 3 les plus importantes 
même ne pourraient échapper à l'observateur le moins 
exercé et le moins capable d'application. 

Les mouvemens du cœur doivent être examinés sous 
quatre rapports principaux: i° l'étendue dans laquelle 
on peut les entendre à l'aide du stéthoscope ; i° le choc 
ou la force d'impulsion de l'organe ; 3° la nalure et l'in- 
tensilé du bruit qu'il fait entendre ; 4° enfin le rhythme 
suivant lequel ses diverses parties se contractent. 

Avant de commencer cette espèce d'analyse des bat- 



(1) Je suppose une mesure ^ remplie par deux croches 
pointées et deux doubles croches j un musicien exécutera 
quatre-vingt-dix mesures semblables en une minute dans le 
mouvement'dit allegro vivace, et par conséquent la valeur du 
point ne sera que de 77 de seconde ou de ;■— de minute. 

Note de fauteur. 

(1) Elem. physiol., 1. 1. 



8 ÉTENDUE DES BATTEMENS DU COEUR. 

temens du cœur , je dois faire une observation sur la- 
quelle j'aurai occasion de revenir plus d'une fois : c'est 
que le cœur est peut-être de tous les organes celui qui 
se trouve le plus rarement dans l'état le plus favorable 
au libre et plein exercice de toutes ses fonctions. Ses ma- 
ladies les plus graves sont des défauts de proportion ; et 
cependant une légère disproportion de cet organe avec 
les autres , ou de ses diverses parties entre elles , peut 
s'allier avec l'état de santé. 

CHAPITRE PREMIER. 

DE L'ÉTENDUE DES BATTEMENS DU COEUR. 

L'étendue des battemens du cœur doit être consi- 
dérée sous deux rapports, celui de la sensation première 
que fait éprouver à cet égard le stéthoscope appliqué à 
la région précordiale, et celui des points de la poitrine, 
autres que cette région , où Ton peut sentir ou entendre 
les battemens du cœur. 

Dans l'état naturel, le cœur , examiné entre les 
cartilages des cinquième et sixième côtes et au bas du 
sternum , produit à l'oreille une sensation telle, par ses 
mouvemens, qu'il paraît évidemment correspondre à 
une petite étendue des parois de la poitrine, et ne guère 
dépasser le point sur lequel est appliqué l'instrument, 
quelquefois même il semble couvert en entier par le 
stéthoscope, et situé profondément dans la cavité du 
médiastin , de manière qu'un espace vide se trouverait 
entre le sternum et lui : ses mouvemens , lors même 
qu'ils ont une certaine énergie , ne semblent comrnuni- 



ÉTENDUE DES BATTEMENS DU COEUR. 9 

quer aucun ébranlement aux parties voisines. Dans 
d'autres cas , au contraire , il paraît remplir entière- 
ment le médiastin inférieur, et s'étendre beaucoup plus 
loin que le lieu où le stéthoscope est appliqué : ses con- 
tractions, lors même qu'elles sont lentes et sans bruit , 
paraissent soulever dans une grande étendue les parois 
antérieures de la poitrine , ou refouler intérieurement 
ses viscères. En un mot, cette première sensation semble, 
à elle seule, indiquer un cœur plus ou moins volumi- 
neux; et, en général, cet indice est assez fidèle lors- 
qu'on examine le cœur dans un moment de calme 
produit seulement par le repos ; car si ce calme était 
l'effet d'une saignée , ou de l'immobilité , de la diète , 
et de l'affaiblissement dû à l'état de la maladie, on trou- 
verait dans les battemens du cœur moins d'étendue 
qu'ils n'en ont dans l'état ordinaire ; et , au contraire , 
si on faisait cet examen dans un moment d'agitation et 
de palpitation , ils paraîtraient plus étendus qu'ils ne le 
sont réellement. 

L'examen des divers points de la poitrine où l'on 
peut sentir les battemens du cœur fournit des données 
pratiques beaucoup plus nombreuses et plus impor- 
tantes. Chez un homme sain , d'un embonpoint mé- 
diocre, et dont le cœur est dans les meilleures propor- 
tions , les battemens de cet organe ne se font entendre 
que dans les régions précordiales , c'est-à-dire dans 
l'espace compris entre les cartilages des quatrième et 
septième côtes sternales gauches et sous la partie infé- 
rieure du sternum. Lesmouvemens des cavités gauches 
se font principalement sentir dans le premier point, et 
ceux des droites dans le second ; de sorte que, dans les 



ÎO ÉTENDUE DES BATTEMENS DU COEUR. 

cas de maladie d'un seul côté du cœur, l'analyse des 
battemens de ce viscère donne des résultats tout -à-fait 
différens dans les deux points. - 

Lorsque le slernum est court, les battemens du cœur 
se font en outre entendre dans l'épigastre. 

Chez les sujets très gras , et chez lesquels on ne peut 
nullement sentir les battemens du cœur à la main , 
l'espace dans lequel on peut les entendre à l'aide du 
stéthoscope est quelquefois restreint à une surface d'en- 
viron un pouce carré. 

Chez les sujets maigres, chez ceux dont la poitrine 
est étroite , et même chez les enfans , les battemens du 
cœur ont toujours plus d'étendue ; on les entend dans 
le tiers ou même les trois quarts inférieurs du sternum, 
quelquefois même sous la totalité de cet os , à la partie 
antérieure supérieure gauche de la poitrine jusqu'à la 
clavicule, et souvent, quoique moins sensiblement, 
sous la clavicule droite (i). 

Quand rétendue des battemens du cœur se borne là 
chez les sujets qui réunissent les conditions indiquées, 



(i) Je pense qu'il est beaucoup plus commun que ne l'in- 
dique ici Laënnec, d'entendre les battemens du cœur dans 
toute l'étendue du sternum , tout le long des cartilages costaux 
du côté droit, et jusque sous la clavicule droite. Il n'est pas 
besoin pour cela que les individus qu'on observe soient des 
enfans , qu'ils soient maigres , ou qulls aient la poitrine étroite; 
et il est si ordinaire, même, avec toutes les conditions possibles 
de santé, de percevoir les pulsations du cœur dan? le côté droit 
antérieur de la poitrine, qu'on ne saurait considérer cette cir- 
constance comme indiquant un état pathologique. 

Andral. 



ÉTENDUE DES BATTEMENS DU COEUR. H 

et que les battemens du cœur sont beaucoup moins sen- 
sibles sous les clavicules qu'à la région précordiale , le 
cœur est dans de bonnes proportions. 

Lorsque l'étendue des battemens du cœur devient 
plus considérable , on les entend successivement dans 
les lieux suivans : i° le côté gauche de la ^poitrine , de- 
puis l'aisselle jusqu'à la région correspondant à Festo- 
mac ; i° le côté droit dans la même étendue; 3° la partie 
postérieure gauche de la poitrine ; 4° en fi n * ma i s rare- 
ment, la partie postérieure droite. L'intensité du son 
est progressivement moindre dans la succession indi- 
quée : ainsi elle est moindre sous la clavicule droite 
que sous la gauche , et un peu moindre encore dans le 
côté gauche; les battemens du cœur sont encore moins 
sensibles au côté droit, et enfin il faut toujours beau- 
coup d'attention pour les entendre dans le dos , surtout 
à droite. 

Cette marche successive m'a paru constante, et peut 
servir de terme de comparaison pour mesurer l'étendue 
des battemens du cœur. Ainsi, lorsqu'en appliquant le 
stéthoscope sur le côté droit , on entend les battemens 
du cœur, on peut assurer qu'on les entendra également 
dans toute la longueur du sternum , sous les deux clavi- 
cules, et dans le côté gauche de la poitrine, mais on ne 
peut savoir s'ils seront sensibles dans le dos. Si on les 
entend du côté droit dans cette dernière partie^ on peut 
être certain qu'ils sont sensibles et beaucoup plus forts 
dans tout le reste de l'étendue de la poitrine. 

Plusieurs circonstances étrangères à l'état du cœur 
peuvent cependant apporter quelque changement ap- 
parent à cet ordre, ou augmenter l'étendue des batte- 



12 ÉTENDUE DES BÀTTEMENS DU COEUR. 

mens du cœur. Nous avons déjà parlé de la maigreur et 
de l'étroitesse de la poitrine. Chez les enfans en bas 
âge, et chez tous ceux qui ont les os grêles et la poi- 
trine étroite et décharnée , le cœur s'entend dans toute 
l'étendue des parois de cette cavité ; mais il faut remar- 
quer que, dans l'enfance, le cœur a, proportion gardée, 
plus de volume que dans l'âge adulte , et que ses ca- 
vités sont plus amples , eu égard à l'épaisseur de leurs 
parois. Un poumon hépatisé, ou fortement comprimé 
par un épanchement séreux ou séro-purulent, transmet 
les battemens du cœur avec plus de force que celui qui 
est sain et perméable à l'air. Ce fait semble rentrer dans 
l'analogie générale, puisque l'on admet communément 
que les corps plus denses sont ceux qui transmettent 
le mieux les sons. Mais les cavités anfractueuses dues 
au ramollissement des tubercules m'ont paru aussi pro- 
duire constamment le même effet j ce qui devient plus 
difficile à expliquer^ à moins que l'on ne suppose que, 
dans ce cas , le son est transmis, non à travers les exca- 
vations , mais par l'intermédiaire de leurs parois engor- 
gées et plus denses qu'un poumon sain. Quoi qu'il en 
soit, ces divers accidens rendent quelquefois irrégu- 
lière la propagation du son produit par les battemens 
du cœur : ainsi , s'il y a des excavations tuberculeuses 
dans le sommet du poumon droit, les battemens du 
cœur s'entendront mieux sous la clavicule et l'aisselle 
droites que du côté gauche , et quelquefois même qu'à 
la région du cœur (i). 



(i) 11 m'a paru, en général, que les excavations tubercu- 
leuses du poumon et le pneumo-thorax transmettent plutôt 



ÉTENDUE DES BATTEMENS DU COEUR. l3 

Lorsque le bruit de la respiration ou celui du râle 
sont très forts , il arrive quelquefois que les battemens 
du cœur sont sensibles sur les parties latérales de la 
poitrine et même dans le dos , quoiqu'ils ne le soient 
pas sous les clavicules , où ils sont tout-à-fait couverts 
par un bruit étranger. 

On demandera peut-être si , dans cet examen de ré- 
tendue des battemens du cœur , il ne serait pas possible 
de confondre les battemens de l'aorte et des artères sous- 
clavières avec ceux du cœur. Cette méprise est impos- 
sible, comme nous le montrerons en parlant durhythme 
des battemens de cet organe. Dans tous les états possi- 
bles , le cœur donne toujours à l'oreille deux battemens 
distincts pour un du pouls. Je remarquerai d'ailleurs 
que , sur des milliers de sujets sains ou malades que j'ai 
examinés , je n'en ai trouvé que trois ou quatre chez 
chez lesquels on entendît les sous-clavières ( hors le 
cas de bruit de soufflet ) _, sans doute à raison d'une 
variété dans la position de ces artères. On ne distingue 
également à leurs pulsations simples l'aorte et l'artère 
innominée , que dans les cas d'anévrysme , de bruit de 
soufflet, ou dans celui à' impulsion augmentée, dont il 
sera parlé plus bas. 

Lorsque l'étendue des battemens du cœur passe les 
limites indiquées ci-dessus ( pag. 9) , il est rare que le 
sujet jouisse d'une santé parfaite; dans ce cas même, en 

le bruit que l'impulsion du cœur, et que l'endurcissement du 
poumon par la péripneumonie ou sa compression par un épan- 
chement liquide favorise plutôt la propagation de l'impulsion 
que la transmission du bruit. Note de V auteur. 



l4 ÉTENDUE DES BÀTTEMENS DU COEUR. 

l'examinant attentivement , on trouvera chez lui Jdes 
indices de la cachexie propre à quelques maladies du 
cœur ; on verra que . sil n'est pas sujet à une dyspnée 
qu'on puisse appeler morbide y il a au moins la respira- 
tion plus courte que la plupart des hommes, qu'il s'es- 
souffle plus facilement ; qu'il éprouve des palpitations 
pour des causes beaucoup plus légères. Cet état cepen- 
dant , qui est celui d'un grand nombre & asthmatiques, 
peut durer très longtemps sans occasioner d'accident 
d'une nature sérieuse ; il peut rester au même point 
pendant un grand nombre d'années, et il n'empêche pas 
toujours d'arriver à une vieillesse avancée. 

Relativement aux rapports qui existent entre Fétat 
du cœur lui-même et l'étendue de ses battemens 9 je 
crois pouvoir regarder comme constant que l'étendue 
des battemens du cœur est en raison directe de la fai- 
blesse et du peu d'épaisseur de ses parois 3 et par consé- 
quent en raison inverse de leur force et de leur épaisseur. 
On doit ajouter que le volume de l'organe est encore 
une condition favorable à l'étendue de ses battemens , 
mais seulement quand cette augmentation de volume 
ne dépend pas uniquement de l'épaississementdes parois 
des ventricules. 

Ces résultats sont ceux que m'ont donnés toutes les 
ouvertures que j'ai faites depuis dix ans • et_, dans le 
même espace de temps, je n'ai rencontré aucun fai£ 
propre à les faire regarder comme douteux. 

Ainsi, lorsque les battemens du cœur se font entendre 
dans presque tous les points indiqués ci-dessus % on 
peut déjà présumer , d'après ce seul signe que le cœur 
est plus volumineux que dans l'état naturel , que celte 



ÉTENDUE DES BATTEMENS DU COEUR. l5 

augmentation de "volume est due à la dilatation de 
l'un des ventricules ou des deux ventricules à la fois. 
Cette présomption sera plus forte encore si les batte^ 
mens du cœur s'entendent avec autant ou plus de force 
sous les clavicules ou sous les aisselles qu'à la région 
précordiale. La réunion des autres signes qui seront 
indiqués plus bas rendra ce diagnostic plus certain , 
et montrera d'une manière plus précise le lieu, l'étendue 
et la nature de l'altération : car je suis loin de prétendre 
que Ton doive juger d'après un seul signe; j'estime 
seulement la valeur de chacun d'eux ; il n'est pas néces- 
saire de dire qu'ils en ont beaucoup plus quand ils sont 
réunis , et que la plupart d'entre eux sont perçus à la 
fois. L'exposition des signes propres à chacune des ma- 
ladies du cœur rectifiera d'ailleurs ce qui pourrait être 
exprimé d'une manière trop absolue dans cette analyse. 

Si les battemens du cœur ne s'entendent ni dans le dos 
ni au côté droit , mais seulement dans les autres points 
indiqués, et si cependant ils s'entendent avec une force à 
peu près égale sous les clavicules, sous le sternum , à la 
région précordiale , au côté gauche , on conclura, d'a- 
près l'ensemble des autres signes, que les ventricules 
sont médiocrement dilatés, ou que le cœur a naturelle- 
ment des parois minces. 

Quand, au contraire,, les battemens du cœur, très 
forts dans la région précordialc, sont nuls ou peu sen- 
sibles sous les clavicules , et par conséquent dans le reste 
de l'étendue de la poitrine ,, si le sujet éprouve d'ailleurs 
des signes généraux de maladie du cœur, on peut as- 
surer que cette maladie estime hypertrophie des ventri- 
cuUs : les signes particuliers indiquent quel est le ven- 



l6 ÉTENDUE DES BÀTTEMENS DU COEUR. 

tricule affecté. Si le sujet n'a jamais éprouvé de trouble 
marqué dans les fonctions des organes circulatoires, on 
peut être certain que les parois du ventricule gauche 
ont une épaisseur et une fermeté très prononcées , quoi- 
qu'elles ne le soient pas assez pour constater un état de 
maladie. 

On peut donc conclure, en général, que l'étendue des 
battemens du cœur est un des signes qui indiquent que 
ses parois, et particulièrement celles des ventricules, 
ont peu d'épaisseur; et qu'au contraire , le peu d'éten- 
due des battemens du cœur coïncide avec une épaisseur 
plus ou moins prononcée de ses parois. 

Quelques causes accidentelles peuvent augmenter mo- 
mentanément rétendue des battemens du cœur. Ces 
causes sont surtout l'agitation nerveuse , la fièvre portée 
à un certain degré d'intensité, les palpitations , l'hémo- 
ptysie, et en général tout ce qui augmente la fréquence 
du pouls. 

Cette manière d'apprécier l'étendue des battemens du 
cœur par le nombre et la situation des points où l'on 
peut les entendre me paraît sûre et d'une utilité prati- 
que : la gradation que j'ai indiquée est constante, hors 
les cas d'exception dont j'ai parlé {V. ci- dessus, pag. 1 2). 
Une ou deux fois seulement j'ai entendu les battemens 
du cœur plus distinctement dans la partie gauche du dos 
que dans le côté droit de la poitrine , sans pouvoir me 
rendre raison de cette anomalie par l'existence probable 
d'excavations anfractueuses dans les poumons. La rareté 
de ce fait doit , ce me semble , le faire regarder comme 
une exception due à quelques circonstances analogues, 
et peut-être à une variété de capacité ou de position des 



IMPULSION DES bATTEMEKS DU COEUR. 17 

gros tuyaux bronchiques. Dans les cas où les battemens 
des oreillettes s'entendent peu dans les régions précor- 
diales , ils s'entendent ordinairement mieux en posant le 
stéthoscope un peu plus haut ou même sous les clavi- 
cules , et quelquefois dans le dos. 

Sous le rapport de l'examen de l'étendue des batte- 
mens du cœur , l'auscultation à l'aide du stéthoscope a 
un avantage marqué sur l'oreille nue, qu'on ne pourrait 
appliquer sous l'aisselle , ni même au-dessous des clavi- 
cules, ou entre les omoplates chez les sujets très maigres. 

CHAPITRE II. 

DU CHOC OU DE i/lMPULSION COMMUNIQUÉE A L'OREILLE 
PAR LES BATTEMENS DU COEUR. 

J'entends par choc la sensation de soulèvement ou de 
percussion que font éprouver les battemens du cœur à 
l'oreille de l'observateur. 

Le stéthoscope rend ce soulèvement sensible dans les 
cas même où la main, appliquée à la région du cœur, ne 
sent absolument rien. L'application de la main serait 
même un moyen très infidèle de juger de la force de 
percussion réelle du cœur ; car souvent cette force paraît 
très grande à la main chez les sujets grêles, et dans un 
moment d'agitation surtout, tandis que le stéthoscope 
montre très peu de force réelle d'impulsion. 

Il faut prendre garde de confondre avec l'impulsion 
du cœur le soulèvement des parois thoraciques qui a 
lieu dans l'inspiration. Cette méprise serait assez facile 
dans les cas où la respiration est extrêmement fréquente 

III. 2 



lB IMPULSION DES BATTEMENS DU COEUR. 

et courte , et ne se fait qu'avec de grands efforts, comme 
il arrive dans l'agonie de presque toutes les maladies, et 
dans le redoublement de celles dont la dyspnée est le 
principal caractère. Au reste , il suffit, pour éviter cette 
erreur, d'être averti qu'elle est possible. 

L'intensité du choc communiqué à l'oreille par le 
stéthoscope est, en général, en raison inverse de l'éten- 
due des battemens du cœur, et en raison directe de 
l'épaisseur des parois des ventricules. 

Chez un homme dont le cœur est dans les proportions 
les plus favorables au libre exercice de la circulation , 
cette impulsion est très peu marquée , et souvent même 
insensible ,, surtout si le sujet a un embonpoint un peu 
considérable. 

La marche rapide, la course, l'action de monter, 
l'agitation nerveuse, les palpitations,, la fièvre, l'aug- 
mentent ordinairement chez les sujets dont le cœur a 
des parois un peu épaisses, et à plus forte raison chez 
ceux où cette disposition est portée au point de con- 
stituer une hypertrophie. Dans cette maladie, l'impul- 
sion est ordinairement assez forte pour soulever la tête 
de l'observateur d'une manière très sensible , et quel- 
quefois elle l'est assez pour produire un choc désagréable 
à l'oreille. Plus l'hypertrophie est intense, et plus ce 
soulèvement met de temps à s'opérer. Quand la ma- 
ladie est portée à un haut degré, on sent évidem- 
ment qu'il se fait avec une progression graduée; il 
semble que le cœur se gonflant vienne s'appliquer aux 
parois de la poitrine ,, d'abord par un seul point, puis 
par toute sa surface, et qu'il s'affaisse ensuite tout- 
à-coup. Lorsque le cœur est mince , les mêmes causes 



IMPULSION DES BATTEMENS DU COEUR. 19 

produisent un effet différent , comme nous le verrons 
ailleurs. 

L'impulsion du cœur n'est sentie que dans le moment 
de la systole des ventricules ; ou , si la contraction des 
oreillettes produit, dans quelques cas rares, un phéno- 
mène analogue, il est facile de le distinguer du premier. 
En effet , lorsque la systole des oreillettes est accompa- 
gnée d'un mouvement sensible , ce mouvement est 
beaucoup plus profond ; il semble même que, dans ce 
cas, le cœur s'éloigne de l'oreille. Le plus souvent ce 
mouvement consiste seulement en une sorte de frémis- 
sement que l'on sent profondément dans le médiastin. 
Dans tous les cas , il est très peu marqué , en comparai- 
son de la sensation de soulèvement que produit la con- 
traction des ventricules lorsque leurs parois ont une 
bonne épaisseur : ce signe est même un de ceux auxquels 
on peut le plus facilement distinguer la systole des ven- 
tricules de celle des oreillettes. 

Lorsque les parois du cœur sont plus minces que dans 
l'état ordinaire , on ne sent aucune impulsion,, même 
lorsque le cœur bat avec le plus de violence, et ses con- 
tractions alternatives ne se font alors distinguer que par 
le bruit qu'elles produisent. 

Une impression forte doit, en conséquence, être 
regardée comme le principal signe de l'hypertrophie du 
cœur. L'absence de toute impulsion, jointe aux autres 
signes généraux et particuliers, caractérise, au contraire, 
la dilatation de cet organe. 

Ce résultat me paraît tout-à-fait constant : au moins 
je n'ai vu encore aucun cas d'exception ; et ii est établi 
sur un nombre de faits aujourd'hui très considérable. 



20 IMPULSION DES BA.TTEMENS DU COEUR. 

Depuis le commencement de mes recherches , j' ai eu 
habituellement le soin de déterminer l'état des batte- 
mens du cœur chez tons les malades existans dans les 
hôpitaux dont le soin m'a été confié, et l'autopsie na 
pas encore démenti la règle établie ci- dessus. 

L'impulsion du cœur n'est ordinairement sensible 
qu'à la région précordiale, et tout au plus dans la 
moitié inférieure du sternum. Elle l'est dans l'épigastre, 
chez les sujets dont le sternum est court et dont le cœur 
a une grande force d'impulsion. Dans l'hypertrophie 
même, on ne la sent nulle autre part, lors même que les 
battemens du cœur se font entendre dans quelque autre 
point , ce qui est rare , comme nous l'avons dit. Mais, 
quand à l'hypertrophie se joint un certain degré de 
dilatation, on sent quelquefois distinctement l'impul- 
sion sous les clavicules et dans le col é gauche du thorax, 
quelquefois même un peu dans le dos. 

Il est un cas dans lequel on peut distinguer en quel- 
que manière le choc produit par les battemens du cœur 
contre les parois thoraciques , de l'impulsion qu'ils 
communiquent à l'oreille : c'est surtout encore chez 
les sujets attaqués à la fois d'hypertrophie et de dilata- 
tion des ventricules , mais chez lesquels cette dernière 
affection existe à un degré plus marqué que la première. 
Quoique, chez ces sujets, le choc du cœur soit ordi- 
nairement peu considérable, il devient très marqué 
dans les momens de palpitation, surtout s'il y a en même 
temps de la fièvre. Ce choc a cependant un caractère 
très différent de celui qui est produit par l'hypertrophie 
simple : les battemens rapides du cœur sont forts durs 
et produisent un bruit analogue à un coup de marteau - 



IMPULSION DES BÀTTEMENS DU COEUR. SI 

mais ce coup semble frapper un petit espace ; il s'e'pnise 
en quelque sorte sur les parois thoraciques , et ne com- 
munique pas à l'oreille un soulèvement proportionné à 
sa force ; il diffère , en un mot , de l'impulsion déter- 
minée par une forte hypertrophie , en ce que , dans 
cette dernière, les ventricules^ gonflés, semblent s'adosser 
dans toute leur longueur aux parois thoraciques , qui 
cèdent à l'effort ; tandis que , dans le premier cas,, la 
pointe seule du cœur paraît frapper ces parois d'un coup 
sec et capable seulement d'y produire une sorte d'ébran- 
lement plutôt qu'un soulèvement réel. Le même phé- 
nomène a également lieu dans les palpitations purement 
nerveuses, mais à un moindre degré (i). 



(1) La force des batt.emens du cœur se traduit par celle du choc 
qui a lieu contre les parois thoraciques, à chaque systole des 
ventricules j mais de plus, sauf les cas où un obstacle quelcon- 
que s'oppose au libre passage du sang à travers l'orifice aortique, 
le pouls représente, par ses qualités diverses, les différens 
degrés d'énergie des contractions du ventricule gauche. Or, 
avec nos moyens actuels d'investigation, on ne peut estimer que 
d'une manière vague et insuffisante les nombreuses variétés que 
le pouls çst susceptible d'offrir sous le rapport de sa force : il 
serait important que l'on pût trouver un moyen qui permît de 
la calculer aussi rigoureusement que la montre à secondes 
permet de calculer sa fréquence. C'est dans ce but que le 
docteur Hérisson a proposé aux médecins d'adopter , dans 
leurs observations journalières, l'usage d'un instrument qu'en 
raison de sa destination il a appelé sphygmomètre. Cet ins- 
trument consiste en un tube de verre gradué, que termine infé- 
rieurement une sorte de réservoir rempli de mercure et fermé 
par une mince peau de baudruche : en exerçant sur celle-ci une 



2 2 IMPULSION DES BATTEMhJSS DU COEUR. 

Les évacuations sanguines , la diarrhée , la diète très 
révère et longtemps continuée , et en général toutes les 
causes capables de produire l'affaiblissement de l'éco- 
nomie, diminuent d'une manière notable l'impulsion du 



pression même légère, on fait sur-le-champ monter le mercure 
dans le tube, à une hauteur qui varie suivant le degré de pres- 
sion exercée. Supposez maintenant que l'on applique sur l'artère 
radiale la peau de baudruche : on verra , suivant la force du 
pouls, qui représente le plus souvent celle du cœur, et suivant 
le mode de succession des pulsations artérielles , on verra, 
dis-je , la colonne mercurielle s'élever plus ou moins dans le 
tube; on la verra présenter un mouvement d'ascension, lent 
ou rapide, égal ou inégal , et tout cela pourra être exacte- 
ment mesuré. 

C'est sans doute une heureuse et ingénieuse idée que d'avoir 
cherché à remplacer les résultats du simple toucher, souvent 
incertains, et aussi variables en quelque sorte que la manière 
de sentir de chaque observateur , par un instrument qui 
mesure et soumette au calcul les différens degrés de force et 
d'impulsion des artères, et par conséquent, du cœur : mais, il 
fautie dire, le sphygmomètre, tel que M. Hérisson l'a construit, 
attend encore, pour être d'une utilité réelle, de grands perfec- 
tiounemens, auxquels il ne faut pas désespérer de parvenir. 

Quoi qu'il en soit, dans un Mémoire qu'il a lu à l'Académie 
royale de Médecine, le docteur Hérisson a annoncé qu'à l'aide 
du sphygmomètre on pourrait , en évaluant plus sûrement la 
force du pouls, déterminer plus rigoureusement les cas où la 
saignée pourrait être pratiquée avec le plus d'avantage; il 
prétend aussi que son instrument pourra être d'un grand se- 
cours pour reconnaître les maladies organiques du cœur, et en 
diagnostiquer les différentes espèces. Il ne craint pas d'ajouter 
qu'il est des cas dans lesquels le sphygmomètre pourra fournir 



IMPULSION DES BATTEMENS DU COEUR. 23 

cœur ; et , par conséquent , lorsqu'on voit pour la pre- 
mière fois un malade dans le cours d'une maladie aiguë 
ou chronique qui a déjà produit une grande diminution 
des forces, le stéthoscope pourrait ne pas indiquer l'hy- 
pertrophie des ventricules, dont le malade serait atteint 
à un degré médiocre (1). 

sur le véritable état du cœur des rensei{;nemens plus sûrs que 
ceux que serait capable de donner le stéthoscope. 

Voici, du reste, les caractères sphvgmométriques qu'indique 
M. Hérisson dans son Mémoire, et qu'il dit avoir toujours ob- 
servés chez les individus qui étaient atteints d'hypertrophie 
du cœur, sans rétrécissement ou avec rétrécissement des orifices 
de cet organe : 

I. Hypertrophie sans rétrécissement : 

i° Avec épaississement des parois et diminution de la opacité 
ventriculaire gauche : impulsion brusque , résistance ar- 
térielle très forte. 

2° Avec épaississement des parois et augmentatiou de la capa- 
cité ventriculaire gauche : impulsion très forte, inégalité 
marquée , résistance très grande. 

II . Hyp ertrop h ie avec rétrécis sem eut au ricu lo-ven tri eu laire 
droit , ou rétrécissement ventriculo-pidmon aire : pouls irrégu- 
lier, inégal, intermittent ; la colonnede mercure hésite avant de 
s'élever; et, quand elle est partie, elle ne redescend point toujours 
jusqu'à son point de départ, o\\ n'y redescend qu'en deux temps. 

III. Hypertrophie avec rétrécissement auriculo-ventricu- 
laire gauche, ou rétrécissement ventricu lo-aortique : pouls irré- 
gulier, intermittent, inégal , très dépressible ; la colonne de 
mercure s'abaisse au-dessous de son niveau par une sorte d'as- 
piration , qui l'entraîne à i, i et 3°, suivant l'importance de 
1 obstacle, et à des intervalles plus ou moins longs, suivant la 
nature de l'altération des valvules. Andral. 

(i) Il est bien vrai qu'un certain affaiblissement de l'éco- 
nomie diminue l'impulsion du cœur, et peut rendre moins ap- 
préciable un léger degré d'hypertrophie de cet organe. Mais , 



24 IxMPULSION DES BÀTTEMENS DU COEUR. 

I/impuIsion du cœur cesse encore assezsouvent entiè- 
rement , et même dans des cas où il existe une hypertro- 

ce qui est très important à noter, c'est que dans certains étals 
de l'organisme qui s'accompagnent d'uue grande débilité, 
les battemens du cœur, loin de devenir moin:, perceptibles, 
acquièrent au contraire une énergie insolite, et présentent une 
impulsion telle qu'ils pourraient très facilement faire croire à 
l'existence d'une hypertrophie. Il semble qu'alors, à mesure 
que le sang s'appauvrit . et que la faiblesse générale augmente, 
le système nerveux acquiert une prédominance d'action de 
plus en plus grande, et que c'est sous l'influence de cet état 
ncvrosthénique que les contractions du cœur deviennent plus 
intenses. L'augmentation d'impulsion qui se remarque en pareil 
cas est donc le résultat d'un désordre survenu dans l'innerva- 
tion du cœur, et ce désordre est lié lui-même à la détérioration 
que le sang a subie : exemple remarquable de l'accroissement 
d'action d'un organe, au milieu de l'affaiblissement de l'orga- 
nisme. C'est ainsi que de grandes convulsions prennent souvent 
naissance à la suite de grandes hémorragies; ou qu'après des 
pertes de sang considérables, on peut voir survenir soit di- 
verses formes de délire, soit une exaltation singulière de la 
sensibilité. Bien funeste serait l'erreur du médecin , qui , en 
pareil cas, n'ayant égard qu'à ces sortes d'hvpersthénies par- 
tielles, et négligeant l'état astheniquè général auquel elles sont 
liées, leur opposerait une thérapeutique débilitante! il ver- 
rait, sous son influeuce, les accidens nerveux s'accroître avec 
une effrayante rapidité. Qu'il n'oublie jamais que c'est, au 
contraire, en diminuant l'état astheniquè général qu'on les fait 
disparaître : ainsi les préparations ferrugineuses triomphent des 
palpitations qui accompagnent la chlorose, palpitations qui sont 
souvent assez fortes, assez continues, pour qu'elles aient pu en 
imposer plus d'une fois pour des palpitations liées à une hy- 
pertrophie du cœur. Andbal. 



IMPULSION DES BATTEMENS DU COEUR. a5 

pbie très marquée, lorsqu'il survient une dyspnée très 
intense due à une affection quelconque du poumon , et 
surtout à la péripneumonie, à la pleurésie , à l'œdème 
du poumon , à l'asthme, et aux congestions qui se for- 
ment dans l'agonie (i). Le bruit éclatant qui , comme 
nous le dirons, accompagne la dilatation du cœur, dimi- 
nue aussi ou disparaît même entièrement dans les mêmes 
cas : il ne faut par conséquent rien conclure d'une explo- 
ration faite seulement dans de pareilles circonstances (2). 

(1) 11 est des cas très remarquables, indépendamment de 
celui que signale ici Laënnec, dans lesquels l'hypertrophie des 
parois du cœur ne se traduit pas par une augmentation d'im- 
pulsion. C'est ce que j'ai eu occasion d'observer chez des ma- 
lades dont le cœur avait acquis une dimension énorme , due à 
la fois à la dilatation des cavités de cet organe , et à l'épais- 
sissement de ses parois : souvent même, en pareil cas, les 
baltcmens deviennent à peine perceptibles, et on les entend 
d'une manière plus obscure et plus confuse que dans l'état 
normal. Ainsi, l'accroissement de volume du tissu charnu du 
cœur n'entraîne pas toujours une plus grande énergie dans ses 
contractions. Andual. 

(2) C'est pendant la systole des ventricules que le cœur vient 
heurter les parois de la poitrine, et qu'il produit ainsi la sen- 
sation du choc: il semblerait, a priori , que le contraire de- 
vrait avoir lieu, puisqu'en se contractant le tissu charnu qui 
constitue les parois des ventricules doit revenir sur lui-même 
et s'éloigner par conséquent des côtes. Ou a cherché depuis 
longtemps à se rendre compte de cette sorte de contradiction 
de la théorie et de l'observation, en établissant qu'au moment 
où les ventricules se contractent , ils sont poussés en avant 
par trois causes , savoir , par la dilatation des oreillettes , par 
celle de l'aorte et de l'artère pulmonaire, et enfin par le re- 
dressement que devait nécessairement subir la crosse de 



26 IMPULSION DES BATTEMENS DU COEUR, 

l'aorte, au moment où le ventricule gauche se contracte, ne 
pareille explication ne me paraît guère admissible, et je crois, 
avec M. Bouillaud, que la principale cause du choc de la pointe 
du cœur contre les parois thoraciques doit être cherchée dans 
le mode de contraction même des ventricules, ou plutôt dans 
la disposition des fibres musculaires qui entrent dans la com- 
position de leurs parois. Ces fibres, en effet, ainsi qu'on lésait 
aujourd'hui, sont contournées sur elles-mêmes, et leur point 
fixe se trouve être aux cercles tendineux qui séparent les ven- 
tricules des oreillette*. Viennent-elles à se raccourcir par suite 
de leur contraction , la pointe du cœur devra éprouver un 
mouvement de redressement, pendant lequel , soulevée avec 
le reste des ventricules , elle viendra frapper les parois de la poi- 
trine. La dilatation des oreillettes et des artères contribue si peu 
au mouvement des ventricules, pendant leur systole, qu'on voit 
la pointe du cœur continuer à se soulever, un certain temps après 
que cet organe, sur un animal vivant, a été séparé du corps. 

Le choc produit par le cœur contre les parois thoraciques 
est dû surtout, dans l'état normal du moins , à la contraction 
du ventricule gauche : le droit n'y contribue que très faible- 
ment. Le docteur Filhos, auquel on doit de bonnes recherches 
sur la physiologie et sur la pathologie du cœur, a même essayé 
d'établir que le ventricule droit est entièrement étranger au 
phénomène du choc. Il fait remarquer, pour prouver son 
opinion, que si le ventricule gauche vient heurter les parois 
de la paitrine pendant qu'il se contracte, cela est du à la 
disposition en spirale de ses fibres musculaires vers la pointe 
du cœur : ainsi contournées, elles relèvent subitement cette 
pointe , et la lancent en avant. Les fibres du ventricule droit, 
au contraire, n'étant point contournées en spirale, ne sauraient 
produire un pareil mouvement ( Dîsserl. inaug., année i834). 

Dans l'état normal , le choc que produit le cœur contre les 
parois de la poitrine n'a manifestement lieu que pendant la 
systole des ventricules; mais dans quelques cas pathologiques , 
il peut en être autrement : j'ai vu, par exemple, un cas dans 



IMPULSION DHS BATTEMENS DU COEUR. 27 

lequel, à la suite d'un premier choc qui correspondait au 
moment de la contraction ventriculaire , on percevait de suite 
deux autres chocs qui correspondaient au temps de la dilata- 
tion des ventricules. M. Bouillaud a cité un cas semblable à 
celui dont je viens de parler : il a vu une femme chez laquelle 
la main, appliquée à la région précordiale, distinguait trois 
mouvemens. « Le premier et le plus fort correspondait, dit ce 
« professeur, aupoulsetau premier bruit, à la systole, par consé- 
« quent; les deux autres succédaient coup sur coup au premier, 
« et étaient isochrones à la diastole. L'œil , fixé sur la région 
« précordiale, apercevait les trois battemens indiqués, les deux 
« derniers toutefois moins nettement que le premier. Enfin, 
« si Ton regardait attentivement la tête d'une personne qui 
a explorait les battemens du cœur par l'application immédiate 
« de l'oreille, on voyait qu'elle était agitée d'un triple mou- 
ce veinent pour une seule pulsation de l'artère radiale.» {Traité 
clinique des Maladies du cœur, t. 1, p. 1 48.) 

Dans quelques cas aussi, les oreillettes s'hypertrophient 
assez pour produire, comme les ventricules, une impulsion 
très marquée. M. Bouillaud en a également cité un exemple 
remarquable : il parie, dans son ouvrage, d'une femme qui 
était atteinte d'une énorme hypertrophie du cœur avec indu- 
ration de la valvule mitrale , et chez laquelle on voyait distinc- 
tement un mouvement d'impulsion communiqué à la région 
sus-mammaire gauche, dans les deuxième et troisième espaces 
intercostaux; les battemens ventriculaires se faisaient sentir à 
deux pouces plus bas. {Traité des Malad. du cœur, t. 1 , p.i49«) 

Le même auteur que je viens de citer, et dont je me plairai 
souvent dans le cours de ces notes à invoquer le savant témoi- 
gnage , pense qu'on peut attribuer à l'augmentation de la force 
d'impulsion du cœur la voussure très prononcée que présente 
souvent la région précordiale, dans les cas d'hypertrophie con- 
sidérable de l'organe central de la circulation. Cette voussure, 
que M. Bouillaud a le premier signalée , existe incontestable- 
ment dans un grand nombre de cas où le cœur a subi un grand 



28 IMPULSION DES BATTEMENS DU CŒUR* 

accroissement de volume, jn m'en su's plus d'une fois a<snr ? 
mais j'hésite à admettre, avec M. Bouillaud, que la dilatation 
des paroi, du tîtnrax reconnaisse pour cause, on pareil cas, e 
choc du cœur contre ces parois. M. Bouillaud invoque, comme 
cas analogue, ce qui se passe dans les tumeurs anévrysmalcs : 
mais si telle était la véritable cause de l'agrandissement que 
subissent alors les parois thoraciques , il semble que cet agran- 
dissement ne devrait avoir lieu que dans la partie très limitée 
de la cage de la poitrine qui est en rapport avec la pointe du 
cœur, puisque c'est cette pointe seule, ou à peu près, qui heurte 
les parois. D'un autre côté, on voit une pareille dilatation 
survenir dans des cas où aucun choc n'a lieu : ainsi elle se pro- 
duit d'une manière plus constante encore et plus marquée, dans 
les cas où un liquide abondant remplit le péricarde; elle s'ob- 
serve également, et dans une plus grande étendue, dans les 
cas d'épanchemens pîeurétiques. Dans toutes ces circonstances 
diverses, n'y a-t il pas à faire l'application d'une loi toujours 
la même, en vertu de laquelle toute partie contenante doit se 
proportionner, en plus comme en moins, aux dimensions de 
la partie contenue? Mais, quoi qu'il en soit de l'explication du 
phénomène, son existence est incontestable, il marche avec 
une augmentation considérable du son mat dans la région 
précordiale, et pour ma part je ne l'ai jamais encore observé 
dans les cas de simple hypertrophie concentrique. Si , dans 
ce dernier cas on constatait bien la voussure, l'opinion qui 
l'attribue à l'augmentation de l'impulsion du cœur acquer- 
rait un bien plus grand poids; mais notez que, si l'hypertrophie 
du cœur sans augmentation de son volume pouvait ainsi s'ac- 
compagner de la dilatation des parois thoraciques correspon- 
dantes , un vide se formerait entre ces parois et le cœur, ce qui 
ne peut avoir lieu ; ou bien il faudrait alors que, pour combler 
ce vide, une certaine quanti té de sérosité vîntfà remplir le péri- 
carde, comme on voit la pie-rnère s'abreuver de liquide autour 
de certains cerveaux, qui, en s'atrophiant, cessent de se trouver 
en contact avec les parois osseuses du crâne. Andral. 



BRUIT DES BATTEMENS DU CŒUR. 29 

CHAPITRE III. 

DU BRUIT PRODUIT PAR LES MOUVEMENS DU COEUR. 

Les contractions alternatives des diverses parties du 
cœur produisent un bruit qui devient sensible pour le 
malade dans les palpitations et dans l'agitation fébrile ou 
nerveuse, surtout lorsqu'il est couché sur le côté et que 
l'oreille est appuyée sur un coussin : hors un cas rare 
dont nous parlerons ailleurs,, ce bruit n'est sensible que 
pour lui. L'application de la main donne bien quelque- 
fois, outre la sensation du choc, quelque chose qui fait 
présumer plutôt qu'entendre un bruit dans l'intérieur 
de la poitrine ; mais cette perception confuse ne peut 
être comparée à la netteté de celle que l'on acquiert à 
l'aide du stéthoscope. 

Le stéthoscope, appliqué entre les cartilages des cin- 
quième et sixième côtes sternales , au bas du sternum ou 
dans tout autre point où les battem^ns du cœur sont sen- 
sibles , fait entendre un bruit distinct dans tous les cas, 
et lors même que le cœur a moins de force et de volume. 
Il faut à peine excepter de celte proposition quelques 
agonies : ordinairement même le bruit des battemensdu 
cœur est encore très sensible, lorsque le pouls ne l'est 
plus du tout. Dans l'état naturel, ce bruit est double , et 
chaque battement du pouls correspond à deux sons 
successifs : l'un , clair , brusque , analogue au claque- 
ment de la soupape d'un soufflet , correspond à la sys- 
tole des oreillettes ; l'autre, plusscurd, plus prolongé, 
coïncide avec le battement du pouls, ainsi qu'avec la 



30 BRUIT DES BATTEMENS DU COEUR. 

sensation du choc décrit dans l'article précédent, et qui 
indique la contraction des ventricules (i). 

Le bruit entendu à la partie inférieure du sternum 
appartient aux cavités droites ; celui des cavités gauches 
se fait entendre entre les cartilages des côtes. 

Dans l'état naturel, le bruit des contractions du cœur 
est semblable et égal des deux côtés ; dans quelques cas 
pathologiques , il devient , au contraire , tout-à-fait 
dissemblable dans chaque côté. 

Le bruit est ordinairement le seul phénomène que 
présentent les battemens du cœur lorsqu'on les écoute 
dans un autre point que la région précordiale ; car le 



(i) L'isochronisme du pouls et du bruit du cœur qui coïncide 
avec la systole des ventricules avait été généralement admis 
comme un fait hors de toute contestation jusques dans ces der- 
niers temps, où M. le docteur Marc d'Espine, de Genève, a 
cherché à établir, par une série d'observations faites avec le plus 
grand soin, que les pulsations artérielles ne devenaient sensibles 
qu'après qu'on avait perçu le choc du cœur et le bruit qui l'ac- 
compagne. Yoici , à cet égard , ce que j'ai moi-même constaté. 
Lorsque les battemens du cœur ont leur fréquence ordinaire, 
l'instant où cet organe vient frapper l'oreille est aussi celui 
pendant lequel le doigt appliqué sur l'artère radiale est sou- 
levé par elle : il en est de même pour les artères de la face et 
pour la crurale. Quant à l'artère pédieuse , sur laquelle , d'a- 
près M. Marc d'Espine, on peut le mieux constater le défaut 
d'isochronisme entre le pouls et les battemens du cœur, il ne 
m'a pas paru qu'elle se soulevât plus tard que les autres artères 
qui viennent d'être nommées. Néanmoins , dans les cas où les 
battemens du cœur sontplus lents , où ils ne sont pas au nombre 
de soixante par minute , le fait annoncé par M. Marc d'Espine 



BRUIT DtS BATTEMENS DU COEUR. 3l 

choc ne se fait guère sentir, comme nous l'avons déjà 
dit , qu'entre les cartilages des cinquième et sixième 
côtes _, au bas du sternum , et, chez quelques sujets , à 
l'épigastre. 

Le bruit produit par les battemens du cœur est d'au- 
tant plus fort que les parois des ventricules sont plus 
minces et l'impulsion plus faible : on ne peut par consé- 
quent l'attribuer à la percussion des parois thoraciques. 
Dans l'hypertrophie médiocre % la contraction des ven- 
tricules ne produit qu'un son étouffé , analogue au mur- 
mure de l'inspiration, et le claquement de l'oreillette est 
beaucoup moins bruyant que dans l'état naturel. Dans 



devient facile à constater , non pas dans toutes les artères , 
mais dans la pédieuse; et plus d'une fois, en pareille cir- 
constance , je me suis assuré que cette artère ne se soulevait 
qu'à la suite du choc perçu à la région précordiale, c'est-à-dire 
pendant le très court instant de repos ou de silence qui sépare 
le premier bruit du second. 

Dans un travail expérimentai entrepris par une réunion de 
médecins de Dublin , sur les mouvemens du cœur, ils ont aussi 
constaté que les pulsations de toutes les artères n'étaient pas 
complètement isochrones aux contractions des ventricules du 
cœur , et que cet isochronisme était d'autant moins parfait 
qu'on examinait des artères plus éloignées du cœur. Ainsi, en 
faisant sortir à la fois, par une double ponction, du sang de 
l'artère pulmonaire et du ventricule droit, on s'assura que les 
deux jets avaient lieu dans le même moment : en répétant la 
même expérience sur une des artères mésentériques , on ar- 
riva à un résultat différent j on vit que le sang jaillissait de 
l'artère un peu après qu'il s'était échappé de l'ouverture faite 
au ventricule. Andral. 



3a BRUIT DES BA.TTEMENS DU COEUR. 

l'hypertrophie portée à un degré extrême ^ la contrac- 
tion des ventricules ne produit qu'un choc sans bruit , 
et le bruit de l'oreillette , devenu très sourd , est à peine 
entendu. 

Lorsqu'au contraire les parois des ventricules sont 
minces, le bruit produit par la contraction des ventri- 
cules est clair et assez sonore ; il se rapproche de la na- 
ture de celui des oreillettes ; et s'il y a une dilatation 
marquée, il devient presque semblable et à peu près 
aussi fort. Enfin, dans les cas de dilatations un peu con- 
sidérables , ces deux bruits ne peuvent être distingués 
ni par leur nature ni par leur intensité , mais seulement 
par leur rapport d'isochronisme ou d'anachronisme avec 
le pouls artériel. 

Dans l'état naturel, le bruit des contractions alterna- 
tives du cœur ne s'entend nulle part aussi fortement 
qu'à la région précordiale, et il devient plus faible dans 
les divers points de la poitrine, suivant la progression 
que nous avons déjà indiquée (pag. 1 1). Mais dans quel- 
ques cas pathologiques, ce bruit peut être plus fort dans 
d'autres points de la poitrine, ainsi que nous l'avons 
déjà dit ( ibid. ). Nous aurons d'ailleurs occasion de re- 
venir encore sur cet objet. Dans la dilatation des ventri- 
cules , il est ordinairement aussi fort sous les clavicules 
qu'à la région du cœur. 

Chez les sujets sains , mais dont le cœur a des parois 
un peu minces, la contraction des oreillettes s'entend 
quelquefois beaucoup plus fortement sous les clavicules 
que celle des veniricules, quoique la même différence 
ne s'observe pas à la région précordiale. 

Chez les sujets attaqués d'hypertrophie ,, assez sou- 



BRUIT DES BA.TTEMENS DU COEUR. 33 

vent, lorsqu'on ne sent dans la région précordiale qu'un 
fort soulèvement sans bruit , et qu'on ne peut presque 
distinguer le bruit de l'oreillette , on entend uniquement 
ce dernier sous les clavicules et même dans le dos ; et,, 
dans les cas moins graves de ce genre , on l'entend tou- 
jours plus distinctement dans ces endroits que dans la 
région précordiale , surtout chez les sujets maigres et à 
poitrine étroite. 

Quelquefois la contraction de l'oreillette , sans cesser 
d'être très distincte, ne produit qu'un bruit obtus et 
aussi peu sonore que celui des ventricules lorsque celui- 
ci l'est le moins. Le bruit des ventricules devient assez 
ordinairement alors plus sourd qu'il ne l'est dans l'état 
naturel ; et même que dans l'hypertrophie du cœur. 

Cette obscurité du son de l'oreillette peut être due à 
plusieurs causes différentes. Assez souvent elle dépend 
d'une disposition naturelle , en vertu de laquelle les plè- 
vres et les bords antérieurs des poumons se prolongent 
au devant du cœur et le recouvrent complètement. Dans 
ce cas , le bruit de la respiration empêche quelquefois de 
bien distinguer les battemens du cœur. Dans tous les cas, 
les contractions des ventricules , en exprimant l'air con- 
tenu dans les portions du poumon placées entre le cœur 
et le sternum , déterminent un bruit particulier dont 
nous parlerons plus bas , et qui masque quelquefois en- 
tièrement leur bruit propre. 

Il n'est pas inutile de faire remarquer que cette dis- 
position du poumon , qui n'est pas rare 9 peut rendre 
quelquefois nul un des signes donnés par Avenbrugger 
et Gorvisart comme indiquant l'augmentation de volume 
du cœur : je veux parler du son mat que doit rendre 

in. . 3 



34 BRUIT DES BÀTTEMENS DU COEUR. 

alors la région précordiale. En effet y lorsque le poumon 
s'insinue entre le péricarde et le sternum, la région du 
cœur résonne bien , lors même que cet organe aurait 
acquis un volume double de l'état naturel. Ceci s'ob- 
serve principalement dans le cas assez fréquent d'em- 
physème du poumon compliqué de maladie du cœur. 

Le ramollissement de la substance musculaire du 
cœur , affection qui , quoique très commune ? a peu fixé 
jusqu'ici l'attention des praticiens ? me paraît aussi ren- 
dre le bruit des oreillettes , et même des ventricules , 
beaucoup plus sourd que dans l'état naturel. 

Enfin la gêne de la circulation du sang dans le cœur , 
occasionée par un trop grand afflux de ce liquide ou 
par une maladie grave du poumon , diminue encore et 
modifie en même temps le bruit des contractions du 
cœur. Le bruit du cœur présente en outre , dans divers 
cas pathologiques, des modifications très remarquables, 
et que nous examinerons dans l'un des chapitres sui- 
vans(i). 



(i) Depuis que Laënnec a appelé l'attention des observateurs 
sur les bruits du cœur, et qu'il a publié sur ce point le résultat 
de ses recherches , plusieurs travaux ont été entrepris dans le 
but de déterminer la cause de ces bruits, cause qu'il n'a point 
indiquée. En effet, dans le chapitre qu'on vient de lire , 
Laënnec se contente de signaler les différens états du cœur 
qui paraissent imprimer à ces bruits des modifications 
diverses : il constate que le premier bruit, isochrone au choc 
du cœur et au pouls, doit par conséquent coïncider avec la 
systole des ventricules- et que le second bruit se fait entendre, 
au contraire, pendant la diastole des mêmes ventricules et 
la systole des oreillettes $ mais il n'avance pas, ainsi qu'on le 



BRUIT DES BATTEMENS DU COEUR. 35 

lui a fait dire, que le premier bruit dépend de la contraction 
des ventricules et le second de celle des oreillettes. 

Plusieurs théories ont été proposées , pour se rendre compte 
des bruits que le cœur fait entendre chaque fois qu'il se con- 
tracte. On a attribué la production de ces bruits à la contrac- 
tion même des parois du cœur; d'autres en ont placé la cause 
dans le sang lui-même. Le redressement des valvules a été aussi 
regardé comme l'agent principal du développement de ces 
bruits ) enfin, on a cherché à les expliquer par le choc du cœur 
contre les parois thoraciques. 
Exposons rapidement chacune de ces théories. 
M. le docteur Marc d'Espine, après avoir constaté, comme 
Laënnec, que le premier bruit coïncide avec la systole des 
ventricules et le second avec celle des oreillettes, a essayé 
d'établir que ces deux bruits résident l'un et l'autre dans les 
ventricules. Partant de ce principe, que tout muscle, en se 
contractant, produit un certain bruit, il a pensé que la con- 
traction des ventricules devait être la cause du premier bruit 
du cœur, mais en même temps il a refusé aux oreillettes la fa- 
culté de produire le second. Il dit, en effet, n'avoir jamais pu 
apercevoir dans les parois des oreillettes d'autre mode de 
contraction qu'une sorte de mouvement vermiculaire tout-à- 
fait incapable de déterminer l'espèce de bruit qui coïncide 
avec la dilatation des ventricules : leur appendice seule lui a 
paru se contracter à la manière de ces derniers. Quelle est 
donc la cause du second bruit du cœur ? M. Marc d'Espine 
pense que la dilatation des ventricules est un phénomène tout 
aussi actif que leur contraction. M. Magendie, en effet, a 
depuis longtemps signalé la sensation toute particulière de 
résistance qu'on éprouve, lorsqu'on essaye de comprimer le 
cœur, pour arrêter le développement de la diastole des ventri- 
cules. S'appuyant sur ces données, M. Marc d'Espine place 
dans la dilatation même des ventricules, la cause du second 
bruit : si on l'entend plus haut que le premier, c'est que, pen- 



36 BRUIT DES BATTEMENS DU COEUK. 

dant l'instant de leur diastole, les ventricules s'éloignent des 
parois thoraciques. D'autres expérimentateurs que M. d'Espme 
ont d'ailleurs également constaté que la contraction des oreil- 
lettes est toute différente de celle des ventricules : ainsi 
M. Bouillaud, en étudiant les mouvemens du cœur sur un coq 
chez lequel il avait mis cet organe à nu , affirme n'avoir vu ni 
senti distinctement aucune contraction des oreillettes -, sur deux 
lapins, il a vu, à la vérité, les parois de ces cavités se contracter, 
mais faiblement : en se contractant, ajoute M. Bouillaud, les 
oreillettes ne se durcissaient pas comme les ventricules; il a 
remarqué en outre , comme M. Marc d'Espine , que la con- 
traction des oreillettes était beaucoup plus marquée dans les 
appendices auriculaires que partout ailleurs. 

Le frottement du sang contre les parois des cavités du cœur 
a été regardé , par M. le docteur Pigeaux, comme la cause des 
bruits que fait entendre cet organe pendant ses mouvemens. 
Le premier bruit se produit, d'après lui , à l'instant où le sang, 
chassé des oreillettes , vient à frapper la surface interne des 
parois des ventricules; le second bruit se perçoit lorsque le 
sang, sortant des ventricules, pendant leur systole, arrive dans 
l'aorte et dans l'artère pulmonaire , et vient frotter contre leurs 
parois. En supposant que le frottement du sang contre les 
parois des cavités qu'il traverse eût une part à la production 
des bruits du cœur, il faudrait au moins ne pas dire, avec 
M. Pigeaux, que le premier bruit coïncide avec le moment 
de l'afflux du sang dans les ventricules, puisqu'il est bien dé- 
montré que l'instant de la production de ce premier bruit est 
celui de la systole des ventricules. 

C'est par l'impulsion du sang sur les parois des cavités ven- 
triculaires, par les diverses vibrations qui se produisent, lors- 
que le sang passe des ventricules à travers les orifices de l'aorte 
et de l'artère pulmonaire, que M. Hope explique le premier 
bruit. Il se rend compte du second par la réaction des parois 
des ventricules sur la masse de sang qui y pénètre brusque- 



BRUIT DES BATTEMENS DU COEUR. 37 

ment pendant leur diastole, ainsi que par la collision de ce 
liquide. 

Une théorie toute différente des précédentes a été proposée 
par le docteur Rouanet. D'après lui , les bruits du cœur sont 
produits par le jeu des valvules de cet organe : aussi M. Bouil- 
laud , qui a adopté , à quelques modifications près , la théorie 
de M. Rouanet , propose-t-il d'appeler du nom de bruit val- 
vulaire le double bruit que fait entendre le cœur à l'état 
normal , distinguant ainsi ce bruit particulier d'autres bruits 
du cœur, que produisent des causes toutes différentes, et qu'on 
ne perçoit que dans l'état pathologique. Dans cette théorie , 
le premier bruit est regardé comme n'étant autre chose que le 
bruit même qui doit nécessairement avoir lieu par suite du re- 
dressement brusque des valvules auriculo-ventriculaires, pen- 
dantla systole des ventricules. M. Bouillaud pense quele brusque 
refoulement des valvules sigtnoïdes contre les parois artérielles 
doit avoir aussi quelque part dans la production de ce premier 
bruit du cœur. Le second bruit, d'après M. Rouanet, est le 
résultat du choc en retour, contre les valvules sigmoïdes, delà 
colonne de sang qui a passé dans les artères. M. Bouillaud est 
porté à penser que ce second bruit est dû aussi et à l'abaissement 
soudain des valvules auriculo-ventriculaires , et au redresse- 
ment des valvules artérielles. Tout en ne niant pas le rôle joué 
par le choc du sang contre ces dernières valvules , il croit ce- 
pendant que ce choc n'est pas l'unique cause du second bruit du 
cœur, et il y ajoute l'influence du mouvement des valvules. 

Guidé par des expériences qui lui sont propres et qui ont été 
plusieurs fois répétées par lui de manière à s'assurer de toute 
leur exactitude, M. Magendie a établi que les bruits du cœur 
résultent tout simplement du choc du cœur sur les parois du 
thorax. Si en effet, comme il l'a plusieurs fois pratiqué, on 
enlève ces parois , et qu'on applique l'oreille sur le cœur mis à 
nu, on n'entend plus aucun bruit , à moins quele cœur ne 
frappe sur les parties environnantes. D'après l'illustré physio- 



38 BRUIT DES BATTEMENS DU COEUR. 

logiste, le premier bruit, ou le bruit sourd, dépend du choc 
de la pointe du cœur sur l'espace intercostal auquel elle cor- 
respond , et le second bruit correspond à la dilatation des ven- 
tricules, et par conséquent à l'entrée rapide du sang dans ces 
cavités. La clarté beaucoup plus grande du second bruit que du 
premier dépendrait , d'après M. Magendie , de la masse moins 
considérable du corps choquant, et de la nature du corps 
choqué (le sternum), qui, entièrement solide, doit être 
beaucoup plus sonore que la paroi latérale du thorax, en 
grande partie musculaire. M. Magendie a introduit, à travers 
les parois thoraciques, une petite tige mobile sur le ventricule 
droit, et une autre sur le ventricule gauche, et il s'est assuré que 
chacun des bruits du cœur était accompagné d'un choc qui se 
manifestait au dehors par un mouvementétendu despetites tiges. 
Cette théorie me paraît mieux rendre compte de certains 
faits pathologiques que celle de M. Rouanet précédemment 
exposée. Je ne vois pas , par exemple , comment , dans cette 
dernière, on explique la diminution de plus en plus grande 
de la clarté du premier bruit par l'effet d'une hypertrophie 
des parois des ventricules , et son augmentation de clarté dans 
les cas d'amincissement de ces mêmes parois. Au contraire, la 
théorie de M. Magendie explique parfaitement bien ce fait, 
qui est eu définitive un fait du même ordre que celui-ci qui a 
lieu dans l'état physiologique. Si c'est, en effet, l'épaisseur de 
la masse choquante qui rend le premier bruit plus sourd que 
le second, on conçoit que, plus cette épaisseur augmentera, 
et plus ce bruit devra devenir sourd. L'opinion de M. Magendie 
sur les bruits du cœur est donc celle que j'adopterais le plus 
volontiers : ajouterai-je que je suis depuis longtemps habitué 
à accorder une grande confiance aux paroles du savant qui fut 
mon premier maître, et dont les enseignemens m'ont été si 
utiles. Toutefois je dois consigner ici d'autres expériences 
entreprises par M. Bouillaud et par M. Hope, et qui les ont 
conduits à des résultats opposés à ceux aunoncés par M. Ma- 



BRUIT DES BATTEMENS DU COEUR 3g 

gendie. Dans ces expériences, les deux auteurs que je viens 
de nommer ont enlevé les parois thoraciques de divers ani- 
maux ; et ayant mis le cœur à nu , ils affirment qu'ils ont en- 
tendu très distinctement les deux bruits du cœur. De nouvelles 
observations révéleront sans doute quelques circonstances qui 
ont vraisemblablement causé la différence de résultats ob- 
tenus par M. Magendie d'une part, par MM. Bouillaud etHope 
d'autre part. 

Enfin, avant de. terminer cette note, je crois devoir extraire 
de V Encyclo graphie des Sciences médicales (janvier i83f>) la 
traduction qui y a été donnée d'un rapport lu à la section 
médicale de l'association britannique, le 1 1 août i835^ au nom 
d'une commission formée à Dublin , dans le but de faire des 
recherches sur les mouvemens successifs des diverses parties 
du cœur, et sur les bruits qui les accompagnent : ce qui est 
relatif aux bruits doit seul trouver place ici. 

Première expérience. — On appliqua un stéthoscope sur la 
région cardiaque d'un veau, chez lequel était entretenue une 
respiration artificielle : les deux bruits du cœur furent distinc- 
tement entendus, le premier prolongé et sourd, le second 
court et clair. On enleva alors le sternum et les côtes, et l'on 
eut soin que le cœur ne fût en contact avec aucune partie du 
thorax. Un stéthoscope muni d'un tube flexible , et placé sur 
le péricarde dans la région correspondante aux ventricules , 
fit entendre distinctement les deux bruits. En appliquant l'o- 
reille très près du cœur, sans pourtant le toucher, on les disr 
tingua également , mais faibles. Une petite pièce de carton 
ayant été placée sur la surface des ventricules , et le stéthoscope 
ordinaire appliqué à la surface du carton , les deux bruits fu- 
rent entendus aussi distinctement et presque aussi fortement 
qu'ils le sont au travers du sternum. Plaçait-on le stéthoscope 
sur les ventricules près de leur pointe, on entendait très distinc- 
tement le premier bruit; le second bruit, au contraire, était 
sourd. Le plaçait-on au-dessus de l'origine des grosses ar- 



4o BRUIT DES BATTEMENS DU COEUR, 

tères, on entendait distinctement les deux bruits, mais particu- 
lièrement le second. Distendait- on lepéricardeàl'aidede 1 eau, 
on entendait l'un et l'autre bruit, mais pas aussi distinctement 
qu'avant l'injection. 

Deuxième expérience. — Après avoir enlevé, chez un veau 
préparé comme le précédent, non-seulement le sternum etles 
côtes , mais encore le péricarde, on vérifia les deux bruits au 
moyen du stéthoscope appliqué aux différentes parties des 
ventricules, et le résultat fut le même que dans la précédente 
expérience. En comprimant les grosses artères près du cœur, 

on altéra le caractère du second bruit On introduisit une 

aiguille courbe et fine dans l'aorte , et une autre dans l'artère 
pulmonaire, au-dessous de la ligne où s'attache une des val- 
vules semi-lunaires de chaque vaisseau j on conduisit les ai- 
guilles environ un demi-pouce vers le haut , et on les fit res- 
sortir des vaisseaux, de sorte que, dans chacun, une valvule se 
trouvât engagée entre l'aiguille et la paroi de l'artère. Ap- 
pliquant alors le stéthoscope à l'origine des artères , on 
trouva que le second bruit avait cessé, et qu'on n'entendait plus 
qu'un bruit ressemblant au premier, et coïncidant avec la 

systole du ventricule On s'assura plus tard qu'une des 

valvules sigmoïdes de chaque artère ne pouvait plus s'abaisser. 
Troisième expérience. — Répétition de la précédente : seu- 
lement , l'aiguille ayant été mal fixée, on remarqua que, 
chaque fois qu'elle abandonnait la valvule, le second bruit re- 
paraissait. 

Quatrième expérience. — On détacha le cœur de la poi- 
trine d'un veau, et on le plaça sur une table. En appliquant 
l'oreille armée d'un stéthoscope sur les ventricules , on en- 
tendit à chaque systole un bruit unique qui ressemblait à 
celui qu'on appelle le premier bruit. Quand le cœur eut cessé 
de battre, on détruisit les valvules semi-lunaires, et on 
remplit les ventricules d'eau : en tenant le cœur verticale- 
ment, et en appliquant le stéthoscope sur les ventricules, tandis 



BRUIT DES BATTEMENS DU COEUR. 4 1 

que la main comprimait ce» derniers de manière à pousser 
l'eau dans les troncs artériels , on entendait un son semblable 
au premier bruit; loriquele mouvement de la main se relâchait 
subitement, on entendait un bruit de la même nature que le pré- 
cédent. Appliquait-on l'instrument aux ventricules du cœur 
vide et mort, et frottait-on leurs surfaces internes l'une contre 
l'autre, on entendait un bruit qui ressemblait en quelque sorte 
au premier. En introduisant le doigt dans le ventricule gauche 
par l'ouverture auriculo-ventriculaire et en frottant doucement 
contre la surface interne , on produisait un bruit qui ressem- 
blait au premier bruit, et qu'on entendait au moyen du sté- 
thoscope en dehors des ventricules. Un tube de verre, par lequel 
on faisait tomber, d'une hauteur peu considérable, des gouttes 
d'eau sur les valvules semi-lunaires de l'aorte, donnait lieu à 
un bruit de la nature du second bruit. En introduisant le tube 
entre les valvules et en opérant le mouvement de va-et-vient , 
on entendait un son qui ressemblait au bruit de la râpe. 

De ces diverses expériences , la commission des médecins de 
Dublin a tiré les conclusions suivantes : 

i° Les bruits du cœur ne sont pas produits par le contact des 
ventricules avec le sternum ou les côtes; mais ils sont le résultat 
de mouvemens en dedans du cœur et de ses vaisseaux. 

2° Le sternum et la paroi antérieure du thorax, par leur 
contact avec les ventricules , ajoutent à la clarté de ces bruits. 

3° Le premier bruit correspond à la systole v en triculaire, et 
il coïncide avec elle en durée. 

4° La cause du premier bruit est de nature à commencer et 
à finir avec la systole des ventricules , et cette cause est active 
pendant toute la durée de la systole. 

5° Le premier bruit ne dépend pas de l'occlusion des valvules 
auriculo-ventriculaires au commencement de la systole, car ce 
mouvement des valvules n'a lieu qu'au commencement de la 
systole , et dure beaucoup moins qu'elle. 

6° Le premier bruit n'est pas non plus produit par le frot- 



42 BRUIT DES BATTEMENS DU COEUR, 

temeutdes surfaces internes des ventricules l'une contre l'autre} 
car un frottement semblable n'est pas possible avant que le 
sang ne soit expulsé des ventricules , t^dis que le premier 
bruit commence déjà avec le début de la systole ventricu- 

laire. 

7 Le premier bruit est produit,, ou par le passage rapide du 
sang sur les surfaces internes et irrégulières des ventricules , 
pour arriver aux orifices des artères , ou par le bruit muscu- 
laire des ventricules, ou, ce qui est probable, par l'une et 
l'autre de ces causes à la fois. 

8° Le second bruit coïncide avec la terminaison de la systole 
ventriculaire : pour le produire, il faut que les valvules arté- 
rielles n'offrent aucune lésion. Ce bruit semble être causé par 
la résistance subite de ces valvules au mouvement des colonnes 
sanguines repoussées par l'élasticité des troncs artériels vers le 
cœur, après chaque systole des ventricules. 

Les médecins dont je viens de reproduire le travail , tel 
qu'il a été inséré dans Y Encyclographie des Sciences médi- 
cales , ont cru devoir terminer leur rapport en déclarant que, 
malgré toutes les recherches entreprises jusqu'à ce jour pour 
déterminer la nature et la cause des bruits du cœur, un pareil 
sujet est loin d'être épuisé; et que, pour décider complè- 
tement les questions qu'il soulève, des observations ultérieures 
sont encore nécessaires. Je partage cette manière de voir, 
et je crois d'ailleurs que la cause qui produit les bruits du cœur 
n'est pas simple : il me semble que , parmi les causes diverses 
auxquelles chaque auteur a attribué exclusivement ces bruits, 
il n'en est aucune qui ne puisse avoir sa part dans leur produc- 
tion ; mais aucune non plus ne suffit peut-être seule pour leur 
donner naissance. Andral. 



RHYTHME DES BATTEMENS DU COEUR. 4^ 

CHAPITRE IV. 

DU RHYTHME DES BATTEMENS DU COEUR. 

J'entends par rhjthme l'ordre des contractions des di- 
verses parties du cœur telles qu'elles se font entendre et 
sentir par le stéthoscope , leur durée respective , leur 
succession 9 et , en général , leur rapport entre elles. 

Je vais, en conséquence, décrire dans leur ordre suc- 
cessif les phénomènes que présentent à l'oreille les batte - 
mens du cœur, chez un homme sain et dont le cœur est 
dans les proportions les plus favorables au libre exercice 
de toutes les fonctions. Il serait impossible d'indiquer 
géométriquement ces proportions. Le poids du cœur et 
l'épaisseur de ses parois, considérés d'une manière abso- 
lue, sont des données infidèles (i). Mais je crois, d'après 

(i) Plusieurs auteurs se sont occupés de déterminer le poids 
du cœur et ses dimensions, et ils ont espéré l'avoir fait d'une 
manière assez rigoureuse pour qu'il fût possible d'établir, sous 
ces deux rapports j une moyenne en deçà et au delà de laquelle 
commencera l'état pathologique. 

Relativement au poids , voici les principaux résultats aux- 
quels on est arrivé, et qui malheureusement ne sont point 
identiques , ce qui indique ici encore la nécessité de nouvelles 
observations. 

Ainsi Lobstein a fixé le poids du cœur d'un adulte, dans 
l'état sain , à 9 ou 10 onces , M. Bouillaud à 8 ou 9 onces , et 
M. Cruveilhier à 6 ou 7 onces seulement. Le poids du cœur se 
trouve être d'ailleurs en rapport direct avec la taille et la force 
de la constitution des sujets : c'est ainsi que, chez un individu 



44 RHYTHME DES BA.TTEMENS DU CŒUR. 

toutes les dissections que j'ai faites depuis 1801 jusqu a 
ce jour, pouvoir déterminer les proportions naturelles 
du cœur de la manière suivante , qui, quoique approxi- 
mative , a cependant une exactitude suffisante. 



d'une taille colossale et très fortement constitué, et qui n'avait 
jamais présenté de signe d'affection du cœur , M. Bouillaud a 
trouvé que le cœur pesait 1 1 onces. En comparant la moyenne 
du poids du cœur à l'état normal avec la moyenne de ce même 
poids dans des cas où le cœur était soit hypertrophié, soit 
atrophié, le même professeur est arrivé à cet intéressant ré- 
sultat , savoir : que le poids du cœur le plus hypertrophié est 
plus que quintuple de celui du cœur le plus atrophié , et 
presque triple de celui d'un cœur à l'état normal. Le cœur le 
plus hypertrophié pèserait donc, d'après M. Bouillaud, de 
24 à 27 onces. Lobstein affirme avoir rencontré un cœur dont 
le poids s'élevait jusqu'à 3a onces. 

Relativement aux dimensions du cœur, soit de cet organe 
considéré dans sa totalité, soit de ses diverses parties , voici les 
mesures qui ont été données par M. Bouillaud , de cœurs qui 
paraissaient être à l'état normal : 

Pouces. Lignes. 

Circonférence du cœur mesurée à la base des C m °y enne : 8 9 3 /7 
ventricules . . J «adora* : 10 6 

f minimum : 8 » 

r moyenne : 3 7 i/3 

Longueur du cœur J maximum : 4 » 

(minimum : 3 21/2 

("moyenne : 2 7 1/2 
Largeur du cœur j maximum : 4 6 

(minimum : 3 5 

Î moyenne : 1 11 1/6 
maximum : 2 7 
minimum : 1 5 

. ( moyenne : o 61/2 

Epaisseur des parois du ventricule gauche. . . J maximum : o 8 

? minimum : o 5 



RHYTHMË DES BATTEMENS DU CŒUR. 4^ 

Le cœur, y compris les oreillettes , doit avoir un vo- 
lume un peu inférieur , égal , ou très peu supérieur au 
volume du poing du sujet. Les parois du ventricule gau- 
che doivent avoir une épaisseur un peu plus que double 
de celle des parois du ventricule droit : leur tissu, plus 
ferme et plus compacte que celui des muscles , doit les 







Poucet 


1. Ligoeff. 


Epaisseur des parois du ventricule droit. . 


( moyenne 
( maximum 


: o 
: o 


a 3/5 
3 i/a 




( minimum 


: 


i i/a 








ii 


Epaisseur des parois de l'oreillette gauche. 


( moyenne 
< maximum 


: o 
: o 


i i/a 
a 




( minimum 


: o 


» 3/4 


Epaisseur des parois de l'oreillette droite. . • 


t moyenne 
< maximum 


: o 
: o 


i 

i i/a 




( minimum 


: o 


» i/a 


Circonférence de l'orifice auriculo-ventriculaire 


t moyenne 
/ maximum 


: 3 
: 3 
: 3 


6 i/3 

IO 




( minimum 


3 


Circonférence de l'orifice auriculo-ventriculaire 


[ moyenne 
/ maximum 


: 3 

: 4 
: 3 


IO 

» 




[ minimum 


9 


Circonférence de l'orifice ventriculo-aortique. . 


{ moyenne 
( maximum 


: a 
: a 


5 i/a 
8 




( minimum 


: a 


4 


Circonférence de l'orifice ventriculo-pulmonaire. 


( moyenne 
{ maximum 


: a 
: a 


7 3/4 

IO 




' minimum 


: 2 


6 



Je me suis livré, depuis plusieurs années, aux mêmes re- 
cherches que M. Bouillaud sur les dimensions du cœur; j'ai 
trouvé, pour les différentes parties du cœur dont il vient d'être 
question, les mêmes moyennes que lui, si ce n'est pour la cloison 
interventriculaire, qui, mesurée très souvent par moi, ne m'a 
donné , comme moyenne d'épaisseur, qu'une ligne de plus en- 
viron que la paroi du ventricule gauche : c'est une épaisseur 
beaucoup moins considérable que celle qui est indiquée par 
M. Bouillaud (onze lignes), Andral. 



A6 RHYTHME DES BATTEMENS DU COEUR- 

empêcher de s'affaisser lorsqu'on ouvre le ventricule. 
Le ventricule droit , un peu plus ample que le gauche , 
présentant des colonnes charnues plus volumineuses 
malgré la moindre épaisseur de ses parois, doit s'affais- 
ser après l'incision (i ). 

Dans un cœur ainsi proportionné , les contractions al- 
ternatives des ventricules et des oreillettes, examinées i\ 
l'aide du stéthoscope et en touchant en même temps le 
pouls, présentent les phénomènes suivans : 

Au moment où l'artère vient frapper le doigt , l'oreille 
est légèrement soulevée par un mouvement du cœur iso- 
chrone à celui de l'artère , et accompagné d'un bruit un 
peu sourd quoique distinct. I/isochronisme ne permet 
pas de méconnaître que le phénomène est dû à la con- 
traction des ventricules. 

Immédiatement après , et sans aucun intervalle , un 
bruit plus éclatant et analogue à celui d'une soupape qui 
se relève, d'un fouet, ou d'un chien qui lappe, annonce 
la contraction des oreillettes. Je me sers de ces compa- 
raisons triviales , parcequ'elle me semblent exprimer , 
mieux qu'aucune description ne pourrait le faire, la na- 
ture du bruit dont il s'agit. 



(i) L'épaisseur des parois du ventricule gauche est plus sou- 
vent triple qu'elle n'est double de celle du ventricule droit. 
Du reste, cette mesure proportionnelle des parois des deux ven- 
tricules n'est applicable qu'à l'adulte. Chez l'enfant, l'épaisseur 
des parois du ventricule gauche est proportionnellement plus 
considérable encore; elle diminue après l'époque de la puberté; 
elle reste au même point pendant toute la durée de l'âge adulte; 
puis, chez le vieillard, elle augmente de nouveau. Andral. 



RHYTHME DES BATTEMENS DU COEUR. 47 

Aucun mouvement sensible à l'oreille n'accompagne 
ce bruit , aucun intervalle de repos ne le sépare du bruit 
plus sourd et accompagné de soulèvement indicateur de 
la contraction des ventricules , qu'il semble borner et 
interrompre brusquement. 

La durée de ce bruit , que j'ai déjà désigné sous le 
nom de claquement , et par conséquent celle de la con- 
traction des oreillettes , est évidemment plus courte que 
celle de la contraction des ventricules. Cette différence 
de durée , que Haller regardait comme douteuse , quoi- 
qu'il penchât pour l'affirmative (i), est tout-à-fait incon- 
testable. Elle est^ au reste, beaucoup plus facile à vérifier 
par l'auscultation que par l'inspection, parles raisons 
que j'ai déjà exposées (pag. 7 ). Il est encore unecircons- 
tance qui a pu contribuer à tenir l'illustre physiologiste 
de Berne dans l'incertitude : c'est la fréquence assez 
grande d'une exception dont il sera parlé tout-à -l'heure. 
Et enfin les observations de Haller , faites sur des ani- 
maux expirant sous le scalpel, ne lui permettaient pas 
d'affirmer que ce qu'il voyait fût absolument l'état phy- 
siologique. 

Immédiatement après la systole des oreillettes, il y a 
un intervalle de repos très courte mais cependant bien 
marqué , après lequel on sent les ventricules se soulever 
de nouveau avec le bruit sourd et la progression gra- 
duelle qui leur sont propres; suit la contraction brusque 
et sonore des oreillettes,, et le cœur retombe encore pour 
un instant dans une immobilité absolue. 

Ce repos après la contraction des oreillettes ne paraît 

(1) Elem. phys.y t. 1. 



48 RHYTHME DES BATTEMENS DU COEUR. 

pas avoir été connu de H aller 3 ou au moins ne Fa-t-i! 
pas regardé comme un état naturel. La seule chose qu'il 
dise à cet égard me paraît s'appliquer à une espèce d'in- 
termittence dont j'aurai occasion de parler en décrivant 
les palpitations (i). 

La durée respective des contractions des oreillettes 
et des ventricules me paraît être déterminée assez 
exactement de la manière suivante : sur la durée totale 
du temps dans lequel se font les contractions successives 
des diverses parties du cœur, un tiers au plus ou 
même un quart est rempli par la systole des oreillettes ; 
un quart , ou un peu moins, par un repos absolu ; et la 
moitié ou à peu près par la systole des ventricules. 

Ces observations peuvent paraître assez minutieuses 
à la lecture : j'ose croire cependant qu'elles seront 
trouvées faciles à vérifier par tout médecin qui voudra 
écouter pendant quelques minutes les battemensducceur 
chez un homme sain et d'une certaine vigueur (2). 

(1) Post auricularum constriclionem , celcrrimè in calido 
et sano animale, aliquantb lentiùs infrigido et languente 9 et 
nonnunquam satis magno etiam in calidis tempusculo in~ 
terposito, sequitur ventriculorum conlractio (Haller, Elem. 
phys., t. 1, lib. iv, sect. 4? § 21). 

{1) Le rhythme des battemens du cœur, tel qu'il vient d'être 
exposé , a été l'objet d'une contestation assez importante pour 
mériter d'être rapportée ici. Le professeur J. W. Turner a 
inséré, dans le troisième volume des Transactions de la So- 
ciété médico-chirurgicale d'Edimbourg, un Mémoire destiné 
à prouver que Laënnec s'est complètement trompé en attri- 
buant à la contraction des oreillettes le deuxième bruit perçu 
par l'auscultation des battemens du cœur, et en plaçant le repos 



RHYTHME DES BATTEMENS DU COEUR. 49 

Ea rareté du pouls est la circonstance la plus favo- 
rable pour en reconnaître l'exactitude. 

Quand le pouls est lent et rare à la fois , la contrac- 
tion des ventricules est plus longue que dans l'état na- 



de cet organe immédiatement après cette contraction. Voici 
quelle est à peu près l'argumentation de M. Turner. 

i° Tous les physiologistes s'accordent à dire que le sang 
ramené au cœur par les veines distend les oreillettes, qui se 
contractent et le poussent dans les ventricules; que ceux-ci se 
contractent immédiatement après, en portant la pointe du 
cœur vers les parois thoraciques , pour chasser le sang dans les 
artères; et que c'est alors, après la contraction des ventricules, 
qu'a lieu le repos du cœur. M. Turner cite en preuve un pas- 
sage d'Harvey {de Motu cordis , 1737, p. 3i) tout-à-fait con- 
cluant; un autre de Lancisi {de Motu cordis et Anev., 1740, p. 
192), qui l'est un peu moins; et enfin celui deHaller qu'on vient 
de lire, et qu'il prétend avoir été mal interprété par Laënnec. 

Remarquons ici que cette mésinterprétation du passage cité 
de Haller porte seulement sur l'ordre dans lequel y sont dites 
s'effectuer les contractions alternatives des oreillettes et des 
ventricules. Car, d'ailleurs, Laënnec a eu raison de dire que 
Haller n'avait pas connu le repos du cœur après chaque double 
contraction , puisque ce physiologiste ne parle d'un intervalle 
de repos que comme d'une chose qui a lieu quelquefois {non- 
nunquam); etque, dans un autre passage cité par M. Turner, il 
présente les contractions des oreillettes comme simultanées au 
relâchement des ventricules, et réciproquement les contractions 
des ventricules comme simultanées au relâchement des oreil- 
lettes , sans faire mention d'aucun intervalle entre ces deux 
doubles mouvemens {Elem.physioL, t. 1, lib. iv_, sect. 5, § 18). 

2 Les mouvemens que l'on observe quelquefois dans les 
veinesjugulaires, lorsqu'il va maladie ducœurou des poumons, 

m. 4 



5o RHYTH&1E DES BATTEMENS DU COEUR. 

turel ., le bruit qui l'accompagne est plus sourd , l'oreille 
est moins fortement soulevée : la systole des oreillettes , 
au contraire , a toujours sa brièveté et son bnut ordi- 
naires; elle paraît même plus courte à raison du temps 



devraient, dans l'hypothèse de Laënnec, coïncider avec le 
second bruit du cœur, c'est-à-dire avec la contraction des oreil- 
lettes; tandis que, suivant M. Turner, ils précèdent immédia- 
tement le premier bruit du cœur et le pouls artériel. Dans un 
cas où ces mouvemens étaient très sensibles, le professeur 
écossais a pu facilement constater : i° le mouvement veineux; 
2° le pouls artériel et le premier bruit du cœur; 3° le second 
bruit du cœur; 4° un intervalle court, suivi par un nouveau 
mouvement veineux , etc. Il y avait donc, suivant lui, d'abord 
contraction des oreillettes indiquée par le mouvement rétrograde 
du sang dans les veines, puis contraction des ventricules mar- 
quée par le mouvement artériel et le premier bruit du cœur, puis 
second bruit du cœur inconnu dans sa cause, et enfin un inter- 
valle de repos suivi par une nouvelle contraction des oreillettes. 
Ainsi M. Turner accorde bien que le premier bruit du cœur 
est dû à la cpntraction des ventricules, mais il nie que le second 
soit dû à la contraction des oreillettes. Il ne sait pas d'ailleurs 
à quoi rapporter ce dernier, et se demande seulement s'il ne 
se pourrait pas qu'après avoir été enlevé par la diastole , le 
cœur, dans sa systole, retombât sur le péricarde, de manière 
à produire un bruit appréciable. 

Remarquons d'abord que , si dans ses mouvemens le cœur 
s'écarte assez du péricarde pour produire ensuite en retombant 
sur lui un bruit appréciable, ce ne saurait être dans l'ordre 
voulu par M. Turner ; car c'est dans la systole que le cœur s'al- 
longe, s'amoindrit, se porte en avant, s élève, et c'est dans la 
diastole qu'il s'élargit, revient en arrière, retombe sur le péri- 
carde, entraîné lui-même par les muscles dilatateurs de la poi- 



RHYTHMË DES BATTEMENS DU COEUR. 31 

plus long employé par la systole des ventricules. Le 
repos après la contraction des oreillettes n'est pas sen- 
siblement plus court. Je n'ai pas besoin de dire que 
cette comparaison de l'état ordinaire à un état dans le- 



trine, ainsi que l'a constaté M. Barry, des travaux duquel je 
suis surpris que M. Turner n'ait pas fait mention. 

Remarquons, en outre, que l'argument de M. Turner tiré de 
ce que le mouvement des jugulaires précéderait un peu le pre- 
mier bruit du cœur, ou ce que Laënnec appelle la contraction 
des ventricules, ne saurait être d'un grand poids; car ii est 
évident que le reflux du sang dans les veines doit toujours être 
postérieur et non isochrone à la contraction des oreillettes, 
c'est à-dire à ce qui cause, suivant Laënnec, !e second bruit 
du cœur. Il n'y aurait donc rien d'étonnant à ce que ce bruit 
fût accompli, et l'intervalle de repos qui le suit presque écoulé, 
quand le m<*ivement des jugulaires vient à se manifester. 

Quoi qu'il en soit, les doutes élevés par le professeur Turnei* 
sur la cause du second bruit du cœur méritent quelque audi- 
tion. Déjà ils paraissent avoir excité celle d'un élève en méde- 
cine attaché à l'hôpital de la Charité, qui, dans une note lue 
à l'Académie de médecine au mois de mars i83o , s'est atta- 
ché à prouver : i° que les bruits |Derçus par l'auscultation dans 
l'analyse des battemens du cœur sont dus au choc du sang sur 
les parois de cet organe ou sur celles des gros vaisseaux, et 
non aux contractions des oreillettes ou des ventricules; -a° que 
le bruit clair appartient aux ventricules , et réciproquement le 
bruit sourd aux oreillettes; 3° que le choc de la pointe du 
cœur contre les parois de la poitrine alterne avec le mouve- 
ment du pouls, et n'est point isochrone avec lui; 4° enfin, que 
le repos doit être placé après la contraction des oreillettes. 

M. Pigeaux (c'est le nom de cet élève) n'ayant publié, que 
je sache, aucune des observations sur lesquelles s'appuient ces 



5 2 RtlVTHME DES BATTEMENS DU COEUR- 

quel le pouls est plus rare a été faite sur le même 
sujet. 

Quand le pouls est rare et vif à la fois, ce repos est 
plus long que dans l'état ordinaire, et par conséquent 
plus sensible. Je l'ai trouvé égal à la durée de la con- 
traction des ventricules, chez un apoplectique dont le 
pouls, très prompt, ne battait qu'environ cinquante- 
huit fois par minute. Chez un autre individu qui pré- 
sentait des signes avant -coureurs delà même maladie, 
et dont le pouls , également prompt , ne battait que 
quarante fois par minute , j'ai trouvé que ce repos oc- 
cupait un temps égal à celui dans lequel se faisaient les 
contractions successives des ventricules et des oreillettes. 
11 suit de ces observations que le cœur , loin d'être 
dans un état de mouvement continuel , comme on le 
pense communément, présente des alternatives de repos 



quatre propositions, il ne m'est pas possible de les juger. J'ob- 
serverai seulement qu'avancer que le choc du cœur contre les 
parois thoraciques alterne avec le mouvement du pouls , c'est 
supposer que ce choc n'a pas lieu pendant la contraction des 
ventricules , supposition démentie par toutes les expériences 
connues. J'observerai encore qu'il est difficile de placer le repos 
du cœur après la contraction des oreillettes, lorsqu'on a admis 
que le bruit sourd appartient aux oreillettes et le bruit clair aux 
ventricules, vu que le repos s'observe constamment après ce 
dernier. J'observerai enfin que rapporter les bruits du cœur au 
choc du sang sur les parois des diverses cavités de cet organe, 
c'est admettre implicitement-que ces bruits ont lieu pendant la 
dilatation et non pendant la contraction de ces cavités, opinion 
à laquelle le docteur Barry était arrivé depuis longtemps, ainsi 
que nous le verrons plus bas. M. L. 



RHYTHME DES BATTEMENS DU COEUR. 53 

et d'action dont les sommes comparées ne s'éloignent 
guère des proportions que présentent sous le même 
rapport beaucoup d'autres muscles de l'économie ani- 
male, et particulièrement le diaphragme et les muscles 
intercostaux. En effet, en admettant , par un calcul ap- 
proximatif très voisin de l'exactitude, que, sur la durée 
totale du temps rempli par la succession complète des 
mouvemens du cœur, un quart est occupé par un repos 
absolu de toutes ses parties , une moitié par la contrac- 
tion des ventricules , et un quart par celle des oreil- 
lettes,, on trouvera que, sur vingt-quatre heures, les 
ventricules ont douze heures de repos et les oreillettes 
dix-huit. Chez les individus dont le pouls donne ha- 
bituellement moins de cinquante pulsations par minute , 
le repos des ventricules est de plus de seize heures par 
journée (i). Les muscles du mouvement volontaire eux- 
mêmes n'en ont souvent pas davantage chez les hommes 



(i) J'ai eu occasion d'observer deux individus chez lesquels, 
d'une manière toute spontanée , le pouls s'est rallenti à tel 
point que, pendant plusieurs jours de suite, il ne battit plus 
que vingt fois, et chez l'autre que seize fois par minute. Ce 
singulier ralentissement de la circulation n'existait plus lors- 
que ces malades , qui habitaient la province, vinrent me con- 
sulter à Paris ; mais il avait été parfaitement bien constaté par 
les médecins qui les soignaient dans leur pays. L'un de ces in- 
dividus, âgé de 5o ans environ, présentait quelques accidens 
qui devaient faire soupçonner chez lui une affection de la moelle 
épinière daus sa portion cervicale. L'autre, à peu près de même 
âge, offrait plusieurs signes d'une lésion du cœur: c'était une 
femme, qui avait une douleur habituelle vers cet organe, dou- 
leur qui de temps en temps s'irradiait aux parois de la poitrine et 



54 RHYTHME DES BATTEMENS DU COEUR- 

livrés à des travaux pénibles ; et parmi ceux surtout 
qui servent à maintenir le tronc et la tête dans l'état de 
station , il en est certainement qui se reposent moins, 
d'autant plus que leur action n'est pas toujours complè- 
tement interrompue par le sommeil. 

D'un autre côté,, les muscles soumis à l'empire de la 
volonté, comme ceux des membres, et qui sont par 
cela même exposés à recevoir d'elle une grande énergie 
de contraction, sont aussi ceux qui jouissent du repos 

au bras gauche; elle étouffait, dès qu'elle marchait un peu vite, 
ou qu'elle montait un escalier, et cependant on ne découvraitrien 
d'insolite au cœur , ni par la percussion , ni par l'auscultation. 
Lorsque cette malade fut examinée par moi, elle offrait encore 
un bien grand ralentissement de la circulation, puisque son pouls 
ne battait que vingt-neuf à trente fois par minute; et le mou- 
vement, loin de l'accélérer, le rendait encore plus rare. J'ai 
vu, sous l'influence de la digitale, le pouls baisser plusieurs 
fois à quarante battcmens par minute ; je l'ai vu une seule fois, 
sous la même influence, n'en présenter que vingt-huit. On a cité 
dans la Gazette des hôpitaux (n° du 9 octobre i834) l'obser- 
vation d'un individu chez lequel, à la suite de l'administration 
de la digitale , le pouls se ralentit au point de ne plus pré- 
senter que dix-sept battemens par minute. En se livrant à des 
recherches de ce genre, il faut bien prendre garde de ne pas 
se laisser induire en erreur par certains cas, qui sont loin d'être 
rares , dans lesquels entre des pulsations artérielles fortes et 
facilement appréciables , il s'en place d'autres très petites , et 
qui, contrastant par leur grande faiblesse avec celles qui les pré- 
cèdent et qui les suivent, échappent facilement à l'exploration: 
on croit alors le pouls beaucoup plus rare qu'il n'est réelle- 
ment; il faut au moins être averti de la possibilité d'une mé- 
prise de ce genre. Andral. 



RHYTHME DES BATTEMENS DU COEUR. 55 

le plus long. Chez un piéton qui aura marché douze 
heures sur vingt-quatre , les muscles des jambes et des 
cuisses n'auront réellement agi que pendant six heures , 
puisque les mouvemens des fléchisseurs et des exten- 
seurs sont alternatifs : ceux du tronc 3 au contraire , 
auront été pendant tout le temps de la marche dans 
un état de contraction à peu près continuelle, mais 
beaucoup moins énergique et en quelque sorte auto- 
matique. D'où l'on peut conclure que , chez un homme 
sain, et qui, suivant les règles de l'hygiène, se livre 
habituellement à un exercice proportionné à ses forces, 
la somme du mouvement est à peu près la même dans 
chaque ordre de muscles , et que le cœur ne fait pas 
exception à cet égard. On peut encore tirer des mêmes 
faits cette autre conclusion , conforme d'ailleurs à l'ex- 
périence, que les professions qui , comme celle de la- 
boureur, conduisent à exercer d'une manière à peu 
près égale les diverses parties du système musculaire , 
sont les plus favorables à la santé. 

Cette distribution à peu près égale du mouvement 
dans le système musculaire, malgré une grande inéga- 
lité apparente , semble , au reste , être le résultat d'une 
loi générale dans la nature. Ainsi la durée moyenne 
du jour, la température moyenne, ne diffèrent pas sen- 
siblement, malgré les apparences contraires, au Sé- 
négal et à Pétersbourg ; et une année dans le même cli- 
mat ne présente pas sous ces rapports , non plus que 
sous celui de la quantité de pluie , de différence notable 
avec l'année qui la précède ou qui la suit. Le caicul quj 
précède est exact , soit que Ton suppose que la dilata- 
tion du cœur est passive, soit que l'on admette, comme je 



5(> RHYTHME DES BATTEMENS DU COEUR. 

suis très porté à le faire avec Péchlin (i), qu'elle est 
active : car, dans le dernier cas même, il n'est pas sup- 
posante que les mêmes faisceaux musculaires produisent 
la contraction et la dilatation des cavités du cœur. 

La rareté du pouls est une circonstance favorable 
pour reconnaître l'isochronisme de la contraction des 
ventricules et de la pulsation artérielle. 

Quand, au contraire, le pouls est plus fréquent que 
dans l'état naturel , c'est-à-dire, quand il bat plus de 
soixante-douze fois par minute, cet isochronisme est 
difficile à distinguer ; le repos après la contraction des 
oreillettes ne se distingue plus,, et la durée de la con- 
traction des ventricules est moindre ; celle de la con- 
traction des oreillettes reste la même , ou , si elle est 
plus courte, cette différence est insensible. 

Ces changera ens sont d'autant plus prononcés que 
la fréquence du pouls est plus grande. Il s'y joint or- 
dinairement une diminution de l'impulsion et une 
augmentation du bruit produit par la contraction des 
ventricules. 

Il résulte de ces observations et des précédentes 
(pag. 49 et suiv.) que, quand la contraction des ventri- 
cules devient plus lente que dans l'état ordinaire, l'ex- 
cédent de sa durée n'est pas ordinairement pris sur le 



(i) L'expérience sur laquelle Péchlin fonde son opinion 
consiste à tenir dans la main le cœur d'un animal vigoureux 
d'un requin, par exemple, au moment où il vient d'être sé- 
paré du corps : la dilatation des ventricules est assez énergique 
pour qu'on ne puisse l'empêcher en serrant fortement. 

Note de l'auteur. 



RHYTHME DES BATTEMEINS DU COEUR. 5 7 

temps de la systole des oreillettes , ni même sur celui 
du repos, mais qu'il allonge la somme du temps rempli 
par les contractions du cœur : aussi le pouls est-il 
toujours plus rare dans ce cas. 

L'hypertrophie des ventricules , lorsqu'elle est mé- 
diocre y présente en quelque sorte une exagération du 
rhythme naturel du cœur. La contraction des ventri- 
cules, moins sonore, devient plus facile à distinguer 
de celle des oreillettes. Le repos après cette dernière 
est bien marqué , et contraste sensiblement avec le bruit 
qui le précède et le mouvement qui le suit. 

Mais dans l'hypertrophie portée à un très haut degré , 
le rhythme du cœur est singulièrement altéré. La con- 
traction des ventricules devient extrêmement longue : 
ce n'est d'abord qu'un mouvement obscur et profond, 
mais qui augmente graduellement, soulève l'oreille, et 
produit enfin la sensation du choc. Cette contraction 
n'est accompagnée d'aucun bruit ; ou , s'il en existe, il se 
réduit à une sorte de murmure analogue à celui de la 
respiration. La contraction des oreillettes est extrême- 
ment brève et presque sans bruit ; on l'entend à peine ; 
quelquefois même elle est tout-à-fait insensible , et à 
peine la systole des ventricules a-t-elle cessé qu'ils re- 
commencent à se soulever de nouveau. L'intervalle de 
repos n'existe plus ou se confond avec le commencement 
presque insensible de la contraction des ventricules. 

Dans les cas extrêmes, on n'entend réellement rien , 
si ce n'est l'espèce de murmure que nous venons d'indi- 
quer , et l'on sent seulement un soulèvement correspon- 
dant à chaque battement du pouls. 

Il me paraît évident que la brièveté plus grande de 



58 RHYTHME DES BATTEMEINS DU COEUR. 

la contraction des oreillettes ou son absence apparentene 
tiennent pas seulement, dans ce cas, à la diminution de 
leur force contractile, mais encore à ce que cette con- 
traction commence alors avant que celle des ventricules 
ait tout-à-fait cessé. Cela devient surtout sensible dans 
certains momens où les oreillettes, se contractant avec 
plus de force et d'une manière en quelque sorte convul- 
sive, font entendre une systole très sonore , qui semble 
anticiper sur celle des ventricules et l'arrêter au milieu 
de son développement. Cette anticipation , qui a sou- 
vent lieu dans les palpitations, produit un effet très 
difficile à décrire, quoique facile à reconnaître quand on 
l'a entendu une fois : c'est une sorte de soubresaut ana- 
logue à celui que produirait un ressort placé au-dessous 
du cœur , et qui, se détendant, viendrait à le frapper 
subitement et à interrompre son mouvement. Il semble, 
en un mot, que ce mouvement ne procède pas du cœur 
lui-même, mais d'un organe contractile plus vigoureux 
placé au-dessous de lui. 

Cette contraction convulsive est quelquefois double, 
c'est-à-dire que l'on en entend deux successives sans au- 
cun intervalle ; mais immédiatement après , le cœur re- 
prend son rhythme précédent, et cet accident, pendant 
lequel il me paraît qu'il y a toujours une sorte de dispo- 
sition à la défaillance, n'est jamais que momentané. Il 
est quelquefois difficile à distinguer des pulsations com- 
plètes très brèves dont il sera parlé à l'article des 
palpitations. 

Lorsque les parois du ventricule gauche sont naturel- 
lement minces , ou lorsqu'elles sont amincies , même à 
un degré médiocre , par l'effet d'une dilatation , le 



RHYTHME DES BATTEMENS DU COEUR. 5g 

rhythme des battemens du cœur devient tout- à-fait 
différent. 

L'intervalle de repos après la contraction des oreil- 
lettes n'est plus sensible. La contraction des ventricules 
est plus sonore , elle surpasse moins sensiblement en 
durée celle des oreillettes , et ne s'en distingue plus au- 
tant par la nature du bruit. De ces dispositions , il suit 
nécessairement que, chez les sujets ainsi constitués, 
le pouls doit être habituellement fréquent \ et le syn- 
chronisme de la systole des ventricules et de la diastole 
artérielle plus difficile à reconnaître. Ces sujets sont 
par là même peu propres à fournir un premier objet 
d'observation à l'homme qui veut étudier le mécanisme 
de la circulation à l'aide du stéthoscope. Ii vaut mieux 
ne s'en occuper qu'après avoir bien reconnu, sur des 
sujets plus heureusement constitués, le rhythme naturel 
et parfait du cœur que nous avons exposé ci-dessus(p. 45). 

Aux phénomènes que nous venons d'exposer se joi- 
gnent, comme nous l'avons dit, un choc moindre 
pendant la contraction des ventricules (p. 19), et une 
grande étendue des battemens du cœur (p. i4). Ces 
signes réunis indiquent constamment un cœur disposé à 
la dilatation, c'est-à-dire, pour prendre un terme de 
comparaison dans un objet qui ne peut en avoir de fixe , 
un cœur dans lequel les parois du ventricule gauche 
ont , au plus , une épaisseur double de celles du ven- 
tricule droit. 

Cet état du cœur est naturel ou congénital chez 
beaucoup d'hommes. Les sujets chez lesquels il existe 
peuvent vivre pendant un grand nombre d'années dans 
un état de santé parfait : seulement cette disposition 



60 RHYTHME DES BATTEMEKS DU COEUR. 

coïncide ordinairement avec une constitution délicate , 
une stature grêle et des muscles peu volumineux. Leur 
poitrine est étroite et leur respiration habituellement 
un peu courte. Dans les fièvres et les maladies des or- 
ganes de la respiration, ils éprouvent , toutes choses 
égales d'ailleurs, une dyspnée plus grande que les ma- 
lades d'une constitution différente. Pour peu qu'une 
semblable disposition augmente, il en résulte nécessai- 
rement une dilatation du cœur. 

Les changemens que cette dernière maladie produit 
dans le rhythme du cœur consistent seulement en une 
augmentation de tous les caractères qui indiquent un 
cœur à parois minces. La contraction des ventricules 
devient aussi courte et aussi bruyante que celle des 
oreillettes: et, par conséquent, le pouls devient très 
fréquent, l'isochronisme de la pulsation artérielle et de 
la contraction de* ventricules devient impossible à 
sentir; quelquefois même il semble que, par un ren- 
versement de l'ordre naturel , le pouls vienne frapper 
les doigts au moment même où le bruit produit par la 
contraction des oreillettes se fait entendre. Ce phéno- 
mène n'est souvent qu'une illusion d'acoustique due à 
la fréquence des contractions du cœur. Mais cependant 
il est un certain nombre de sujets chez lesquels , dans 
l'état de santé même, l'isochronisme des battemens des 
ventricules et du pouls n'est pas parfait , la diastole ar- 
térielle retardant toujours un peu. A ces signes tirés du 
rhythme des battemens du cœur , il faut ajouter que ces 
battemens ne produisent aucun choc sensible (p. iq), 
qu'ils s'entendent dans tous ou presque tous les points 
de la poitrine (p. i4)> et quelquefois avec autant ou 



RHYTHME DES BATTEMENS DU COEUR- 6t 

plus de force sous les clavicules et les aisselles qu'à la 
région même du cœur. Ce dernier caractère surtout 
peut être regardé comme pathognornonique, si le sujet 
n'est pas phthisique et pectoriloque dans les points 
dont il s'agit (page 12); il est, ainsi que tous les 
autres , d'autant plus prononcé que la dilatation est plus 
intense. 

Tels sont les phénomènes que présente le rhythme 
régulier du cœur, tant dans l'état sain de cet organe , 
que lorsque les parois de ses ventricules sont épaissies 
ou amincies (1). Mais , dans beaucoup de circonstances, 
qui toutes ne constituent pas des maladies ni même 
des indispositions sérieuses \ ce rhythme est sujet à des 



(1) J'ai cite _, dans ma Clinique médicale , des cas dans les- 
quels le cœur, dérangé de son rhythme accoutumé, présentait 
plus de deux bruits à chacun de ses battemens. M. Bouillaud a 
fait connaître, dans son ouvrage, d'autres cas analogues, 
qui, par les détails qui les accompagnent, présentent un grand 
intérêt : ce sont de remarquables anomalies du rhythme du 
cœur. M. Bouillaud dit n'avoir rencontré ces anomalies que 
chez des malades qui lui ont présenté, après la mort, un ou 
plusieurs des orifices du cœur rétrécis, les valvules indurées, et 
plus souvent des traces d'une péricardite plus ou moins récente. 
Tantôt ; au lieu de deux bruits, il en a trouvé trois, et tantôt 
quatre. Dans un des cas qu'il rapporte, le premier bruit était 
formé d'un mélange du claquement normal et d'un léger souffle; 
il était suivi de deux autres qui se succédaient coup sur coup 
et étaient atcompagnés d'un craquement sec, puis on enten- 
dait un quatrième et dernier bruit qui était un souffle très pur. 
Chez un autre malade il a entendu plusieurs jours de suite trois 
bruits, et les jours suivant quatre. Andral. 



02. RHYTHME DES BATTEMENS DU COEUR. 

anomalies variées : les médecins les réduisent ordinai- 
rement à trois espèces principales , les palpitations , les 
irrégularités et les intermittences : nous les rapporterons 
en conséquence à ces trois chefs , et nous les décrirons 
sous ces noms, après que nous aurons exposé les ano- 
malies que présente le bruit du cœur. 

J'ai supposé, dans tout ce chapitre, le cœur sain ou 
affecté d'une manière semblable et égale dans ses cavités 
droites et gauches ; mais lorsque l'un des côtés du cœur 
seulement est affecté, et particulièrement dans le cas 
de rétrécissement des orifices , le rhythme , le bruit et 
la force d'impulsion des deux côtés peuvent différer assez 
pour qu'on puisse être tenté de croire à l'existence de 
deux cœurs. 

J'ai employé partout l'expression de contraction des 
oreillettes : par cette expression , je n'entends rien pré- 
juger sur une question élevée dernièrement par mon 
ami M. le docteur Barry , médecin distingué des armées 
anglaises. Ce médecin a cherché à démontrer par des 
expériences directes, dont il a présenté les résultats à 
l'Académie des Sciences, que la pression atmosphérique 
est la cause principale de la circulation veineuse (1). Il 
remarque d'abord que la dilatation des parois de la 
poitrine dans l'inspiration produit une tendance au 



(i)V . Recherches expérimentales sur les Causes du mouve- 
ment du sang dans les viscères, etc., par David Barry, M. -D., 
chevalier de l'ordre de la Tour et de l'Epée , ex-premier chi- 
rurgien de l'armée Portugaise. Paris, 1825, chez Crevot, li- 
braire. 



RHYTHME DES BA.TTEME>S DU COEUR. 63 

vide dans toute la cavité thoracique ; que les parois du 
péricarde et du cœur suivent ce mouvement 5 d'où il 
résulte qu'en même temps que l'air se précipite dans les 
bronches, le sang est attiré avec rapidité dans l'oreillette 
droite , et par la même raison, ainsi que par suite de la 
pression qu'éprouvent les vaisseaux pulmonaires, il se 
précipite en même temps dans l'oreillette gauche. Les 
expériences principales sur lesquelles se fonde M. Barry 
sont les suivantes : i° si l'on introduit dans la veine 
jugulaire interne d'un cheval un tube de verre coudé 
qui plonge de l'autre côté dans un vase plein d'une li- 
queur colorée , cette liqueur est attirée à chaque inspi- 
ration dans la veine, et bientôt il ne reste plus rien dans 
le vase ; 2 la même expérience faite en adaptant le tube 
de verre à un siphon métallique que Ton introduit dans le 
péricarde donne absolument le même résultat; 3° si, 
après avoir incisé les tégumens de l'abdomen d'un cheval 
et écarté la masse intestinale , on dégage la veine cave 
et on la tient quelque temps dans la main , on sent la 
veine se vider régulièrement et devenir flasque à chaque 
inspiration. Témoin de plusieurs des expériences de 
M. Barry, je suis convaincu de l'exactitude de son 
opinion, quanta L'influence delà pression atmosphérique 
sur la circulation veineuse, influence à laquelle on n'avait 
fait jusqu'ici aucune attention (1). La découverte de 



(1) La manière dont Haller a traité la question du mouve- 
ment du sang dans les veines montre combien il est quelque- 
fois difficile d'atteindre la vérité, lors même qu'on est arrivé à 
la toucher, pour ainsi dire, du doigt. Après avoir posé en prin- 
cipe que la principale cause du mouvement du sang veineux 



64 RHYTHME DES BATTEMENS DU COEUR. 

M. le docteur Barry est, à mon avis, le complément le 
plus remarquable qu'ait encore reçu celle de son illustre 
compatriote Harvey. Or, admettant, comme je le fais, 
la proposition de M. Barry, il semble d'adord évident 
qu'on ne peut se refuser a regarder avec lui les oreil- 
lettes comme des réservoirs habituellement pleins où 
les ventricules puisent à chaque diastole ; et que dès- 
lors ce que j'ai décrit sous le nom de contraction des 
oreillettes ne doit s'entendre que de leurs sinus ou ap- 
pendices. S'il en était autrement, et si l'oreillette se 



est l'action même du cœur, il entrevoit la tendance au vide 
dans les oreillettes ( Elem. phys., lib. vi, sect. iv, § 4)> ma is 
cependant il regarde l'action musculaire (ibiâ., § 6) comme 
la cause qui contribue le plus au mouvement du sang dans les 
veines, après l'impulsion primitive donnée parle cœur. Plus 
loin , il décrit avec soin les phénomènes de la dérivation opérée 
par l'ouverture d'une veine, ou par l'abord du sang rendu 
plus facile dans diverses parties du système veineux à raison 
de circonstances accidentelles , et il oublie de rechercher la 
cause de ce phénomène, qui est évidemment la pression atmos- 
phérique. Enfin, il arrive aussi près que possible du fait dé- 
couvert par M. Barry. Il a vu les veines se désemplir manifes- 
tement dans l'inspiration , se gonfler dans l'expiration. Mais ici 
il cesse d'observer : il suppose que ce dernier phénomène a 
lieu par reflux (ibid., § io), et il s'en tient à cette proposition, 
que la respiration peut être rangée parmi les causes, qui d'un 
côté favorisent, et de l'autre retardent le mouvement du sang 
veineux : quœ motum sanguinis venosi parùm adjuvant , 
parùm morantur, neque adeb inler auxiliares causas reclè 
rejeruntur, neque inter eas quœ sanguinis venosi motum re- 
tardant ( ibid.y § S). Note de V auteur. 



RHYTHME DES BATTEMENS DU COEUR. 65 

contractait en totalité , l'inspiration devrait constam- 
ment déranger la régularité des battemens du cœur , ce 
qui n'arrive pas. Je crois que la vérité se trouve ici dans 
un moyen terme : il me paraît évident , comme à 
M. Barry, que les oreillettes sont des réservoirs qui con- 
tiennent habituellement beaucoup plus de sang que les 
ventricules n'en prennent à chaque diastole, et que le 
sinus ou l'appendice se contracte avec beaucoup plus 
d'énergie que le corps de l'oreillette ; mais ce dernier ne 
me paraît pas pour cela entièrement passif, et l'inspec- 
tion attentive du cœur mis à nu chez un animal me 
paraît même prouver que la totalité de Foreillette se 
contracte avec les ventricules, quoique cette contrac- 
tion soit beaucoup plus énergique et plus sensible dans 
le sinus. Si l'inspiration ne produit habituellement 
aucune altération dans le rhythme du cœur , c'est sans 
doute parce que , le tissu de Foreillette étaut éminem- 
ment élastique et extensible, peut être notablement 
distendu sans inconvénient au moment même où le 
mouvement de contraction s'y fait sentir, si ce mouve- 
ment de contraction vient à coïncider avec l'inspiration. 
Si l'on rapproche des expériences de M. le docteur 
Barry l'observation de Péchîin sur la dilatation active 
du cœur d'un requin ou de tout autre animal vigou- 
reux, au moment où on vient de le séparer du corps, 
dilatation tellement énergique qu'elle fait ouvrir la 
main qui tente de la comprimer (1), le mécanisme de la 

(i) Je sais les objections que l'on peut faite contre l'expé- 
rience de Péchlin. On peut penser que le gonflement et le 
raccourcissement des fibres du cœur dans la contraction peuvent 

m. 5 



66 RHYTHMK DES BATTEMENS DU COEUR. 

circulation veineuse devient facile à comprendre : le 
sang arrive en abondance dans les oreillettes à chaque 
inspiration, et les ventricules puisent à chaque dias- 
tole dans ces réservoirs ; la contraction de l'oreillette 
est une réaction nécessitée par la dilatation du ventri- 
cule ; elle empêche l'effet du vide de se faire sentir , 
parce qu'elle est isochrone à la diastole du ventricule. 
Beaucoup de faits plus ou moins connus s'expliquent 
aisément, ainsi que le remarque M. Barry, par ceux 
dont nous venons de parler, et entre autres l'abaisse- 
ment du cerveau dans l'inspiration et son élévation ou 
plutôt sa dilatation dans Fexpiration ; le reflux du sang 
dans les veines jugulaires par les efforts de la toux ou 



simuler une dilatation. M. Barry a remarqué (Mémoire cité) 
qu'aucun faisceau des fibres du cœur ne semble disposé pour 
la dilatation , ce qui ne me paraît pas rigoureusement çxact , 
même pour les parois des ventricules , et ce qui est évidemment 
inexact pour les piliers, puisqu'ils sont disposés d'une telle 
manière que leur contraction doit nécessairement abaisser les 
valvules. Mais il n'est nullement nécessaire que la dilatation 
des ventricules soit active pour que le mécanisme de la circula- 
tion soit tel que nous le concevons. Il est certain que les ven- 
tricules , après la cessation de leur contraction , ont plus de ca- 
pacité que pendant sa durée , ou sont plus dilatés. Or, cette 
dilatation active ou passive suffit pour produire la tendance au 
vidc,xm vide virtuel, qui ne peut manquer d'appeler l'effet de 
la pression atmosphérique , et d'attirer le sang de l'oreillette. 
On peut donc regarderaumoinscomme hasardée l'assertion de 
Harvey: «Nequeverum est qitod vulgo auditur, corullo motu 
« suo aut distensione sanguinem in ventriculis attrahere.it 
(De Motu cordis,chap. n .) Note de l'auteur. 



RHYTHME DES BÀTTEMENS DU COEUR. 6"J 

d'une expiration prolongée, et la mort subite déter- 
minée par l'introduction de l'air dans la veine jugulaire 
interne à la suite de l'ouverture de cette veine , acci- 
dent qui a eu lieu deux ou trois fois depuis quelques 
années dans des opérations chirurgicales (i). 

(i) Dans une thèse présentée à la Faculté de médecine tic 
Paris, et qui est le complément du Mémoire précédemment 
cité ( Dissertation sur le passage du sang h travers le cœur, 
par D. Barry, thèses de la Faculté de médecine de Paris, ann. 
1827, n° 117), M. le docteur Barry a cherché à confirmer par 
de nouvelles expériences sa théorie de la circulation , et à 
prouver que la dilatation des ventricules est due , comme celle 
des oreillettes , à l'expansion du thorax dans l'inspiration et 
au vide que cette expansion détermine autour du centre cir- 
culatoire. Seulement il y a entre les oreillettes et les ventri- 
cules cette différence essentielle que les derniers sont doués 
d'une force de contraction si énergique , qu'ils luttent conti- 
nuellement contre la force d'expansion qui les entraîne, d'où 
leurs battemens plus ou moins multipliés dans le cours d'une 
seule inspiration _, tandis que les oreillettes et leurs appendices 
sont dans une dilatation permanente et progressive depuis le 
commencement jusqu'à la fin de l'inspiration. 

Ainsi , selon M. Barry, la circulation cardiaque tout entière 
est sous la dépendance immédiate delà dilatation du thorax dans 
l'inspiration, et pour lui le cœur est en réalité le muscle anta- 
goniste du diaphragme et des autres muscles dilatateurs de la 
poitrine. Il en conclut assez naturellement que, si la force con- 
tractile du cœur n'offre pas assez de résistance à la puissance 
qui le dilate, il y a tendance à la dilatation morbide des ca- 
vités de cet organe; et qu'au contraire, si la puissance dilatante 
est trop faible, il y a tendance à la diminution de ces mêmes 
cavités. Il en conclut encore que les deux sons que le cœur pré- 



68 RHYTHJUE DES BATTEMENS DU COEUR, 

sente à l'auscultation doivent être rapportés à la dilatation de 
ses cavités, et non à leur contraction. Il est d'ailleurs d'accord 
avec Laënnec pour placer le premier de ces sons au moment 
delà dilatation des oreillettes , et par conséquent de la contrac- 
tion des ventricules, et le second au moment de la dilatation 
des ventricules et de la contraction des oreillettes. 

Cette dernière conclusion , la seule qui nous intéresse pour 
le moment, est-elle bien exacte ? Est-il bien vrai que le deu- 
xième son du cœur soit le résultat de la dilatation des ventri- 
cules ; et se peut-il que le repos du cœur, qui suit immé- 
diatement ce deuxième son , ait lieu au moment même où les 
ventricules sont le plus fortement stimulés par le sang qui les 
distend? M. Barry, d'accord en cela avec Harvey et tous les 
expérimentateurs, a constaté dans ses expériences: i° qu'au 
moment où. le cœur se porte en avant et vient frapper contre 
les parois du thorax, les ventricules perdent de leur volume, 
se durcissent , deviennent comme noueux , et sont en un mot 
évidemment contractés; i° que, dans le même temps, les 
oreillettes et leurs appendices se tuméfient, et viennent occu- 
per l'espace devenu vide par suite de la diminution de volume 
des ventricules et de leur mouvement en avant ; 3° qu'au mo- 
ment où le cœur se reporte en arrière, les ventricules sont 
larges, souples, et évidemment dans un état de dilatation; 
4° qu'à ce même moment, les oreillettes et leurs appendices 
diminuent de volume, et semblent, en se contractant, se retirer 
devant les ventricules. M. Barry compare ingénieusement ce 
mouvement de va et vient du cœur à celui du piston d'une 
machine à vapeur, et paraît n'avoir observé aucun intervalle 
de repos entre chacun des temps qui le constituent. Seulement 
sa comparaison suppose que l'un de ces temps est plus prolongé 
que l'autre, et, suivant toute apparence, ce doit être celui où 
le cœur se porte en avant. Il résulterait de là que le premier 
des bruits perçus par l'auscultation, le bruit sourd et prolongé, 
le bruit accomjpagné d'impulsion, le bruit dû à la dilatation 



RHYTIIME DES BA.TTEMËNS DU COEUK. 69 

des oreillettes, suivant M. Barry, ou à la contraction des ven- 
tricules, suivant Laënnec , doit correspondre au mouvement 
du cœur en avant et au choc de cet organe contre les parois 
thoraciques; et que le bruit clair et' bref qui le suit immédia- 
tement, le bruit sans impulsion, doit correspondre au mouve- 
ment du cœur en arrière. Mais comme il est impossible de nier 
qu'après ce second bruit il n'y ait un intervalle de repos, et 
que cet intervalle de repos ne saurait être placé au moment 
où les ventricules sont distendus, il est, je crois, nécessaire 
d'admettre que le mouvement en arrière du cœur n'est pas 
isochrone à la dilatation des ventricules, qu'il la précède un 
peuj et qu'il se passe, entre l'instant où ce mouvement s'exécute 
et celui où les oreillettes entrent en contraction et les ventri- 
cules en dilatation , un temps d'arrêt que l'oreille saisit facile- 
ment, quoiqu'il soit inappréciable à la vue et au toucher. On 
revient dès lors à l'opinion de M. Turner, que le second bruit 
du cœur ne saurait être le résultat de la contraction des oreil- 
lettes , et dépend plutôt de la chute du cœur sur le péricarde 
dans son mouvement en arrière. Peut-être aussi , en considé- 
rant que l'inspection du cœur en action ne justifie nullement 
le temps de repos perçu par l'auscultation, ne serait-il pas hors 
de toute vaisemblance d'admettre que ce prétendu repos cor- 
respond à la contraction des oreillettes trop éloignée pour être 
entendue, et que le second bruit du cœur est une sorte de 
bruit de soupape du au mouvement subit qu'exécutent les val- 
vules mitrales et tricuspides, au moment où les ventricules 
finissent de se contracter, pour venir fermer l'aorte et l'artère 
pulmonaire, et livrer passage au sang qui distend les oreil- 
lettes. C'est une conjecture que je livre pour ce qu'elle vaut. 

M. L. 



7° ANOMALIE DES BRUITS DU CŒUR. 

CHAPITRE V. 

DES ANOMALIES DU BRUIT DU COEUR ET DES ARTÈRES. 

Les phénomènes dont je vais parler sont d'autant plus 
remarquables qu'entre tous ceux qu'a fait connaître 
l'auscultation médiate, seuls ils ne sont liés à aucune lé- 
sion des organes dans laquelle on puisse trouver leur 
cause (i). Ils se rattachent par des circonstances diver- 
ses à un phénomène sensible par le tact et non par l'ouïe, 
et je les décrirai successivement sous les noms de bruit 
de soufflet et de frémissement cataire. 

ARTICLE PREMIER. 

Du bruit de soufflet. 

Le cœur et les artères donnent dans certaines circon- 
stances, au lieu du bruit qui accompagne naturellement 
leur diastole , celui que je désigne sous le nom générique 
de bruit de soufflet, parce que, dans le plus grand 
nombre des cas, il ressemble exactement à celui que 

(i) Je ne saurais laisser passer sans commentaire une pareille 
assertion; et tout en reconnaissant que , dans un assez grand 
nombre de cas, les différens bruits anormaux que font enten- 
dre le cœur et les artères ne se rattachent à aucune lésion sus- 
ceptible d'être découverte par le scalpel , je pense avec tous 
les observateurs modernes que, dans beaucoup de cas aussi, 
ces bruits divers dépendent d'altérations qui sont de nature 
à être découvertes et constatées. Andral. 



BRUIT DE SOUFFLET. 7 I 

produit cet instrument lorsqu'on s'en sert pour animer 
le feu d'une cheminée, et il est souvent tout aussi in- 
tense. Cette comparaison est de la plus parfaite exacti- 
tude. Ce bruit peut cependant présenter beaucoup de 
variétés, dont quelques unes sont même telles que 
l'on aurait peine à croire qu'elles ne constituent, au 
fond, qu'un seul et même phénomène. Mais la rapidité 
avec laquelle elles se succèdent et la manière insensible 
dont elles dégénèrent l'une dans l'autre, ne permettent 
aucun doute à cet égard. Elles peuvent se réduire à 
trois, que je désignerai sous les noms suivans : i° bruit 
de soufflet proprement dit ; 2 bruit de scie ou de râpe ; 
3° bruit de soufflet musical ou sibilant. 

Bruit de soufflet proprement dit. — Le bruit de souf- 
flet peut accompagner la diastole du cœur et celle des 
artères, et leur est lié de telle manière qu'il remplace et 
fait disparaître entièrement le bruit qui leur est naturel, 
en sorte qu'à chaque diastole, le ventricule, l'oreillette 
ou l'artère dans lesquels se passe le phénomène font 
entendre distinctement un coup de soufflet dont le bruit 
cesse pendant la systole (1). Cependant, dans des cas 

(1) C'est toujours pendant la diastole des artères que l'on 
entend les différentes variétés de bruit de soufflet dont ces 
vaisseaux peuvent être le siège; mais au cœur ce n'est pas tou- 
jours pendant la diastole soit des ventricules, soit des oreil- 
lettes qu'on les perçoit. Voici à cet égard ce qu'a appris l'ob- 
servation : 

Dans les cas les plus ordinaires, le bruit de soufflet ou son 
analogue se fait entendre pendant ia systole des ventricules- 
il coïncide par conséquent avec le phénomène du pouls, et 
avec le moment où le cœur vient frapper par sa pointe les pa- 



72 ANOMALIES DU BRUIT DU COEUR. 

très rares , le bruit de soufflet, dans les carotides sur- 
tout P et même dans le cœur, se change en un murmure 
continu analogue à celui de la mer, ou à celui que l'on 
entend lorsqu'on approche de son oreille un gros co- 
quillage univalve : alors on ne peut plus distinguer ou 



rois thoraciques. Tantôt il se montre seulement vers la fin de 
la systole; il en est en quelque sorte la terminaison : tantôt au 
contraire il commence avec elle, et se prolonge pendant toute 
sa durée; lorsqu'il en est ainsi, le premier bruit tout entier 
est couvert ou masqué par le bruit de soufflet, ou par d'autres 
bruits analogues. 

Dans d'autres cas plus rares , le bruit de soufflet coïncide 
avec la diastole des ventricules et avec la systole des oreil- 
lettes : on peut l'entendre soit seulement à la fin , soit pendant 
toute la durée de celle-ci. 

Ce bruit n'est pas constamment perçu dans le même point : 
il y a des cas où on l'entend dans toute l'étendue de la ré- 
gion précordiale; il en est d'autres où il est exlusivement 
appréciable soit sous le sternum , soit derrière les côtes et 
leurs cartilages. On peut l'entendre plus particulièrement vers 
la pointe du cœur, vers le milieu ou enfin vers la base de cet 
organe. 

Etudié sous le rapport des sensations qu'il donne à l'oreille, 
le bruit de soufflet du cœur présente un grand nombre de 
variétés, qu'il est nécessaire d'avoir observé soi-même pour en 
avoir une juste idée, et qu'aucune expression ne saurait repré- 
senter d'une manière exacte. Les deux dénominations de bruit 
de soufflet et de bruit de scie ou de râpe sont peut-être les 
seules qui retracent fidèlement la sensation qu'on éprouve : il 
semble effectivement, lorsque ces phénomènes sont bien pro- 
noncés, que ce soit le jeu d'un soufflet ou d'une scie qu'on 
entende. On peut aussi entendre en divers points de la région 
du cœur une sorte de sifflement plus ou moins prononcé, un 



BRUIT D£ SOUFFLET. ?3 

Ton ne distingue que très faiblement la saccade de la 
diastole. Quelquefois ce bruit continu existe dans une 
des carotides ou des sous clavières, tandis que l'artère 
congénère donne le bruit de soufflet ordinaire , c'est-à- 
dire rhythmique et isochrone à la diastole artérielle. Le 

brait de frôlement, ou bien encore des espèces decrisplus ou 
moins aigus qui rappellent assez bien ceux de certains animaux : 
mais , encore une fois , aucune description ne peut suppléer, 
à cet égard , à l'observation directe. 

Le bruit, de soufflet, celui de scie, etc., peuvent être les 
seuls phénomènes anormaux qu'on observe vers le cœur. J'ai 
dans ce moment devant les yeux un jeune homme de vingt- 
deux ans, entré à la Charité pour une orchite et pour de légères 
douleurs abdominales, et chez lequel aucun symptôme ne por- 
tait à soupçonner l'existence d'une affection quelconque des 
voies circulatoires : il n'avait jamais eu ni douleur à la région 
précordiale, ni dyspnée un peu considérable, ni palpitations 
assez fortes pour fixer son attention; jamais non plus il n'a- 
vait eu la moindre trace d'œdème. En auscultant le cœur, on 
trouvait que le premier bruit était remplacé par un bruit de 
soufflet des plus prononcés ; et il n'y avait d'ailleurs aucune 
espèce de dérangement ni dans l'impulsion du cœur qui était 
nulle , ni dans son rhythme qui avait la plus grande régularité, 
ni dans l'étendue non plus que dans le nombre de ses batte- 
uiens. J'ajouterai que cet individu avait eu à Vàge de douze 
ans un rhumatisme articulaire aigu, qui avait été d'assez longue 
durée. Chez d'autres individus, le bruit de soufflet s'accompagne 
de divers phénomènes morbides vers le cœur, tels qu'augmen- 
tation de l'impulsion , irrégularité ou intermittence des con- 
tractions de cet organe , etc. Ce bruit peut en outre exister seul, 
ou coïncider avec des bruits analogues dans les artères , bruits 
dont il sera question un peu plus bas : mais ce qu'il importe 
de bien remarquer, c'est qu'il n'y a aucune corrélation néces- 



74 ANOMALIES DU BRUIT DU COEUR. 

plus souvent, le bruit de soufflet est exactement cir- 
conscrit par le calibre de l'artère ou par la capacité d'un 
ventricule. D'autres fois, au contraire, il est diffus et 
semble se faire dans un espace beaucoup plus vaste que 
l'artère ou le cœur, dont on ne sent plus du tout l'im- 
pulsion ni la forme. 

saire entre les bruits du cœur et ceux des artères \ bien souvent 
les premiers s'entendent sans que les seconds soient apprécia- 
bles , et vice versa. 

Il est un autre bruit qui accompagne les contractions du 
cœur, et qui paraît dépendre de l'intensité du choc de cet or- 
gane contre les parois thoraciques; il peut aussi dépendre de 
son mode de contraction. Ce bruit a un éclat tout particulier 
qui rappelle celui que fait entendre un métal qu'on vient à 
percuter : on peut en prendre une idée exacte ( ainsi que l'a 
fait remarquer M. Filhos qui, en raison de cette circonstance, 
l'a appelé tintement auriculo-mélallique ) en appliquant la 
paume d'une main sur le pavillon de l'oreille, et en percutant 
sur elle avec un doigt de l'autre main. Cet éclat métallique des 
battemens du cœur se montre dans une foule de circonstances 
où , sans être organiquement malade, le cœur est plus ou moins 
fortement troublé dans son action : aussi l'observe-t-on , par 
exemple, soit dans un grand nombre de névroses de cet organe, 
soit pendant l'existence d'un mouvement fébrile , qui se pro- 
longe plus ou moins. Mais il se montre aussi dans beaucoup de cas 
d'affections organiques du cœur, et surtout dans son hyper- 
trophie. Laënnec, qui avait observé ce bruit, l'avait désigné 
sous le nom de cliquetis métallique. On ne l'entend le plus or- 
dinairement qu'à la légion précordiale; quelquefois cependant, 
on peut le percevoir ailleurs. Ainsi M. Bouillaud dit l'avoir 
entendu très distinctement dans la région de la fosse sous-épi- 
neuse de l'omoplate gauche, chez deux individus atteints d'une 
inflammation très étendue du poumon gauche. Andral. 



BRUIT DE SOUFFLET. ^5 

Bruit de scie ou de râpe. — Le bruit de scie est tout- 
à-fait semblable à celui que donne cet instrument à une 
distance plus ou moins grande; il ressemble encore assez 
bien à celui d'une râpe ou lime à bois , et il porte avec 
lui la sensation âpre que donne le bruit de ces instru- 
mens. 

Bruit de soufflet musical ou sibilant. — Cette variété 
ne se présente que dans les artères r ou au moins je ne 
l'ai jamais rencontrée dans le cœur. Le bruit de soufflet 
artériel dégénère fréquemment , et surtout dans les 
momens où le malade est plus agité que de coutume par 
une cause quelconque , en un sifflement analogue à 
celui du vent qui passe à travers une serrure ou à la 
résonnance d'une corde métallique qui vibre longuement 
après avoir été touchée. La résonnance du diapason 
dont on se sert pour accorder les instrumens à clavier 
peut encore être imitée parfaitement par le bruit sibi- 
lant des artères. 

Ces sons , toujours peu intenses , sont cependant très 
appréciables,, et on peut facilement trouver la note 
qu'ils représentent à un diapason donné ; bien plus, dans 
des cas rares il est vrai, la résonnance monte ou descend 
par intervalles d'un ton ou d'un demi-ton , comme si 
l'artère était devenue une corde vibrante sur laquelle un 
musicien , en avançant ou reculant le doigt , ferait 
résonner successivement deux ou trois notes. Ce fait 
étant un des plus extraordinaires de ceux que m'ait pré- 
sentés l'auscultation , j'en rapporterai ici un exemple 
remarquable. 

Le 1 3 mars 1824 , je fus consulté par une dame chez 



^6 ANOMALIES DU BRUIT DU COEUR. 

laquelle je trouvai quelques signes de plithisie pulmo- 
naire. En explorant la région sous-clavière droite, j'en- 
tendis un bruit de soufflet médiocrement intense. Je 
voulus voir s'il n'existait pas aussi dans la carotide du 
même côté. Je fus étrangement surpris d'entendre., au 
lieu du bruit de soufflet , le son d'un instrument de 
musique exécutant un chant assez monotone , mais fort 
distinct et susceptible d'être noté. Je crus d'abord que 
l'on faisait de la musique dans l'appartement situé au- 
dessous de celui dans lequel nous étions. Je prêtai l'o- 
reille attentivement ; je posai le stéthoscope sur d'au- 
tres points : je n'entendis rien. Après m'être assuré que 
le son se passait dans l'artère, j'étudiai le chant : il roulait 
sur trois notes formant à peu près un intervalle d'une 
tierce majeure ; la note la plus aiguë était fausse et un 
peu trop basse , mais pas assez pour pouvoir être mar- 
quée d'un bémol. Sous le rapport de la valeur ou 
durée , ces notes étaient assez égales entre elles : la 
tonique seule était de temps en temps prolongée , et 
formait une tenue dont la valeur variait. Je notai en 
conséquence ce chant ainsi qu'il suit : 




WÈÈÊSmiM 



TV. 



Le son était faible et comme éloigné , un peu aigre et 
fort analogue à celui d'une guimbarde , avec la diffé- 
rence que cet instrument rustique ne peut exécuter que 
des notes pointées , et qu'ici , au contraire , toutes les 
notes étaient coulées. Le passage d'une note à une 
autre était évidemment déterminé par la diastole arté- 



BRUIT DE SOUFFLET. 7} 

rielle , qui, dans les tenues mêmes, rendait parfaite- 
ment la légère saccade que les musiciens expriment par 
un coulé-pointe '. La faiblesse du son m'avait fait croire 
au premier moment qu'il se passait dans l'éloignement ; 
mais en écoutant attentivement et touchant du doigt 
l'artère , on reconnaissait que le son était lié à un léger 
frémissement de l'artère , qui dans ses diastoles ,, semblait 
venir frotter en vibrant l'extrémité du stéthoscope. De 
temps en temps d'ailleurs la mélodie cessait tout-à- 
coup et faisait place à un bruit de râpe très fort. Cette 
alternation faisait un effet dont je ne puis donner l'idée, 
au risque d'employer une comparaison bizarre , qu'en 
le comparant à une marche militaire dans laquelle les 
sons des instrumens guerriers sont de temps en temps 
interrompus par le bruit rauque du tambour. 

J'étudiai ces phénomènes pendant plus de cinq minu- 
tes. J'interrompis ensuite Fexamen , et je notai ce qui 
précède, en attendant mon confrère M. le doct. Boirot- 
Desserviers , médecin des eaux de Néris , qui devait 
voir avec moi la malade. A son arrivée , nous ne trou- 
vâmes plus dans la carotide qu'un bruit de soufflet, 
médiocre quant à l'intensité , mais extrêmement diffus 
et presque continu. La sous-clavière n'en donnait plus 
du tout. La carotide et la sous-clavière gauches étaient 
dans l'état naturel ainsi que le cœur. Le pouls était régu- 
lier et donnait quatre-vingt-quatre pulsations par mi- 
nute. La malade toussait depuis plusieurs mois et avait 
quelquefois craché du sang en certaine quantité. Elle 
était sujette en outre à éprouver une agitation nerveuse 
assez marquée. 

Depuis celte époque , j'ai rencontré deux sujets dont 



7 8 ANOMALIES DU BRUIT DU COEUR. 

les carotides sifflaient sur deux notes à un intervalle 
d'un ton : 



^^ 



et un troisième chez lequel le sifflement , prolongé jus- 
qu'à la diastole suivante, montait alors d'un demi -ton : 



fe^ 



êz 



T=ë—F 
Jj — i o 



Chez une dame d'une constitution très nerveuse , et 
âgée d'environ trente ans , qui me consulta au mois de 
juillet 1825 , et qui était attaquée d'une légère hyper- 
trophie avec dilatation du ventricule gauche du cœur, 
ce ventricule donnait un bruit de soufflet très marqué. 
La carotide droite donnait un souffle sibilant léger ana- 
logue au son d'un diapason. Ce sifflement était par 
momens isochrone à la pulsation artérielle ; d'autres fois 
il se prolongeait et rejoignait la pulsation suivante , de 
manière qu'on ne pouvait plus distinguer l'isochronisme, 
et que l'effet de ce sifflement ressemblait à la voix d'un 
ventriloque ou à celle d'un ramoneur entendue de loin, 
et sans qu'on puisse distinguer les mots, à raison de 
l'éloignement et de l'étroitesse du tuyau de la cheminée. 
Le lendemain , ce phénomène n'existait plus. 

Le bruit de soufflet sibilant pourrait quelquefois être 
confondu , dans l'artère sous-clavière , par un observa- 
teur inexpérimenté , avec des bruits dont le siège et la 
nature sont tout-à-fait différens. Quelquefois les pulsa- 
tions de cette artère battant violemment pressent assez 
fortement le sommet du poumon pour y déterminer, 



BRUIT DE SOUFFLET. 79 

dans quelques rameaux bronchiques, un râle sibilant 
ou muqueux manifeste, et dont on reconnaît aisément 
la cause par son isochronisme avec la pulsation arté- 
rielle. Je crois même me rappeiler avoir entendu le 
tintement métallique déterminé de cette manière dans 
une excavation tuberculeuse du sommet du poumon. 

Le bruit de soufflet du cœur devient rarement sibi- 
lant , et jamais d'une manière très marquée. 

Le bruit de soufflet , tant dans le cœur que dans les 
artères, peut exister avec ou sans augmentation de la 
force d'impulsion . 

Le bruit de soufflet peut se manifester à la fois dans 
les quatre cavités du cœur et dans toute l'étendue du 
système artériel. Je ne crois pas que les veines puissent 
le donner. Cependant j'ai quelquefois soupçonné que 
le bruit de soufflet confus et sans diastole distincte que 
l'on entend surtout sur les parties latérales du cou, avait 
son siège dans les jugulaires internes ; mais comme, au 
bout de quelques heures, le bruit redevenait rhythmique 
et isochrone à la pulsation de la carotide , il me paraît 
évident que , dans l'un et l'autre cas , cette artère en 
était toujours le siège. Le bruit de soufflet occupe 
beaucoup plus souvent les ventricules du cœur que les 
oreillettes : cepeudant il existe quelquefois uniquement 
dans ces dernières ; très souvent il n'existe que dans l'un 
des ventricules II existe souvent à un haut degré dans 
le cœur, sans que les artères donnent aucun bruit sem- 
blable : plus rarement ces dernières donnentle bruit de 
soufflet simple ou sibilant, le bruit du cœur étant tout 
à-fait naturel. Ordinairement un petit nombre d'artères 
le présentent à la fois , tandis que les troncs dont elles 



80 ANOMALIES DU BRUIT DU COEUR. 

naissent et les rameaux dans lesquels elles se terminent 
ne donnent que leur bruit normal. Les carotides et les 
sous-clavières sont celles qui le présentent le plus ordi- 
nairement; viennent ensuite l'aorte ventrale, la crurale 
et la brachiale. Les artères du côté droit le donnent plus 
fréquemment et avec une plus grande intensité de sons 
que celles du côté gauche. 

Causes du bruit de soufflet. — J'ai vu mourir de 
maladies aiguës ou chroniques très variées , un assez 
grand nombre de sujets qui avaient présenté le bruit 
de soufflet pendant les derniers temps de leur vie ; et 
quelquefois pendant plusieurs mois, d'une manière très 
manifeste \ dans le cœur et dans diverses artères ; et à 
l'ouverture de leur corps, je n'ai trouvé aucune lésion 
organique qui coïncidât constamment avec ces phéno- 
mènes , et qui ne se rencontre fréquemment chez des 
sujets qui ne les ont nullement présentés. Dans la pre- 
mière édition de cet ouvrage , j'avais considéré le bruit 
de soufflet du cœur comme un signe de rétrécissement 
de ses orifices, et effectivement il existe presque toujours 
dans ce cas : mais je l'ai aussi rencontré très fréquem- 
ment depuis chez des sujets qui n'avaient rien de 
semblable ; et d'un autre côlé , j'ai trouvé des ossifica- 
tions des valvules dont l'existence n'avait pas été 
annoncée par cette anomalie. J'avais également remar- 
qué que le bruit de soufflet du cœur se manifestait sou- 
vent dans l'agonie et dans d'autres circonstances où le 
cœur est trop plein de sang , et qu'il cédait alors quel- 
quefois promptement à la saignée. J'inclinais à la même 
époque vers l'idée que le bruit de soufflet des artères 
se liait à la rougeur artérielle regardée par quelques 



BRUIT DE SOUFFLET. Si 

auteurs modernes comme une affection inflammatoire , 
et à laquelle nous consacrerons un chapitre particulier. 
Mais depuis, chez tous les sujets que j'ai eu occasion 
d'ouvrir après avoir présenté le bruit de soufflet artériel, 
j'ai trouvé les membranes de l'artère pâles et tout-à- 
fait saines. « 

Le bruit de soufflet du cœur se rencontre aussi très 
fréquemment chez des sujets qui n'ont aucune affection 
organique de ce viscère. 

D'après ces données , il ne restait que deux conjec- 
tures à faire sur la cause du bruit de soufflet artériel : 
et il était évident qu'il était dû à un état vital particu- 
lier y à une sorte de spasme ou de tension de l'artère ; 
ou bien il devait son origine à un état particulier du 
sang ou à la manière dont ce liquide était mu. Cette 
dernière supposition n'était guère admissible, puisque 
souvent le phénomène existe dans la carotide ou l'ar- 
tère brachiale, la sous-clavi ère et l'aorte ascendante ne le 
donnant pas; et j'inclinais en conséquence vers la pre- 
mière hypothèse , lorsque M. Erman , secrétaire de la 
classe de physique de FAcadémie royale des sciences de 
Berlin , me fit l'honneur de m'écrire au sujet de mon 
ouvrage , au mois de mars 1820. Il me faisait connaître 
des expériences acoustiques sur la contraction muscu - 
laire qu'il avait faites plusieurs années auparavant , et 
qui ont été insérées dans les annales de physique de 
Gilbert (1). 

Les expériences dont il s'agit pouvant conduire à la 



(t) Git.dert's, Annalen fur PI iy sic Je, an». 1812, tom. 1. 
pag. 19. 

111. . 6 



82 ANOMALIES DU BRUIT DU COEUR. 

solution de la question dont nous nous occupons en ce 
moment, je vais les exposer , ainsi que quelques autres 
qu'elles m'ont suggérées. Voici les faits qui m'ont ete 
communiqués par M. Erman; je les extrais de sa lettre 
même , où ils sont présentés sous un point de vue plus 
en rapport avec notre objet que dans le mémoire dont 
je viens de parler. 

Première expérience de M. Erman. — Si on applique 
l'oreille sur le poignet d'an homme qui serre fortement 
le poing, on entend un bruit tout-à-fait analogue à celui 
d'une voilure roulant rapidement dans le lointain, et 
qui , comme ce dernier, se compose de plusieurs bruits 
successifs et très rapprochés. Si la contraction mus- 
culaire cesse , le bruit disparaît entièrement ; si elle 
augmente , les vibrations partielles qui constituent le 
bruit de rotation deviennent plus fréquentes ; si, au 
contraire, l'intensité de la contraction diminue, les 
vibrations deviennent plus rares, et leurs intervalles 
paraissent plus longs. 

Deuxième expérience de M. Erman. — Si^ l'oreille 
et la mâchoire appuyées sur un corps d'une densité 
moyenne, comme un coussin de cuir ou un livre broché, 
on serre fortement entre les dents molaires un nœud 
fait dans un mouchoir , on obtient absolument le même 
résultat. 

M. Erman conclut de ces expériences que la con- 
traction musculaire se compose de reprises et d'inter- 
mittences successives ; que cette succession est d'autant 
plus rapide que la contraction est plus intense, de sorte 
que l'on peut déterminer exactement *on degré d'énergie 
à l'aide d'une montre à secondes. 



BRUIT DE SOUFFLET. 83 

Depuis que M. Erman a bien voulu me communiquer 
ces résultats , j'ai appris que M. Wollaston avait publié 
des expériences semblables dans les Transactions phi- 
losophiques pour Tannée 1810. Je ne sais si M. Erman 
en a eu connaissance , ce qui semble assez probable 
d'après leur ressemblance. Le fait du bruit donné par 
la contraction musculaire, dans l'obturation de l'oreille 
avec le pouce , avait d'ailleurs été reconnu^ ainsi que le 
remarque M. Wollaston , par Grimaldi(i)j qui l'attri- 
buait à Y agitation des esprits animaux qui courent ca 
et la perpétuellement. 

Les expériences de M. Wollaston sont , au reste, les 
mêmes que celles qu'a faites depuis M. Erman. lien 
tire exactement les mêmes conclusions ; et il a cherché 
en outre à démontrer , par une expérience ingénieuse , 
que la rapidité des bruits successifs dont se compose le 
bruit rotatoire est en raison directe de l'énergie de la 
contraction musculaire. A cet effet , pour parvenir à 
compter ces bruits successifs , il a fait , le long d'un des 
bords d'une planche d'environ deux pieds et demi de 
longueur, des crans ou coches ,, à un huilième de pouce 
de distance ; plaçant ensuite le coude sur l'une des 
extrémités de cette planche , et pressant l'ouverture du 
conduit auditif externe avec le pouce , de manière à 
déterminer le bruit musculaire , il a promené un bâton 
arrondi le long des crans de la planche avec une rapi- 
dité qu'il a cherché à rendre telle que le passage d'un 
cran à Fautre fût isochrone à la succession des bruits 
musculaires partiels , et il lui a semblé qu'il parvenait 

(1) Phjsico-mathesis de lumine, p. 383. 



84 ANOMALIES DU BRUIT DU CŒUR. 

aisément à obtenir ce résultat : il a trouvé, de cette ma- 
nière . en comptant les crans de la planche , que .le 
maximum des contractions observées dans une seconde 
était de 35 ou 36, et le minimum de i4 à i5, et que les 
contractions étaient d'autant plus rapides que le mouve- 
ment musculaire était plus énergique. 

M. Wollaston parait, au reste, sentir lui-même que 
ce mode de détermination n'a rien de bien exact. Pour 
moi, il m'a paru tout-à-fait impossible de comparer les 
successions de sons dont il s'agit , sous le rapport de la 
vitesse, et je doute qu'on puisse y parvenir, soit à l'aide 
de la montre à secondes seule , soit même en y joignant 
un terme de comparaison analogue à celui dont s'est 
servi M. Wollaston. La pensée ne peut suivre, en calcu- 
lant, une telle rapidité et reste même fort en arrière. J'ai 
cherché quelquefois à compter aussi vite qu'il m'était 
possible y les yeux fixés sur une pendule, soit en pen- 
sant les noms de nombre , soit en me servant de ceux 
des notes de la gamme , et je n'ai jamais pu arriver au- 
delà de 7 à 8 dans l'espace d'une seconde. Je sais que 
les doigts d'un musicien peuvent produire une succes- 
sion de sons beaucoup plus rapide^ et que l'oreille 
reconnaît si elle est bien ou mal exécutée , par un 
moyen de comparaison semblable à celui qu'a em- 
ployé M. Wollaston. Elle estime la valeur des notes 
brèves par celles des notes plus longues qu'elle vient 
d'entendre; elle reconnaît les doubles croches à une 
vitesse double de celle des croches, ou quadruple des 
noires , et elle n'a ainsi qu'à comparer la différence 
de l'unité au double ou au quadruple; et si même la 
vilesse devient un peu grande, l'oreille ne peut plus 



BRUIT DE SOUFFLET. 85 

juger qu'à peu près la différence dit simple au double, et 
nullement les notes plus rapides : aussi les marque-t-on 
communément sans valeur sous le nom de notes d'a- 
grément ou déport de voix. Si la vitesse de succession 
devient extrême, l'oreille peut à peine la distinguer de 
la simultanéité. Un arpegio rapide ressemble tout-à-fait 
à un accord, et tous les accords à trois ou quatre cordes 
du violon ou de la basse ne sont réellement que des 
arpegio. Par ces raisons, le moyen d'appréciation de 
M. Wollaston me paraît tout-à-fait nul. 

Nous verrons d'ailleurs, tout-à-Fheure , qu'en répé- 
tant les expériences dont il s'agit d'une autre manière, 
il y a lieu de douter si la rapidité de succession des 
différens bruits est réellement moindre ou plus grande 
dans certaines circonstances. M. Erman m'engageait à 
répéter ses expériences à Faide du stéthoscope, et à 
étendre ces observations à l'étude des affections spas- 
modiques, et particulièrement du tétanos. Je les ai ré- 
pétées un grand nombre de fois sur les muscles de 
toutes les parties du corps, et dans divers états de santé 
ou de maladie, et je vais exposer sommairement les 
résultats que j'en ai obtenus. 

Toutes les fois qu'on applique l'oreille nue ou armée 
du stéthoscope sur un muscle en contraction , et mieux 
encore sur une des extrémités de l'os auquel s'attache 
ce muscle, on entend un bruit analogue à celui d'une 
voiture qui roule dans le lointain , et qui , quoique con- 
tinu, est évidemment formé par une succession de 
bruits très courts et très rappochés. Mais il ne m'a pas 
paru que la rapidité de cette succession et l'intensité du 
bruit fussent dans un rapport bien constant avec l'éner- 



86 ANOMALIES DU BRUIT DU COEUR- 

gie absolue ou relative de la contraction musculaire. Je 
n'ai pas observé de différence évidente à cet égard entre 
un homme de force moyenne et un matelot d'une sta- 
ture athlétique , dont la force , mesurée par différens 
moyens , m'a paru à peu près quadruple de celle d'un 
homme ordinaire. L'énergie relative de la contraction 
ne m'a pas paru accélérer plus évidemment la rapidité 
de la succession des bruits successifs. Si, la tête appuyée 
sur un oreiller un peu ferme, on vient à contracter 
énergiquement les masseters et à diminuer ensuite la 
force de la contraction , dans le premier moment la 
roue semble rouler avec une grande rapidité sur un 
terrain égal; dans le second , au contraire., il semble 
qu'elle roule sur un pavé un peu cahoteux ; ou si Ton 
se fait l'image d'une roue dentelée, la dentelure paraît 
fine et égale dans le premier cas, plus grosse et plus iné- 
gale dans le second , et par conséquent on est d'abord 
porté à penser que la succession de bruit est moins rapide 
dans le dernier. Mais,, en y faisant bien attention, il 
semblerait plutôt que le mouvement s'arrête de temps 
en temps pour un instant très court , sans que, d'ail- 
leurs, la rapidité de succession soit évidemment dimi- 
nuée, lorsqu'on desserre un peu les mâchoires. Quant 
à l'intensité du bruit, elle paraît ordinairement plus 
grande quand la contraction est moindre. Si d'ailleurs on 
prolonge l'expérience, et si l'on maintient pendant quel- 
que temps la contraction au degré où on l'a réduite , le 
bruit rotatoire reprend son premier caractère, et semble, 
comme en commençant , plus sourd et plus rapide. 

Au reste , le bruit dont il s'agit n'accompagne pas 
toutes les contractions musculaires , et il en est de très 



BRUIT DE SOUFFLET. 87 

énergiques qui ne le donnent nullement. Je vais exposer 
successivement les cas dans lesquels j'ai constaté l'exis- 
tence ou l'absence de ce phénomène. 

Quoique l'état de station exige une action muscu- 
laire puissante , aucun des muscles qui l'opèrent ne 
donne de bruit de rotation ; mais si j dans cet état , on 
vient à tendre quelqu'un des muscles qui y concourent, 
ceux de la partie antérieure de la cuisse , par exemple, 
le bruit de rotation se fait entendre. Il en est de même 
dans la contraction tonique volontaire de tous les mus- 
cles. La contraction clonique volontaire } ou suivie d'un 
relâchement alternatif, donne un bruit beaucoup plus 
faible et presque insensible dans la plupart des cas ; elle 
est d'ailleurs beaucoup plus difficile à étudier, à raison 
des mouvemens des membres. 

Le tétanos et les autres spasmes toniques donnent 
quelquefois le bruit de rotation , mais à un degré mé- 
diocre , et très souvent ils ne le donnent pas du tout : 
je ne l'ai point entendu dans les muscles masseters et 
temporaux , chez plusieurs sujets attaqués de trismus. 
Je ne l'ai trouvé dans aucun muscle, chez une jeune fille 
attaquée d'une catalepsie très caractérisée ; mais je l'ai 
entendu chez une dame attaquée d'un catochus dont 
les accès nocturnes duraient autant que le sommeil et 
cessaient au moment où elle se réveillait. Pendant toute 
la durée de l'accès , la malade restait dans un état de 
rigidité tétanique très difficile à vaincre ; le stéthoscope, 
appliqué sur les muscles affectés , donnait un bruit de 
roulement marqué, mais plus faible que celui de la con- 
traction volontaire. 

Une contraction spasmodique très légère et dont l'état 



88 ANOMALIES DU BRUIT DU COEUR. 

apparent du tronc et des membres n'avertit nullement, 
peut, au contraire, donner un bruit de rotation très 
intense, et souvent j'en ai entendu de semblables donnés 
par les grands pectoraux et les grands dorsaux , en 
explorant la poitrine de divers malades pendant qu'ils 
croisent les bras. Il faut même prendre garde de con- 
fondre ces bruits avec ceux qui se passent dans l'intérieur 
de la poitrine, et c'est à quoi l'on est exposé surtout si 
l'on emploie l'auscultation immédiate : car l'effort néces- 
saire pour appliquer exactement l'oreille détermine 
toujours dans les muscles du cou de l'observateur 
lui-même un bruit de rotation très marqué. 

J'ai entendu aussi un bruit de rotation très fort et qui 
me paraissait dû à la contraction du muscle peaucier, 
chez un sujet attaqué de fièvre continue grave. 

J'ai cherché à étudier , à l'aide de l'auscultation , un 
mode delà contraction musculaire fort peu connu, dont, 
entre tous les physiologistes, Barthez seul, à ma connais- 
sance, a dit quelque chose, et qu'il a désigné sous le nom 
de force de situation fixe. Certains individus, d'ailleurs 
d'une force médiocre, ont la singulière faculté de mettre 
quelque partie de leur corps dansune situation donnée, et 
de l'y maintenir par une sorte de Spasme tellement éner- 
gique que l'on fracturerait les os plutôt que de vaincre la 
résistance musculaire. C'est surtout parmi les bateleurs 
que l'on rencontre des exemples de cette propriété- Ainsi 
Ton en voit qui portent des poids énormes sur la mâchoire 
inférieure , d'autres sur la jambe fléchie en arrière ; 
quelques-uns, et ce sont ordinairement des femmes, 
posent l'occiput sur une chaise, les talons sur une autre, 
courbent leur corps en arc, et se font poser sur la poi- 



BRUIT DE SOUFFLET. 89 

trine une enclume du poids de plusieurs quintaux sur 
laquelle on coupe , à grands coups de marteau , une 
barre de fer. L'envie d'échapper au service militaire a 
porté plusieurs individus, qui avaient cette force de 
situation fixe dans divers membres, à simuler desanky- 
loses de l'épaule, du coude et du genou surtout. J'ai 
été témoin moi-même d'un cas de ce genre. Un mili- 
taire,, homme d'une force et d'une stature moyennes, se 
présenta, en 1795 , à la visite de réforme. Il venait de 
passer six mois à l'hôpital , à la suite d'un coup de feu 
qui ne paraissait avoir intéressé que la peau et le tissu 
cellulaire, à un pouce au-dessus de la rotule droite. Cet 
homme était guéri depuis longtemps; mais la jambe 
était restée fléchie à angle droit sur la cuisse, et le genou 
paraissait ankylosé, quoique rien n'indiquât une affection 
de l'articulation. Tous les efforts d'extension faits par des 
hommes robustes furent inutiles , et en conséquence on 
lui donna son congé. Le jour même, Fun des chirur- 
giens qui avaient assisté à l'examen le rencontra mar- 
chant très librement et la béquille sous le bras. Il paraît 
que des supercheries de ce genre se sont multipliées ; car 
dans les dernières instructions relatives à la conscription, 
on trouve un article qui prescrit, dans les cas d'anky- 
lose sans déformation évidente de l'articulation , de 
faire mettre le membre dans une machine qui puisse 
produire une extension modérée , et de faire placer un 
factionnaire à côté de l'individu pendant un certain 
nombre d'heures pour l'observer. 

La propriété dont il s'agit étant assez rare , j'ai été 
longtemps avant de trouver l'occasion de l'étudier. 
Enfin, je suis venu à me rappeler un jeu d'écolier qui 



gO ANOMALIES DU BRUIT DU COEUR. 

m'a paru devoir rentrer tout-à-fait dans la catégorie des 
faits que Barthez entend désigner sous le nom de force 
de situation fixe : si l'on affronte l'extrémité des doigts 
de chaque main à un pouce de distance du sternum , les 
coudes médiocrement écartés du tronc , que l'on appli- 
que une courroie sur chaque coude , et que deux 
hommes , chacun plus fort que le sujet de l'expérience, 
tirent sur les courroies de toutes leurs forces, mais sans 
saccade j ils ne parviendront jamais à lui faire écarter 
les doigts. Dans cet état, on ne s'aperçoit pas soi-même 
qu'on emploie une force très considérable pour résister 
à la traction qui se fait sur les membres. J'ai étudié par 
l'auscultation la contraction des muscles grands pecto- 
raux et grands dorsaux pendant cette expérience > et je 
n'ai entendu aucun bruit de rotation. 

De ces faits contradictoires on peut conclure i° que 
la contraction musculaire est accompagnée, dans la plu- 
part des cas , d'un bruit de rotation, c'est-à-dire formé 
par la succession de sons intermittens ou rémittens 
tellement rapprochés qu'ils se confondent; 2 que les 
circonstances où ils n'existent pas ne peuvent encore être 
déterminées qu'expérimentalement ; 3° que la puissance 
de la contraction musculaire , considérée soit absolu- 
ment , soit relativement à l'individu, ne parait être pour 
rien dans la production ou l'intensité de ce bruit. J'ai 
trouvé également que l'intensité du bruit de rotation 
n'était proportionnée ni au volume, ni à la longueur des 
muscles ou de leurs tendons; que ce bruit n'accompagne 
pas la roideur cadavérique ; qu'il n'a pas lieu dans le 
moment où l'on détruit cette roideur en étendant avec 
force les muscles roidis , ni dans les mouvemens que 



BRUIT DE SOUFFLET. 91 

l'on imprime ensuite aux membres du cadavre ; qu'il 
n'existe pas dans la contracture permanente et chro- 
nique des membres , telle que celle qui a lieu chez les 
scorbutiques , les sujets attaqués de goutte atonique , et 
quelques paralytiques par suite d'apoplexie. 
• En faisant les diverses expériences que je viens de 
rapporter, je fus souvent frapftë de la ressemblance par- 
faite qu'a le bruit musculaire , dans certaines circon- 
stances, avec le bruit de soufflet des artères et du cœur. 
Dans l'expérience de la contraction des masseters > la 
tête appuyée sur l'oreiller , surtout si l'on contracte et 
resserre alternativement les muscles , on obtient un 
bruit tout-à-fait semblable à celui d'une artère qui 
donne le bruit de soufflet. Dans l'expérience suivante, 
la similitude est encore plus parfaite : 

Si l'on applique le stéthoscope sur l'un des condyles 
de l'humérus d'un homme dont un aide soutient le bras, 
et qu'on lui dise d'étendre et de fléchir alternativement 
et sans effort l'avanl-bras sur le bras , on entend un 
bruit tout-à-fait semblable à celui que donne le jeu d'un 
soufflet. Cette similitude parfaite du bruit musculaire 
intermittent et du bruit de soufflet du cœur et des 
artères me paraît décider entièrement les questions que 
j'ai posées ci-dessus sur la nature de ce bruit, et prouver 
qu'il est dû à une véritable contraction spasmodique, 
soit du cœur, soit des artères. La possibilité d'un spasme 
du cœur n'a pas besoin d'être démontrée , puisque cet 
organe est musculaire. Quant aux artères , les fibres 
circulaires dont se compose leur membrane moyenne 
ou fibreuse semblent annoncer un tissu doué de la 
faculté de se contracter. Rien ne prouve d'ailleurs que 



02 ANOMALIES DU BRUIT DU COEUR. 

le tissu musculaire seul soit susceptible de contraction 
et de spasme , ou plutôt une multitude de faits prouvent 
le contraire • puisque l'on trouve, dans divers cas patho- 
logiques, les conduits cystique, hépatique ou cholédoque 
contractés au point d'empêcher le passage de la bile et 
de produire un ictère universel; que l'urètre et les con* 
duits lacrymaux se contactent souvent manifestement 
sur la sonde , et que la peau même se crispe et présente 
la chair de poule par l'effet d'une impression morale. 

D'un autre côté , les circonstances dans lesquelles se 
développe le bruit de soufflet , la rapidité avec laquelle 
il paraît et disparaît dans quelques circonstances , sem- 
blent annoncer un phénomène qui est sous la dépen- 
dance immédiate d'une anomalie de l'influx nerveux. 

Le bruit de soufflet existe presque constamment 
dans le cœur chez les sujets atteints de rétrécissement 
des orifices de cet organe : il se rencontre assez souvent 
chez des sujets atteints d'hypertrophie ou de dilatation ; 
mais on le trouve plus fréquemment encore , tant dans 
le cœur que dans les artères , chez des personnes qui 
n'ont aucune lésion de ces organes et qui sont attaquées 
d'affections très diverses. Le seul trouble de la santé 
qui m'ait paru coïncider constamment ou à peu près 
avec le bruit de soufflet du cœur et des artères , est une 
agitation nerveuse plus ou moins marquée , et qui est 
toujours en raison directe de l'étendue du bruit de 
soufflet, c'est-à-dire du nombre et du volume des ar- 
tères qui le présentent. On ne rencontre, au contraire, 
jamais ce bruit dans l'orgasme fébrile bien caractérisé , 
à moins que le sujet ne soit d'une grande mobilité ner- 
veuse. Nous reviendrons , au reste , sur les symptômes 



BRUIT DE SOUFFLET. 93 

concomitans et consécutifs du bruit de soufflet, à l'article 
des névroses du cœur et des artères. 

Lorsque le bruit de soufflet existe à la fois dans 
l'aorte., dans les carotides et dans les troncs artériels 
des membres., le malade est dans un état d'angoisse et 
d'anxiété extrêmes. Si le cœur et la plupart des artères 
présentent le même phénomène , la vie est en péril ; 
mais cependant il est bien rare que le malade succombe, 
quand il n'y a pas en même temps affection organique 
du cœur. Quand, au contraire, une ou deux artères 
seulement sont affectées , les sous-clavières et les caro- 
tides, par exemple, l'état des fonctions n'annonce pas 
même toujours, à proprement parler, un état de ma- 
ladie. Le bruit de soufflet est très commun, à un léger 
degré, chez les hypocondriaques et les femmes hysté- 
riques. Il se remarque surtout, chez eux , dans la sous- 
clavière, dans la carotide et quelquefois dans l'aorte 
ventrale. Les gens délicats, irritables, sujets à des 
hémorragies sanguines, présentent surtout fréquem- 
ment ce phénomène ; mais je l'ai trouvé aussi chez des 
hypocondriaques déjà sur le retour et très cachec- 
tiques. Je l'ai rencontré fréquemment chez des sujets 
attaqués d'hémorragies diverses , et entre autres d'hé- 
moptysie, de ménorrhagie et d'apoplexie sanguine. 
Il est , au contraire , très rare chez les personnes at- 
teintes d'inflammations franches et graves. Je l'ai ren- 
contré seulement une fois dans toute l'étendue de 
l'aorte chez un enfant délicat et irritable attaqué du 
croup. Le phénomène persista plus de deux ans après 
la convalescence. 

C'est surtout chez les hypocondriaques jeunes et 



p4 ANOMALIES DU BRUIT DU COEUR. 

d'une constitution un peu sanguine que l'on peut se 
convaincre que le bruit de soufflet n'a pas d'autres ca- 
ractères que ceux d'une affection nerveuse et spasmo- 
dique. La plupart de ces sujets ne le présentent que par 
momens et dans une ou deux artères seulement. Si, lors- 
qu'ils sont dans un état de calme, on applique le stéthos- 
cope sur la carotide ou au-dessous de la clavicule , on 
n'entend que le bruit naturel des artères. Mais que le 
malade vienne à s'agiter en quelque manière, qu'il 
marche un peu vite, qu'il tousse, qu'il inspire fortement, 
qu'il éprouve une émotion de plaisir ou de chagrin, d'es- 
poir ou de crainte , le son de la saccade artérielle se 
change sur-le-champ en un bruit de soufflet qui quel- 
quefois devient sibilant, et à mesure que le malade se 
calme, redevient sourd et finit par disparaître. 

Chez ces sujets , après que le bruit de soufflet a tout- 
à-fait disparu , on peut le faire reparaître en pressant 
légèrement l'artère avec le doigt au-dessus ou au-des- 
sous du point où l'on ausculte , et surtout en diminuant 
et augmentant alternativement cette pression. Quel- 
quefois même il suffit d'appuyer un peu fortement 
l'oreille sur le stéthoscope. Chez les sujets qui présentent 
le bruit de soufflet dans le cœur ou dans une artère , on 
le détermine souvent à volonté de la même manière 
dans une autre , et particulièrement dans les brachiales 
et les crurales. 

Il me semble que les faits positifs et négatifs que 
nous venons d'exposer tendent tous à prouver que le 
bruit de soufflet est le produit d'un simple spasme, 
et ne suppose aucune lésion organique du cœur ni des 
artères. Ce que nous dirons du frémissement cataire et 



BRUIT DE SOUFFLET. g5 

des phénomènes de la grossesse confirmera encore cette 
proposition (i). 

(i) M. Andral pense que le bruit de soufflet peut , dans quel- 
ques circonstances, être rapporté à une augmentation de la 
quantité du sang. Je suis tout-à-fait de son avis, et le bruit de 
soufflet qu'on observe quelquefois chezles pléthoriques, chez 
les sujets menacés d'une hémorragie prochaine , chez la plupart 
des femmes à l'approche de leurs règles , et qui , dans ces der- 
niers cas , n'a guère lieu que dans les vaisseaux qui avoisinent 
les parties par où l'hémorragie doit se faire , me paraît, comme 
à lui , être dû plutôt à cette cause qu'à un trouble de l'inner- 
vation. Je donne des soins depuis plusieurs années à un jeune 
homme dont le cœur est plus volumineux qu'il ne devrait être, 
sans qu'il y ait précisément hypertrophie, et qui éprouve 
souvent en conséquence le besoin d'être saigné. On entend 
habituellement chez lui, dans le cœur, l'aorte, les sous- cla- 
vières, les carotides, et même les brachiales, un bruit de 
soufflet très prononcé; mais jamais ce bruit n'est si fort ni si 
étendu que lorsque le besoin d'une saignée nouvelle se fait 
sentir , au point que j'ai quelquefois chez lui tiré l'indication 
de la saignée de cette augmentation du bruit de soufflet. Tou- 
tefois , ce phénomène est une exception , et il est beaucoup 
plus commun de voir le bruit de soufflet augmenter après 
qu'avant la saignée. J'ai même vu quelquefois, chez des 
femmes chlorotiques , ce bruit de soufflet diminuer et dispa- 
raître après quelques semaines de l'usage des ferrugineux et 
d'une alimentation mieux dirigée, c'est-à-dire lorsqu'on les 
avait mises dans des conditions propres à augmenter la masse 
du sang, ou tout au moins à en modifier les qualités. M. L. 
Frappé dçs cas incontestables dans lesquels le bruit de 
soufflet du cœur existe sans aucune lésion organique qui puisse 
en rendre compte, Laënncc , comme je l'ai déjà dit dans une 
précédente note, a voulu faire jouer un trop grand rôle au 
spasme du cœur dans la production de ce bruit. Voici . dans 



96 ANOMALIES DU BRUIT DU COEUR. 

Avant de terminer cet article , nous croyons devoir 
dire deux mots de quelques phénomènes qu'un obser- 

l'état actuel de nos connaissances, ce que me paraît avoir appris 
l'observation sur les causes variées tant du bruit de soufflet 
que des autres bruits que Ton peut entendre à la région pré- 
cordiale. 

Ces bruits peuvent résulter : 

i° De la gêne qu'éprouve le sang à traverser aussi libre- 
ment que de coutume les différens orifices du cœur ; 

2 Du reflux insolite du sang à travers les orifices par lesquels 
il a déjà passé ; 

3° D'une modification survenue dans le jeu des valvules et 
dans leurs mouvemens ; 

4° D'un mode anormal de contraction dutissucharnu ducœur; 

5° D'une augmentation survenue dans sa force d'impulsion; 

6° D'une tumeur qui a exercé sur lui une compression plus 
ou moins considérable ; 

7 Du frottement que les deux feuillets du péricarde exer- 
cent l'un contre l'autre , dans les cas où les tissus qui occupent 
ce sac membraneux sont altérés; 

8° Il reste enfin des cas non encore suffisamment expliqués 
dans lesquels certains de ces bruits prennent naissance; c'est ce 
qu'on observe d'une part chez les chlorotiques, et d'autre part 
chez les individus qui ont subi des pertes de sang abondantes 
et rapides. Hâtons-nous d'ajouter que, dans ces cas, les bruits 
anormaux qui se manifestent au cœur sont beaucoup plus rares 
que ceux dont les artères deviennent le siège. 

Reprenons tour-à-tour chacun de ces ordres de causes. 

A. Les circonstances qui s'opposent à ce que le sang traverse ^ 
librement les diverses cavités du cœur sont de plusieurs sortes, 
elles ont toutes pour résultat, sinon constant et nécessaire, au 
moins fréquent , de donner lieu à la production des différens 
bruits de soufflet, de sifflement, de scie, de râpe, de frôle- 



BRUIT DE SOUFFLET. 97 

valeur peu expérimenté pourrait quelquefois confondre 
avec ceux dont nous venons de parler. Le premier est 

ment, etc. J'ai dit que ce résultat n'était ni constant ni néces- 
saire ', en effet , il m'est souvent arrivé de rencontrer après la 
mort les valvules aortiques épaissies et déformées par des ossi- 
fications, chez des sujets qui, pendant la vie, ne m'avaient 
présenté, à la région du cœur, aucun bruit insolite. Cette ano- 
malie me paraît surtout être commune chez les individus 
avancés en âge. Il n'est pas non plus très rare de rencontrer des 
personnes dontle pouls, intermittent et inégal, paraît annoncer 
qu'un obstacle considérable s'oppose à la libre sortie du sang à 
travers l'orifice aortique, et qui cependant n'offrent, comme 
les précédens, aucune trace de bruit de soufflet ou autre à la 
région du cœur. 

Les circonstances qui , en empêchant le sang de passer avec 
sa liberté accoutumée à travers les orifices, produisent le bruit 
de soufflet ou ses analogues , peuvent être rapportées à une 
modification survenue dans la quantité même du sang, à un 
changement de diamètre des cavités du cœur, au rétrécisse- 
ment de ses orifices, à la perte du poli de sa surface interne. 

J'ai signalé depuis longtemps Fétat pléthorique comme une 
des conditions de l'organisme au milieu desquelles peut se pro- 
duire le bruit de soufflet du cœur : la note précédente, de 
M. M. L. , expose mes idées à cet égard, et les confirme. 
Je crois qu'en pareil cas on peut se rendre compte de la 
manifestation de ce bruit en admettant que les cavités du 
cœur se trouvent momentanément trop petites et ses orifices 
trop étroits relativement à la quantité surabondante de sang 
qui, dans un temps donné, doit les traverser; une saignée peut 
alors le faire disparaître ; nous verrons au contraire, plus bas, 
d'autres cas dans lesquels cette même saignée lui donne sur-le- 
champ naissance. Je dois ajouter, toutefois, que je n'ai jusqu'à 
présent rencontré que très peu d'individus chez lesquels j'aie pu 

jii. 7 



98 ANOMALIES DU BRUIT DU COEUR. 

le bourdonnement de la conque marine ; le second , 
le cliquetis métallique dont nous avons déjà parlé ail- 



regard er le simple état pléthorique comme la cause véritable- 
ment productrice du bruit de soufflet du cœur : il y a d'autres 
états de l'économie, dont je vais successivement parler, qui 
lui donnent bien plus souvent naissance. 

Un changement de diamètre survenu dans les cavités du 
cœur change indubitablement la nature des bruits que cet 
organe fait entendre pendant son battement. L'agrandissement 
de ces cavités a été regardé par Laënnec comme une des cir- 
constances qui augmentent d'une manière notable l'éclat des 
bruits du cœur. J'ai constaté l'existence d'un véritable bruit de 
soufflet chez des malades qui n'avaient d'autre lésion, reconnue 
par l'autopsie , qu'une dilatation de la cavité du ventricule 
gauche avec hypertrophie de ses parois : les orifices du cœur 
avaient leur calibre ordinaire, et les valvules étaient exemptes 
de toute altération. M. Bouillaud a observé des cas analogues : 
il dit seulement que, dans ces cas, le bruit de soufflet ne se 
faisait entendre que par intervalles, et qu'il ne lui semblait 
devenir évident que dans les momens où , sous l'influence 
d'une fatigue, d'un effort ou d'une émotion, il survenait des 
mouvemens du cœur plus violens qu'à l'ordinaire. 

Il est un autre cas inverse du précédent , dans lequel un 
bruit de soufflet apparaît également au cœur : c'est celui où les 
cavités du cœur sont devenues beaucoup plus petites que de 
coutume, soit qu'il y ait simple atrophie de cet organe, soit 
que ses parois ayent subi une hypertrophie concentrique. lime 
semble manifeste que , relativement à la production des bruits 
anormaux, cet état du cœur équivaut àl'étroitessede ses orifices. 

Des concrétions sanguines se forment quelquefois dans le 
cœur pendant la vie. Quel que soit le point de cet organe dans 
lequel elles s'arrêtent , elles ont pour effet de diminuer l'espace 
qui doit être occupé par le sang dans son cours , et par consé- 



BRUIT DE SOUFFLET. 99 

leurs ; et le troisième est un bruit donné par le poumon 
dans certaines circonstances. 

quent elles peuvent aussi donner naissance à des bruits anor- 
maux, et particulièrement au bruit de soufflet : plusieurs ob- 
servations qui tendent à confirmer cette assertion ont été 
publiées. Je crois toutefois qu'il faut ici user d'une grande ré- 
serve , et que, dans les cas où rien sur le cadavre ne peut rendre 
compte des bruits anormaux entendus pendant ia vie, il ne faut 
pas trop légèrement les attribuer aux caillots que l'on trouve 
dans le cœur, car le plus souvent ceux-ci ne se sont formés 
qu'après la mort. J'aurai occasion de revenir plus bas sur ce sujet. 
Enfin l'étroitesse d'un des orifices du cœur, quelle qu'en 
soit la cause, soit congénitale, soit acquise, doit être placée 
au premier rang , sous le double rapport de l'importance et de 
la fréquence, parmi les états morbides qui produisent lebruit de 
soufflet, celui de râpe ou de scie, etc. Tantôt, en pareil cas, 
ces bruits surviennent lentement pendant le cours d'une affec- 
tion chronique de l'organe central de la circulation' tantôt 
ils se manifestent brusquement, et ils sont le premier signe 
qui révèle l'existence d'une maladie du cœur. Il en est ainri, 
en particulier, dans ces cas où, pendant le cours d'un rhuma- 
tisme articulaire aigu , l'endocarde vient à s'enflammer : des 
bruits plus ou moins analogues au bruit de soufflet se pro- 
duisent alors ; soit qu'ils dépendent d'une augmentation subite 
d'épaisseur de la membrane interne du cœur, particulièrement 
vers les orifices et sur les replis valvulairesj soit qu'on doive 
plus spécialement les rattacher à l'obstacle produit par le sang 
lui-même, qui se coagule et s'arrête par une sorte de cristalli- 
sation sur les points où l'endocarde enflammé a perdu son 
poli, comme on le voit aussi s'arrêter et se solidifier dans les 
veines dont un travail de phlegmasie s'est emparé. Les bruits 
de soufflet ou autres, dus à une semblable cause, peuvent ne 
se montrer que d'une mauière momentanée, ou devenir pei- 



lOO ANOMALIES DU BRUIT DU COEUR. 

I. On sait que si l'on approche de son oreille un 
gros coquillage univalve, tel qu'un buccin ou une grosse 



manens, en prenant une intensité de plus en plus grande, et 
en changeant de caractère ; ils peuvent aussi ne se faire en- 
tendre qu'à de certains intervalles , et d'une manière en quel- 
que sorte intermittente, suivant, dans leurs différens degrés 
de développement, les variétés d'engorgement de l'endocarde. 

On observe enfin un certain nombre de cas dans lesquels , 
pour expliquer de légers bruits de râpe ou de frôlement, on 
ne trouve autre chose sur les valvules que quelques inégalités 
et une sorte de dépoli de leur surface , ou d'autres fois une 
augmentation d'épaisseur en certains points de leur étendue. 

B. Il est un état morbide que Laënnec n'avait pas connu , 
et d'où il résulte qu'une ou plusieurs des valvules du cœur sont 
altérées de telle façon qu'elles permettent au sang de revenir 
dans la cavité qu'il vient d'abandonner. Cet état, que Ton 
désigne actuellement sous le nom $ insuffisance des valvules, 
et à la description duquel je consacrerai une note ultérieure, 
produit aussi, pendant chaque battement du cœur, un bruit 
insolite , semblable à celui auquel donne lieu le rétrécissement 
d'un des orifices de cet organe; mais seulement ce bruit a heu 
dans un temps différent. Ainsi , en supposant que ce soit l'une 
des valvules auriculo-ventriculaires qui soit devenue insuffi- 
sante, le bruit de soufflet coïncidera avec le moment de la 
systole des ventricules, ou, en d'autres termes, avec le premier 
bruit du cœur; si, au contraire, l'insuffisance réside dans les val- 
vules artérielles , le bruit de soufflet se fera entendre pendant 
la diastole des ventricules , ou, en d'autres termes, pendant la 
durée du second bruit du cœur. Le souffle qui se produit en 
pareil cas paraît résulter du frottement qui doit avoir lieu, 
de la part de la colonne sanguine , sur le pourtour des orifices 
du cœur à travers lesquels elle vient à repasser, repoussée 
qu'elle est, par l'élasticité de l'artère, vers les valvules, qui ne 



BRUIT DE SOUFFLET. IOI 

porcelaine , on entend un bourdonnement continu que 
le peuple dit être celui de la mer, et qui a lieu au 

peuvent plus se fermer pour s'opposer à son retour dans les 
cavités du cœur. Ce souffle sera plus prononcé, si les valvules 
devenues insuffisantes présentent en même temps dans leur 
texture certaines altérations qui ont produit des inégalités, 
des aspérités plus ou moins considérables, soit à leur surface , 
soit sur leurs bords : or, ce cas est de tous le plus commun. 

C. Si, par leurs mouvemens d'élévation ou d'abaissement, les 
valvules, soit artérielles, soit auriculo-ventriculaires , entrent 
au moins pour quelque chose dans la production des bruits du 
cœur , il doit s'en suivre que toute modification survenue dans 
le jeu naturel de ces valvules , qu'un simple changement dans 
leur degré de tension, d'élasticité, etc., doivent altérer ces 
bruits, soit sous le rapport de leur intensité, soit sous celui de 
leur nature. 

D. Bien qu'à l'état normal la contraction même du tissu 
charnu du cœur ne semble pas être la cause principale de ses 
bruits , il est cependant très vraisemblable que , lorsque cette 
contraction devient beaucoup plus énergique, elle apporte 
dans les bruits du cœur un changement , d'où résulte dans ces 
bruits un autre timbre , et souvent aussi une modification dans 
leur durée. On ne peut pas nier , par exemple, quelle que soit 
l'explication qu'on veuille donner du phénomène, que, lorsque 
les parois du ventricule gauche sont considérablement épaissies, 
le premier bruit ne se prolonge davantage, et ne devienne 
beaucoup plus sourd. 

E. Ce que je viens de dire de l'influence exercée par une 
modification survenue dans la contraction normale du cœur , 
sur la nature ou sur l'intensité des bruits qu'il fait entendre , 
s'applique aussi à l'influence que doit exercer sur ces mêmes 
bruits l'augmentation du degré ordinaire d'impulsion du cœur 
contre les parois thoraciques. 11 me paraît au moins très vraisem- 



102 ANOMALIES DU BRUIT DU COEUR. 

reste, quoique d'une manière moins marquée, lors- 
qu'on fait l'expérience avec une carafe ou une cafetière. 

Diable, ainsi que je l'ai déjà dit plus haut , que l'apparition du 
tintementmétalliquereconnaîtune semblable cause, bien qu'on 
puisse aussi le rapporter au redressement plus brusque ou plus ra- 
pide des valvules , et que certaines altérations du tissu de ces 
replis puissent aussi concourir à le produire. 

F. Ce n'est encore que par voie d'analogie et par le raison- 
nement que l'on a admis qu'en supposant qu'une tumeur 
développée autour du cœur le comprime assez pour gêner le 
passage du sang à travers ses cavités ou ses orifices , elle devrait 
produire le bruit de soufflet : il faudrait pour cela que cette 
tumeur fut très considérable, et surtout qu'elle eût altéré et 
plus ou moins désorganisé le tissu charnu ducœur, comme dans 
certains cas de cancers de cet organe , dont j'ai publié ailleurs 
les observations. 

G. Les maladies du péricarde doivent aussi être placées au 
nombre des lésions qui sont susceptibles de produire, à la 
région précordiale _, des bruits de nature diverse. Ce sont sur- 
tout les nombreuses variétés de bruit de frottement qui se ma- 
nifestent en pareil cas ; et je pense que ce n'est que dans des 
cas au moins très rares, que le bruit de soufflet est le ré- 
sultat d'une simple affection du péricarde, sans complication 
d'aucune lésion du côté de la membrane interne du cœur. 
M. Bouillaud , qui d'abord , dans un article du Dictionnaire de 
Médecine et Chirurgie pratiques, avait admis que le bruit de 
soufflet pouvait dépendre d'une affection du péricarde, a pro- 
fessé dans son Traité des Maladies du cœur une autre opinion ; 
et il est à cet égard d'un avis semblable à celui que je viens 
d'émettre. Il remarque , avec beaucoup de justesse, que ce qui 
peut ici facilement induire eu erreur, c'est la complication si 
fréquente de la péricardite et d'une inflammation de l'endo- 
carde : ou peut dès lors facilement prendre le change, et at- 



BRUIT DE SOUFFLET. Iû3 

Ce bruit n'a rien de commun avec le bruit musculaire ; 
car il a lieu également si l'on se contente d'approcher 
l'oreille à quelque distance d'un coquillage posé sur 
une cheminée. Il paraît dû au mouvement de l'air -et à 
la répercussion des bruits légers qui se font autour de 

tribuer à la première de ces affections des phénomènes qui 
dépendent de la seconde j et cela avec d'autant plus de facilité 
que les symptômes de la péricardite , plus saillans et plus géné- 
ralement connus, attirent spécialement l'attention. 

H. Dans tous les cas que je viens de passer en revue, les 
différens bruits anormaux que l'on entend à la région du cœur 
peuvent s'expliquer d'une manière toute mécanique : mais en 
dehors de ces cas, on en trouve encore d'autres dont l'expli- 
cation rigoureuse ne saurait être donnée. Tout ce que nous 
savons , et c'est déjà avoir fait un grand pas , c'est que la ma- 
nifestation de ces bruits (qui , différant moins par leur nature 
que par leur intensité, peuvent tous être représentés par l'ex- 
pression générique de bruit de soufflet) coïncide avec certains 
états bien déterminés de l'économie , à savoir, avec une alté- 
ration du sang qui consiste dans une diminution de sa quantité 
absolue ou du moins de quelques-uns de ses principes. Il ne 
m'est pas encore démontré que l'hystérie ou telle autre névrose , 
lorsqu'elle existe àans ces conditions du sang , puisse produire, 
au cœur pas plus que dans les artères , le bruit de soufflet. Faut- 
il admettre, dans ce cas, un rétrécissement spasmodique des 
orifices du cœur, d'où obstacle au libre passage du sang et 
explication facile du bruit qui se fait entendre, comme on 
admet un rétrécissement spasmodique des muscles constric- 
teurs de la glotte pour se rendre compte de certaines difficultés 
subites qu'éprouve l'air à traverser le larynx; d'où, aussi, à 
l'intérieur de ce conduit, production de bruits anormaux, tels 
qu'inspiration sifflante, ronflement, voix croupale, etc. 

Aivdral. 



104 ANOMALIES DU BRUIT DU COEUR. 

l'observateur; car le bruissement augmente lorsque 
quelqu'un écrit dans l'appartement où se fait l'expé- 
rience. 

IJ. Nous avons déjà parlé ailleurs du cliquetis mé- 
tallique que produit dans différentes circonstances la 
percussion delà peau avec la main (t. 1, p. i43). Un 
bruit analogue me frappa en répétant, le poing fermé, 
l'expérience que m'avait indiquée M. Erman. Je le crus 
d'abord produit par le froissement des doigts entre 
eux; mais^ en étudiant avec soin ce phénomène, j'ai 
reconnu qu'il se passe dans les tendons ou dans leurs 
gaines , où l'on sait qu'il se trouve souvent , ainsi que 
dans les capsules synoviales _, une petite quantité d'un 
fluide aériforrne. Les expériences suivantes me parais- 
sent convaincantes à cet égard : 

i° Si l'on applique le stéthoscope sur la paume delà 
main, et que l'on frotte un peu rapidement les doigts l'un 
sur l'autre, sans cesser de les maintenir dans l'extension, 
on entend le cliquetis métallique avec une force extra- 
ordinaire. 

Si , au contraire, on se contente de les frotter lente- 
ment, quoiqu'avec force, et sans que l'un abandonne 
l'autre , on n'entend plus que le bruit du frottement. 

2 Si, dans la même position, on se contente d'agiter 
rapidement les doigts, en les tenant écartés l'un de l'au- 
tre, on entend le même bruit , mais plus faible et plus 
éloigné. 

3° Si, la paume de la main immédiatement appliquée 
sur l'oreille , on frappe l'occiput avec l'extrémité du 
doigt indicateur, on entend distinctement , outre le 
bruit du choc, qui ressemble à un petit coup de marteau, 



BRUIT DE SOUFFLET. I05 

le cliquetis qui semble évidemment se faire dans toute 
la longueur du doigt. 

On entend quelquefois un léger cliquetis de cette 
nature dans la région précordiale, chez les sujets atteints 
de palpitations nerveuses , surtout lorsque , le cœur 
battant avec violence et vélocité , quoique sans une 
grande force réelle d'impulsion , sa pointe seule vient 
frapper les parois thoraciques. A chaque pulsation des 
ventricules, un petit cliquetis se fait alors entendre , et 
traverse le stéthoscope de manière qu'il semblerait qu'il 
se fait dans l'intérieur du tube. Dans d'autres cas , j'ai 
entendu dans la même région , mais plus profondément, 
un bruit semblable au cri du cuir d'une selle neuve 
sous le cavalier. J'ai cru pendant quelque temps que 
ce bruit pouvait être un signe de péricardite - 7 mais 
je me suis convaincu depuis qu'il n'en était rien. Il 
m'a paru qu'il avait lieu quand le cœur, volumineux 
ou distendu par le sang } se trouve à l'étroit dans le 
médiastin inférieur , qu'il y a quelques bulles d'air dans 
le péricarde, et dans un cas dont il sera parlé tout-à- 
l'heure. 

III. Enfin , il est deux circonstances dans lesquelles 
un obervateur inexpérimenté pourrait croire à l'exis- 
tence d'un bruit de soufflet sans qu'elle fût réelle. Chez 
quelques sujets , les plèvres et les bords antérieurs des 
poumons se prolongent au devant du cœur et le recou- 
vrent presque entièrement. Si on explore un pareil 
sujet au moment où il éprouve des battemens du cœur 
un peu énergiques^ la diastole du cœur comprimant ces 
portions de poumon et en exprimant l'air, altère le 
bruit de la respiration de manière à ce qu'il imite plus 



I06 ANOMALIES DU BRUIT DU COEUR. 

ou moins bien celui d'un soufflet ou celui d'une râpe à 
bois douce. Mais, avec un peu d'habitude, il est très 
facile de distinguer ce bruit du bruit de soufflet donné 
par le cœur lui-même : il est plus superficiel ; on entend 
au-dessous le bruit naturel du cœjir ; et en recomman- 
dant au malade de retenir pendant quelques instans sa 
respiration, il diminue beaucoup ou cesse presque entiè- 
rement. La pression exercée par la diastole du cœur sur 
le poumon peut encore déterminer une crépitation 
dans le cas d'emphysème pulmonaire ou interlobulaire, 
et souvent une variété du râle muqueux fort analogue 
au cri du cuir, quand il y a un peu de mucosité dans 
les bronches. 

La seconde cause d'erreur est le bruit musculaire 
lui-même développé accidentellement dans un muscle 
voisin de l'artère qu'on explore : cela se remarque sur- 
tout dans la carotide , chez quelques personnes qui se 
trouvent dans un état d'agitation nerveuse plus ou moins 
marqué. Si, le sujet étant assis, on lui fait pencher la 
tête sur le côté gauche, de manière qu'elle ne soit 
plus soutenue que par le muscle sterno-mastoïdien 
du côté droit, ce muscle entre souvent alors dans 
le mode de contraction qui donne le bruit de rotation. 
Or , la carotide se soulevant à chaque diastole imprime 
une petite secousse au muscle , dont le bruit de rotation 
paraît alors intermittent comme la saccade artérielle, 
et ressemble par cela même beaucoup au bruit de 
soufflet : mais avec un peu d'attention on reconnaît 
que le bruit est plutôt rémittent qu'intermittent. On 
doit d'ailleurs se défier de la position du sujet; et en 
lui faisant faire un très léger mouvement de tête dans 



BRUIT DE SOUFFLET. IO7 

le sens où on explore , ou en la soutenant , ne fût-ce 
que d'un doigt, on fait sur-le-champ cesser le bruit 
musculaire : car le bruit de rotation se manifeste sur- 
tout lorsque les muscles se contractent ou tendent à 
se contracter, et qu'à raison delà position où ils se 
trouvent et de l'antagonisme , ils sont dans un état 
d'extension qu'ils ne peuvent faire cesser. J'ai quel- 
quefois soupçonné que le murmure continu dont j'ai 
parlé plus haut pouvait aussi dépendre d'une contrac- 
tion spasmodique du sterno-masto'ïdien et du peaucier. 
Je l'ai quelquefois fait cesser, mais pas toujours, en 
détendant ces muscles. 

Dans cet article, peut-être un peu long, sur le bruit de souf- 
flet du cœur et des artères , Laënnec ne me semble pas avoir 
suffisamment distingué ce qui est d'application pratique d'avec 
ce qui n'est que de pure curiosité. 11 est , à mon avis 9 
impossible de rapporter à des causes semblables le bruit de 
soufflet proprement dit, le bruit de râpe et le bruit de cuir 9 
et de ne pas attacher plus d'importance aux deux derniers de 
ces phénomènes qu'au premier. Le bruit de soufflet propre- 
ment dit , celui qui est sibilant ou musical , paraît bien n'être, 
comme il le dit, qu'un phénomène purement vital, lié à un 
trouble de l'innervation , ou tout au plus , et dans quelques 
cas seulement , à une modification de la quantité ou des qualités 
du sang : mais le bruit de râpe et le bruit de cuir se rattachent 
constamment à des altérations organiques bien prononcées. 
Le premier, lorsqu'on l'entend dans la région du cœur (et, 
malgré l'autorité de mon vénéré maître , je nie qu'on l'ait 
jamais entendu ailleurs), est un indice certain d'un obstacle 
mécanique apporté au cours du sang; et peut être regardé, 
ainsi que nous le verrons par la suite , comme le signe patho- 
gnomonique de l'induration cartilagineuse ou osseuse des val- 



Iû8 ANOMALIES DU BRUIT DU COEUR, 

vuïes du cœur. Il faut seulement , pour que ce signe ait toute 
sa valeur , qu'il soit constant, et , qu'une fois développé , il ne 
cesse jamais complètement. Le second indique également 
d'une manière certaine que la surface libre du péricarde est 
devenue rugueuse et inégale ; et peut être regardé , en consé- 
quence, comme le signe d'une péricardite sans épanchement , 
ou avec épanchement médiocre. C'est l'analogue du bruit de 
frottement étendu dans la pleurésie sans épanchement, et il 
me semble impossible qu'il ait jamais pu reconnaître pour 
cause une exhalation gazeuse dans le péricarde , ou la com- 
pression par le cœur en mouvement d'une portion de poumon 
emphysémateuse. Nous reviendrons, du reste, sur ce bruit 
en temps et lieu. M. L. 

Les différens bruits anormaux que font entendre les artères, 
lorsqu'on les ausculte , ont été décrits par Laënnec avec son 
talent ordinaire; mais on ne saurait admettre l'explication 
qu'il en a donnée : rapporter ces bruits à une simple modifi- 
cation du système nerveux , c'est créer une hypothèse que rien 
ne justifie. Souvent, à la vérité, on les entend chez des indi- 
vidus atteints de différentes névroses; mais c'est qu'alors il 
existe chez eux d'autres états morbides , auxquels on peut rap- 
porter leur production. 11 s'en faut qu'il soit démontré, ainsi 
que Laënnec l'a établi, que ces bruits s'entendent particulière- 
ment chez les hypocondriaques, et qu'un certain degré d'agi- 
tation nerveuse suffise pour leur donner naissance. 

Les bruits anormaux des artères peuvent constituer un bruit 
ou intermittent ou continu. M. Bouillaud a très justement 
comparé une des variétés les plus communes de celui-ci au 
bruit que fait entendre le jouet d'enfant connu sous le nom de 
diable, lorsqu'il a été mis en mouvement, et qu'il tourne 
avec rapidité sur le cordon qui le fait alternativement monter 
et descendre. On peut observer tour-à-tour sur la même 
artère le bruit de souffle, soit continu, soit intermittent. 
Une des variétés les plus curieuses de ce bruit, est celle qui 



BRUIT DE SOUFFLET. tOÇ) 

rappelle tout-à-fait le bourdonnement de la mouche, et 
qui a été effectivement désignée sous le nom de bruit de 
mouche. 

J'ai toujours entendu les différens bruits anormaux des ar- 
tères en même temps que le premier bruit du cœur , c'est-à- 
dire pendant la durée de la systole des ventricules et de la 
diastole artérielle. 

On a reconnu ces bruits dans la plupart des artères assez 
superficiellement situées ou assez volumineuses pour que leurs 
battemens puissent être perçus, soit par le doigt, soit par 
l'oreille. J'en ai constaté l'existence tout le long de la portion 
dorsale de la colonne vertébrale ; et là , le souffle que percevait 
l'oreille avait manifestement son siège dans l'aorte thoracique 
descendante. Il n'est pas très rare d'entendre ce même souffle 
sur le trajet des artères numérales, sur celui des radiales, ainsi 
qu'au pli de l'aine , dans la direction des artères fémorales , là 
où l'application du doigt fait sentir leurs battemens. Dans ces 
différentes artères,, je n'ai jamais entendu que le souffle inter- 
mittent : il ne devient continu que dans les carotides; et c'est 
spécialement dans ces dernières artères qu'apparaissent le bruit 
de diable et le bruit de mouche. D'après M. Bouiilaud, les 
différens bruits anormaux dont les carotides peuvent devenir 
le siège seraient plus fréquens et plus prononcés dans la caro- 
tide gauche que dans la droite : je ne saurais être à cet égard 
de l'avis de mon savant collègue; de nombreuses observations 
ne me permettent pas de douter qu'au contraire ce ne soit la 
carotide droite qui en soit le siège le plus fréquent; c'était 
aussi ce qu'avait avancé Laënnec. 11 est extrêmement rare que 
ces bruits existent dans d'autres artères, lorsqu'ils ne se font pas 
entendre dans la carotide droite; dans quelques cas cependant , 
je n'ai distingué le bruit de soufflet que dans la carotide gauche, 
la droite n'en offrait aucune trace. Le plus ordinairement 
l'existence de ce bruit dans une artère quelconque entraîne sa 
manifestation dans la carotide droite; et, au contraire, il se 



IIO ANOMALIES DU BRUIT DU COEUR. 

montre très souvent dans celle-ci, sans qu'ailleurs on en trouve 

aucun, vestige. 

Quelle que soit l'artère où l'on entende soit le bruit de 
soufflet, soit un autre bruit anormal, on peut en faire varier 
l'intensité, et même le faire disparaître et le reproduire tour- 
à-tour , en exerçant sur le vaisseau différens degrés de pres- 
sion. M. Bouillaud a remarqué que, dans certains cas du moins, 
en éloignant le larynx de celle des carotides où se perçoit le 
bruit de soufflet, il disparaît ou s'affaiblit ; il se montre de 
nouveau, ou reprend une plus grande intensité, dès qu'on 
laisse le larynx revenir à sa place naturelle. M. le docteur 
Donné a aussi trouvé que, si des individus qui présentent le 
souffle carotidien viennent à se livrer à un effort un peu vio- 
lent, ce souffle disparait tout-à-coup. 

Les cas dans lesquels la diastole artérielle s'accompagne d'un 
bruit insolite me semblent pouvoir se ranger dans les séries 
suivantes, qui comprennent, comme on va le voir, des états 
morbides de l'organisme fort différens les uns des autres. 

Première série. Maladies du tissu des artères* Une inflam- 
mation de ces vaisseaux, des produits accidentels développés 
dans l'épaisseur de leurs parois, sont autant de circonstances 
qui peuvent coïncider avec la production des bruits qui nous 
occupent. Dans les cas de cette première série , il semble qu'on 
puisse se rendre compte de leur apparition , en admettant qu'à 
chaque coup de piston donné par le ventricule gauche, la 
diastole artérielle ne se faisant qu'incomplètement, par suite de 
la perte d'élasticité que l'artère malade a subie, le sang passe 
à travers une cavité devenue plus étroite, d'où augmentation 
du frottement de ce liquide contre les parois artérielles, et 
apparition de bruits anormaux , par un mécanisme semblable 
à celui qui , en pareil cas, les produit dans le cœur. 

Deuxième série. Compression des artères par une tumeur. 
J'ai constaté l'existence d'un bruit de souffle intermittent à la 
carotide gauche, dans un cas où un goitre volumineux ap- 



BRUIT DE SOUFFLET. III 

puyait fortement sur cette artère. M. Bouillaud a entendu ce 
même bruit dans les artères iliaques, chez une femme qui 
portait une tumeur de l'ovaire gauche. De pareils cas doivent 
être toutefois assez rares, parce que les bruits de soufflet ne 
peuvent alors se produire qu'à la condition que les tumeurs 
développées dans le voisinage des artères exerceront sur elles 
une compression assez énergique pour surmonter la force avec 
laquelle le sang envoyé par le cœur dans les artères distend 
les parois de celles-ci et augmente leur calibre. Voilà sans 
doute pourquoi , en appuyant avec le stéthoscope sur une 
artère , on ne parvient pas toujours à y faire naître un bruit 
de souffle : il faut pour cela que le cœur n'ait qu'une force 
d'impulsion peu considérable. 

Troisième série. Maladies du cœur. Ici encore, comme 
dans la première et la deuxième série, ou ne voit apparaître, 
dans le plus grand nombre des cas du moins, que le bruit de 
souffle intermittent. Plusieurs sortes d'affections du cœur 
peuvent donner naissance à ce bruit. Et d'abord il peut coïn- 
cider avec une hypertrophie considérable des parois du ven- 
tricule gauche : il résulte alors de ce que le sang, poussé avec 
une énergie extraordinaire dans l'aorte, va exercer sur les 
parois de tout l'arbre artériel un frottement plus considérable. 
Cela posé, on conçoit que, lorsque, sous l'influence de simples 
palpitations nerveuses , le cœur vient à se contrater avec une 
force inaccoutumée , le frottement de la colonne de sang contre 
les parois artérielles devra également augmenter, et les vais- 
seaux qui la reçoivent pourront aussi faire entendre un bruit 
de souffle. Supposez, au contraire, une grande diminution dans 
l'énergie normale des battemens du cœur, soit par suite d'un 
amincissement de ses parois, soit par suite d'un affaiblissement 
général de la constitution , affaiblissement auquel le cœur 
participe : que devra-t-il en résulter? c'e^t que la force man- 
quera au cœur pour mettre suffisamment en jeu l'élasticité des 
artères, à chaque contraction des ventricules; et, si la quantité 



ÎI2 ANOMALIES DU BRUIT DU COEUR. 

de sang est restée considérable , il traversera des vaisseaux a 
calibre devenu insuffisant pour le recevoir, un frottement 
insolite s'exercera, et le bruit de soufflet pourra encore pren- 
dre naissance. 

Il est encore un autre cas de maladie du cœur, dont j'ai 
déjà parlé, et dans lequel les valvules aortiques, devenues in- 
suffisantes, permettent au sang de rentrer dans le cœur, pen- 
dant la durée de la diastole ventriculaire. Dans ce cas, au 
moment où le reflux a lieu, on entend, tant à la région du 
cœur, que dans l'aorte et dans la plupart des grosses bronches 
artérielles, un bruit de soufflet qui diffère de tous les autres 
par l'instant où il devient perceptible : on l'entend en effet 
immédiatement après le premier bruit du cœur , alors que les 
ventricules sont en diastole, et que les artères, tout-à-1'heure 
dilatées, reviennent sur elles-mêmes. M. le docteur Guyot, 
à qui l'on doit un bon travail sur l'insuffisance des valvules 
du cœur, me paraît avoir bien expliqué ce phénomène par le 
frottement que doit exercer le sang, dans sa voie rétrograde, 
contre les bords des valvules sigmoïdes plus ou moins altérées, 
contre les parois de l'aorte ascendante, ainsi que contre celles 
des grosses branches qui naissent de sa crosse. 

Quatrième série. Névroses diverses. Ici reviendrait la dis- 
cussion de la question déjà agitée, à savoir, jusqu'à quel point 
certains troubles de l'innervation peuvent déterminer dans les 
artères le bruit de soufflet ou intermittent ou continu. Ce que 
j'ai déjà dit plus haut suffit pour répondre à cette question; 
tout ce que j'ajouterai ici , c'est que j'ai souvent appliqué le 
stéthoscope sur les artères carotides d'épileptiques , d'hysté- 
riques, d'hypocondriaques , et que chez aucun d'eux , à moins 
qu'il n'y eût en même temps anémie, chlorose, ou maladie du 
cœur , je n'ai pu constater dans ces artères aucun bruit insolite. 
Si jamais on arrivait à en bien constater un en pareils cas , on 
ne pourrait s'en rendre compte qu'en admettant dans les parois 
des artères une contraction spasmodique, qui en diminuant 



BRUIT DE SOUFFLET. i I 3 

leur calibre, augmenterait le frottement que le sang exerce 
sur elles; ce serait donc encore, dans ce cas, par un même 
mécanisme que dans les cas précédens, que le bruit de soufflet 
des artères prendrait naissance. Mais , jusqu'à présent , on n'a 
jamais pu constater d'une manière bien évidente l'existence 
d'un tissu contractile dans les parois des artères. Admettre la 
possibilité d'un état spasmodique de ces vaisseaux, au moins 
avant leurs divisions capillaires, c'est donc créer une hypo- 
thèse que ne justifie pas l'anatomie. Je sais bien d'ailleurs que 
ce ne serait pas là une raison pour nier que de pures affections 
nerveuses ne pussent produire dans les artères le bruit de souf- 
flet; car celui-ci pourrait alorsprendre naissance sous l'influence 
d'autres causes que celles d'un spasme du tissu artériel : con- 
naissons-nous les modifications délicates, et très variées sans 
doute, que les affections nerveuses peuvent créer, soit dans nos 
solides, soit dans nos liquides? Laënnec a parlé quelque part 
de gaz qui se développeraient dans le cœur et dans les vais- 
seaux, à la suite de certains troubles du système nerveux: aucun 
fait bien positif ne prouve que cela soit ; mais est-il si dérai- 
sonnable de supposer que cela puisse être, lorsqu'on voit le 
même phénomène avoir lieu ailleurs. Quoi de plus commun, 
par exemple , que la tympanite hystérique; et comment com- 
prendre autrement cet accident, qu'en admettant que, sous 
l'influence du trouble survenu dans l'innervation, le sang qui 
parcourt les innombrables vaisseaux de la membrane muqueuse 
intestinale laisse échapper certains élémens qui s'en séparent, 
sous forme de gaz, à la surface interne des voies digestives? 
Savons-nous encore quelle est la puissance mystérieuse, qui, 
mise en jeu par une passion , appelle ou chasse le sang des 
vaisseaux capillaires de la face , qui rougit ainsi ou se décolore 
avec la rapidité de l'éclair ? 

Cinquième série. Altérations du sang. Elles doivent être 
placées, sans contredit, au nombre des causes les plus fré- 
quentes et les plus actives de la production des bruits anor- 

III. 8 



Il4 ANOMALIES DU BRUIT DU CŒUR, 

maux des artères, et c'est surtout sous leur influence que le 
souffle intermittent des artères se change en souffle continu , 
et que le bruit de diable prend naissance. La maladie dans 
laquelle ce bruit a son maximum de développement est cer- 
tainement la chlorose ; à tel point que M. Bouillaud a proposé 
de désigner indifféremment la variété du souffle continu des 
artères dont il est ici question sous les noms de bruit de diable 
et de bruit chlorolique. Depuis que M. Bouillaud a annoncé 
l'existence de ce bruit chez les filles atteintes de chlorose , je 
l'ai rencontré constamment en pareille circonstance; et, dans 
les cas où les autres symptômes de la maladie étaient encore 
assez peu tranchés pour laisser quelque doute dans mon esprit, 
l'existence du bruit de diable dans les carotides m'a aidé à 
asseoir plus sûrement mon diagnostic : je n'hésitais plus alors 
à donner les préparations ferrugineuses. Au contraire, dans 
d'autres cas où, avec certaines apparences de chlorose, le bruit 
de diable n'existait pas , j'ai vu échouer ces mêmes prépara- 
tions. Il commence souvent à se faire entendre à une époque 
où les différens symptômes de la maladie ne sont encore que 
faiblement prononcés ; il augmente d'intensité à mesure que 
ces symptômes eux-mêmes deviennent plus tranchés ; et parfois 
il persiste avec beaucoup de force, alors même que la maladie 
a de beaucoup reculé, et que tout signe de chlorose a disparu. 
Je crois que, tant qu'il se montre, il est bon de continuer l'em- 
ploi des préparations ferrugineuses; sinon, plus ou moins 
rapidement après qu'on aura cessé de les administrer, on 
courra grand risque de voir les accidens chlorotiques se re- 
produire. Dans la chlorose d'ailleurs, on n'observe pas seule- 
ment le bruit de diable; on peut aussi observer le souffle 
intermittent, et d'autres fois le bruit particulier connu sous le 
nom de bruit de mouche. 

Dans une autre maladie où il y a , aussi manifestement que 
dans la chlorose, altération du sang, dans le scorbut, l'on a 
eu également l'occasion de constater le bruit de soufflet des 



BRUIT DE SOUFFLET. Il5 

artères. Il était des plus évidens chez un homme qui vint suc- 
comber dans mes salles de la Pitié pendant le cours du mois 
d'octobre i835. Cet individu présentait tous les symptômes du 
scorbut le plus avancé : il avait eu de nombreuses épistaxis , et 
des pétéchies couvraient toute la périphérie cutanée. On en- 
tendait chez lui le bruit chloro tique dans toutes les grandes 
artères sur lesquelles le stéthoscope pouvait être posé : on l'en- 
tendait aussi à la région du cœur. A l'ouverture du cadavre, 
on ne trouva aucune lésion appréciable dans l'appareil circula- 
toire : il n'y avait d'autre altération notable que des ecchymoses 
disséminées sur les membranes muqueuses et séreuses. J'ai eu 
récemment l'occasion d'observer un autre individu qui était 
atteint d'un purpura hœmorragica , et chez lequel , dans un 
court espace de temps , avaient eu lieu d'abondantes hémorra- 
gies à la surface de la plupart des membranes muqueuses : je 
constatai chez lui l'existence d'un bruit de souffle continu des 
plus prononcés dans l'artère carotide droite : c'était tout-à-fait 
le bruit chlorotique. 

Le même bruit se fait encore très souvent entendre dans 
plusieurs artères, et spécialement dans les carotides, chez les 
femmes qui , atteintes de cancer utérin , ont eu des hémor- 
ragies abondantes et répétées. Je l'ai trouvé chez un homme 
qui , sujet à un flux hémorroïdal , avait perdu rapidement 
beaucoup de sang par l'anus. On observait en même temps 
chez lui de la dyspnée , des palpitations , des digestions 
pénibles , et tout ce cortège de symptômes qui accompagnent 
la chlorose. 

Enfin l'on voit encore assez souvent les différens bruits 
anormaux des artères , et en particulier le bruit de diable , se 
montrer avec une intensité et une durée plus ou moins grandes 
chez des malades auxquels, dans un court espace de temps, 
on a fait subir plusieurs saignées. Il y a , du reste , sous ce rap- 
port, de très notables différences individuelles : ainsi j'ai vu des 
personnes chez lesquelles, à la suite d'une seule saignée, l'artère 



Il6 ANOMALlbS DU ERU1T DU COEUR. 

carotide droite venait à présenter un beau bruit de souirle j 
j'en ai vu d'autres, au contraire, chez lesquelles il ne se montrait 
pas, bien qu'on les eût largement saignées à plusieurs reprises. 

Quelle est la cause du bruit de soufflet des artères, chez les 
individus que comprend cette cinquième série? Se produit- il 
parce que le sang appauvri qui entre dans les artères à 
chaque contraction des ventricules , n'y est plus lancé avec 
assez d'énergie de la part du cœur pour forcer ces vaisseaux à 
se dilater convenablement : de là passage du sang à travers 
une cavité qui reste plus étroite que de coutume , et dès lors 
augmentation du frottement , et par suite apparition du bruit 
de soufflet ou de ses analogues ? S'il en est ainsi, ce que je suis 
loin d'affirmer , la cause immédiate qui , chez les individus 
chlorotiques ou anémiques , produit le souffle artériel , serait 
la même que celle à laquelle nous l'avons attribué dans les 
séries précédentes. 

Sixième série. Elle diffère des cinq précédentes en ce 
que les cas qu'elle renferme ne se tiennent plus par aucun lien, 
et qu'on ne peut plus rattacher à un fait général, comme à une 
loi, le bruit de soufflet qui, dans ces cas aussi, se fait entendre 
dans les artères. Ici viennent se ranger un certain nombre 
d'états morbides , tous différens les uns des autres , dans les- 
quels j'ai constaté l'existence de ce bruit , et dans lesquels ce- 
pendant n'existait , ni comme maladie principale , ni comme 
complication , aucune des lésions que nous avons retrou- 
vées dans les cinq autres séries. J'ai , par exemple , rencontré 
quelquefois le souffle carotidien chez des femmes atteintes 
de cancer de l'utérus, à une époque où elles n'avaient eu encore 
aucune métrorrhagie , et bien que la leucorrhée dont elles 
étaient atteintes ne fut pas assez abondante pour les avoir épui- 
sées. Je vais rapporter ici quelques-uns de ces cas exception- 
nels dans lesquels j'ai observé ces singuliers bruits d'artères , 
d'autant moins explicables, que, dans d'autres cas en appa- 
rence semblables , on ne les retrouvait pas : leur apparition 



BRUIT DE SOUFFLET. 



I 17 



était ici l'exception , tandis que , dans les séries précédentes , 
elle était la règle. Les faits de ce genre qu'on va lire ont été re 
cueillis sous mes yeux par M. Huc-Mazelet, dans mes salles de 
la Pitié : il les a déjà publiés dans sa dissertation inaugurale. 
I er cas. Gastrite chronique ; cancer de l'utérus. Lieb, âgée 
de trente-trois ans , mariée , cheveux châtains , peau blanche , 
assez d'embonpoint, réglée à dix-huit ans, à époques régu- 
lières , sans douleurs de reins : l'écoulement dure cinq jours ; 
elle n'est sujette à des fleurs blanches que depuis six ans, ap- 
paraissant par intervalles et peu abondantes. Elle n'a eu ni 
toux , ni hémoptysie , ni douleurs de poitrine ; elle n'a jamais 
eu de palpitations ni de douleurs précordiales. Depuis quatre 
mois , suspension de la menstruation et de tout écoulement 
sanguin ; dès-lors la leucorrhée continue, assez abondante, ta- 
chant le linge , accompagnée de malaise général , de courba- 
ture, d'anorexie, qui ont persisté jusqu'à son entrée dans les 
salles; elle est couchée au n° 10 , salle Saint-Thomas. A la 
visite, elle présente les symptômes suivans : face pâle, fati- 
guée ; rien du côté de l'encéphale et des organes des sens ; la 
langue est sèche , très rouge,, dépouillée de son épithélium ; la 
bouche présente un grand nombre de concrétions pelliculeuses 
(diphtérite) ; la soif est vive ; depuis deux jours , douleur de 
gorge et déglutition difficile ; l'épigastre est indolent à la pres- 
sion , mais la douleur est déterminée par l'ingestion des ali- 
mens : elle n'a eu ni nausées , ni vomissemens ; l'abdomen est 
un peu ballonné , tendu, indolent; les selles naturelles. La 
leucorrhée est fort abondante. Au toucher, on reconnaît que 
le vagin est rempli de tubercules durs; le col de l'utérus est 
détruit ; le doigt pénètre librement dans l'utérus; du reste, 
ces parties ne. sont pas douloureuses. Le membre inférieur 
gauche est œdémateux; il existe une douleur très vive dans la 
fesse gauche , au niVeau de l'échancrure sciatique, sans chan- 
gement de couleur à la peau, sans fluctuation, mais augmentée 
par la pression et les mouvemens de la hanche. 



IlS ANOMALIES DU BRUIT DU COEUR. 

La peau cet sèche et peu chaude , le pouls est à 92. Depuis 
cinq jours , époque à laquelle elle fait remonter la douleur de 
la hanche ; elle a des frissons tous les soirs , suivis de chaleur 
et de sueur légère chaque nuit. Signes négatifs du côté des 
poumons ; le cœur présente un peu d'impulsion , mais sans 
modification de la nature des bruits ; rien d'anormal dans la 
matité de la région précordiale. Il existe dans la carotide 
droite un bruit de soufflet continu avec saccades très pro- 
noncé ; simple choc dans la carotide gauche. 

Elle mourut. On constata sur le cadavre un état de phleg- 
masie très prononcé de l'estomac , une vaste suppuration avec 
carie de la cavité cotyloïde gauche , et un cancer encéphaloïde 
du col utérin. 

II e cas. Gastro-entérite aiguë. Robert, commissionnaire, 
âgé de trente-neuf ans, de Paris : système pileux développé, 
peau brune, bonne constitution, n'a jamais été malade anté- 
rieurement, n'a eu ni rhumes, ni hémoptysies, ni dyspnée, 
ni palpitations. 11 est reçu le 23 juillet i834 à la salle Saint- 
Léon , lit n° si3. Depuis quinze jours il a le dévoiement, de 
l'anorexie , de la lassitude ; quelques vomissemens au début; 
depuis huit jours, quelques sueurs sans frissons; enfin depuis 
quatre jours, un peu de toux avec expectoration. A la visite, 
il présente un enduit jaunâtre de la langue, qui est rouge à la 
pointe; un peu de sécheresse avec amertume de la bouche ; 
soif vive, anorexie. Du reste, l'épigastre est indolent, l'ab- 
domen bien conformé, souple et indolent. Il y a eu la 
veille trois selles liquides ; expectoration comme dans la 
bronchite aiguë; point douloureux sous le sein gauche : la 
percussion de la poitriue n'offre rien d'anormal; à l'aus- 
cultation on découvre un peu de râle sibilant, en arrière, 
des deux côtés ; le cœur est à l'état normal ; le pouls bat 
56. Il existe un bruit de soufflet continu musical bien pro- 
noncé dans la carotide droite; simple choc dans la carotide 
gauche. 



BRUIT DE SOUFFLET. Iig 

III e cas. Fièvre typhoïde. Beaumont, chapelier , âgé de 
vingt ans, du Calvados, à Paris depuis trois ans, d'une bonne 
constitution, n'a jamais eu de rhumatisme ni de palpitations: 
il s'est seulement quelquefois enrhumé ; et il y a deux mois, il 
fut pris d'hémoptysie avec toux violente, dyspnée et beaucoup 
de fièvre, accidens pour lesquels on le saigna. Depuis huit 
jours il a de l'insomnie , des étourdissemens , de la lassitude 
accompagnée de perte d'appétit; il n'a pas eu d'épistaxis. A la 
visite, le 28 novembre 1 834, il présente de plus uu enduit 
de la langue blanc et épais, avec mauvais goût de la bouche, 
de l'altération et de la sécheresse à la gorge ; l'épigastre est 
indolent ; l'abdomen est souple , sans douleur ; quelques gar- 
gouillemens se font sentir près du ccecum ; les selles sont 
naturelles; il n'existe dans ce moment ni toux ni dyspnée; 
la percussion de la poitrine est normale ; l'auscultation 
révèle un peu de râle sibilant et sous-ciépilant à droite , en 
arrière et en bas; la percussion et l'auscultation du cœur sont 
normales ; les battemens sont un peu forts et vites, mais il faut 
remarquer que le pouls est à 1 oJ\ ; un peu de chaleur à la peau. 
Il n'y pas eu de sueurs dès le début; un seul frisson a eu lieu 
le 27 , jour de l'entrée à l'hôpital. On constate de plus un bruit 
de soiifflet intermittent à la carotide droite; à gauche, le 
bruit de soufflet existe fort léger; le bruit du choc normal se 
rapprocherait du bruit de frottement ; il est trop rude pour 
mériter le nom de bruit de soufflet. 

Plus tard , ce malade présente les symptômes d'une affection 
typhoïde bien caractérisée. 

IV e cas. Hypére'mie encéphalo-rachidienne. Guérin , cor- 
donnier, âgé de trente-quatre ans, de Paris, a toujours joui 
d'une bonne santé jusqu'à l'apparition des premiers sym- 
ptômes de l'affection qui l'amène à l'hospice de ia Pitié 
(salle Saint-Léon, n° 20). Dès l'âge de vingt ans il est sujet à 
des étourdissemens, par suite desquels il fait de fréquentes 
chutes; on l'a saigné plusieurs fois. Depuis cinq ans, il a des 



120 ANOMALIES DU BRUIT DU COEUR. 

douleurs au bas de la colonne vertébrale, s'irradiant dans les 
cuisses ; de temps en temps elles s'exaspèrent en forme d'accès, 
et semblent remonter vers la tête : alors il est pris d'étourdis- 
semens, de bourdonnemens d'oreilles, d'une sensation de 
constriction dans la poitrine et les bras. Ordinairement, de 
fortes palpitations précèdent chaque accès. Il a eu quelquefois 
des convulsions ; du reste , la colonne vertébrale est bien 
conformée, et la pression n'y fait naître de douleur en aucun 
point ; l'émission des urines est lente et difficile, les or- 
ganes digestifs et respiratoires sont dans l'état normal ; il 
y a un peu d'impulsion au cœur, sans modification toute- 
fois de la nature du bruit de ses battemens; aucune matité 
précordiale anormale. Dans la carotide droite, un bruit de 
soufflet continu (de diable) très marqué; bruit de choc à 
gauche. 

V e cas. Varioloide. R..., étudiant en médecine, âgé de vingt 
ans, du Gers, à Paris depuis un mois, peau assez blanche, 
cheveux bruns, système pileux presque nul, muscles assez 
prononcés, ayant toujours joui d'une bonne santé, n'ayant eu 
ni palpitations, ni rhumes, ni héinoptysies , ni rhumatismes, 
ayant été vacciné , a eu, il y a huit mois , huit accès de fièvre 
intermittente grave. Il entre, le 9 décembre i834, dans la 
salle Saint-Léon , n° 7 , pour une varioloïde qui date de huit 
jours, et dont la marche a été simple. Le malade l'attribue au 
contact du cadavre d'un varioleux qu'il disséquait à l'Ecole 
pratique. A la visite, on constate la présence des pustules va- 
rioliques , dont plusieurs, sur la face, sont déjà en état de des- 
siccation; la déglutition est un peu douloureuse; du reste, 
fonctions digestives à l'état normal. Il existe une toux légère, 
avec expectoration muqueuse, mais nuls signes physiques 
anormaux; le pouls, peu développé, bat 84; la peau est moite; 
au cœur, il y a un peu d'impulsion , et rien d'anormal dans le 
rhythme et la nature du bruit des battemens ni dans la matité 
précordiale ; de plus, bruit de soufflet à la carotide gauche; 



BRUIT DE SOUFFLET. 121 

à droite, simple choc. Il n'a pas eu d'épistaxis, et n'a pas été 
saigné avant son entrée. 

VI e cas. Fièvre intermittente. Grange,* ferblantier, âgé de 
seize ans, du département du Nord , à Paris depuis quatre 
mois, cheveux châtains, yeux bruns, bonne constitution, 
bonne santé antérieure , tant avant que depuis son arrivée à 
Paris, est pris, le 6 mars i834, d'un frisson qui persiste pendant 
deux heures , et qui est accompagné de toux, avec soif vive, 
sensation de barre dans les hypocondres, et est suivi de chaleur 
et de sueur abondante : l'accès se reproduit tous les deuxjours, 
avec diminution d'appétit pendant l'apyrexie. Il fut examiné 
à la visite du i3 mars, à la fin du cinquième accès , qui était 
survenu à cinq heures du matin : la peau était encore chaude 
et moite j le pouls à 92 , la respiration à 28 • le cœur n'offrait 
rien de particulier, nulles palpitations n'étant survenues pen- 
dant l'accès; il présente un bruit de soufflet bien prononcé 
dans les carotides, continu dans la carotide droite, intermit- 
tent et moins prononcé à gauche. 

VIF cas. Fièvre intermittente. Françoise Gautier, âgée de 
vingt-quatre ans, de Paris, réglée à quatorze ans, menstrues 
régulières de quatre jours de durée, précédées quelquefois de 
douleurs lombaires, sans autres accidens, n'ayant jamais eu ni 
leucorrhée, ni palpitations, entre dans la salle Saint-Thomas, 
au n° i3 , le 21 janvier i834 , pour une fièvre quotidienne et 
presque subintrante , qui a débuté, quinze jours auparavant, 
par un frisson avec céphalalgie, toux , douleurs de reins , suivi 
de chaleur et de sueur abondante, avec diminution des dou- 
leurs de reins , mais persistance de la céphalalgie et de la toux. 
A la visite, langue blanchâtre , soif, anorexie, persistance de 
la céphalalgie et de la toux , sans caractère anormal de la per- 
cussion et de l'auscultation de la cavité thoracique; pas de 
palpitations, bruits du cœur naturels , le pouls à 96, bruit de 
soufflet intermittent de la carotide droite, bruit de choc à 
gauche. Les règles sont survenues , le soir même de son entrée, 



122 .ANOMALIES DU BRUIT DU COEUR. 

à leur époque ordinaire : elles se suspendent le 25, le qua- 
trième jour api es leur apparition. Le 26, la céphalalgie , mo- 
mentanément suspendue , s'était reproduite : on pratique une 
saignée de quatre palettes. Le bruit de soufflet persiste sans 
variations , et existe encore le 3 février , jour de la sortie. 

VIII e cas. Tubercules pulmonaires .Y édron, jardinier, âgé 
de vingt ans , cheveux châtains , yeux bleus , système pileux 
peu développé, constitution du reste bonne, face encore 
pleine , quoiqu'il ait maigri depuis le début de la maladie , 
n'a jamais eu de rhumatismes ni rien d'anormal du côté du 
cœur ou des poumons avant les premiers jours d'octobre i834, 
où il fut pris d'une première hémoptysie, sans toux ni 
dyspnée : dès-lors il en eut deux nouvelles , et dès la troisième 
l'haleine devint courte, la toux fréquente avec expectoration 
abondante. Examiné le 10 décembre, il présente tous les 
signes de l'existence d'une caverne pulmonaire sous la clavi- 
cule droite. Le cœur, exploré, est dans l'état normal , sauf un 
peu d'impulsion et d'étendue dans les battemens; le pouls est 
à 108, la peau chaude et moite ; sueurs générales depuis 
quinze jours. A la carotide droite, bruit de bourdonnement, 
se suspendant par intervalles pour ne laisser qu'un bruit de 
soufflet continu; à gauche, bruit de choc. Il est bon de noter 
que le malade a été saigné deux fois avant son entrée à l'hô- 
pital. Il est saigné de nouveau le jour de son entrée : le caillot 
est large , consistant , la couenne a cinq lignes d* épaisseur. Le 
bruit carotidien n'en est pas modifié. Àndral. 

ARTICLE II. 

Du Frémissement cataire du cœur et des artères. 

J'ai désigné sous ce nom, dans la première édition 
de cet ouvrage , une sensation particulière que perçoit 
dans certains cas la main appliquée sur la région du 



FREMISSEMENT CATAIRE. \l5 

cœur, et que j'ai indiquée avec Corvisarl, qui, je crois, 
a le premier rencontré ce symptôme , comme un signe 
de l'ossification des valvules, et particulièrement de la 
valvule mitrale. Ce phénomène s'observe effectivement 
dans presque tous les cas où il y a un rétrécissement un 
peu notable des orifices du cœur; mais je l'ai rencontré 
fréquemment depuis sans qu'il y eût aucune lésion 
organique de ce viscère (i y. J'ai observé de plus dans 

(i) Il est à craindre que Laënnec n'ait encore été entraîné 
ici par le penchant qu'il avait à rapporter à un trouble ner- 
veux la plupart des bruits anormaux du cœur et des artères. Je^ 
dois déclarer, pour ma part, que, toutes les foisquej'ai eu occa- 
sion d'examiner après îa mort le cœur d'individus chez lesquels 
j'avais observé quelque temps de suite le frémissement cataire, 
j'ai toujours trouvé, à l'un des orifices de cet organe ou dans le 
péricarde^des lésions qui merendaient parfaitement compte desa 
production. C'étaient assez souvent des ossifications, qui garnis- 
saient les valvules et en rendaient la surface inégale. C'étaient 
d'autres fois des épaississemens considérables de ces replis mem- 
braneux ; ailleurs, le cœur était sain, mais le péricarde était ta- 
pissé, à la surface interne de ses deux feuillets, de fausses mem- 
branes dont le frottement mutuel pouvait très bien expliquer le 
frémissement cataire. Il peut arriver que ce phénomène, après 
avoir été très prononcé pendant quelque temps , devienne plus 
rare, et cesse enfin totalement. Ce sont des cas de ce genre que 
Laënnec avait sans doute en vue, lorsqu'il a rapporté à une 
lésion toute simple de l'innervation la production du frémis- 
sement cataire. A cet égard, je ferai remarquer que, dans les 
cas mêmes où j'ai vu disparaître ce phénomène, il y avait en 
même temps d'autres signes d'affection organique du cœur : 
sa disparition ne prouvait pas pour moi que c'était la un phé- 
nomène tout nerveux , mais bien qu'une lésion des valvules , 



124 ANOMALIES DU BRUIT DU CŒUR. 

les artères un phénomène qui me paraît tout-a-fait 
identique , quoiqu'il présente quelques différences lé- 
gères et variables. 

Le frémissement cataire du cœur peut être comparé 
assez exactement au frémissement qui accompagne le 
murmure de satisfaction que font entendre les chats 
quand on les flatte de la main. On peut encore s'en faire 
une idée en passant une brosse un peu rude sur la 
paume de la main recouverte d'un gant. Ce frémisse- 
ment devient souvent plus sensible quand le malade 
parle , sans doute parce qu'il se confond alors avec la 
sensation assez analogue que donne la résonnance de la 

susceptible de n'exister que momentanément, lui avait donné 
naissance. Pourquoi, par exemple , ne pourrait-il pas survenir 
à propos d'un état inflammatoire aigu et passager des valvules, 
d'où résulterait soit une tuméfaction également passagère de ces 
replis y soit la production à leur surface ou d'une fausse mem- 
brane , ou d'une végétation , qui elle-même pourrait n'être 
autre chose à son origine que du sang coagulé? Cette végétation 
se détruirait plus tard, et le sang qui la compose, se liquéfiant de 
nouveau , rentrerait dans le torrent circulatoire , etc. J'ai ob- 
servé récemment une jeune femme , qui, atteinte depuis long- 
temps d'accidens divers caractérisant une maladie organique 
du cœur, comme dyspnée habituelle, palpitations, oedème 
léger et toujours momentané du pourtour des malléoles, fut 
prise tout-à-coup d'une oppression extrême , et de palpitations 
beaucoup plus violentes que celles qu'elle avait précédemment 
éprouvées. En même temps le pouls devint petit , filiforme , 
et singulièrement intermittent j les jambes et les cuisses s'œde- 
matièrent tout-à-coup : la main , appliquée sur la région pré- 
cordiale, reconnaissait à chaque battement du cœur un frémis- 
sement cataire très prononcé; il n'y avait, à cette région, ni sou 



FRÉMISSEMENT CATAIRE. 125 

voix dans la poitrine ( tom. i er , pag.;82 ). Ce frémis- 
sement est presque toujours borné à la région précor- 
diale gauche , sur laquelle il faut appliquer la main avec 
une force médiocre pour le sentir. Cependant je l'ai 
senti quelquefois sous presque toute la partie anté- 
rieure de la poitrine , et même à la partie supérieure 
du sternum. 

Le frémissement cataire artériel présente plusieurs 
variétés : le plus souvent il consiste en une sensation de 
frémissement fort analogue à celle que nous venons 
de décrire , et exactement bornée au calibre de l'artère. 
Alors on le sent mieux à l'aide d'une pression modérée 

- - ■- - - ■ - - - ■ ■■- -■ ■ — ■■ — i » — rfj 

mat remarquable , ni douleur. Le cœur repoussait fortement 
l'oreille j ses battemens étaient irréguliers et intermittens 
comme ceux du pouls ; ils ne s'accompagnaient d'aucun bruit 
de soufflet ni de râpe , mais seulement d'un cliquetis métal- 
lique très fort, qui était surtout appréciable vers la pointe de 
l'organe. Quinze jours environ se passèrent dans le même état ; 
au bout de ce temps, le frémissement cataire devint de moins 
en moins prononcé , et enfin disparut : dès qu'il commença à 
diminuer , le pouls se releva , et se mit en rapport de force avec 
le coeur ; il ne conserva plus que quelques intermittences éloi- 
gnées les unes des autres; le cliquetis métallique ne se fit plus 
entendre, bien que le cœur conservât toujours une forte im- 
pulsion , manifestant ainsi la persistance de son état d'hyper- 
trophie j enfin toute trace d'œdème disparut. — Une des cir- 
constances les plus remarquables de cette observation, c'est que 
le frémissement cataire ne fut ici accompagné d'aucun souffle, 
d'aucun bruit de scie ou de râpe, et cependant les caractères 
du pouls venaient se joindre à l'existence du frémissement vi- 
bratoire perçu par la main pour attester qu'il y avait un obs- 
tacle à l'orifice aortique du cœur. Andral. 



136 ANOMALIES DU BRUIT DU COEUR. 

que si l'on appuie trop légèrement les doigts ; mais si 
on presse trop l'artère il diminue. Dans ce cas le fré- 
missement paraît saccadé comme la pulsation artérielle 
elle-même. Quelquefois , au contraire , et particulière- 
ment dans la carotide , le frémissement est beaucoup 
plus étendu que le diamètre de l'artère, et paraît se faire 
plus superficiellement. Le frémissement cataire de la 
carotide est quelquefois sensible dans un espace de deux 
pouces en largeur sur les parties latérales du cou , et 
alors il l'est d'autant plus que Ton pose plus légèrement 
l'extrémité des doigts. Ce frémissement paraît alors 
continu, et l'on ne sent nullement la saccade artérielle. 
Enfin, parfois il semblerait que le frémissement fût dû à 
un gaz ou à un fluide impondérable exhalé par les 
parois de l'artère , et qui formerait un courant circu- 
lant autour d'elle ou s'échappant en rayonnant de tous 
les points de ses parois : c'est l'image la plus approxi- 
mative que j'en puisse donner ; mais je suis loin de 
croire que les choses soient telles. Ce n'est point un 
gaz , car il n'y a pas de crépitation dans le tissu cellu- 
laire ; ce n'est point un courant électrique , car la main 
ne sent rien d'analogue à la secousse ou à l'étincelle 
électrique. Je me propose depuis longtemps de voir si 
un électromètre pourrait donner quelque notion plus 
positive sur la nature de ce phénomène , mais comme 
il est assez rare, je n'ai pas encore eu occasion de donner 
suite à cette idée. Les artères où l'on observe le plus 
communément ce phénomène sont les carotides , puis 
les sous-clavières , les brachiales et les crurales ; il est 
rare qu'on puisse le sentir dans l'aorte ascendante, c'est- 
à-dire au-dessous de la partie supérieure du sternum, et 



FREMISSEMENT CATAIRE. 127 

même dans l'aorte ventrale : nous avons déjà remarqué 
qu'une pression trop forte diminue l'intensité du phéno- 
mène , et ce n'est ordinairement qu'à Faide d'une pres- 
sion très grande qu'on peut sentir l'aorte ventrale. 

Le frémissement cataire n'est pas très sensible dans les 
petites artères , et en particulier dans les radiales. 
Cependant, lorsque le frémissement cataire existe dans 
le cœur ou dans quelque grosse artère, et même lors- 
qu'il n'y a dans ces organes que le bruit de soufflet sans 
frémissement cataire , le pouls présente souvent un 
diminutif de ce dernier phénomène, consistant en un 
léger frémissement qui paraît indépendant de la diastole 
artérielle , quoiqu'il l'accompagne. Corvisart a connu 
ce caractère du pouls, quoiqu'il n'ait pas remarqué le 
frémissement cataire des artères majeures , car il le 
donne comme un signe à l'aide duquel on peut pré- 
sumer qu'un frémissement plus marqué se rencontrera 
à la région du cœur et qu'il existe des ossifications des 
valvules (i). Ce caractère du pouls _, au reste , n'est pas 
constant; il se rencontre fréquemment, comme nous 
venons de le dire , dans des cas où il n'y a point ailleurs 
de frémissement cataire , et il manque quelquefois lors- 
que ce phénomène existe à la région du cœur. Toutes 
les fois que je rencontre ce caractère du pouls , je re- 
marque qu'un grand nombre d'élèves ne le sentent 
point, et je n'avais pu moi-même le saisir avant l'époque 
à laquelle j'ai rencontré le frémissement cataire dans 
les grosses artères. 

Rien n'est plus rare que de trouver le frémissement 



\\) Essai sur les Maladies du Cœur, etc. , 3 e édit. , p. 240, 



128 ANOMALIES DU BRUIT DU COEUR. 

cataire dans le cœur ou dans une artère , sans que le 
bruit de soufflet y existe également : je doute même que 
le premier phénomène existe sans aucune trace du 
second. Je n'ai rencontré que deux cas dans lesquels il 
y avait un frémissement cataire très évident dans l'artère 
carotide, avec un bruit de soufflet tellement obscur 
qu'on pouvait douter de son existence. Plus souvent j'ai 
trouvé le bruit de soufflet moins marqué qu'on n'eût 
pu le croire d'après l'intensité du frémissement cataire ; 
mais dans presque tous les cas le premier phénomène 
est beaucoup plus caractérisé et plus saillant que le se- 
cond. 

D'un autre côté, on peut affirmer que le frémisse- 
ment cataire ne peut être regardé comme un phéno- 
mène identique avec le bruit de soufflet et dû à la 
même cause , car les bruits de soufflet les plus intenses 
ne sont pas toujours ceux qui sont accompagnés de 
frémissement cataire : très souvent , lorsque le bruit de 
soufflet est diffus , le frémissement cataire est tout-à-fait 
borné au volume de l'artère , et vice versa. 

Le frémissement cataire et le bruit de soufflet des 
artères sont souvent accompagnés d'une impulsion plus 
forte que dans Fétat naturel; mais d'autres fois, au con- 
traire, cette impulsion est plus faible. J'ai souvent trouvé 
les battemens de la carotide gauche plus forts que ceux 
de la droite , lorsque cette dernière seule donnait le bruit 
de soufflet et le frémissement cataire. 

La saignée , qui diminue ordinairement Finlensité de 
ces phénomènes , d'autres fois les modifie seulement et 
d'une manière bizarre. Ainsi , après une saignée, chez 
un hémiplégique qui ne présentait aucun signe de ma- 



FRÉMISSEMENT CATAIRE. 12$ 

ladie du cœur , d'inflammation ni de pléthore , j'ai trouvé 
le bruit de soufflet beaucoup moindre dans le cœur , 
l'aorte et la carotide gauche } mais plus fort dans la caro- 
tide droite, où le frémissement cataire était aussi plus 
marqué. 

Il semblerait que la cause immédiate d'un phéno- 
mène aussi saillant que le frémissement cataire pût être 
facilement pénétrée. Cependant j'avoue que quelque 
peine que je me sois donnée à cet égard , je n'en ai pu 
trouver aucune raison satisfaisante : ce que je puis as- 
surer, c'est qu'il ne se lie à aucune altération organique 
constante , et que j dans les artères en particulier y on 
trouve , chez les sujets qui ont présenté le frémissement 
cataire le plus évident ; toutes et chacune des tuniques 
artérielles dans l'état naturel sous le rapport de la cou- 
leur , de la consistance , de l'épaisseur et de toutes les 
propriétés physiques (i). 

Il me paraît au moins extrêmement probable que le 

(i) Le frémissement cataire des artères peut bien n'être, 
comme le bruit de soufflet, qu'un phénomène vital , que l'effet 
d'un trouble de l'innervation; mais le frémissement cataire du 
cœur est , comme le bruit de râpe avec lequel il coïncide cons- 
tamment, l'effet d'un obstacle mécanique apporté au cours 
du sang. Pour mon compte , du moins, je ne l'ai jamais senti 
que chez des sujets qui , à l'autopsie , ont présenté soit une in- 
duration des valvules du cœur ou des artères, soit un défaut 
de proportion manifeste entre le volume du cœur et le calibre 
des gros vaisseaux. Je ne me rappelle pas non plus avoir ren- 
contré de sujets qui le présentassent d'une manière intermit- 
tente, chose qui devrait être, commune, si ce n'était qu'un 
phénomène nerveux. ™» L. 

m. 9 



I.3o ANOMALIES DU BRUIT PU COEUR. 

frémissement cataire tient à une modification particu- 
lière de l'innervation (i). J'ai eu, en i8a3, dans les salles 
de Clinique, un malade tombé dans un état de cachexie 
très prononcé par suite de la syphilis, et qui, couché 
ou débouta ne présentait ni dans le cœur, ni dans au- 
cune artère , ni frémissement cataire , ni bruit de souf- 
flet , ni aucun signe de maladie organique quelconque. 
Lorsque ce malade se relevait dans son lit en s'appuyànt 
sur le coude , un frémissement cataire léger , mais bien 
sensible, se manifestait dans l'étendue d'un pouce 
carré, un peu au-dessus de la clavicule droite, et l'on 
entendait alors au même endroit un bruit de soufflet 
très diffus^ sans saccade artérielle, et tellement continu,, 
que ce sujet est du nombre de ceux qui m'ont fait douter 
si le même phénomène ne pouvait pas quelquefois avoir 
lieu dans la jugulaire interne. Ces phénomènes ces- 
saient subitement en faisant mettre le malade sur son 
séant et à son aise. 

ARTICLE III. 

Des Battemens du cœur entendus à une certaine 
distance de la poitrine. 

Une opinion fondée sur des traditions de praticiens 
plutôt que sur des témoignages positifs d'observateurs 
de profession , veut que les battemens du cœur puis- 
sent quelquefois être entendus à une certaine distance 
des malades. Corvisart, qui connaissait cette tradition, 



(i) Cette assertion reste complètement à démontrer. 

Andral. 



BATTEMENS DU COEUR ENTENDUS A DISTANCE. l3ï 

dit n'avoir pu vérifier ce fait qu'une seule fois , et en 
approchant l'oreille très près de la poitrine du ma- 
lade (i). Il y a déjà bien des années que quelques ma- 
lades m'ont affirmé avoir éprouvé des palpitations de 
cœur telles qu'on les entendait à la distance de plusieurs 
pas ; et l'un d'eux , ainsi que des personnes dignes de foi 
qui l'avaient vu dans cet état, m'a attesté que chez lui 
lesbattemens du cœur étaient entendus dans la chambre 
voisine de celle où il couchait. 

En 1823, j'eus pour la première fois occasion d'ob- 
server ce phénomène chez une jeune fille. Depuis ce 
temps je l'ai cherché avec soin, et je me suis convaincu 
que , s'il est très rare à un aussi haut degré d'intensité 
que dans les cas dont je viens de parler, il est très 
commun à un degré moindre, et tel que l'on puisse 
entendre le cœur à une distance de deux à dix pouces de 
la poitrine. Quelques-uns de mes confrères,, à qui j'ai 
fait part de cette observation , ont aussi , depuis , ren- 
contré plusieurs fois le même phénomène; et M. le doct. 
Lerminier, entre autres, a eu la complaisance d'envoyer 
à ma clinique, dans le cours de l'année 1824, deux ma- 
lades qui le présentaient d'une manière assez marquée. 

Je n'ai pas eu occasion d'entendre les battemens du 
cœur à plus d'un pied et demi ou deux pieds de dis- 
tance ; mais ce seul fait suffit pour faire admettre faci- 
lement la possibilité de les entendre de plus loin. J'ai 
constaté plusieurs fois, par l'isochronisme parfait de ces 
battemens avec ceux du pouls, que le bruit entendu est 
celui de la contraction des ventricules. Je ne me rappelle 



(0 Ouvr. cite , p. i36. 



l32 ANOMALIES DU BRUIT DU OOEUIi. 

pas avoir rencontre de cas où il fût donné par les oreil- 
lettes. 

Sur plus de vingt sujets chez lesquels j'ai entendu les 
battemens du cœur à une distance de deux pouces à 
deux pieds de la poitrine, trois ou quatre au plus étaient 
attaqués de maladies organiques du cœur. Tous les 
autres ne présentaient que des palpitations purement 
nerveuses ; plusieurs même n'en éprouvaient qu'après 
avoir marché un peu vite ou monté rapidement un esca- 
lier , et le phénomène n'existait chez eux que dans cette 
circonstance. Chez tous il a été passager, et plusieurs 
de ces sujets sont revenus au bout d'un certain temps à 
un état de santé parfaite. Le bruit de soufflet et le fré- 
missement cataire existent souvent à un léger degré 
dans le cœur , et surtout dans les artères , chez les 
personnes dont on entend le cœur à distance. 

Je n'ai vu succomber aucun des sujets qui m'ont pré- 
senté ce phénomène , ce qui , joint à sa liaison fréquente 
avec une agitation nerveuse momentanée et avec le bruit 
de soufflet et le frémissement cataire , doit faire penser 
qu'il est peu grave en lui-même. 

Je n'ai, d'après ce que je viens de dire , aucune cer- 
titude relativement à l'état des organes de la circulation 
auquel il peut être dû ; mais plusieurs motifs me font 
croire qu'il est dû le plus souvent à une exhalation 
gazeuse plus ou moins abondante dans le péricarde. 
Tous les bruits qui se passent dans l'intérieur du corps, 
et que l'on peut entendre à l'oreille nue, sont dus aux 
mouvemens de quelque substance qui se trouve en 
contact avec un gaz. C'est ainsi que l'on entend les 
borborygmes dans les intestins, la fluctuation hippo- 



BATTEMENS DU COEUR ENTENDUS A D1STAKCE. l33 

cratique dans le pneumo-thorax avec épanchement 
liquide,, et même celle qui a lieu dans l'estomac,, le bruit 
de la crépitation déterminé par l'inspiration ou par les 
battemens du cœur dans quelques emphysèmes des 
parois thoraciques , le craquement des doigts chez cer- 
tains sujets dont les articulations contiennent habituel- 
lement un gaz , un bruit analogue , et accompagné de 
crépitation manifeste sous la main , dans les pneumar- 
throses qui succèdent fréquemment au rhumatisme arti- 
laire, et particulièrement dans l'articulation du genou. Je 
pense que le développement d'une certaine quantité de 
gaz dans les cavités du cœur pendant l'agonie pourrait 
encore donner quelquefois lieu au même phénomène ; 
mais cet accident serait trop promptement suivi de mort 
pour qu'il fût facile à constater. M. Sfégalas, à qui j'avais 
faitpart de cette conjecture, médit, quelques jours après, 
qu'ayant tué un chien par l'injection de l'air dans la 
veine jugulaire _, il avait entendu distinctement et for- 
tement les battemens du cœur pendant l'agonie. Des 
occupations multipliées m'ont empêché jusqu'ici de 
chercher à produire , chez les animaux, un pneumo- 
péricarde artificiel, en injectant de l'air dans le péricarde 
et l'y maintenant de manière à ce qu'il ne pût en sortir 
que par la voie de l'absorption , expérience qui d'ail- 
leurs me paraît bien difficile à exécuter parfaitement ; 
mais j'ai remarqué que la région du cœur rendait sou- 
vent par la percussion un son très clair chez les sujets 
dont on entend le cœur à distance (i). 

(i) Au moment où l'on m'apporte la dernière épreuve de 
cet ouvrage , indisposé depuis quelques jours, j'ai observé sur 



l34 ANOMALIES DU BRUIT DU COEUR. 

L'intermittence du phénomène et son apparition su- 
bite après un exercice un peu violent, relativement à l'in- 
dividu, ne me paraît infirmer nullement l'opinion que 

moi-même le phénomène du bruit du cœur sensible pour les 
assistans , et j'ai pu lui reconnaître une cause tout-à-fait évi- 
dente, toute physique, et qui, de même nature que celle dont 
il vient d'être parlé , doit certainement être beaucoup plus 
fréquente. 

Je venais de me faire saigner du pied , et de me remettre au 
lit , où je restai quelques minutes assis , le dos à peine appuyé, 
la tête droite et sans appui , me trouvant très bien dans cette 
position. Tout-à-coup je sentis les contractions de mon cœur 
( chose très rare chez moi), et je les entendis en outre très dis- 
tinctement. Les contractions , régulières , sans force insolite, 
avaient seulement la 4, fréquence que leur donnait un degré de 
fièvre médiocre. Il me semblait qu'à chaque contraction le 
cœur frappait et repoussait légèrement un voile médiocre- 
ment tendu. J'examinai la région de l'estomac, que je trouvai 
très distendu par des gaz , et fortement résonnant par la per- 
cussion la plus légère. Je fis approcher la tête d'une personne 
présente, à environ six pouces des parois de ma poitrine, et 
elle entendit très distinctement les battemens de mon cœur. 
Dès lors je commençai a penser qu'un certain degré de disten- 
sion flatueuse de l'estomac et son adossement intime au dia- 
phragme pouvaient produire le phénomène dont il s'agit. Un 
instant après, je n'en doutai plus : l'éructation de quelques gaz 
le fit disparaître. Note de V auteur. 

Cette note était un post-criptum dans la deuxième édition; 
j'ai du la rapporter à sa véritable place. Il s'y rattache un sou- 
venir bien douloureux pour tous les amis de la science : 
Laënnec était, quand il l'écrivit, déjà sur son lit de mort, et 
ce sont presque les dernières lignes que sa main ait tracées. 

M.L. 



BATTEJVIENS DU COEUR ENTENDUS A DISTANCE. I 35 

je viens d'exposer. On voit des exhalations gazeuses se 
former en quelques instans à la suite des fortes contu- 
sions et des fractures. Le ventre, dans beaucoup d'affec- 
tions nerveuses ou fébriles, prend quelquefois tout-à- 
coup un volume énorme , à raison de l'augmentation 
subite de la quantité des gaz qu'exhalent habituellement 
les intestins. Dans les pneumarthroses du genou , la 
crépitation la plus manifeste paraît et disparaît quel- 
quefois à plusieurs reprises dans l'espace d'une seule 
journée. 

L'ossification de la pointe ou de quelque autre partie 
extérieure du cœur pourrait encore donner lieu au 
même phénomène : mais je n'en ai vu aucun exemple. 

Il est incontestable que les battemens du cœur peuvent quel- 
quefois s'entendre à «ne certaine distance des parois de la 
poitrine; je m'en suis assuré moi-même dans plus d'un cas, 
soit chez des individus qui avaient une maladie organique du 
cœur, soit chez d'autres qui n'avaient que de simples palpita- 
tions nerveuses. Le cas le plus remarquable de ce genre que 
j'aye eu occasion d'observer, est celui d'une jeune dame qui 
présentait plusieurs symptômes d'hystérie , et qui, à inter- 
valles irréguliers, tombait sans connais» nce et sans mouve- 
ment. Durant ces crises , qui se prolongeaient parfois pendant 
plusieurs heures, l'appareil circulatoire devenait le siège des dé- 
sordres suivaus : 1^ pouls, plutôt petit que développé, acquérait 
une fréquence telle qu'on pouvait à peine compter les pulsa- 
tions; la peau était froide et la face cyanosée; enfin, le cœur bat- 
taitavecune telle force, que, placé à plusieurs pieds de distance 
de la malade, j'entendais très distinctement cet organe venir 
frapper les parois thoraciques. Pendant les cinq ou six jours 
qui suivaient ces crises , la respiration restait gênée, et quelques 
palpitations se faisaient sentir , puis tout rentrait dans l'ordre , 



l36 ANOMALIES DU BRUIT DU COEUR. 

et l'on ne trouvait plus aucune trace de maladie du côté de 

l'appareil circulatoire. 

Quant à la théorie proposée par Laënnec pour expliquer ces 
battemens du cœur qu'on entend ainsi à distance, elle ne me 
paraît reposer sur aucun fait : ce n'est que par pure supposition 
que Laënnec admet que des gaz, par leur présence dans les 
cavités du cœur, peuvent produire un pareil phénomène. Les 
prétendus faits analogues que cite l'auteur à l'appui de son 
opinion ne le sont véritablement pas : ainsi quel rapport y a-t-il 
entre les borborygmes qui se développent dans les intestins 
remplis d'air et de liquide , et le bruit que fait entendre le cœur 
dans certains cas ? Le premier de ces faits ne pourrait être rap- 
proché du second, que si, dans le cœur, on percevait des bruits 
semblables à ceux auxquels donnent lieu des déplacemens de 
gaz. Il reste à prouver que les articulations se remplissent fré- 
quemment de gaz à la suite de rhumatismes : c'est là une opinion 
au moins très hypothétique, et l'on peut expliquer tout autre- 
ment la crépitation que présentent certaines articulations qui 
ont été enflammées , ainsi que le craquement des doigts que 
font entendre presque à volonté certains individus : ce sont 
là des résultats du frottement qui a lieu entre les surfaces ar- 
ticulaires; c'est le même bruit que celui qui a lieu dans le péri- 
carde, lorsqu'à sa surface interne de fausses membranes glissent 
l'une sur l'autre. Quant à l'expérience de M. Ségalas invoquée 
par Laënnec, elle ne prouve absolument rien, si ce n'est que 
le trouble que doit apporter l'introduction de l'air dans le 
sang a pour effet de faire battre le cœur avec plus de violence. 
Il n'est même pas dit, dans le compte que rend Laënnec de cette 
expérience, qu'elle ait donné lieu au phénomène dont il s'agit 
ici , savoir, aux battemens du cœur perçus à distance. 

Andral. 



DES PALPITATIONS. I 37 

CHAPITRE VI. 

DES PALPITATIONS. 

Le mot palpitation du cœur_, dans le langage médical 
usuel , peut être défini un battement du cœur sensible 
et incommode pour le malade , plus fréquent que dans 
Tétat naturel , et quelquefois inégal sous les rapports 
de fréquence et de développement. 

Si l'on étudie à Faide du stéthoscope les battemens 
du cœur chez plusieurs malades attaqués de palpitations, 
on verra qu'il en est de beaucoup d'espèces , et qui 
n'ont guère entre elles que ce caractère commun , le 
malade sent battre son cœur. Assez souvent il entend 
aussi ces battemens _, et surtout quand il est couché. 
Debout, il ne sent et n'entend ordinairement que la con- 
traction des ventricules; couché sur le côté, il sent 
souvent retentir dans Foreille un battement double de 
celui du pouls, c'est-à-dire la contraction alternative 
des ventricules et des oreillettes. J'ai répété souvent 
cette observation sur moi-même dans des insomnies 
accompagnées d'agitation nerveuse et de légères palpi- 
tations. 

Dans beaucoup de cas, les palpitations consistent 
uniquement dans l'augmentation de fréquence des bat- 
temens du cœur. Leur force n'est pas d'ailleurs plus 
grande que dans l'état naturel; et la main appliquée à la 
région précordiale ne sent absolument rien , quoique le 
malade imagine, d'après la sensation qu'il éprouve, que 
son cœur bat beaucoup plus fort qu'à l'ordinaire. 



1 38 DES PALPITATIONS. 

Celte espèce de palpitation a surtout lieu chez les 
personnes attaquées de dilatation des ventricules du 
cœur. C'est celle de toutes qui dure le plus longtemps. 
J'ai vu une palpitation de cette espèce persévérer, sans 
aucun intervalle, pendant huit jours chez une religieuse 
âgée d'environ soixante-dix ans : le pouls, extrêmement 
petitetfaible,battaitconstamment,pendanttoutcetemps, 
de cent soixante à cent quatre-vingts fois par minute. 

D'autres palpitations consistent dans une augmenta- 
tion de fréquence et de force à la fois des battemens 
du cœur. Ce sont surtout celles qui ont lieu, chez un 
homme sain d'ailleurs , par l'effet de la course ou de 
tout autre exercice capable d'essouffler, ou qui sont 
déterminées par une affection morale. Les palpitations 
qui ont lieu chez un homme attaqué d'hypertrophie du 
cœur à un léger degré ont aussi ce caractère : l'impul- 
sion des ventricules devient dans ce cas plus forte que 
dans Tétat naturel. 

Ces deux espèces de palpitations ne peuvent être dis- 
tinguées que par le rapport du malade , et par l'accélé- 
ration de la circulation. 

Le bruit et l'étendue des battemens du cœur sont 
presque toujours augmentés dans les divers cas dont 
je viens de parler; et, par cette raison, il ne faut ja- 
mais tirer de conclusions de l'analyse des battemens du 
cœur que quand elle a été faite après un repos assez long, 
si le sujet a fait de l'exercice ; ou dans l'état de calme le 
plus parfait, s'il est attaqué de maladie du cœur (1). 

(1) Il est, au contraire, d'autres cas dans lesquels, jusqu'à l'a- 
gonie et presque jusqu'au dernier souffle, alors que la peau est 



DES PALPITATIONS. l3o. 

Dans l'hypertrophie simple et portée à un haut de- 
gré, les palpitations, étudiées par le stéthoscope , pré- 
sentent les phénomènes suivans : les ventricules se 
contractent avec une impulsion très forte , et semblent 
soulever les parois thoraciques dans une étendue et à 
une hauteur beaucoup plus considérable que dans l'é- 
tat de calme. Leur bruit, au contraire, est plus sourd 
et moins marqué que dans cet état. Ces phénomènes 

froide et que le pouls ne ressemble plus qu'à un fil qui ne se 
saisit qu'à de longs intervalles, le cœur hypertrophié continue 
a offrir dans ses battemcns une force singulière, et repousse 
encore l'oreille appliquée sur la région précordiale. J'ai surtout 
constaté ce fait chez des individus dont l'orifice aortique, rétréci, 
ne se laissait depuis longtemps traverser par le sang que d'une 
manière difficile et insuffisante ; et c'est soutout dans ces cas 
qu'en l'absence presque complète du pouls, ou du moins mal- 
gré son extrême faiblesse et le refroidissement des extrémités, la 
persistance d'une forte impulsion à la région du cœur peut au- 
toriser à pratiquer des saignées, qui, plus d'une fois, sont suivies 
du plus grand succès. J'ai vu des cas de ce genre, dans lesquels, 
à peine le sang était-il sorti de la veine, que Je pouls reparais- 
sait , la peau se réchauffait , l'état d'asphyxie se dissipait, et en 
même temps les battemens du cœur lui-même devenaient moins 
violens. Ne semble-t-il pas qu'en cas pareil le cœur lutte en 
quelque sorte et se débat pour chasser de ses cavités le sang qui 
les obtrue : mais vainement s'épuise-t-il à surmonter l'obstacle 
qu'il trouve à son orifice aortique , il resterait impuissant contre 
lui , et il se laisserait de plus en plus distendre par le sang qu'y 
apportent incessamment les veines, si, d'une manière artifi- 
cielle , on ne venait diminuer rapidement la masse totale du 
sang. Andkal. t 



l4° D ES PALPITATIONS. 

et la fréquence augmentée des batlemens ne permet- 
tent souvent pas de distinguer les contractions de l'oreil- 
lette (pag. 58 ). L'étendue des battemens du cœur n'est 
pas d'ailleurs augmentée ; et malgré l'accroissement de 
force de cet organe , souvent double ou triple de l'état 
ordinaire , le pouls est presque toujours deux ou trois 
fois plus faible et plus petit que dans ce dernier état. 
Quand la palpitation dure plusieurs jours de suite, 
qu'il s'y joint beaucoup d'étouffement, et que le malade, 
épuisé par une longue maladie et leuco-phlegmatique, 
présente une face et des extrémités froides et violettes , 
qu'il approche de l'agonie, le pouls devient presque 
insensible , les battemens du cœur , excessivement fré- 
quens, perdent leur force d'impulsion ^ deviennent 
quelquefois un peu plus sonores , et cessent assez sou- 
vent de pouvoir être sentis d'une manière distincte quel- 
ques jours avant la mort du malade. 

Dans l'hypertrophie accompagaée de dilatation, l'im- 
pulsion, le bruit et l'étendue des battemens du cœur 
sont ordinairement également augmentés par l'effet des 
palpitations. C'est surtout dans ce cas, et lorsque les 
deux affections dont il s'agit existent à un degré mé- 
diocre , que l'on observe les battemens du cœur analo- 
gues à un coup de marteau dont il a été parlé plus 
haut (pag. 20). 



IRRÉGULARITÉS DES BATTEMENS DU COEUR. l4* 

CHAPITRE VII. 

DES IRRÉGULARITÉS DES BATTEMENS DU COEUR. 

Les irrégularités des batteraens du cœur peuvent 
exister sans palpitations. Chez les vieillards, on les ren- 
contre souvent presque toutes sans altération notable 
de la santé. 

Celles qui ont lieu pendant les palpitations consis- 
tent le plus souvent uniquement dans des variations 
de la fréquence des battemens du cœur. Tantôt cette 
fréquence varie à chaque instant, tantôt on observe 
seulement de temps à autre quelques contractions plus 
lentes ou plus courtes que les autres. Quelquefois, au 
milieu d'une série de pulsations très égales entre elles _, 
il en survient une seule plus courte de moitié que les 
autres dans ses deux temps. Ce phénomène produit sur 
le pouls quelque chose d'analogue à l'intermittence ; 
et il détermine complètement cette sensation , comme 
nous le verrons plus bas, pour peu que la pulsation 
plus courte soit en même temps plus faible que les 
autres. Les variations de fréquence portent le plus sou- 
vent, comme dans ce cas, sur des pulsations complètes 
du cœur. Cependant il arrive quelquefois qu'elles dé- 
pendent seulement de l'augmentation ou de la dimi- 
nution de durée de la contraction des ventricules. 

Ces irrégularités de fréquence ont lieu le plus souvent 
chez les sujets attaqués de dilatation du cœur. 

C'est dans les momens de palpitations surtout que 
l'on observe , chez les personnes attaquées d'hypertro- 



l4^ IRRÉGULARITÉS DES BATTEMENS DU COEUR. 

phie, ainsi que nous l'avons dit plus haut ( pag. 58), 
des contractions des ventricules prolongées , et qui ne 
laissent nullement entendre celles des oreillettes. Sans 
doute ces dernières n'en ont pas moins lieu , puisqu'on 
ne peut concevoir la** circulation sans elles ; mais l'ab- 
sence totale ou presque totale d'intervalle sensible entre 
les contractions des ventricules ne permet pas d'entendre 
celles des oreillettes, qui sont alors plus faibles que 
dans l'état naturel,, et qui, commençant nécessai- 
rement avant que la contraction aussi énergique que 
prolongée des ventricules ait cessé, sont masquées par 
ces dernières. 

J'ai parlé précédemment d'une autre espèce d'anti- 
cipation de la contraction des oreillettes sur celle des 
ventricules , remarquable au contraire par sa force plus 
grande qu'à l'ordinaire (pag. 58 ) : il est inutile d'y re- 
venir ici. 

Je crois avoir observé aussi, quoique rarement, dans 
les palpitations , une anticipation inverse et tout aussi 
brusque, c'est-à-dire celle de la contraction des ventri- 
cules sur celle des oreillettes. Ce phénomène produit 
l'effet suivant : au milieu de pulsations assez régulières, 
et dans chacune desquelles on entend distinctement la 
contraction des oreillettes et celle des ventricules, on 
sent tout-à-coup , au moment où l'oreille cesse d'être 
soulevée par cette dernière, au lieu du claquement de 
l'oreillette, une nouvelle contraction des ventricules 
accompagnée d'un choc beaucoup plus fort, après lequel 
le cœur reprend son rhythrne précédent. 

Il arrive quelquefois, quoique très rarement, dans 
les palpitations, que chaque contraction des ventricules 



IRRÉGULARITÉS DES BATTEMENS DU COEUR. lfô 

est suivie de plusieurs contractions successives de l'o- 
reillette , qui , réunies, n'occupent pas plus de temps 
qu'une seule contraction ordinaire. J'ai compté quel- 
quefois dans ces sortes de palpitations deux pulsations 
des oreillettes pour une des ventricules; d'autres fois 
il y en a quatre; mais le plus souvent le nombre de 
ces contractions successives et correspondant à une 
seule contraction des ventricules est de trois. J'ai vu 
cet état de la circulation persister très régulièrement 
pendant plusieurs jours chez une femme attaquée 
d'hypertrophie du ventricule gauche : à une contraction 
des ventricules remarquable par sa longue durée et par 
la force avec laquelle elle frappait l'oreille presque 
sans bruit, succédaient sans aucune variation trois 
contractions bruyantes de l'oreillette, qui, réunies, ne 
duraient pas autant à beaucoup près que la contraction 
des ventricules. Quelquefois , dans une longue suite 
de contractions régulières du cœur , on en entend seu- 
lement une ou deux de cette espèce. Cette espèce de 
palpitation, non plus que la précédente (pag. i/j-2 ) , ne 
produit aucune altération sensible dans le pouls. Je ne 
l'ai observée que chez des sujets attaqués d'hyper- 
trophie des ventricules. 

Tels sont les phénomènes que présentent le plus ordi- 
nairement les palpitations avec irrégularités : je suis 
loin de croire qu'il n'en existe pas d'autres , et j'en 
connais même de très caractérisés que je n'ai pas eu 
encore occasion d'étudier à l'aide du stéthoscope. Il 
en est un surtout que je regrette de n'avoir pas ren- 
contré depuis que je m'occupe de ce moyen d'explora- 
tion , et qui s'observe cependant quelquefois dans les 



î44 INTERMITTENCES DES BATTEMENS DU COEUR. 

palpitations dépendant d'hypertrophie du cœur : c'est 
une suspension du pouls pendant laquelle l'artère reste 
pleine et tendue, et résiste fortement au doigt qui la 
presse. Ce phénomène a lieu plus fréquemment , ou 
plutôt presque constamment, dans les quintes de toux; 
mais l'agitation des parois thoraciques ne permet guère 
alors d'examiner la région du cœur. 

CHAPITRE VIII. 

DES INTERMITTENCES DES BATTEMENS DU COEUR. 

On entend communément par intermittence une 
suspension subite et momentanée du pouls , pendant 
laquelle l'artère affaisée ne se sent plus sous le doigt. 

La durée des intermittences est très variable. Elle est 
quelquefois moindre que celle d'une pulsation artérielle; 
d'autres fois elle est absolument égale ; et enfin elle est, 
dans certains cas , plus longue. 

On peut distinguer deux sortes d'intermittences : 
les unes, vraies, consistent réellement dans la suspension 
des contractions du cœur ; les autres, fausses , corres- 
pondent à des contractions tellement faibles qu'elles ne 
se font pas sentir dans les artères , ou qu'elles ne leur 
communiquent qu'une impulsion à peine sensible. 

Les intermittences de la première espèce sont les plus 
communes : elles existent souvent chez les vieillards sans 
aucun trouble dans la santé ; chez ceux même d'entre 
eux qui n'y sont pas sujets, elles se manifestent à l'occa- 
sion d'indispositions très légères. Chez l'homme dans la 
vigueur de l'âge , elles ne s'observent guère que dans les 



INTERMITTENCES DES BATTEMENS DU COEUR. I/J^ 

maladies du cœur, et particulièrement dans l'hyper- 
trophie des ventricules et dans les momens de palpi- 
tations : elles seraient peut-être plus convenablement 
désignées sous les noms ^arrêts ou ^hésitations du 
pouls. Si l'on examine à l'aide du stéthoscope les batte- 
mens du cœur chez un sujet qui présente de semblables 
intermittences , on reconnaîtra d'abord qu'elles sont 
toujours placées après la contraction des oreillettes. 
Elles ne diffèrent par conséquent en rien du repos qui 
existe très sensiblement en ce moment , ainsi que nous 
l'avons déjà dit ( page 47 ) > lorsque le pouls est rare : 
seulement, au lieu de revenir régulièrement après 
chaque contraction des oreillettes, et d'offrir une durée 
égale , ce qui rendrait alors le pouls rare (pag. 49 L e ^ es 
ne surviennent que par intervalles , au milieu de con- 
tractions fréquentes et souvent même irrégulières dans 
leur fréquence ; et par conséquent , au lieu de rendre 
le pouls plus rare et de présenter l'image du repos na- 
turel après la contraction complète des diverses parties 
du cœur, elles semblent être une suspension subite de 
la circulation. 

La durée de cette espèce de suspension anomale est 
très variable ; et souvent , dans une suite assez rappro- 
chée de semblables intermittences , les unes égalent en 
durée une contraction complète du cœur , d'autres 
n'occupent que la moitié , le tiers ou le quart de cet 
intervalle, et d'autres enfin sont si courtes qu'on ne les 
sentirait certainement pas dans un pouls moins fréquent 
et qui en offrirait de semblables après chaque contrac- 
tion des oreillettes. 
Leur retour n'offre pas moins d'irrégularité; et sou- 
111. *o 



1^6 INTERMITTENCES DES BATTEMENS DU CŒUR. 

vent , après avoir senti un repos inégal après deux ou 
trois contractions successives ou très rapprochées des 
oreillettes , on n'en retrouve de nouveau qu'après dix, 
vingt , et même cent pulsations complètes du cœur. 

Si l'on se contente de toucher le pouls sans exami- 
ner comparativement les battemens du cœur avec le 
stéthoscope , on confond nécessairement cette espèce 
d'intermittence très réelle avec la fausse intermittence 
produite par les variations de durée et de force à la fois 
des battemens du cœur qui a été décrite ci-dessus 
(pag. i4 2 )- Mais cette fausse intermittence est, d'après 
ce qu'on vient de lire, très facile à distinguer par le 
stéthoscope d'avec les arrêts ou hésitations du cœur. 
Il n'est pas aussi aisé de préciser en quoi elle diffère des 
contractions multiples de l'oreillette (pag. i/p). Ces pul- 
sations plus faibles et plus courtes étant en même temps 
beaucoup plus fréquentes, ressemblent tout-à-fait à des 
contractions de l'oreillette. Si, après une contraction 
des ventricules bien reconnaissable à son impulsion et à 
son bruit sourd et prolongé , il en survient trois faibles 
et accompagnées d'un bruit éclatant, on ne peut savoir 
si elles sont dues à une contraction de l'oreillette faite 
en trois temps , ou si la première de ces trois contrac- 
tions est celle de l'oreillette , et si les deux suivantes 
forment une pulsation complète du cœur. Mais s'il y a 
deux ou quatre contractions semblables, l'incertitude 
n'existe plus. 

La dernière espèce d'intermittence, ou celle qui con- 
siste dans l'absence d'une pulsation complète , qui re- 
vient quelquefois avec une périodicité exacte, à des 
intervalles plus ou moins éloignés, le pouls étant d'ail- 



INTERMITTENCES DES BATTEMENS DU COEUR. T ^n 

leurs régulier , constitue le signe avant-coureur de la 
diarrhée critique découvert par Solano de Lucques. Cet 
accident de la circulation n'est pas rare , et je l'ai ob- 
servé fréquemment dans quelques épidémies ; mais il est 
probable qu'il est dans le génie de quelques constitutions 
médicales de ne pas le présenter, car, quelque soin que 
j'aie pris de le rechercher dans d'autres temps, je n'ai pu 
le rencontrer. Cette espèce d'intermittence correspond 
plus souvent à une contraction des ventricules beau- 
coup plus faible que les autres, qu'à une interruption 
réelle de leur mouvement; et souvent le pouls même 
présente de temps en temps , dans ces cas , une pulsa- 
tion extrêmement faible au lieu d'une intermittence 
totale. 

Je n'ai pas encore trouvé l'occasion d'examiner l'état 
du cœur pendant l'espèce d'intermittence qui est ac- 
compagnée de la persistance de l'état de plénitude de 
l'artère (pag. 1 44)- L'analogie doit porter à croire qu'elle 
a lieu immédiatement après la contraction des ventri- 
cules ; que ces organes restent dans l'état de contraction 
tant qu'elle dure , et que leur diastole et la systole des 
oreillettes qui l'accompagne ne commencent que lorsque 
cet état de spasme ou de contraction permanente des 
ventricules a cessé (j). 

(i) Les intermittences des battemens du pouls peuvent être 
un phénomène tout nerveux : les maladies aiguës en offrent de 
fréquens exemples. Toutefois, lorsqu'elles persistent indéfini- 
ment et sans que le système nerveux paraisse être d'ailleurs 
autrement troublé, il devient au moins extrêmement proba- 
ble qu'elles dépendent de quelque rétrécissement de l'orifice 
aortique.Cettedernière altération peutêire, du reste, assez peu 



l48 INTERMITTENCES DES BÀTTEMEaS DU COEUR. 

Plusieurs des faits exposés dans cette analyse des bat- 
temens du cœur ont dû prouver que l'application de la 
main sur la région de cet organe et l'exploration du 
pouls sont des moyens bien suffisansde s'assurer de l'état 
de la circulation. L'état du pouls surtout , examiné ainsi 
qu'on l'a fait jusqu'ici., seul et sans le comparer à celui 
du cœur , est aussi souvent propre à. induire en erreur 



avancée pour ne traduire son existence par aucun autre sym- 
ptôme : on n'observe ni palpitations, ni gêne de la respiration, 
ni œdème ; et l'auscultation , pas plus que la percussion, ne 
révèle aucune lésion du côté du cœur. Les intermittences 
peuvent être habituelles , ou ne se montrer qu'à de certains in- 
tervalles , et sous l'influence de causes appréciables. C'est ainsi 
que j'ai été consulté par un homme de soixante ans environ, qui 
faisait naître à volonté, chez lui, ces intermittences en mon- 
tant un peu vite un escalier : hors cette circonstance , il 
n'en éprouvait jamais , et il ne présentait d'ailleurs aucun signe 
d'affection du cœur. J'ai vu plusieurs individus qui parais- 
saient , comme le précédent , très bien portans , et chez lesquels 
le pouls , ordinairement très naturel, devenait intermittent, 
sous l'influencé de toutes les causes physiques ou morales qui 
accéléraient la circulation. Il est, enfin, d'autres personnes chez 
lesquelles ces mêmes intermittences se produisent ainsi, à des 
intervalles plus ou moins éloignés les uns des autres, d'une 
manière toute spontanée. Il y a de ces malades qui annoncent 
chaque intermittence qui a lieu dans leur pouls par un arrêt 
qu'ils sentent très distinctement avoir lieu dans les contractions 
de leur cœur. Cette sensation est pour quelques-uns très pé- 
nible; elle est accompagnée d'une vive anxiété, et par fois 
suivie de quelques palpitations plus ou moins violentes, après 
lesquelles le cœur ne présente plus rien d'insolite, ni pour le 
malade, ni pour le médecin. 

Chez d'autres malades , l'intermittence habituelle du pouls 



INTERMITTENCES DES BATTEMENS DU CŒUR. 1^$ 

qu'à fournir des indications utiles ; et malgré les ingé- 
nieuses et subtiles recherches de Galien , de Solano, 
de Bordeu , de Fouquet , et des médecins chinois , je 
pense que tout praticien de bonne foi a dit plus d'une 
fois avec Celse : « Venis — maxime credimus fallacis- 
simœ rei. » Je n'entends pas contester l'exactitude de 
toutes les observations des auteurs que je viens de citer , 
et je reconnais volontiers même que plusieurs des plus 



coïncide bien avec les signes qui caractérisent une affection du 
cceurj mais, en auscultant cet organe, on ne découvre aucun 
de ces bruits qui se lient ordinairement à un rétrécissement de 
l'orifice aortique. L'absence de ces bruits n'est pas une raison 
suffisante pour se refuser à admettre l'existence de ce rétrécis- 
sement : on peut seulement en induire que , par son siège, l'al- 
tération qui le produit, tout en s'opposant au libre passage du 
sang, ne détermine aucun bruit anormal. C'est ainsi que chez 
une femme morte à la Charité, après avoir présenté un pouls 
des plus intermittens , mais sans aucun bruit de frottement à la 
région précordiale, je trouvai les trois valvules sigmoïdes de 
l'aorte envahies, à leur base seulement, par des points cartilagi- 
neux et osseux : dans le reste de leur étendue, elles étaient 
parfaitement saines ; les parois du ventricule gauche étaient 
hypertrophiées , et sa cavité médiocrement dilatée. On n'avait 
saisi autre chose , pendant la vie, à la région précordiale, que 
desbattemens irréguliers et qui soulevaient fortement l'oreille. 
Les intermittences qui se lient de la manière la plus incontes- 
table à un rétrécissement de l'orifice aortique du cœur peuvent 
diminuer et même disparaître à la suite de quelques émissions 
sanguines, du repos, et d'une diète convenable; maison les 
voit aussi se reproduire avec la plus grande facilité sous l'in- 
fluence de la moinde activité imprimée de nouveau à la circu- 
lation. Andral. 



l5o INTERMITTENCES DES BATTEMENS DU COEUR. 

curieuses sont justes en général ; que l'on voit souvent 
le pouls dicrote précéder ou accompagner les hémor- 
ragies nasales , le pouls ondulant coïncider avec la 
sueur, le pouls intermittent avec la diarrhée, et que 
l'on peut admettre, avec d'assez nombreuses exceptions, 
la distinction des pouls supérieur et inférieur. 

Mais si l'on doit convenir de l'utilité de l'exploration 
du pouls sous ces rapports , il est plus évident encore 
que souvent le pouls ne donne que des renseignemens 
nuls ou trompeurs sous des rapports beaucoup plus es- 
sentiels, et particulièrement sous ceux de l'indication 
de la saignée , du pronostic dans toutes les maladies, 
et du diagnostic dans plusieurs. Ce que Celse en dit en 
parlant des fièvres s'applique avec plus d'exactitude 
encore aux maladies des poumons et du cœur. Nous 
avons vu que, dans la péripneumonie et la pleurésie, 
l'absence de la fièvre et un pouls tout-à-fait naturel 
coïncident souvent avec une lésion grave, étendue, et 
au-dessus de toutes les ressources de la nature et de 
l'art. Dans la phthisie, la fièvre hectique est quelquefois 
suspendue pendant des mois entiers. Dans les maladies 
du cœur , le pouls est souvent faible , quelquefois même 
presque insensible, quoique les contractions du cœur, 
et particulièrement celles du ventricule gauche, soient 
beaucoup plus énergiques que dans Fétat naturel. Dans 
Fapoplexie, au contraire, on rencontre souvent un 
pouls très fort chez des sujets dont le cœur ne donne 
presque plus d'impulsion. 

Ces deux observations contraires seront faciles à vé- 
rifier par tout médecin qui se servira avec quelque suite 
du stéthoscooe. Je les ai répétées chaque jour depuis 



INTERMITTENCES DES BATTEMENS DU COEUR. 1 5 1 

dix ans : elles me paraissent tout-à-fail inexplicables, 
si l'on n'admet pas dans les artères une action indépen- 
dante de celle du cœur. Au reste , beaucoup d'autres 
faits semblent prouver que les divers systèmes d'organes 
qui servent à la circulation , malgré leur dépendance 
nécessaire et réciproque 3 ont aussi une existence par- 
ticulière, qui^ dans certains états de maladie et chez 
quelques individus , est peut être plus marquée et en 
quelque sorte plus isolée que dans l'état ordinaire. Les 
observations des praticiens de tous les âges sur les ef- 
fets différens des saignées générales ou locales, arté- 
rielles ou veineuses, déplétives ou dérivatives, rentrent 
dans cette catégorie de faits. On en peut dire autant 
du soulagement très grand ou de la guérison complète 
de plusieurs espèces de maladies par une hémorragie 
de quelques onces , comparée à l'inutilité des saignées 
les plus copieuses dans les mêmes cas ; du peu d'affai- 
blissement produit par certaines perles utérines ou par 
un flux hémorrhoïdal excessivement abondant, compa- 
rativement au collapsus que produit chez les mêmes in- 
dividus l'application de quelques sangsues. Je connais 
un homme qui a supporté plusieurs fois, sans s'en 
sentir aucunement affaibli , des saignées de huit à douze 
onces, et chez lequel l'application de deux sangsues 
à l'anus, faite dans deux occasions différentes , a pro- 
duit chaque fois un anéantissement des forces muscu- 
laires égale à celui d'un malade qui quitte pour la pre- 
mière fois son lit après une fièvre grave de trois ou quatre 
septénaires. 

Ces faits prouvent, ce me semble, entreaulrts choses, 
que la circulation capillaire est en quelque sorte indé- 



l5'2 INTERMITTENCES DES BATTEMENS DU COEUR. 

pendante de la circulation générale. L'influence de cette 
dernière sur la première paraît surtout bien peu forte 
dans certaines hémorragies utérines, intestinales, na- 
sales et pulmonaires, que les saignées les plus abon- 
dantes suspendent à peine ou même ne peuvent aucune- 
ment modérer. 

L'exploration du pouls est donc loin de pouvoir 
donner l'idée de l'état de la circulation en général : elle 
ne peut même pas faire connaître la manière dont elle se 
fait dans le cœur; car le pouls ne correspond qu'à la 
contraction du ventricule gauche, qui peut être régu- 
lière, ainsi que nous l'avons déjà dit, quand celles des 
oreillettes et du ventricule droit ne le sont nullement. 

Le pouls ne peut même donner d'une manière sûre 
et constante l'indication de la saignée. Tous les prati- 
ciens savent que, dans certains cas, et particulièrement 
dans l'apoplexie, la péripneumonie, la pleurésie,, et les 
maladies inflammatoires des organes abdominaux, la 
faiblesse et la petitesse du pouls ne sont pas toujours 
des contre-indications à la saignée; et que souvent 
même l'artère reprend, dans ces cas, de la plénitude et 
de la force après une perte de sang plus ou moins forte. 
La distinction de ce pouls fictitie debilis est même un 
des points de pratique les plus importans et les plus 
difficiles dans le traitement des maladies aiguës; c'est 
un de ceux qui doivent le plus fixer Fatlention du mé- 
decin, car c'est dans ce cas surtout que l'erreur est 
mortelle. 

Le stéthoscope donne, à cet égard, une règle plus 
sûre que le tact des plus habiles praticiens. Toutes les 
fois que les contractions des ventricules du cœur ont 



INTERMITTENCES DKS BATTEMEN'S DU CŒUR. 1 53 

de l'énergie, on peut saigner sans crainte , le pouls se 
relèvera; mais si les contractions du cœur sont faibles, 
le pouls eût-il encore une certaine force , il faut se défier 
de la saignée. 

Lorsque le pouls est très fort et les contractions du 
cœur médiocrement énergiques , ce qui , comme je l'ai 
dit, arrive assez ordinairement chez les apoplectiques, 
on peut encore saigner utilement tant que l'on ne s'aper- 
çoit pas d'une diminution très sensible dans le bruit et 
l'impulsion des contractions du cœur. Mais quand le 
pouls et le cœur sont également faibles , il faut se garder 
d'ouvrir la veine quels que soient le nom et le siège de 
la maladie : on détruirait infailliblement le peu de res- 
sources qui peuvent rester encore à la nature. Tout au 
plus, s'il y a quelques signes de congestion sanguine 
locale, peut-on se permettre d'essayer, par l'application 
de quelques sangsues , si le malade est encore en état de 
supporter utilement la saignée des capillaires. 

La sûreté et la facilité avec lesquelles le stéthoscope 
donne ou exclut l'indication de la saignée dans les cas 
dont je viens de parler, et qui jusqu'ici ont été regardés 
par tous les praticiens comme du nombre des plus épi- 
neux , me paraissent être un des plus grands avantages 
que l'on puisse retirer de cet instrument; c'est au moins le 
plus général, puisqu'il se rapporte à un des moyens théra- 
peutiques les plus utiles sans contredit ou les plus nui- 
sibles qui soient au pouvoir de la médecine, et dont l'em- 
ploi peut avoir lieu dans presque toutes les maladies (i). 

(i) Laënnec a sans doute grande raison d'insister, dans les 
considérations qu'on vient de lire , sur l'extrême importance 



l54 INTEhMlTTENCES DES BA.TTEMENS DU COEUR- 

On aurait peut-être droit de s'étonner que l'explora- 
tion du pouls ait été si généralement emp^yée par les 
médecins de tous les âges et de tous les peuples, mal- 
gré son incertitude avouée par les plus instruits d'entre 
eux. La raison d'une pareille faveur est cependant facile 
à sentir; elle est dans la nature humaine : ce moyen 



qu'il y a à ne pas se contenter de l'examen du pouls , mais à 
s'enquérir aussi , par l'auscultation , de l'état du cœur ; il n'a 
pas moins raison d'établir qu'il n'y a souvent aucun rapport 
entre l'énergie des battemens artériels et celle de l'organe cen- 
tral de la circulation : mais faut-il conclure de ce fait incon- 
testable que les artères sont animées, dans leur mouvement de 
dilatation , d'une force propre, qui les soustrait , en partie du 
moins, à l'influence du cœur? Je ne le crois pas. Cela ne pour- 
rait être tout au plus soutenu que pour les vaisseaux capillaires. 
Remarquez d'abord que , dans les cas les plus avérés , et les 
plus souvent observés, où l'on constate un désaccord entre le 
pouls et le cœur, c'est celui-ci dont les contractions restent 
énergiques, et c'est l'artère dont le choc ordinaire est devenu 
plus faible. Or la petitesse anormale du pouls dépend toujours 
en pareil cas d'un état pathologique du cœur : ainsi elle se 
montre c(3mme conséquence nécessaire , soit d'un rétrécisse- 
ment de l'orifice aortique porté à un certain degré , soit d'une 
diminution considérable de la cavité du ventricule gauche 
(dans le cas même où il y a hypertrophie de ses parois), soit d'un 
agrandissement extrême de cette même cavité. Quant au 
cas contraire, celui où le pouls reste fort, bien que les contrac- 
tions du cœur soient devenues beaucoup plus faibles, il est au 
moins infiniment plus rare que le précédent ; et je doute fort 
que , dans l'apoplexie même , citée parLaënnec comme la ma- 
ladie dans laquelle on observe le plus souvent ce désaccord 
entre les pulsations du cœur et celles des artères, on l'ait bien 
souvent constaté. Andral. 



INTERMITTENCES DES BATTEMENS DU COEUR. 1 55 

est employé parce qu'il est d'un usage facile; il donne 
aussi peu de peine et d'embarras au médecin qu'au ma- 
lade ; le plus habile , après l'avoir employé avec toute 
l'attention dont il est capable -, ose à peine en tirer quel- 
ques inductions, et hasarder des conjectures qui ne se 
vérifient pas toujours; et, par conséquent, le plus 
ignorant s'expose fort peu en en tirant toutes les induc- 
tions possibles. Par cela même, ce moyen convient 
mieux aux hommes médiocres par la nature et par 
l'éducation, qui, parmi les médecins, comme dans les 
autres classes de la société , feront toujours le plus grand 
nombre , que des moyens tout-à-fait sûrs, et qui per- 
mettraient déjuger habituellement et facilement de l'ha- 
bileté du médecin , par l'exactitude de son diagnostic et 
de ses prédictions. 

Cette raison , plus qu'aucune autre , me porte à croire 
que longtemps après que l'utilité de l'auscultation mé- 
diate aura été reconnue unanimement par tous les mé- 
decins instruits, beaucoup de praticiens négligeront ou 
dédaigneront même l'emploi de ce moyen , comme ils 
contestent les avantages de la percussion , et ne croiront 
pas avoir perdu leur temps à tâter le pouls d'un hypo- 
condriaque ou à examiner jour par jour les déjections 
d'un péripneumonique. 

Les faits que je viens d'exposer relativement à la 
discordance, souvent très grande, qui peut exister entre 
les battemens du pouls et ceux du cœur , particulière- 
ment sous le rapport de la force, sont contradictoires à 
l'opinion la plus universellement adoptée par les physio- 
logistes modernes,, et qui veut que l'action des artères 
soit tout-à-fait dépendante de celle du coeur. Bichat 



l56 INTERMITTENCES DES BATTEMENS DU COEUR. 

lui-même est tombé dans cette erreur. « A chaque 
« espèce de mouvemens du cœur , dit-il , correspond 
« une espèce particulière de pouls. Je suis étonné que 
« les auteurs , qui ont tant disputé sur la cause de ce 
« phénomène., n'aient pas imaginé de recourir à l'expé- 
« rience pour éclaircir la question. Sans doute il y a 
« une foule de modifications dans le pouls qu'il leur au- 
« rait été impossible de voir coïncider avec les mouve- 
« mens du cœur ; mais le pouls rare et fréquent , le 
« fort et le faible , l'intermittent , l'ondulant, etc. , se 
a conçoivent tout de suite en mettant le cœur à décou- 
» vert , et en plaçant en même temps le doigt sur une 
« artère. On voit constamment alors , pendant les 
« instans qui précèdent la mort, que quelle que soit la 
« modification de la pulsation artérielle , il y a toujours 
u une modification analogue dans lesbattemens du cœur, 
« ce qui ne serait pas certainement si le pouls dépen- 
« dait spécialement de la contraction vitale des artères. . . 
« Je n'ai jamais vu le mouvement du cœur ne pas cor- 
ce respondre constamment à celui des artères , etc. (i). 
Je ne sais jusqu'à quel point on peut comparer les 
battemens du cœur vus, aux battemens artériels sentis, 
et je crois que cette comparaison est de sa nature très 
sujette à illusion , d'autant qu'on ne peut la faire que 
sur un animal expirant dans les tortures ; mais je puis 
assurer que Ton se convaincra promptement de l'exac- 
titude de l'opinion contraire , en examinant compa- 
rativement le pouls et le cœur de certains malades , et 
surtout des apoplectiques et des personnes attaquées de 



(0 Bichat, Anatomie générale, t. ir, p. i36, édit. Béclard. 



INTERMITTENCES DES EATTEMENS DU CŒUR. l5-) 

maladies du cœur. Tout ce que nous avons dit du bruit 
de soufflet et du frémissement cataire du cœur et des 
artères vient encore à l'appui de l'opinion que nous 
adoptons. 

En terminant cette analyse des contractions du cœur 
dans l'état de santé et de maladie , je dois dire que 
l'exploration du cœur est celle dans laquelle l'auscul- 
tation immédiate , comparée avec l'auscultation mé- 
diate, présenterait le moins d'infériorité , si, pour les 
raisons que nous avons exposées ailleurs , elle n'était , 
dans la plupart des cas , à peu près impraticable. Ses 
principaux inconvéniens seraient l'impossibilité de bien 
appliquer l'oreille au bas du sternum chez beaucoup de 
sujets , l'auscultation simultanée des deux côtés du cœur 
dans presque tous les cas , la réunion du bruit de la 
respiration et de ceux des gaz existant dans l'estomac à 
celui des battemens du cœur , et quelquefois l'intensité 
beaucoup trop grande du bruit et de l'impulsion de cet 
organe perçus par une surface trop étendue , intensité 
qui ne permet pas d'analyser facilement les mouvemens 
de ses diverses parties. La même chose a lieu,, au reste., 
pour les autres bruits qui se passent dans l'intérieur de 
la poitrine ; et , lorsqu'ils sont très forts , l'oreille les 
apprécie beaucoup moins bien que lorsqu'ils ont une 
intensité médiocre. Nous avons vu que la pectoriloquie 
est toujours beaucoup moins évidente chez les sujets à 
voix forte et grave que chez ceux dont la voix n'a qu'un 
timbre ordinaire ou même faible. On juge aussi beau- 
coup mieux de la netteté de la respiration ou de son 
mélange avec une espèce quelconque de râle ^ quand 
elle n'a qu'une intensité médiocre, que quand elle est très 



l58 INTERMITTENCES DES BATTEMENS DU COEUR. 

bruyante. Chez les enfans surtout , et chez les sujets 
maigres, dont la respiration est ordinairement très 
sonore , je recommande souvent au malade de modérer 
ses efforts d'inspiration. 

Je me suis demandé souvent la raison de cette dif- 
férence qui semblait d'abord impliquer contradiction. 
J'ai répété un grand nombre de fois des expériences 
comparatives pour m'assurer que je ne me trompais 
pas , et je suis demeuré convaincu de l'évidence de ce 
que je viens d'exposer. En y réfléchissant ensuite , j'ai 
trouvé que ces faits se liaient à beaucoup d'autres ; et 
qu en général , quand nos sensations passent une cer- 
taine mesure , il devient à peu près impossible d'ap- 
précier des différences même très grandes dans leur 
intensité : ainsi un caillou qui frappe un membre et le 
meurtrit à peine , et une balle qui le traverse , produi- 
sent à peu près la même sensation : une brûlure produite 
par une goutte de cire enflammée, et dont l'effet se borne 
â soulever répiderme, cause autant de douleur qu'une 
escharre profonde faite par le fer incandescent ; et , pour 
ne chercher de comparaison que dans les perceptions de 
l'ouïe elle-même, une dissonnance entre deux instru- 
mens bruyans , deux trompettes , par exemple , est 
moins sensible qu'entre deux violons. 



SECTION DEUXIEME. 

DES MALADIES DU COEUR. 
CHAPITRE PREMIER. 

DES MA.LA.DIES DU COEUR. EN GÉNÉRAL, 



ARTICLE PREMIER. 
Symptômes communs à toutes les maladies du cœur. 

Dans l'analyse qui précède , on a pu reconnaître que 
l'usage du stéthoscope donne des signes plus précis et 
plus propres à faire facilement distinguer les principales 
maladies du cœur, que ceux qui ont été connus jusqu'à 
présent : ces signes nous permettront d'être court sur 
l'exposition des symptômes généraux et locaux par les- 
quels on avait cherché jusqu'ici à reconnaître ces affec- 
tions, et nous commencerons d'abord par exposer les 
symptômes qui se rencontrent dans la plupart d'entre 
elles, lorsqu'elles sont portées à un certain degré de 
gravité. 

Les maladies du cœur les plus graves et les plus fré- 
quentes sont la dilatation des ventricules 9 l'épaisisse- 
ment de leurs parois, et la réunion de ces deux affections. 
Le pins souvent un seul ventricule est affecté ; quelque- 
fois les deux le sont à la fois de la même manière ou 
d'une manière inverse : ainsi il n'est pas rare de voir 
coïncider la dilatation du ventricule droit avec l'hyper- 
trophie du gauche , et vice versa. 

La persistance du trondeBotal, la perforation de 



160 DES MAXA.D1ES DU COEUR EN GÉNÉRAL. 

la cloison des ventricules, l'ossification des valvules 
sigmoïdes de l'aorte , celle de la valvule mitrale , les 
excroissances placées sur les mêmes parties , les pro- 
ductions de diverse nature qui peuvent se développer 
dans le cœur , sont des affections beaucoup plus rares , 
et qui , pour la plupart , ne troublent la santé que lors- 
qu'elles sont arrivées à un degré assez intense pour dé- 
terminer l'hypertrophie ou la dilatation des ventricules. 

La dilatation ou l'hypertrophie des oreillettes , plus 
rares encore , sont peut-être toujours des affections 
consécutives produites par un état pathologique des 
valvules ou des ventricules. Nous examinerons succes- 
sivement chacune de ces affections , et nous parlerons 
ensuite des maladies du péricarde et de celles de l'aorte. 

Les symptômes généraux de toutes ces affections 
sont presque les mêmes : une respiration habituellement 
courte et gênée, des palpitations et des étouffemens 
constamment produits par l'action de monter, parla 
marche rapide, par les affections vives de rame., et 
revenant même souvent sans cause connue ; des rêves 
effrayans, un sommeil fréquemment interrompu par 
des réveils en sursaut, et une sorte de pâleur cachec- 
tique avec penchant à la leucophlegmalie, qui arrive 
effectivement pour peu que la maladie augmente. A ces 
symptômes se joint assez souvent Y angine de poitrine , 
affection nerveuse que nous décrirons en son lieu. 

Lorsque la maladie est arrivée à un degré intense, il 
est facile de la reconnaître au premier coup d'œil. In- 
capable de supporter la position horizontale, le ma- 
lade, assis plutôt que couché dans son lit la tête 
penchée sur sa poitrine ou renversée sur ces oreillers 
conserve jour et nuit cette position; la face, plus ou 



DES MALADIES DU COEUR EN GÉNÉRAL. l6l 

moins bouffie, quelquefois très pâle,, présente le plus 
souvent une teinte violette foncée, tantôt diffuse, 
tantôt bornée aux pommettes. Les lèvres,, gonflées et 
proéminentes à la manière de celles des nègres, pré- 
sentent cette lividité d'une manière plus intense encore ; 
elles l'offrent même souvent lorsque le reste de la face 
est tout-à-fait pâle. Les extrémités inférieures sont 
œdémateuses ; le scrotum ou la vulve , les tégumens du 
tronc, les bras et la face même, sont successivement 
envahis par l'infiltration. L'exhalation augmente éga- 
lement, ou l'absorption diminue dans les membranes 
séreuses : de là l'ascite , l'hydrothorax et l'hydropéri- 
carde , qui accompagnent les altérations organiques du 
cœur plus souvent qu'aucune autre maladie. 

Le trouble de la circulation capillaire n'est pas mar- 
qué seulement par l'hydropisie et la couleur violette de 
la face , couleur qui se remarque aussi quelquefois aux 
extrémités ; la même stase sanguine a lieu dans les or- 
ganes internes : de là l'hémoptysie (i) , les douleurs d'es- 

(i ) La plupart des praticiens placent l'hémoptysie au nombre 
des accidens qui ont lieu communément pendant le cours des 
affections organiques du cœur, c'est là une grave erreur : j'ai 
particulièrement fixé mon attention sur ce point, et je puis 
affirmer qu'il n'y a qu'un très petit nombre d'individus atteints 
de ces sortes d'affections, qui présentent des cracîiemens de 
sang. Il est cependant une lésion qu'on rencontre bien plus 
souvent chez ces malades que chez d'autres : c'es^ l'apoplexie 
pulmonaire; mais il est à remarquer que, dans les cas même 
où, après la mort, on retrouve dans les poumons des traces de 
cette lésion , le plus souvent, pendant la vie, il n'y a point eu 
de sang expectoré. Andral. 

m. 1 1 



IÔ2 DES MALADIES DU COEUR EN GÉNÉRAL. 

tomac, les vomissemens (i) que l'on remarque quel- 
quefois dans les maladies du cœur, l'apoplexie qui les 
termine assez souvent, et particulièrement la dyspnée 
et l'oppression, qui les ont fait longtemps confondre 
avec beaucoup d'autres sous le nom $ asthme. Ces sym- 
ptômes d'ailleurs présentent,, dans les maladies du 
cœur , des caractères particuliers et propres à aider à 
les distinguer des affections que l'on pourrait le plus 
facilement confondre avec elles, et particulièrement des 
asthmes ,, dont la principale cause est le catarrhe sec ou 
une affection nerveuse. 

La circulation générale n'est pas toujours aussi al- 
térée dans les maladies du cœur que la circulation ca- 
pillaire. Quelquefois le pouls est à peu près naturel, et 
la main, appliquée sur la région du cœur, n'y sent que 
des battemens réguliers et d'une force médiocre ; mais, 



(i) Je ne pense pas qu'on puisse rapporter au seul fait d'une 
stase sanguine toute mécanique dans les parois de l'estomac, les 
vomissemens qui surviennent parfois pendant le cours des mala- 
dies du cœur. S'il en était ainsi, ces vomissemens seraient beau- 
coup plus communs, puisque, dans toute affection organique 
du cœur un peu intense, les parois de l'estomac et des intestins 
deviennent le siège d'une hypérémie mécanique plus ou moins 
prononcée. Les vomissemens qui s'observent parfois chez des 
individus atteints de maladies du cœur doivent être consi- 
dérés comme purement accidentels : ils annoncent une compli- 
cation d'état phlegmasique vers l'estomac , et bien souvent ils 
dépendent de l'ingestion plus ou moins prolongée de substances 
acres et autres dans cet organe, comme la digitale, la scille, 
différentes résines données à titre d'hydragogues, etc. 

Andhal. 



DES MALADIES DU COEUR EN GÉNÉRAL. 1 63 

dans d'autres cas , le pouls est très fort ou tout-à-fait 
insensible ; le cœur donne une impulsion très forte ou 
nulle j et des irrégularités évidentes existent dans ses 
contractions. Dans cet état, les palpitations sont con- 
tinuelles , leur nature varie comme celle de l'affection 
qui les produit. 

Un état si grave n'est pas toujours sans ressources _, 
et l'on voit quelquefois l'emploi sagement combiné de 
la saignée, des diurétiques et des toniques faire dispa- 
raître la suffocation imminente , les palpitations et l'hy- 
dropisie, et rendre au malade, pour un temps souvent 
fort long, une santé supportable. Ce n'est ordinaire- 
ment qu'après un grand nombre d'attaques semblables 
survenant à des intervalles assez éloignés, qu'il finit par 
succomber (1). 

(1) On ne saurait trop appeler l'attention des praticiens sur 
des faits de ce genre , qui sont loin d'être rares. Les maladies 
du cœur doivent être placçes au nombre des affections , qui , 
après avoir mis ceux qui en sont atteints le plus près possible 
des portes du tombeau,, peuvent cependant revenir à un état 
meilleur, et permettre encore à ceux qui en sont atteints une 
assez longue existence. J'ai vu même plusieurs individus chez 
lesquels un grand nombre d'années s'étaient écoulées entre une 
première attaque d'hydropisie qui s'était complètement dis- 
sipée, et une autre qui, à son tour, se dissipait aussi ô*u persis- 
tait jusqu'à la mort : celle-ci ne tarde pas à survenir lorsque 
l'hydropisie s'établit d'une manière définitive. On voit des ané- 
vrysmatiques présenter ainsi jusqu'à huit ou dix retours d'hydro, 
pisies, avant de succomber : en général, plus elles se répètent, 
et moins elles s'enlèvent facilement. La réapparition de chaque 
hydropisie est communément précédée ou au moins accompa- 
gnée d'une exaspération dans les divers accidens de la maladie 



l64 DES MALADIES DU COEUR EN GÉNÉRAL. 

ARTICLE II. 

Altérations produites par les maladies du cœur sur la 
texture des autres organes, 

A l'ouverture du corps des malades qui succombent 
à une affection organique du cœur 9 on trouve , outre 
la lésion qui constituait essentiellement la maladie et la 
diathèse séreuse générale qui l'accompagne presque tou- 
jours , tous Jes signes de la stase du sang dans les capil- 

du cœur ; la dyspnée se montre plus intense, les palpitations 
sont plus fortes; on observe un grand tumulte à la région pré- 
cordiale ; les bruits de soufflet apparaissent; le pouls devient 
irrégulier, intermittent, et parfois d'une fréquence extrême, 
ou d'une remarquable petitesse, etc. Tous ces accidens , et en 
particulier l'hydropisie, disparaissent souvent, comme par en- 
chantement, sous l'influence d'une ou plusieurs émissions san- 
guines ; mais , ce qu'il ne faut jamais oublier, c'est que, plus 
l'hydropisie se répète , et moins les saignées deviennent utiles; 
et enfin il arrive un moment où non seulement elles ne sont 
plus avantageuses, mais elles deviennent évidemment nui- 
sibles : sous leur influence, la diathèse séreuse, qui d'abord 
était vaincue par elles , augmente au contraire de plus en plus; 
le trouble du cœur s'accroît, et l'asphyxie devient imminente. 
C'est là un cas bien remarquable dans lequel , suivant l'an- 
cienneté plus ou moins grande de la maladie et la somme dif- 
férente de forces que possède encore l'économie, des symptômes 
semblables sont ou diminués ou accrus par une même sorte de 
médication : tant il est vrai qu'en thérapeutique surtout, les 
conditions dynamiques des organes doivent être prises en con- 
sidération plus grande que les altérations qu'y saisissent nos 



ALTÉRATIONS PROD. PAR LES MALAD. DU CŒUR. l65 

laires internes : le foie^ les poumons _, les capillaires 
sous-séreux , sous-muqueux et sous-cutanés , sont gorgés 
de sang; les membranes muqueuses., et particulière- 
ment celles de l'estomac et des instestins , présentent 
une teinte rouge ou violette. Cette teinte varie beau- 
coup en intensité et en étendue. Quelquefois elle existe 
seulement çà et là sous la forme de petits points ou de 
taches disséminées sur la surface de la membrane; 
d'autres fois elle en occupe uniformément toute l'é- 
tendue ; il semble même qu'elle soit accompagnée de 
quelque boursoufflement; de sorte que, si l'on s'en rap- 
portait à cette seule apparence, si Ton n'examinait pas 



sens ! Il est aussi des cas de ce genre dans lesquels, sans qu'au- 
cun traitement actif ait été employé, la nature, comme disait 
Sydenham, se suffit^ elle-même, et seule rétablit l'ordre : c'est 
ainsi que j'ai vu récemment à la Charité un homme qui entra 
dans cet hôpital avec les signes d'une maladie du cœur telle- 
mentavancée qu'il fut regardé commevéritablementvouéàune 
mort prochaine; la face était infiltrée et livide; les membres 
fortement œdématiés et glacés, et uneascite considérable exis- 
tait. Ce malade, touthaletant, passait les nuits hors de son lit, les 
jambes pendantes et le tronc soutenu dansla position verticale par 
denombreux oreillers; le pouls, à peine perceptible et très irré- 
gulier, donnait cent soixante battemens par minute ; les pulsa- 
tions du coeur offraient un tumulte difficile à décrire. L'état de 
ce malade me parut tellement désespéré, que je ne tentai au- 
cune médication. Quel ne fut pas mon étonnement, lorsque, 
peu de jours après son entrée, je vis les épanchemens séreux se 
résorber spontanément, la respiration devenir plus libre, le 
pouls perdre sa fréquence, etc. ? Au bout de deux semaines de 
séjour dansmes salles, ce malade ne présentait plus.que les signes 
d'une affection du cœur encore peu avancée. Andral. 



166 DES MALADIES DU COEUR EN GÉNÉRAL. 

l'état du cœur , et si l'on ne savait pas que le malade 
a pu, jusqu'au dernier instant de sa vie, prendre, sans 
éprouver aucune douleur , du vin et d'autres substances 
stimulantes , on pourrait être tenté de croire qu'il a suc- 
combé à une violente inflammation de l'estomac et des 
intesl ins. 

Cette rougeur est , au reste , chez un grand nombre 
des sujets qui ont succombé à une maladie du cœur, 
beaucoup plus intense , et surtout plus étendue que 
celle qu'on rencontre chez les sujets qui sont morts 
d'une véritable inflammation intestinale , comme la dy- 
senterie ; et ce fait , comme beaucoup d'autres , est une 
preuve que la rougeur ne suffit pas pour caractériser 
une inflammation de la membrane muqueuse des intes- 
tins , de même que la couleur violette de la face chez les 
asthmatiques ne constitue pas un éryifpèle. 

Les malades qui succombent aux maladies du cœur , 
et particulièrement à la dilatation des ventricules , sont 
aussi plus sujets que d'autres à présenter une rougeur 
intense des membranes internes des cavités du cœur et 
des gros troncs artériels , rougeur dont nous parlerons 
en traitant des maladies de Faorte. 

Lancisi et Sénac , fondés sur une observation assez 
incomplète de Fabrice de Hilden , mettent le sphacèle 
des membres au nombre des affections organiques qui 
peuvent être un effet des maladies du cœur ou des gros 
vaisseaux. Giraud, chirurgien en second de l'Hôtel- 
Dieu de Paris, a cru, d'après quelques faits qui se sont 
présentés à lui, devoir renouveler cette opinion; et, 
depuis, quelques praticiens ont pensé même que la 
gangrène sénile a pour cause ordinaire l'ossification 



ALTÉRATIONS PROD. PAR LES MALAD. DU COEUR. 167 

des arlères. Corvisart doute avec raison qu'il y ait eu 
dans ces cas autre chose que coïncidence de deux ma- 
ladies étrangères Tune à l'antre (i). La seule rareté de 
la gangrène spontanée des membres , comparée à la fré- 
quence des maladies du cœur et des ossifications des 
artères, suffît en effet pour ôter toute probabilité à cette 
opinion. On peut en dire autant de celle du professeur 
Testa de Bologne, qui pense que l'ophthalmie, et quel- 
quefois la perte de l'œil , peuvent être rangées au nombre 
des effets des maladies du cœur (2). 

Aucun des symptômes et des effets que nous ve- 
nons d'exposer ne peut servir à caractériser et à faire 
reconnaître les maladies du cœur , puisqu'ils leur sont 
communs avec beaucoup d'autres maladies, et particu- 
lièrement avec presque toutes les maladies Chroniques 
du poumon. L'exploration du pouls , comme nous l'a- 
vons vu (p. 146) , est loin de donner des renseignemens 
plus sûrs 5 l'application de la main sur la région du cœur, 
si l'on en excepte un très petit nombre de cas, est plus 
propre à inspirer une trompeuse sécurité ou des craintes 
mal fondées, qu'à donner quelques lumières : car, outre 
que jamais elle ne fait sentir que les contractions du 
ventricule gauche , pour un malade chez lequel on 
sentira habituellement des battemens forts ou tumul- 
tueux, on en trouvera cent autres affectés au même degré 
ou à un degré plus intense , et chez lesquels le cœur ne 
peut être senti ou ne se sent que confusément et à peine. 

L'auscultation médiate est donc le seul moyen de re- 



(1) Essai sur les Maladies du cœur, p. 18.1. 

(2) Délia Malattie del cuore, lib. % cap. ix. Boulogne^Sio. 



l68 DES MALADIES DU COEUR EN GÉNÉRAL. 

connaître les maladies du cœur , et encore doit-on dire 
que, de toutes les maladies qu'elle peut faire reconnaître,, 
ce sont celles qui peuvent le plus souvent échapper à un 
observateur même attentif. On a dû voir que l'étude de 
l'état physiologique du cœur demande beaucoup plus de 
temps et d'application que celles de la voix , de la res- 
piration et du râle. D'un autre côté., lorsque Ton est' 
privé , comme il arrive presque toujours dans les hôpi- 
taux, de renseignemens sur la santé antérieure d'un 
malade., on pourra quelquefois penser qu'il est attaqué 
d'hypertrophie ou de dilatation du cœur , tandis qu'il 
n'a réellement que des palpitations nerveuses. Il ne 
m'est jamais arrivé de tomber dans cette erreur, sans 
m'apercevoir moi-même de la méprise au bout d'un 
certain temps ; mais elle peut durer longtemps si l'on 
examine rarement les malades , et surtout si on ne les 
trouve jamais dans un certain état de calme. 

Une autre cause d'erreur beaucoup plus insidieuse , 
ce sont, comme je l'ai déjà dit , les maladies du poumon 
qui diminuent l'étendue de la respiration , telles que la 
péripneumonie , l'emphysème à un haut degré , et par- 
ticulièrement la pleurésie chronique. Dans des cas de 
cette espèce, il m'est quelquefois arrivé de trouver des 
cœurs énormément dilatés ou épaissis , à l'ouverture de 
sujets chez lesquels j'avais trouvé les contractions de 
cet organe parfaitement naturelles sous le rapport du 
bruit, de l'impulsion et du rhythme. Il semble que 
la diminution de l'action du poumon force le cœur à 
modérer la sienne (i). J'ai rapporté dans le cours de cet 

(i) Comment concilier cette manière de voir avec l'obser- 



CAUSES DES MALADIES DU COEUR. 169 

ouvrage quelques faits de ce genre (Obs. v, vi, vin, 
xxiv). Ces cas , au reste , sont rares, et je ne crois pas 
que, dans un hôpital même, on puisse en établir la 
proportion à plus d'un sur vingt maladies du cœur fa- 
ciles à reconnaître. Dans la ville, l'erreur dont il s'agit 
doit être beaucoup plus rare encore , parce que l'on 
obtient presque toujours sur la santé antérieure du ma- 
lade plus de renseignemens même que l'on en demande. 

ARTICLE III. 

Des Causes des maladies du cœur. 

Les causes des maladies du cœur sont variables comme 
leur nature : celle des ossifications tiennent à des aber- 
rations de la nutrition dont il n'est pas facile de connaître 
le principe. Corvisart penchait à croire que les végéta- 
tions des valvules doivent leur origine au vice vénérien. 
Nous exposerons plus bas une autre opinion fondée sur 
la manière dont elles se forment. 

La dilatation et l'épaisissement des ventricules^ mala- 



vation, qui prouve que , chez les malades atteints d'un emphy- 
sème pulmonaire considérable, les battemens du cœur aug- 
mentent ordinairement d'énergie et d'étendue? Cette opinion 
de Laënnec serait, au contraire, en rapport avec un fait que l'on 
a de continuelles occasions de constater chez les vieillards : 
chez eux, en effet , on trouve bien souvent après la mort le 
4(P)r hypertrophié , etles valvules qui bordent ses orifices os- 
sifiées, sans qu'ils ayent présenté ni palpitations, ni aucun signe 
d'affection du cœur; mais, chez eux aussi, le poumon a subi un 
degré notable de raréfaction. . Andral. 



I7O DBS MALADIES DU COEUR EN GÉlNÉRAL. 

dies beaucoup plus communes, ont aussi des causes plus 
nombreuses , et dont la liaison avec l'effet est plus facile 
à saisir. Toutes les maladies qui produisent une forte 
dyspnée et qui durent longtemps amènent presque né- 
cessairement l'hypertrophie ou la dilatation du cœur, 
à raison des efforts habituels auxquels cet organe est 
obligé pour faire pénétrer le sang dans le poumon, 
malgré la résistance que lui oppose la cause de la dys- 
pnée. C'est ainsi que laphthisie pulmonaire, l'empyème, 
la péripneumonie chronique, l'emphysème du poumon, 
produisent des maladies du cœur (1) ; c'est encore par 
la même raison que les exercices qui demandent des 
efforts pénibles et propres à gêner la respiration sont une 
des causes éloignées les plus communes de ces maladies. 
D'un autre côté,, les maladies du cœur peuvent aussi, 
à raison des rapports intimes qui existent entre cet 
organe et ceux de la respiration , déterminer plusieurs 
espèces de maladies du poumon. Elles sont une des 
causes les plus fréquentes de l'œdème du poumon , de 
l'hémoptysie et de l'apoplexie pulmonaire (2) 5 mais 

(1) Il semblerait, d'après cette phrase, qu'il est très commun 
d'observer des maladies du cœur chez lesphthisiques : or il n'en 
est point ainsi , et , quelle que soit la valeur des théories qui 
pourraient faire admettre comme fréquente une semblable 
complication, toujours est-il qu'elle est assez rare, et que le 
plus grand nombre des malades qui portent des tubercules 
pulmonaires, succombent sans avoir présenté aucun symptôme 
qu'on pût rattachera la co-cxistence d'une affection organidÈta 
du cœur. Andual. 

(2) On a déjà vu, dans une note précédente, qu'il y avait 
beaucoup à rabattre de cette prétendue fréquence des hémop- 
tysie chez les personnes atteintes de maladies du cœur. Andral. 



CAUSES DES MALADIES DU COEUR. I7I 

lorsqu'elles coïncident avec la pleurésie chronique , la 
phthisie, l'emphysème, et, en général, avec une maladie 
chronique du poumon, si l'on étudie avec soin l'histoire 
de la santé du malade, on trouvera presque toujours que 
la maladie du cœur est consécutive. 

Il résulte de ces faits, comparés avec ceux que nous 
avons exposés en parlant de l'emphysèn*e du poumon et 
du catarrhe pulmonaire, qu'un rhume négligé est souvent 
la cause originelle des maladies du cœur les plus graves. 

À toutes ces causes , il faut encore ajouter la dispro- 
portion congénitale entre le volume du cœur et lé 
diamètre de l'aorte. Corvisart a peut-être été trop loin 
en affirmant qu'il ne peut exister de dilatation du cœur, 
sans l'existence préalable d'une semblable disproportion, 
d'un rétrécissement ou d'un obstacle analogue à la 
circulation situé plus ou moins loin du cœur (i) ; mais 
cependant on ne peut disconvenir qu'il ne soit assez 
commun de trouver une aorte de petit diamètre chez les 
sujets dont le cœur est attaqué d'hypertrophie ou de 
dilatation. Toutefois cela ne s'observe pas toujours; et 
quoique cette cause de dilatation soit très rationnelle, on 
peut facilement concevoir , indépendamment d'elle, 
l'augmentation de volume du cœur. On sait que l'action 
énergique et fréquemment réitérée de tous les muscles 
en augmente notablement le volume f que le bras droit 
d'un maître d'armes, les épaules d'un portefaix,, les 
mains de la plupart des ouvriers, acquièrent, par l'exer- 
cice,*une grosseur disproportionnée à celle des autres 
parties du corps ; et l'on sent , par conséquent , que les 



(1) Essai sur les Maladies du cœur, p. 2o3. 



172 DES MALADIES DU COEUR EN GÉNÉRAL. 

palpitations, même purement nerveuses , ou occasio- 
nées par des affections morales , peuvent , lorsqu'elles 
reviennent trop fréquemment , déterminer à la longue 
un véritable accroissement de nutrition du cœur. 

Il est une autre cause congénitale qui me paraît 
occasioner les maladies du cœur plus souvent encore 
que la petitesse^u calibre de l'aorte. Très peu d'hom- 
mes naissent avec des organes bien proportionnés et 
dans un équilibre parfait, soit entre eux, soit dans leurs 
diverses parties. Le cœur, plus qu'aucun autre viscère , 
présente des proportions extrêmement variées , même 
dans l'état sain 5 et toutes les recherches que j'ai faites, 
à l'aide du stéthoscope , sur les organes circulatoires, 
me prouvent qu'un irès grand nombre d'hommes nais- 
sent avec un cœur à parois un peu trop minces ou un 
peu trop épaisses d'un seul côté ou des deux côtés. 
J'ai déjà dit quelque chose de ce fait , en exposant l'a- 
nalyse des battemens du cœur, et j'aurai encore occa- 
sion d'y revenir. Il suffira, pour le moment, de re- 
marquer qu'une semblable disposition doit rendre le 
développement d'une maladie du cœur beaucoup plus 
facile chez les sujets qui la présentent, si d'ailleurs ils se 
trouvent exposés à l'influence des causes qui peuvent 
déterminer une gêne fréquente ou habituelle de la cir- 
culation , telles que les affections morales et les palpi- 
tations qui en dépendent, les professions et les exercices 
qui exigent de grands efforts des bras, des poumons ou 
des muscles de la poitrine. 

Cet aperçu rapide sur les maladies du cœur en général me 
semble contenir tout ce qu'il y a de vraiment essentiel à con- 
naître sur les effets et les causes de ces maladies. Peut-être 



CAUSES DES MALADIES DU COEUR. 178 

cependant pourrait-on y désirer quelques détails de plus sur 
l'influence des causes morales, et spécialement de la peur et 
de l'inquiétude, sur celle de l'hérédité, sur les liaisons qui 
existent entre les affections du cœur et les affections cérébrales, 
gastriques, rhumatismales, strutneuses, etc. Ces divers points 
de doctrine seront pour la plupart examinés au fur et à mesure 
qu'il sera question de chaque maladie du cœur en particulier; 
néanmoins nous engageons nos lecteurs à consulter, pour plus 
ample information, quelques-uns des ouvrages auxquels Laën- 
nec lui-même renvoie souvent dans le cours de ce volume , et 
notamment ceux de Bertin {Traité des Maladies ducœuret des 
gros vaisseaux. Paris, 1824 ), de Burns ( Observ. on some qf 
the most fréquent and important diseuses qftheEart. Edimb., 
1809), de Corvisart {Essai sur les maladies du cœur, etc., 3 e 
édit. Paris, 1818), de Kreysig {Die Krankheiten der lier- 
sens, etc. Berlin, 1814-1817) ou la traduction italienne qui en 
a été faite parM.Ballerini {Le Malatlie del cuore trattale sys- 
tematicamente 7 etc. Pavia , 1819-22), et de Testa {Délie 
Malattie del cuore. Firense/1823 ). M. L. 

Depuis la publication de l'ouvrage de Laënnec , d'intéres- 
santes recherches ont été faites sur la part que peuvent prendre, 
dans le développement des maladies du cœur, les inflammations 
soit du péricarde, soit de l'endocarde. Déjà, dans la première 
édition de ma Clinique médicale , j'avais appelé l'attention 
sur des faits de ce genre; j'avais signalé la péricardite au nom- 
bre des affections qui peuvent avoir une influence réelle sur la 
production de l'hypertrophie du cœur, et j'avais cité des ob- 
servations à l'appui de cette opinion. Dans le même ouvrage, 
j'avais aussi établi que plusieurs hypertrophies du cœur peu- 
vent reconnaître pour point de départ une inflammation 
de la menbrane interne du cœur, et je comparais, sous le rap- 
port de son mécanisme , cette hypertrophie à celle que subit 
aussi la tunique charnue de l'estomac , à la suite ou pendant le 
cours des phlegmasies chroniques de la membrane muqueuse 
gastrique. 



T 74 DES MALADIES DU COEUR EN GÉNÉRAL. 

Dans ces derniers temps , les travaux de M. Bouillaud sont 
venus confirmer mes opinions sur ce sujet, publiées en 1826, ainsi 
que l'idée que j'avais émise alors sur le rapport qui existe sou- 
vent entre le rhumatisme et le développement ultérieur d'une 
maladie du cceur. Les recherches de M. Bouillaud ont surtout 
montré une coïncidence beaucoup plus fréquente qu'on ne 
l'avait soupçonné avant lui , entre le rhumatisme et certaines 
affections du cœur. On ne peut plus révoquer en doute aujour- 
d'hui que, dans un grand nombre de rhumatismes articulaires 
aigus, la membrane interne du cœur n'ait une singulière ten- 
dance à s'enflammer : il en résulte divers accidens sur lesquels 
nous reviendrons plus tard. Je rappellerai seulement ici que , 
sans le secours de l'auscultation, il serait le plus souvent im- 
possible de reconnaître l'endocardite qui vient ainsi compliquer 
un rhumatisme, ou qui paraît à sa suite: dès lors on comprendra 
facilement comment une pareille affection a dû rester si long- 
temps méconnue , et comment elle échappe encore dans la plu- 
part des cas, si l'on n'ausculte avec soin et chaque jour la 
région du cœur chez tous les rhumatisans. Je ne doute plus, 
pour ma part, du rôle important que joue le rhumatisme arti- 
culaire aigu dans la production des maladies organiques du 
cœur. D'un côté, je me suis assuré par une investigation atten- 
tive, qu'un assez grand nombre d'individus atteints de diverses 
lésions du cœur avaient eu antécédemmeut un rhumatisme aigu, 
et que c'était à dater de cette époque, ou peu de temps après, 
qu'ils avaient commencé à remarquer en eux quelques accidens 
du côté du cœur, comme palpitations, dyspnée, etc.- d'un autre 
côté, ayant observé chaque jour l'état du cœur chez beaucoup 
de rhumatisans, j'ai, en quelque sorte, entendu naître sous 
nion oreille l'affection du cœur. D'abord, soit pendant que les 
douleurs articulaires existentencore, soitaprèsqu'ellesontcessé, 
on perçoitun bruit de soufflet, qui, faible à son commencement, 
devient chaque jour plus prononcé. A cette première période 
de la maladie, il n'y a le plus souvent ni douleur à la région 
précordiale, ni palpitations, ni dyspnée; plus tard, ces deux 



CAUSES DES MALADIES DU CŒUR. I -J 5 

derniers symptômes apparaissent ; ils coïncident le plus souvent 
avec un état d'hypertrophie des parois du cœur, hypertrophie 
qui survient plus ou moins rapidement, comme résultat 
de l'endocardite , celle-ci étant la première lésion qui a marché 
avec le rhumatisme, ou qui lui a succédé, /'ai vu d'autres cas 
dans lesquels, plusieurs années après qu'un rhumatisme arti- 
culaire aigu avait eu lieu, on ne trouvait rien autre chose au 
cœur qu'un bruit de soufflet, que n'accompagnait aucun autre 
signe d'affection de cet organe. En pareil cas, il faut admettre, 
à l'un des orifices du cœur, l'existence d'un rétrécissement qui 
n'a entraîné à sa suite (ce qui est fort rare) aucun épaississement 
des parois de l'organe , ou aucun agrandissement de ses cavités. 
Il s'est présenté, dans mon service à la Charité, un jeune homme 
âgé de dix-huit ans , qui, à l'âge de douze ans, avait été atteint 
d'un rhumatisme articulaire aigu des mieux caractérisés. Ce 
malade était entré à la Charité pour une légère entérite , et 
d'ailleurs il n'avait jamais éprouvé le moindre accident qui pût 
faire soupçonner chez lui l'existence d'une affection du cœur : ce- 
pendant l'on entendait à la région précordiale un bruit de souf- 
flet très intense, qui coïncidait avec le moment de la contraction 
des ventricules. Il faudrait , du reste , se garder de rapporter 
à une endocardite, des bruits de soufflet d'une autre espèce, 
qui apparaissent souvent chez les rhumalisans, lorsqu'on les a 
très abondamment saignés : j'en ai parlé dans une note précé- 
dente. Andbal. 



170 DE L HYPERTROPHIE DU COEUR. 

CHAPITRE II. 

DE L'HYPERTROPHIE DU COEUR. 

Caractères anatomiques de l'hypertrophie du cœur. 
— J'entends par hypertrophie ou accroissement de 
nutrition du cœur l'augmentation d'épaisseur de sa 
substance musculaire , et par conséquent des parois de 
ses ventricules, sans que d'ailleurs ces cavités soient 
augmentées dans la même proportion. Le plus souvent 
même elles perdent notablement de leur capacité pri- 
mitive. Cette affection , qui n'est pas très commune, 
paraît n'avoir pas fixé l'attention de Corvisart; car, dans 
tout son ouvrage , il suppose que l'épaississement des 
parois du cœur est toujours joint à une dilatation pro- 
portionnée de ses cavités (1). 



(1) M. Bertin, dans son Traité des Maladies du cœur et 
des gros vaisseaux, publié en 1824, s'est attaché à prouver 
que l'hypertrophie et la dilatation du cœur peuvent exister 
isolément, et a décrit avec beaucoup de* soin et d'exactitude 
les diverses variétés que présentent ces deux affections. Un 
rapport fait à l'Académie des Sciences en 1821 montre que, dès 
181 1, il avait communiqué à cette savante compagnie un Mé- 
moire qui renferme les fondemens des distinctions qu'il établit 
à cet égard. 

Je serais assurément fort éloigné, lors même que cette pièce 
authentique n'existerait pas, d'accuser de plagiat, pour ce 
dont il s'agit, cet honorable collègue , pour lequel je fais de- 
puis vingt-cinq ans profession d'estime et d'attachement. J'ai 
décrit ce que j'ai vu : il est tout naturel qu'en matière d'obscr- 



DE L'HYPERTROPHIE DU COEUR. 177 

L'épaississement , dans ce cas , est toujours accom- 
pagné d'une augmentation considérable de la fermeté 
du tissu de cet organe , à moins qu'à l'hypertrophie ne 
se joigne l'affection que nous décrirons sous le nom de 
ramollissement du cœur. 

L'hypertrophie peut exister dans l'un des ventricules 
seulement , ou dans les deux à la fois. Les oreillettes 
peuvent être affectées en même temps et de la même 



vation pure et simple , deux hommes examinant attentivement 
le même objet voient de même : s'il en était autrement, le fait 
ne serait pas certain. J'ai été amené d'abord à distinguer l'hy- 
pertrophie de la dilatation du cœur plus soigneusement que ne 
l'avait fait Corvisart, parce que j'ai examiné la question sous 
le point de vue de l'hypertrophie en général, dans les cours 
que j'ai faits autrefois sur l'anatomie pathologique. Plus tard 
mes recherches stéthoscopiques m'ont conduit à mettre plus 
d'importance à cette distinction. Je trouvai que les deux affec- 
tions avaient des signes tout -à-fait différens. 

Je n'ai jamais cru être le premier à faire ces observations, 
qui ont déjà été faites en grande partie dans des cas particu- 
liers, comme M. Bertin lui-même le remarque très bien, par 
Morgagni {Epist. xvn, art. 21; Epist. xxix, art. 20), par Cor- 
visart lui-même ( p. 335 ), et par Burserius, qui a exposé les 
mêmes faits d'une manière générale (Instit. med.). On en 
trouve d'autres exemples dans les ouvrages de MM. Burns et 
Kreysig. Je n'ai suivi, au reste, pour ces faits, d'autre marche 
que celle que j'ai adoptée dans tout le cours de cet ouvrage, où 
je n'ai cité d'observations autres que les miennes que pour quel- 
ques cas rares, difficiles à constater, et ceux-ci ne sont pas du 
nombre. Si cependant j'avais connu sur ce point des recher- 
ches aussi suivies et aussi complètes que celles de M. Bertin 
je me serais fait un devoir de les citer. Note de V auteur. 
ni. 12 



1^8 de l'hypertrophie du coeur. 

manière; mais le plus souvent elles restent aussi minces 
que dans l'état naturel, même lorsque le ventricule 
correspondant a acquis une épaisseur démesurée. Dans 
quelques cas seulement , que nous aurons soin de faire 
connaître, les oreillettes peuvent être seules affectées 
d'hypertrophie (i). 

Lorsque le ventricule gauche est attaqué d'hyper- 
trophie, les parois de ce ventricule acquièrent une 
épaisseur plus considérable que dans l'état naturel : je 
l'ai trouvée quelquefois de plus d'un pouce ou même 
de dix-huit lignes à la base du ventricule , ce qui est 
le double ou le triple de l'état sain. Cette épaisseur dimi- 
nue insensiblement de la base à la pointe du ventricule, 
où elle se réduit quelquefois à presque rien. Dans d'au- 
tres cas , cependant , la pointe même du ventricule 
participe à cette affection : je l'ai trouvée quelquefois 



(i) L'hypertrophie du cœur peut affecter, selon M. Bertin , 
trois formes principales. Tantôt les parois d'une ou de plusieurs 
caVités du cœur sont épaissies, sans que la capacité de ces mêmes 
cavités soit moindre ou plus grande ; tantôt cette capacité s'est 
agrandie en même temps que les parois ont augmenté d'épais- 
seur (anévrysme actif du cœur de Corvisart); tantôt enfin l'é- 
paississement des parois du cœur est joint à un rétrécissement 
notable de ses cavités. Ces trois formes de l'hypertrophie ont 
été désignées par M. Bertin ( ouv. cité, p. 283 ) sous les noms 
$ hypertrophie simple, ^hypertrophie excentrique et à' hyper- 
trophie concentrique. Ces dénominations me paraissent heu- 
reuses, et méritent d'être conservées. Je doute cependant de 
l'existence d'une hypertrophie vraiment simple, ou du moins 
qui reste telle jusqu'à la fin : cette forme ne me paraît être que 
le premier degré de l'hypertrophie avec dilatation. M. L. 



HYPERTROPHIE DU VENTRICULE GAUCHE. 179 

épaisse de deux à quatre lignes; ce qu'on peut estimer 
être le double ou le quadruple de l'état naturel. Les 
colonnes charnues et les piliers des valvules acquièrent 
une grosseur proportionnée au degré de l'hypertrophie. 
La cloison interventriculaire , qui , sous ce rapport y 
paraît appartenir au ventricule gauche beaucoup plus 
qu'au droit _, participe notablement à la maladie . mais 
ordinairement moins ; proportion gardée , que le reste 
des parois du ventricule. 11 y a cependant des exceptions 
à cet égard y et ; ainsi que l'a très bien remarqué M. Ber- 
tin ; l'hypertrophie est quelquefois inégale dans chaque 
portion des ventricules , ou peut même n'être sensible 
que dans un point de l'un d'eux , et occuper exclusive- 
ment la base,, la pointe ou le milieu, la cloison ou la 
partie mobile , la surface extérieure ou les colonnes 
charnues. C'est surtout la partie voisine des valvules 
qui m'a paru le plus souvent présenter ces épaississe- 
mens partiels dans le ventricule gauche. La substance 
musculaire du ventricule affecté présente une fermeté 
quelquefois plus que double de sa consistance naturelle, 
et une couleur rouge plus intense. La cavité du ventri- 
cule paraît souvent avoir perdu en capacité ce que ses 
parois ont gagné en épaisseur. Quelquefois je l'ai trou- 
vée tellement petite dans des cœurs deux fois plus volu- 
mineux que le poing du sujet , qu'elle aurait pu à peine 
loger une amande revêtue de son écorce ligneuse. Le 
ventricule droit , d'autant plus petit que l'hypertrophie 
du gauche est plus prononcée , est aplati le long de la 
cloison interventriculaire , et ne descend pas jusqu'à la 
pointe du cœur. Dans les cas extrêmes, il semble en quel- 
que sorte pratiqué dans l'épaisseur des parois du gauche. 



180 de l'hypertrophie du coeur. 

I/hypertophie du ventricule droit présente les carac- 
tères anatomiques suivans : les parois de ce ventricule 
sont plus épaisses et plus fermes que dans l'état naturel ; 
elles ne s'affaissent point , ou elles s'affaissent peu lors- 
qu'on les incise ; leur épaississement est plus uniforme 
que celui du ventricule gauche, car il est à peu près le 
même dans toute l'étendue du ventricule. 11 est cepen- 
dant toujours plus marqué aux environs de la valvule 
triglochine et dans la portion du ventricule qui forme 
l'origine de l'artère pulmonaire. Les colonnes charnues 
et les piliers présentent une augmentation considérable 
de volume ; et cet état , beaucoup plus sensible que 
dans l'hypertrophie du ventricule gauche , est même , 
avec la grande fermeté de la substance du cœur y ce 
que l'hypertrophie du ventricule droit offre de plus 
remarquable et de plus facile à apercevoir au premier 
abord ; car l'épaisseur absolue des parois de ce ventri- 
cule n'est pas , ordinairement au moins , très considé- 
rable : je ne l'ai jamais trouvée de plus de quatre ou cinq 
lignes. M. Bertin l'a trouvée de onze à seize lignes sur 
une femme chez laquelle le trou de Botal était encore 
ouvert (1). M. le docteur Louis a observé un cas sem- 
blable (2). 

Signes de F Hypertrophie du ventricule gauche. — Il 
semble que c'est surtout à cette affection que devraient 
se rapporter les signes attribués par Corvisart à Yané- 
vrysme actif du cœur; et, en effet, on peut dire en 
général , et avec une exactitude qui serait suffisante 

(1) Ou^. cité, obs. 87. 

(1) Archw. génér. de médec. Décembre ï823. 



SIGNES DJ. I/HYPERTROPH. DU VENTRIC. GAUCHE. l8l 

pour un tableau nosologique tel que ceux de Sauvage, 
Cullen y etc. , que les symptômes de l'épaississement des 
parois du ventricule gauche sont , outre ceux des mala- 
dies du cœur en géne'ral , un pouls fort et développé ■. 
des pulsations fortes et sensibles , soit pour le malade , 
soit par l'application de la main sur la région du cœur, 
l'absence ou la diminution du son donné par la percus- 
sion exercée sur cette même région , et la teinte de la 
face plutôt rouge que violette. Aucun de ces symptômes, 
au reste , n'est constant , et il n'est pas rare de trouver 
une hypertrophie considérable du ventricule gauche 
chez des sujets qui n'ont présenté presque aucun d'eux. 
Le pouls surtout est trompeur , et il est peut-être aussi 
commun de le trouver faible que fort chez les sujets 
attaqués d'hypertrophie au plus haut degré. L'inspec- 
tion de la poitrine ne laisse apercevoir les pulsations du 
cœur que chez les sujets maigres et délicats, et elle ne 
prouve que l'agitation de cet organe. Je ne puis, sous 
ce rapport, être de l'avis de M. Bertin_, qui paraît atta- 
cher quelque importance au degré de mouvement visible 
que les battemens du cœur impriment aux parois tho- 
raciques. La percussion et l'application de la main sur 
la région du cœur , moyens d'exploration préférables , 
deviennent tout-à-fait nuls dans beaucoup de cas , et 
surtout pour peu que le sujet soit gras ou infiltré. 

L'auscultation médiate fournit des résultats beaucoup 
plus constans et plus positifs. La contraction du ventri- 
cule gauche, explorée entre les cartilages des cinquième 
et sixième #xkes sternales , donne une impulsion forte 
qui soulève la tête de l'observateur , et un bruit plus 
sourd que dans l'état naturel : elle est d'autant plus pro- 



182 de l'hypertrophie du coeur. 

longée que l'hypertrophie est pins considérable. La 
contraction de l'oreillette est très brève , peu sonore, -et 
par cela même à peine sensible dans les cas extrêmes. 

Les battemens du cœur ne s'entendent que dans une 
petite étendue. Le plus souvent on les entend à peine 
sous la clavicule gauche et le haut du sternum (i). 
Quelquefois on ne les entend que dans retendue où on 
peut les sentir , c'est-à-dire entre les cartilages des cin- 
quième et septième côtes. Très rarement l'impulsion du 
cœur se sent au-delà des mêmes limites , si ce n'est dans 
les momens de palpitations (a). 

Le malade éprouve plus habituellement dans cette 
maladie que dans aucune autre le sentiment continuel 
des battemens du cœur ; mais il est moins sujet aux 
fortes attaques de palpitations , si ce n'est par l'effet de 
quelques causes extérieures, comme les affections mo- 

(i) Les battemens du cœur entendus dans ces points et dans 
des points plus éloignés encore, comme la partie antérieure droite 
de la poitrine, le côté droit ou le dos , sont presque toujours 
dus aux bruits réunis des deux côtés du cœur : quelquefois ce- 
pendant, dans les points les plus éloignés , on n'entend que le 
bruit d'un côté, ce dont on peut s'assurer facilement quand les 
bruits des deux côtés du cœur sont tout-à-fait dissemblables. 

Note de l'auteur. 

(i) Lorsque l' hypertrophie est très considérable, les parties 
de la poitrine qui sont frappées par le cœur ne sont plus les 
mêmes; ainsi, au lieu débattre entre le cinquième et le sixième 
espace intercostal , la pointe vient choquer le septième et par- 
fois le huitième espace ; la base, au contraire, se fait entendre 
beaucoup plus près de la clavicule, et l'on peut en percevoir 
les mouvemeus jusqu'entre la troisième et la quatrième côte. 

Andral. 



SIGNES DE L'HYPEKTROPH. DU VENTR1C. GAUCHE. lS3 

raies et les exercices violens. Les irrégularités et les in- 
termittences sont assez rares dans ces palpitations, qui 
consistent plus dans l'augmentation d'impulsion des ven- 
tricules que dans celle du bruit (i). Cependant j'ai cru 
trouver quelquefois la cause d'irrégularités habituelles 
du pouls et du cœur, chez des sujets qui d'ailleurs ne 
présentaient que de légers signes d'hypertrophie , dans 
les épaississemens partiels que j'ai indiqués plus haut, 
et qui ont fixé d'une manière particulière l'attention 
de M. Bertin (2). 



(1) La modification la plus ordinaire que subissent les bruits 
du cœur dans les cas d'hypertrophie, c'est une diminution de 
l'intensité de ces bruits, qui deviennent d'autant plus sourds 
que l'épaisseur des parois a acquis plus d'épaisseur. Que si, en 
même temps, il existe un certain degré de dilatation des cavités, 
on peut entendre le tintement métallique; mais celui-ci n'est 
souvent que passager : il a lieu, par exemple, pendant la durée 
des palpitations, et cesse avec elle; un repos plus ou moins 
prolongé le fait souvent disparaître. Quant aux bruits de souf- 
flet, ils sont au moins très rares dans les cas où aucun rétré- 
cissement des orifices du cœur n'accompagne son hypertrophie. 

ÀNDRAL. 

(2) Lorsque le cœur a subi, dans son volume , une augmen- 
tation considérable, soit par suite de l'hypertrophie de ses parois, 
s oit par suite de la dilatation de ses cavités, la portion des pa- 
rois thoraciques qui est en rapport avec cet organe change elle- 
même de dimension : elle acquiert une convexité plus grande 
que la même partie qui lui correspond à droite; il en résulte 
une voussure de la région précordiale, qui devient surtout très 
manifeste, lorsqu'aptès avoir découvert ie thorax, on l'examine 
en se plaçant au pied du lit du malade , pendant que celui-ci 
reste couché sur le dos. J'ai plus d'une fois constaté l'exactitude 



184 de l'hypertrophie du coeur. 

L'hypertrophie simple du ventricule gauche est, de 
toutes les affections de cet organe, celle qui détermine 
le plus souvent l'apoplexie. On trouve dans l'ouvrage 
de M. Bertin (i) plusieurs exemples remarquables de 
cette terminaison , sur laquelle Legallois et M. le pro- 
fesseur Richerand ont appelé l'attention des médecins^ 
et que Corvisart a regardée comme plus rare qu'elle ne 
Test effectivement. 

Signes de V Hypertrophie du ventricule droit. > — Les 
signes de l'hypertrophie du ventricule droit ne diffèrent 
guère, suivant Corvisart, de ceux de la même affection 
dans le ventricule gauche , que par une plus grande gêne 
de la respiration , et une couleur plus foncée de la face. 
« Les battemens de coeur qui se manifestent plus sensi- 
« blement du côté droit de la poitrine pourraient aussi 
« être donnés comme signes de la dilatation du ventri- 

« cule droit ; mais ce signe n'a que très peu de va- 

« leur s'il est isolé (i). » Il eût pu ajouter qu'on ne peut 
guère sentir ( à la main) le cœur du côté droit de la 
poitrine , si ce n'est dans le cas où cet organe est déjeté 
par un épanchement dans la plèvre gauche , ou par une 
tumeur développée dans le côté gauche de la poitrine. 

Lancisi avait donné comme un signe de l'anévrysme 
du ventricule droit , le gonflement des veines jugulaires 



de ce signe, dont on doit la connaissance à M. Bouillaud; mais 
seul,, il ne suffirait pas pour révéler l'existence d'un anévrysme 
du cœur, puisqu'on le retrouve aussi dans l'hydropéricarde. 

Andral. 

(i) Ouv. cité, obs. 74, 75, 76, 78, 80. 

(2) Ibid., p. i49« 



SIGNES DE L'HYPERTROPïI. DU VENTR1C. DROIT. ï85 

externes, accompagné de pulsations analogues et iso- 
chrones à celle des artères. Corvisart rejette ce signe , 
en se fondant sur ce qu'il a été , dit-il , « observé sur 
« des sujets dans lesquels les cavités gauches ont été 
« trouvées dilatées , et que d'ailleurs cette pulsation 
« peut être confondue... avec celle des carotides (i). » 
Sous le rapport de la valeur de ce signe, mes obser- 
vations me donnent un résultat qui n'est pas d'accord 
avec l'opinion de Corvisart. Je l'ai trouvé constamment 
dans tous les cas d'hypertrophie un peu considérable 
du ventricule droit qui se sont présentés à moi. Je ne 
l'ai jamais observé chez des sujets attaqués d'hypertro- 
phie du gauche , à moins qu'il n'y eût en même temps 
une semblable affection dans le ventricule droit ; et je 
puis assurer qu'il faudrait être bien peu attentif, et 
n'avoir jamais vu ces pulsations des jugulaires , pour 
les confondre avec le soulèvement produit par les batte- 
mens de la carotide. Ces pulsations, d'ailleurs, se bornent 
ordinairement à la partie inférieure des veines jugulaires, 
et ne sont plus sensibles,, ou le sont beaucoup moins , 
vers la partie moyenne du cou , où la veine jugulaire 
externe se rapproche de la carotide, dont elle n'est 
plus séparée que par le muscle sterno-mastoïdien. Quel- 
quefois cependant ce reflux du sang s'étend plus loin, 
et même au-delà "des veines jugulaires. Hunauld (i) l'a 
vu s'étendre d'une manière très manifeste jusqu'aux 
veines superficielles du bras. J'ai vu un cas semblable 
l'année dernière , et le battement isochrone au pouls 

(i) Ouv. cité y p. 149. 

(1) Mémoires de V Académie des Sciences. 



l86 de l'hypertrophie du coeur. 

était de plus très sensible dans un rameau veineux forte- 
ment dilaté et aussi gros qu'une plume d'oie , qui, du 
haut du sternum , venait affluer dans la jugulaire externe. 
On peut donc regarder ce symptôme, toutes les fois 
qu'il existe , comme un signe propre au moins à faire 
soupçonner l'hypertrophie du ventricule droit. 

Les contractions du cœur dans l'hypertrophie du 
ventricule droit , explorées par le stéthoscope , se pré- 
sentent absolument avec les mêmes caractères que dans 
rhypertrophie du ventricule gauche : le bruit des con- 
tractions du ventricule affecté est seulement moins 
sourd. Mais, dans l'hypertrophie du ventricule droit, le 
cœur donne une impulsion plus forte sous la partie 
inférieure du sternum qu'entre les cartilages des cin- 
quième et septième côtes, et le contraire a lieu, comme 
nous l'avons vu, dans les affections du gauche. Chez la 
plupart des hommes , le cœur s'entend également dans 
l'un et l'autre lieu. Chez ceux mêmes qui ne présentent 
aucun signe de maladie du cœur , on les entend quel- 
quefois plus facilement sous le sternum qu'entre les 
cartilages des côtes ; et il m'a paru que ce signe coïnci- 
dait constamment avec une prédisposition marquée à 
l'hypertrophie ou à la dilatation du ventricule droit. 

Je regarde ce signe tiré du lieu où le cœur se fait 
entendre le plus distinctement et sentir avec le plus de 
force, comme tout-à-faif sûr. J'ai eu assez d'occasions 
de le vérifier par l'autopsie pour pouvoir le regarder 
comme infaillible quand il est bien marqué. Parmi les 
observations que je n'ai pu faire que sur le vivant, on 
en trouvera plus bas une fort intéressante (au Chapitre 
de Y endurcissement cartilagineux et osseux des valvules 



DE L'HYPER'™. SIMULTANÉE DES DEUX VENTMC I 87 

du cœur) y et qui, quoique dénuée de la certitude ab- 
solue que pourrait donner l'ouverture, n'en paraîtra 
pas moins une preuve incontestable que les battemens 
des cavités droites s'entendent principalement sous le 
sternum, et ceux des cavités gauches entre les cartilages 
des côtes. Il est cependant une exception à cet égard : 
quand le ventricule gauche, par suite d'une hypertro- 
phie avec ou sans dilatation, a acquis un volume énorme, 
et que le droit, très petit, semble, comme nous l'avons 
dit , creusé dans un point des parois de l'autre , ce der- 
nier devient tout-à-fait antérieur , et ses battemens se 
sentent alors beaucoup mieux sous le sternum que dans 
l'espace précordial gauche, tandis que les contractions 
du ventricule droit devenu postérieur ne se sentent pas. 
On peut néanmoins, dans ces cas, éviter Terreur par 
Fabsence du reflux du sang dans les veines. 

L'hypertrophie simple et sans dilatation du ventri- 
cule droit est beaucoup plus rare encore que celle du 
gauche (1). 

De l'Hypertrophie simultanée des deux ventricules. 
— Lorsque les deux ventricules à la fois sont attaqués 



(1) L'hypertrophie du ventricule droit paraît exercer sur le 
poumon la même influence que celle du ventricule gauche sur 
le cerveau , et disposer, par conséquent , à l'apoplexie pulmo- 
naire et à l'hémoptysie. MM. Bertin et Bouillaud disent en avoir 
observé plusieurs exemples, et veulent que l'on distingue soi- 
gneusement ces hémorragies actives , artérielles , des hémor- 
ragies veineuses pulmonaires ou autres qu'on observe habituel- 1 
lemcnt dans le dernier stade de toutes les maladies du cœur. 
Je crois qu'il y a dans cette distinction plus d'imagination que 
de véritable observation. M. L. 



l88 DILATATION DU COEUR. 

d'hypertrophie , ils descendent l'un et l'autre jusqu'à la 
pointe du cœur, et présentent d'ailleurs les caractères 
anatomiques indiqués ci-dessus. 

Les signes de cette affection consistent dans la réunion 
de ceux qui sont propres à l'hypertrophie de chacun des 
ventricules , mais avec prédominance presque con- 
stante de ceux qui indiquent l'hypertrophie du ventri- 
cule droit (i). 

CHAPITRE III. 

DE LA DILATATION DES VENTRICULES DU COEUR. 

Caractères anatomiques de la dilatation du cœur. 
— La dilatation des ventricules du cœur , nommée par 
Corvisart anévrvsme passif, présente les caractères 
anatomiques suivans : agrandissement de la cavité des 
ventricules, amincissement de leurs parois. A ces ca- 



(i) L'hypertrophie du cœur, lorsqu'elle n'est pas portée à un 
haut degré, et lorsqu'elle n'est accompagnée ni d'une dilata- 
tion considérable de ses cavités, ni d'un rétrécissement de ses 
orifices , est une des lésions de cet organe qui s'accompagnent 
des symptômes les moins graves. Ainsi , dans l'état de repos du 
moins, la dyspnée est peu considérable , la circulation vei- 
neuse est fort peu troublée, et, par suite, on observe que rare- 
ment des accumulations de sérosité, soit dans le tissu cellulaire 
soit dans le péritoine. Toutefois , ces accidens divers peuvent 
survenir lorsque les malades se sont beaucoup fatigués, ou que 
quelque émotion a agi sur eux j et, au contraire, l'hypertrophie 
peut devenir et rester plus ou moins longtemps une lésion 
complètement latente, si la condition d'un repos prolongé est 
rigoureusement observée. Andral. 



DILATATION DU COEUR. 189 

ractères se joint ordinairement un ramollissement 
marqué de leur substance musculaire, avec une colo- 
ration quelquefois plus \iolette que dans l'état naturel, 
d'autres fois plus pâle et presque jaunâtre. Quelquefois 
ce ramollissement est tel , surtout dans les parois du 
ventricule gauche, qu'on peut les écraser entre les 
doigts. L'amincissement peut être porté au point que 
la partie la plus épaisse des parois du ventricule gauche 
n'ait que deux lignes d'épaisseur , et que sa pointe en 
offre à peine une d'une demi-ligne. La pointe du ventri- 
cule droit présente souvent un amincissement plus grand 
encore ; quelquefois elle semble seulement formée par 
un peu de graisse et par le feuillet de la membrane in- 
terne ou séreuse du péricarde qui revêt le cœur. Les 
colonnes charnues , et particulièrement celles du ven- 
tricule gauche , sont manifestement plus écartées Time 
de l'autre que dans l'état naturel. La cloison interven- 
triculaire perd beaucoup moins de son épaisseur et de sa 
consistance par l'effet de la dilatation que le reste des 
parois du cœur. 

La dilatation peut n'affecter qu'un des ventricules ; 
mais il est plus ordinaire de les trouver dilatés tous les 
deux à la fois ; chose d'autant plus remarquable que le 
contraire a lieu pour Fhypertrophie. Lorsqu'un seul 
ventricule est affecté , la pointe descend plus bas que 
celle de l'autre; mais cette disproportion n'est pas à beau- 
coup près aussi marquée que dans l'hypertrophie ; et 
l'agrandissement de la cavité dilatée paraît se faire plutôt 
dans le sens de son diamètre que dans celui de sa lon- 
gueur : aussi les cœurs dont les deux ventricules sont 
dilatés sont-ils arrondis et presque aussi larges à leur 



igO DILATATION DU COEUR. 

pointe qu'à leur base , et ils présentent plutôt la forme 
d'une coupe ou d'une gibecière que la forme conique 
qui est naturelle à cet organe. 

Burns a pensé que la dilatation du cœur peut être 
portée au point de produire la rupture. Cela semble 
possible surtout à raison du ramollissement presque 
inséparable de la dilatation ; mais je n'en connais aucun 
exemple. 

Il ne faut pas confondre avec la dilatation du cœiir la 
distension des cavités de cet organe que l'on observe 
chez beaucoup de cadavres , et qui tient à la stase du 
sang dans les derniers momens de l'agonie. Il suffit, au 
reste , d'être averti pour ne pas faire une semblable mé- 
prise. Beaucoup de coeurs qui semblent volumineux à 
l'ouverture du péricarde , ne le sont plus après avoir été 
incisés. 

Signes de la dilatation du ventricule gauche. — Les 
signes de la dilatation du ventricule gauche sont, suivant 
Corvisart , « un pouls mou et faible , des palpitations 
« faibles, sourdes, rentrées : la main sent un corps 
« mou qui vient soulever les côtes et non les frapper 
« d'un coup vif et sec ; il semble qu'on les affaiblit par 
« une forte pression. Il y a une absence de son fort 
« étendue à la région du coeur. » 

Nous avons déjà exposé notre sentiment sur le pouls 
considéré comme signe dans les maladies du cœur: 
quant à ce que l'on peut reconnaître, dans le cas dont 
il s'agit , par l'application de la main sur la région du 
cœur, je puis assurer que, dans la plupart des cas de 
dilatation du cœur que j'ai observés, on ne sentait pas 
à la main les contractions de cet organe. J'ai souvent 



DILATATION DU VENTRICULE GAUCHE. 191 

trouvé aussi cette affection assez marquée chez des sujets 
dont la région précordiale résonnait assez bien. 

Le seul signe certain de la dilatation du ventricule 
gauche est celui que donne le stéthoscope , c'est-à-dire 
le son clair et bruyant des contractions du cœur écou- 
tées entre les cartilages des cinquième et septième côtes 
sternales. Le degré de clarté de ce son et son étendue 
sont la mesure de la dilatation : ainsi ; lorsque le bruit 
de la contraction du ventricule est aussi clair que celui 
de la contraction de Foreillette , si en même temps le 
cœur s'entend aisément dans la partie droite du dos ? la 
dilatation est extrême (i). 

M. Bertin pense que la dilatation du cœur doit tou- 
jours son origine à des obstacles au cours du sang, tels 
que l'ossification des valvules , Tétroitesse congénitale 
de l'aorte et de Fartère pulmonaire ; les professions qui 
obligent à des efforts pénibles, les maladies du pou- 



(ï) On peut élever quelques doutes sur la valeur de ce signe, 
comme propre à caractériser la dilatation des cavités du cœur. 
En effet, ce son clair et bruyant, dont parle ici Laënnec, pa- 
raît être, dans certains cas du moins, une simple modification 
du bruit valvulaire : il suffit que les replis membraneux qui 
bordent les orifices du cœur ayent subi un certain degré d'al- 
tération dans leur texture , pour qu'en se redressant ils fassent 
entendre un son ou plus clair ou plus éclatant. On conçoit, du 
reste, qu'en admettant que les bruits du cœur dépendent prin- 
cipalement du jeu des valvules, de leur redressement, etc., ces 
bruits devront avoir plus de retentissement, si les parois du 
cœur sont minces; et qu'ils devront, au contraire, devenir 
plus sourds , si les parois du cœur ont acquis une plus grande 
épaisseur que de coutume. Andral. 



192 DILATATION DU COEUR. 

mon. On ne peut nier que ces causes ne soient propres 
à produire la dilatation du cœur -, mais il me semble que 
la cause.la plus puissante de cette affection est la confor- 
mation originelle du cœur. La dilatation de cet organe 
est plus commune chez les femmes , qui , en général , 
ont naturellement les parois des ventricules plus minces 
que les hommes (1). 

Signes de la dilatation du ventricule droit. — La di- 
latation du ventricule droit présente , suivant Corvisart, 
à peu près les mêmes caractères quant à l'état du pouls 
et des battemens du cœur, qui s'entendent cependant 
un peu mieux à droite, c'est-à-dire près du sternum et 
vers l'épigastre , que dans la région du cœur propre- 
ment dite. Il attache cependant peu d'importance à ce 
signe, ainsi qu'à celui de Lancisi^ c'est-à-dire au gon- 
flement des veines jugulaires externes. Ceux qu'il re- 
garde comme plus certains sont : un étouffement plus 
grand que dans les affections du ventricule gauche , une 
diathèse séreuse plus marquée, des hémoptysies plus 
fréquentes, une teinte livide plus foncée de la face , et 
portée quelquefois jusqu'au violet-noir. 

Ces observations sont , en général , exactes ; mais je 
ne peux encore ici être de l'avis de mon célèbre maître 
sur la valeur de deux de ces signes, le gonflement des 
jugulaires et retendue de l'absence du son à la région 
du cœur. Un gonflement habituel des veines jugulaires 
externes, mais sans battemens sensibles, m'a paru être 
le signe équivoque le plus constant et le plus caractérisé 



(i) L'exactitude de cette assertion ne m'est pas démontrée. 

Andral. 



DILATATION DU VENTRICULE DROIT. îgà 

de la dilatation des cavités droites du cœur. Ce gonfle- 
ment ne cesse point quand on comprime la veine au haut 
du cou. Quant à l'absence du son , il m'est souvent ar- 
rivé de trouver les cavités droites très dilatées chez des 
sujets dont la poitrine résonnait très bien dans la région 
précordiale et sous le sternum; et^, en général, il m'a 
paru que l'affection du cœur qui produisait le plus fré- 
quemment l'absence du son n'était pas celle-ci, mais 
bien l'hypertrophie avec dilatation dont je parlerai plus 
bas. La remarque de Corvisart sur la lividité plus in- 
tense de la face dans la dilatation du cœur n'est peut- 
être pas non plus d'une exactitude parfaite. Il est très 
vrai, comme il l'observe, qu'elle est plus foncée dans la 
dilatation des cavités droites que dans celles des cavités 
gauches , et on peut en dire autant de la lividité des ex- 
trémités ; mais cependant il m'est arrivé assez souvent 
de voir la face très pâle et d'un jaune terne , et les lèvres 
décolorées, chez des sujets attaqués de dilatation du 
cœur; et,, d'un autre côté, l'hypertrophie avec dilata- 
tion des cavités droites m'a paru être l'affection qui est 
le plus fréquemment accompagnée d'une lividité très 
intense de la face et des extrémités, d'un grand étouffe- 
ment, d'hémoptysies fréquentes ou considérables, et 
d'une infiltration séreuse très étendue. 

Le seul signe pathognomonique et constant de la di- 
latation du ventricule droit est le son bruyant du cœur 
exploré sous la partie inférieure du sternum. On me- 
sure le degré de la dilatation par retendue dans la- 
quelle le cœur se fait entendre, et suivant l'espèce 
d'échelle de progression que nous en avons tracée 
(page 1 1 ). 

m. i3 



194 DE LA DILATATION AVEC HYPERTROPHIE 

J'ai rencontré quelques cas dans lesquels un cœur 
assez fortement dilaté ne donnait , plusieurs jours avant 
la mort et avant que l'agonie commençât ; qu'une im- 
pulsion sans bruit ou accompagnée d'un bruit très 
sourd. Dans ce cas, il y avait en même temps hypertro- 
phie plus ou moins prononcée : le volume de l'organe 
était considérable ; il remplissait exactement le médias- 
tin inférieur et s'y trouvait évidemment gêné. D'autres 
causes avaient d'ailleurs contribué à obscurcir le bruit 
du cœur, et particulièrement le ramollissement de sa 
substance ou la gêne de la respiration due à une affec- 
tion grave du poumon. 

Les palpitations, chez les sujets attaqués de dilata- 
tion du cœur , consistent principalement en une aug- 
mentation de la fréquence et du bruit des contractions ; 
mais l'impulsion, loin d'être augmentée, paraît souvent 
plus faible que dans l'état habituel du malade. Les irré- 
gularités de force et de fréquence , et les intermittences 
du pouls qui les accompagnent, sont assez rares, quoi- 
qu'elles soient un peu plus communes que dans l'hy- 
pertrophie. 

CHAPITRE IV. 

DE LA DILATATION AVEC HYPERTROPHIE DES VENTRICULES 

DU COEUR. 

La réunion de ces affections est extrêmement com- 
mune ; elle l'est même beaucoup plus que la dilatation 
simple, et surtout que l'hypertrophie sans dilatation. 
Cette complication constitue Yanévrysme actif 'de Cor- 
visart ; elle peut exister dans l'un des ventricules seule- 



DES VENTRICULES DU COEUR. iq5 

ment , ou dans les deux à la fois. C'est dans ce dernier 
cas surtout que le cœur acquiert un volume prodigieux 
et quelquefois plus que triple de celui du poing du 
sujet. Cette augmentation de volume est due à la fois 
à répaississement des parois des ventricules et à l'agran- 
dissement proportionnel de leurs cavités. Leur sub- 
stance musculaire acquiert ordinairement en même 
temps une fermeté plus grande ; la pointe du cœur de- 
vient plus mousse ; mais rarement elle disparaît assez 
complètement pour que cet organe présente, comme 
dans la dilatation simple, la forme d'une gibecière. A 
un degré médiocre, les ventricules sont dilatés et leurs 
parois semblent seulement n'être pas amincies, ou bien 
il y a hypertrophie évidente des parois sans diminution 
de l'ampleur des cavités. Dans quelques cas rares, des 
points divers des parois du même ventricule présentent 
des caractères d'hypertrophie, et d'autres ceux de la dila- 
tation, ainsi que l'a remarqué avec raison M. Bertin (i). 
Les signes de celte affection sont un composé de ceux 
de l'hypertrophie et de ceux de la dilatation. Les con- 
tractions des ventricules donnent à la fois une impulsion 
forte et un bruit assez marqué : celle des oreillettes sont 



(i) M. Bertin désignait cette dernière forme de la dilatation 
du cœur sous le nom de dilatation mixte. Il admettait aussi une 
dilatation simple, c'est-à-dire sans épaississement ni amincis- 
sement des parois du cœur, et avait même la prétention de 
l'avoir signalée le premier (ouv. c*Ve, p.3 7 6). Mais ici encore, 
je crois qu'il était dans l'erreur, et qu'il n'y a point de dilata- 
tion simple qui reste telle jusqu'à la fin. L'ouvrage de M. Bertin 
ne contient du moins aucune observation probante de cette 
dilatation simple. Les trois observations données comme telles 



ig6 DE LA DILATATION AVEC HYPERTROPHIE 

sonores. Les pulsations s'entendent dans une grande 
étendue ; et quelquefois même } surtout chez les sujets 
maigres et chez les enfans, l'impulsion est également 
sentie sous les clavicules, dans les côtés, et même un peu 
dans la partie gauche du dos. Il m'est arrivé d'entendre 
et de sentir la contraction des ventricules à la partie 
postérieure inférieure droite de la poitrine chez une 
femme attaquée de cette maladie ; et quoiqu'elle fût 
d'une taille et d'une force médiocres , l'impulsion et le 
bruit étaient plus intenses en cet endroit qu'ils ne le sont 
à la région précordiale chez un homme robuste et bien 
constitué. 

Les contractions des ventricules, dans cette affection, 
peuvent très facilement être senties par l'application de 
la main sur la région du cœur. On trouve alors, surtout 
dans les momens de palpitations , des battemens brus- 
ques , secs , violens qui repoussent fortement la main. Si 
l'on examine attentivement le malade dans les momens 
où il est le plus calme, on voit souvent que sa tête, ses 
membres^ et les couvertures même de son lit, sont 
fortement ébranlés à chaque contraction du cœur. Les 
battemens des carotides, des radiales et des autres 

( la 80 e , la S6 e et la 87 e ) sont dès exemples, l'une d'une hyper- 
trophie du ventricule gauche avec rétrécissement de sa cavité, 
le ventricule droit étant sain -, l'autre , d'une dilatation du ven- 
tricule droit avec hypertrophie telle que ses parois, denses , 
compactes et fermes, étaient aussi épaisses que le sont ordinai- 
rement celles du ventricule gauche j la troisième enfin , d'une 
hypertrophie concentrique du ventricule droit, avec dilatation 
du ventricule gauche, dont les parois étaient aussi plus épaisses 
qu'elles ne le sont ordinairement. M. L. 



DES VENTRICULES DU COEUR. 197 

artères superficielles sont souvent visibles. Si l'on presse 
la région du cœur , cet organe , suivant l'expression de 
Corvisart , « semble s'irriter contre la pression 3 et 
« réagft plus fortement encore. » Acesbattemens éner- 
giques correspond , dit-il , quand la maladie affecte le 
ventricule gauche,, un pouls fréquent, fort, dur, vibrant, 
difficile à supprimer. Ce caractère du pouls s'observe 
effectivement assez souvent dans l'hypertrophie avec 
dilatation , comme dans l'hypertrophie simple du ven- 
tricule gauche : je ne puis cependant le regarder, avec 
Corvisart , comme un signe de Fanévrysme actif du 
ventricule gauche ; car , comme je l'ai dit ailleurs , on 
trouve très souvent un pouls petit et faible , quoique 
d'ailleurs régulier, chez des hommes dont le cœur a un 
très grand volume, et bat habituellement avec violence, 
et vice versa. 

Les palpitations qui ont lieu dans l'affection dont il 
s'agit, observées à l'aide du stéthoscope , présentent les 
mêmes caractères que les contractions habituelles que 
nous avons décrites plus haut , mais seulement avec un 
degré d'énergie de plus ; rarement elles sont accompa- 
gnées d'irrégularités, si ce n'est aux approches de la 
mort et lorsqu'elles se sont affaiblies. Quelquefois on 
distingue, dans ces palpitations , outre l'impulsion que 
le cœur semble donner par une large surface , un coup 
plus sec , plus sonore j plus bref , quoique isochrone, 
et qui semble frapper les parois de la poitrine par une 
bien moindre surface. Ce coup paraît évidemment pro- 
duit par le relèvement brusque et énergique de la pointe 
du cœur. 

L'analyse des battemens du cœur faite alternative- 



198 DE LA DILATAT DE L'UN DES VENTRICULES, ETC. 

ment à droite et à gauche , c'est-à-dire sous la partie 
inférieure du sternum et entre les cartilages des cin- 
quième et septième côtes gauches , fait connaître exac- 
tement quel est le ventricule affecté, s'il n'y en S qu'un, 
ou l'affection des deux , si elle existe , comme il arrive 
plus communément. Il serait inutile de répéter les 
signes qui ont déjà été exposés suffisamment. La dila- 
tation avec hypertrophie des ventricules du cœur étant 
de toutes les affections de cet organe celle dans laquelle 
il acquiert le volume le plus considérable , c'est aussi 
dans ce casque l'absence du son à la région du cœur 
se remarque le plus souvent et avec le plus d'étendue. 

CHAPITRE V. 

DE LA DILATATION DE L*UN DES VENTRICULES AVEC 
HYPERTROPHIE DE L'AUTRE. 

Cette espèce de complication n'est pas très rare quoi- 
qu'elle le soit plus que la précédente. Ses signes sont 
encore un mélange de ceux de l'hypertrophie et de ceux 
de la dilatation, avec prédominance des uns ou des autres, 
suivant que la première de ces affections est plus ou 
moins intense que la seconde. L'analyse comparée des 
deux côtés du cœur est encore an moyen sûr de recon- 
naître toutes les complications de ce genre qui peuvent 
exister. J'ai rencontré fréquemmentles suivantes : i° l'hy- 
pertrophie avec dilatation du ventricule gauche et la 
dilatation simple du droit ; 2 l'hypertrophie avec dila- 
tation du ventricule gauche et l'hypertrophie simple du 
droit ; 3° l'hypertrophie avec dilatation du droit et la 



DE LA DILATAT. DE L'UN DES VENTRICULES, ETC. I99 

dilatation simple du gauche ; 4° l'hypertrophie simple 
du droit avec dilatation du gauche : cette dernière est 
plus rare. 

Je n'ai pas souvenir d'avoir rencontré la dilatation du 
ventricule droit coïncidant avec une hypertrophie très 
considérable et simple du ventricule gauche ; et je pen- 
cherais même à croire que cet état est presque impos- 
sible, puisque, dans le cas d'une grande hypertrophie 
du ventricule gauche , le droit paraît , comme nous l'a- 
vons dit , être creusé dans l'épaisseur de ses parois. 

Au reste, malgré l'évidence des signes que donne 
l'auscultation médiate dans les maladies du coeur, ces 
maladies seront toujours celles sur le diagnostic des- 
quelles on pourra le plus facilement commettre des 
erreurs grossières , surtout si l'on se borne à l'explora- 
tion d'un seul moment , et si Ton ne prend pas en con- 
sidération les symptômes généraux et les maladies qui 
peuvent compliquer celles du cœur. Le stéthoscope 
pourrait, par exemple, dans un moment d'agitation 
nerveuse , donner des signes propres à faire croire à un 
observateur peu exercé qu'il existe une dilatation ou 
une hypertrophie , quoique le cœur fût tout-à-fait dans 
Fétat naturel ; et, d'un autre côté, on pourrait, dans 
certains cas ,, méconnaître une maladie du cœur, quoi- 
qu'elle fût portée à un degré très intense. Nous avons 
déjà dit(pag. 168) quelque chose des cas où de telles 
erreurs sont possibles; mais nous croyons devoir re- 
venir encore sur leurs causes ) parce qu'il est très facile 
de les commettre. 

La dilatation et l'hypertrophie du cœur ne sont, au 
fond, que des défauts de proportion * mre cet organe et 



200 DE LA DILATAT. DE L'UN DES VENTRICULES, ETC. 

les autres } ou de ses diverses parties entre elles ; et tel 
cœur dont le seul volume est une cause de souffrance 
perpétuelle , et devient enfin une cause de mort, n'oc- 
casionerait aucune incommodité s'il était placé dans une 
poitrine un peu plus vaste, et chez un sujet dont les 
poumons et les vaisseaux capillaires fussent d'une tex- 
ture un peu plus forte. 

Très peu d'hommes, au reste } ont le cœur parfaite- 
ment bien proportionné , soit dans ses diverses parties , 
soit par rapport au volume et à la force des autres or- 
ganes. On sait qu'il est peu d'organes qui présentent, 
sous ces deux rapports , des proportions aussi variables. 
Il est , en général, avantageux que le cœur soit plutôt 
petit que grand ; mais tous les sujets dont le cœur offre 
un volume un peu considérable n'éprouvent pas tou- 
jours pour cela les accidens qui constituent ce que l'on 
appelle une maladie du cœur, surtout s'ils sont d'ail- 
leurs forts et robustes. 

Chez les enfans, en particulier , le cœur est peut-être 
toujours } proportion gardée., un peu plus grand que 
chez l'adulte, et beaucoup d'entre eux présentent, 
d'une manière assez marquée, les signes stéthoscopiques 
de l'hypertrophie ou de la dilatation, plus souvent 
encore ceux des deux affections réunies, sans être dans 
un état de maladie, et l'équilibre se rétablit vers l'âge de 
puberté. 

Un homme jeune ou dans la force de l'âge , et doué 
d'ailleurs d'une bonne constitution, peut avoir une hy- 
pertrophie ou une dilatation du cœur assez marquée 
sans éprouver d'accidens notables. Quelques palpita- 
tions peu fortes et de peu de durée et une respiration 



DE LA DILATAT. DE L'UN DES VENTRICULES, ETC. 201 

un peu courte sont les seuls indices généraux de la 
disposition existante. Souvent, chez les gens du peuple 
surtout , le malade en est si peu incommodé qu'il n'y 
fait nulle attention, et qu'il n'en parle que quand on 
l'interroge. J'ai rencontré de semblables dispositions 
chez des sujets attaqués de diverses maladies étrangères 
à l'état des organes circulatoires. J'ai constamment vé- 
rifié , par l'autopsie, chez ceux qui ont succombé, que 
l'état du cœur était tel que le stéthoscope l'avait in- 
diqué. 

Si, par l'effet d'une maladie quelconque ou des pro- 
grès de l'âge, il survient chez ces sujets un amaigris- 
sement notable et une grande diminution des forces, 
la disproportion entre le cœur et les autres organes 
devenant plus marquée , quoique l'état du premier n'ait 
pas changé ( l'amaigrissement marchant beaucoup plus 
lentement dans les viscères que dans les organes exté- 
rieurs) , les symptômes généraux des maladies du cœur 
se manifestent. Une femme délicate, un homme livré à 
des occupations sédentaires, et dont la constitution 
aurait été amollie par le défaut d'exercice, éprouve- 
raient beaucoup plus tôt des accidens graves par l'effet 
d'une semblable disproportion. 

D'après ce qui précède , on voit qu'on se compro- 
mettrait quelquefois si l'on prononçait d'après la seule 
exploration par le stéthoscope qu'un malade éprouve 
les signes d'une maladie du cœur. Mais la connaissance 
que l'on acquiert, dans ces cas, de l'existence d'un 
cœur volumineux , quoique le sujet n'en éprouve pour 
le moment aucune incommodité , n'en est pas moins 
très précieuse ; car alors on peut^ à l'aide des moyens 



202 DE LA. DILATAT. DE L'UN DES VENTRICULES, ETC. 

propres à diminuer l'énergie et la nutrition trop actives 
du cœur., prévenir le développement d'une maladie de 
cet organe ; et cela est beaucoup plus facile , chez les 
jeunes gens surtout , que d'entraver la marche d'une 
maladie déjà déclarée , et même que d'en calmer les 
symptômes les plus incommodes. Un des plus grands 
avantages de l'auscultation médiate est sans doute cette 
facilité de reconnaître non seulement le plus léger degré 
d'hypertrophie ou de dilatation du cœur , mais même 
la simple disposition à ces affections , chose impossible 
par les seuls signes tirés du pouls , de la percussion et 
de l'état des fonctions, comme le reconnaît Corvi- 
sart (i). 

J'ai dit que, dans certains cas, les contractions du 
cœur perdent tout- à-fait les caractères qui annoncent 
la dilatation ou l'hypertrophie , quoique ces affections 
soient portées à un très haut degré. Ces cas sont : ' 
i° l'agonie, et l'orthopnée qui la précède ordinaire- 
ment de quelques jours ou même de quelques semaines ; 
2 la coïncidence d'une autre affection capable par elle- 
même de produire une forte dyspnée , comme la péri- 
pneumonie , Tœdème du poumon , l'hydrothorax , la 
pleurésie avec épanchement considérable , etc. 

Dans le premier cas , c'est-à-dire lorsque les malades 
sont dans un état d'orthopnée suffocante qui ne doit 
cesser qu'avec la vie , l'impulsion et le bruit des con- 
tractions du cœur cessent presque entièrement, quel 
que soit le volume de l'organe affecté, et leur fréquence 
devient si grande qu'on ne peut plus les compter. Gorvi- 

(i) Ouv. cité, p. 129. 



DILATATION ET HYPERTROPHIE DES OREILLETTES. 203 

sart avait aussi noté cette disparition presque complète 
des battemens du cœur vers la fin des maladies de cet 
organe. « Ils se changent à cette époque, dit-il , en un 
« bruissement étendu, un tumulte obscur et profond 
« impossible à décrire (i). » 

Quand , au contraire t la dyspnée considérable qui 
accompagne une maladie du cœur dépend principale- 
ment d'une affection du poumon ou d'un épanche- 
ment dans les plèvres , l'impulsion et le bruit des con- 
tractions du cœur se réduisent souvent à ce qu'ils sont 
dans l'état naturel (pag. 168) ; et } si on les examine alors 
pour la première fois, ils ne donnent aucun lieu de 
soupçonner une hypertrophie ou une dilatation, lors 
même que ces affections sont très considérables. 

CHAPITRE VI. 

DE LA DILATATION ET DE L'HYPERTROPHIE DES OREIL- 
LETTES DU COEUR. 

La dilatation des oreillettes est un cas rare , absolu- 
ment parlant, et surtout comparativement à la fréquence 
de celle des ventricules. On voit cependant quelquefois, 
chez les sujets attaqués d'hypertrophie ou de dilatation 
des ventricules , les oreillettes présenter aussi une aug- 
mentation de volume proportionnelle ; mais il est beau- 
coup plus commun de trouver les oreillettes de grandeur 
tout-à-fait naturelle chez des sujets dont les ventricules 
présentent une énorme augmentation de volume. Quel- 

(i) Ouv. cité , p. i4i. 



204 DILATATION ET HYPERTROPHIE DES OREILLETTES. 

quefois aussi , mais bien rarement , on trouve les oreil- 
lettes évidemment dilatées, quoique les ventricules soient 
dans l'état naturel. Pour fixer les idées sur ce qu'on doit 
entendre par dilatation des oreillettes, il convient de 
déterminer autant que cela peut être , c'est-à-dire par 
un à peu près , les proportions les plus naturelles des 
cavités du cœur. 

La raison indique et l'observation prouve que , chez 
un sujet sain et bien constitué, les quatre cavités du 
cœur doivent être, à très peu de chose près, égales 
entre elles. Mais comme les parois des oreillettes sont 
très minces , et que celles des ventricules ont beaucoup 
d'épaisseur, les premières, lorsqu'elles sont simplement 
pleines et non pas distendues , ne forment guère que le 
tiers du volume total de l'organe, ou,, ce qui revient au 
même, le volume des oreillettes égale à peu près la moitié 
de celui des ventricules. 

Les oreillettes sont d'ailleurs égales en capacité, 
quoique quelques anatomistes aient pensé que la droite 
était un peu plus vaste, trompés sans doute par sa 
forme plus aplatie , par la longueur plus grande de son 
sinus ou appendice , et surtout par l'état de distension 
dans lequel on la trouve chez la plupart des cadavres, 
à raison de l'accumulation du sang qui s'y fait dans les 
derniers momens de la vie. 

Il ne faut pas confondre cette distension , qui se re- 
marque aussi , quoique plus rarement , dans l'oreillette 
gauche, avec la dilatation réelle de ces cavités. La 
méprise serait facile si l'on jugeait d'après le premier 
coup d'œil; car, à raison de la grande extensibilité du 
tissu des oreillettes , cette dimension ,, lors même qu'elle 



DILATATION ET HYPERTROPHIE DES OREILLETTES. 205 

ne date que de quelques heures avant la mort , peut 
être portée au point d'égaler à peu près le volume des 
ventricules. 

Pour juger s'il y a dilatation ou simple distension , il 
suffit de vider les oreillettes par les orifices des vais- 
seaux qui s'y rendent. Dans le cas de simple distension, 
elles reviennent sur-le-champ à peu près à leur volume 
naturel. Si, au contraire, elles sont réellement dila- 
tées , elles conservent , quoique vides , presque toute 
l'ampleur qu'elles avaient étant pleines. 

Il est encore un autre signe auquel on peut, même 
au premier coup d'œil, reconnaître que le grand volume 
des oreillettes est dû à l'accumulation du sang pendant 
les dernières heures de la vie, et non à une augmentation 
permanente de capacité. Dans le premier cas , les parois 
de l'oreillette sont fortement tendues sur le sang qu'elles 
renferment , et leurs parties les plus minces en laissent 
apercevoir la couleur ; dans le second cas, au contraire, 
les oreillettes , quoique très volumineuses , sont évi- 
demment capables de contenir encore plus de sang 
qu'elles n'en renferment , et leurs parois, plus opaques, 
paraissent n'avoir pas encore prêté autant qu'elles en 
étaient susceptibles. 

Je n'ai jamais rencontré de dilatation évidente des 
oreillettes sans que l'épaisseur de leurs parois ne parût 
en même temps un peu augmentée ; et , d'un autre côté, 
je n'ai point vu l'hypertrophie des oreillettes sans une 
augmentation quelconque de leur capacité. Il faut, au 
reste , de l'attention et l'habitude d'examiner souvent 
ces organes , pour bien juger de l'hypertrophie des 
oreillettes , car, comme leurs parois sont naturellement 



206 DILATATION ET HYPERTROPHIE DES OREILLETTES. 

fort minces , une augmentation du double ( et il est rare 
qu'elle aille là ) est à peine sensible pour un œil peu 
exercé. M. Bertin a vu une oreillette gauche qui avait 
acquis trois lignes d'épaisseur (i). 

La cause la plus commune de la dilatation de l'oreil- 
lette gauche est le rétrécissement de l'orifice auriculo- 
ventriculaire , par suite de l'induration cartilagineuse ou 
osseuse de la valvule mitrale ou de végétations déve- 
loppées à sa surface. Les mêmes causes produisent quel- 
quefois la rétraction de la valvule mil raie et l'ouverture 
permanente de l'orifice aitriculo- ventriculaire. La dila- 
tation et l'hypertrophie peuvent alors avoir lieu par la 
seule action du ventricule sur l'oreillette. Je n'oserais 
affirmer qu'il ne puisse exister d'affection des oreillettes 
sans altération des valvules ; mais je ne me rappelle pas 
en avoir jamais vu. La dilatation de l'oreillette droite a 
lieu le plus souvent à l'occasion de l'hypertrophie du 
ventricule droit. Les maladies du poumon que Gorvisart 
range parmi les causes ordinaires de cette dilatation me 
paraissent ne produire le plus souvent que la simple 
distension cadavérique dont il a été parlé ci-dessus. 

Corvisart ne distingue point les signes de la dilatation 
des oreillettes de ceux de la dilatation des ventricules 
auxquelles elles correspondent. Ces dilatations sont trop 
rares , et j'ai eu trop peu d'occasions de les observer 
depuis que j'ai commencé à étudier les maladies du 
coeur à l'aide de l'auscultation médiate, pour que je 
puisse assurer encore que les signes auxquels j'ai reconnu 
quelquefois l'existence de ces affections soient tout-à-fait 



(i) Ous>. cité , obs. 88, p. 334. 



DILATATION ET HYPERTROPHIE DES OREILLETTES. 2O7 

constans : je crois cependant être certain que les signes 
que la dilatation des oreillettes peut donner sous Se sté- 
thoscope doivent, comme leurs signes généraux, se 
confondre avec ceux de la lésion des ventricules ou des 
valvules qui lui a donné naissance , et qu'ainsi les signes 
de la dilatation de l'oreillette gauche sont de nature à 
être confondus avec ceux de l'ossification de la valvule 
mitrale, et que ceux delà dilatation de l'oreillette droite 
ne peuvent être distingués des signes de l'hypertrophie 
du ventricule du même côté. 

Il m'a paru , au reste , que toutes les fois que les 
oreillettes ont un grand volume , soit par l'effet d'une 
dilatation réelle, soit par celui de la distension qui a lieu 
pendant Fagonie , leurs contractions , au lieu du bruit 
éclatant qu'elles font entendre dans l'état naturel, et 
que j'ai comparé à celui d'une soupape, ne donnent 
plus qu'un bruit de soufflet plus ou moins fort ou au 
moins un son sourd. Je n'ai jamais reconnu bien évidem- 
ment que les contractions des oreillMtes donnassent 
quelque impulsion , même dans les cas ou l'épaisseur de 
leurs parois était notablement augmentée. 

Je crois devoir rappeler encore ici un signe négatif 
dont j'ai déjà parlé dans l'analyse des battemens du 
cœur : c'est que , dans beaucoup de cas d'hypertrophie 
des ventricules , on distingue à peine la contraction des 
oreillettes lorsqu'on explore la région du cœur. Si, au 
contraire, on applique le stéthoscope au haut du sternum, 
au-dessous des clavicules ou sur les côtés, on les dis- 
tingue parfaitement et avec un bruit souvent très écla- 
tant. Ce signe, comme je l'ai dit, me paraît indiquer 
positivement que les oreillettes ne participent en rien à 
l'affection des ventricules. 



2o8 DES DILATATIONS PARTIELLES DU COEUR. 

CHAPITRE VII. 

DES DILATATIONS PARTIELLES DU COEUR. 

Le cœur peut dans quelques circonstances être af- 
fecté d'une dilatation partielle et réellement anévrys- 
matique. Corvisart en a vu une de ce genre chez un 
jeune nègre qui mourut dans un état de suffocation : 
« la partie supérieure et latérale de ce ventricule ( le 
« gauche ) était surmontée d'une tumeur presque aussi 

« volumineuse que le cœur lui-même L'intérieur 

« de cette tumeur contenait plusieurs couches de cail- 
« lots assez denses, parfaitement semblables à ceux 
« qui remplissent une partie de la cavité des anévrysmes 

« des membres La cavité de cette tumeur commu- 

« niquait avec l'intérieur du ventricule par une ouver- 
« ture qui avait peu de largeur, et dont le contour était 
« lisse et poli (^» 

Corvisart ciiffine observation analogue d'après les 
Miscellanea naturce Curiosorum. 

Je n'ai eu qu'une seule occasion de voir un cas de ce 
genre : je la dois à M. Bérard, prosecteur de la Faculté 
de Médecine , qui a eu la complaisance de m'apporter 
la pièce. Un second cas s'est présenté à lui depuis, et il 
a consigné ces deux observations dans sa Dissertation 
inaugurale (2). Dans Tun et l'autre cas, la dilatation 



(1) Ouv. cité, p. 283. 

(2) Dissertation sur plusieurs points d' anatomie patholo- 
gique et de pathologie ; thèses de la Faculté de Méd. de Paris 
ann. 1826, n° 23. 



DES DILATATIONS PARTIELLES DU COEUR. 20O, 

existait dans la partie inférieure ou la pointe du ventri- 
cule gauche , et avait à peu près le volume d'un œuf 
de cane, avec une forme globuleuse. Une sorte de 
gorge ou d'enfoncement circulaire la distinguait exté- 
rieurement de la partie supérieure des ventricules. Dans 
la pièce que j'ai vue , la communication du ventricule 
gauche avec la tumeur avait plus d'un pouce de dia- 
mètre ; l'intérieur de la tumeur était tapissé de concré- 
tions fibrineuses, jaunâtres, à demi-sèches, disposées 
en couches concentriques _, et d'une consistance tantôt 
ferme, tantôt un peu friable, tout-à-fait semblables, 
en un mot , à celles qui se trouvent dans l'intérieur des 
anévrysmes. Les plus fermes étaient les plus extérieures: 
elles adhéraient tellement aux parois du sac anévrysmal 
qu'il était impossible de les séparer sans racler en même 
temps une partie de la substance musculaire du cœur. 
Cette disposition existait jusque sur le contour de l'ou- 
verture de communication, qui n'était pas parfaitement 
lisse. Les parois du sac présentaient, à gauche , d'une 
manière évidente , la continuation des fibres charnues 
du cœur; mais à droite ou en dedans, point où la tumeur 
dépassait de plus d'un travers de doigt la cloison des 
ventricules et la pointe du ventricule droit , ses parois 
paraissaient formées uniquement par le feuillet séreux du 
péricarde fortifié intérieurement par les couches fibri- 
neuses, et extérieurement par une adhérence des deux 
feuillets du péricarde , au moyen d'un tissu cellulaire 
accidentel très serré , adhérence qui existait dans toute 
la surface du cœur. 

Le second cas , observé par M. Bérard , ne différait 
du premier que par les points suivans : 

ni. i| 



210 DES DILATATIONS PARTIELLES DU COEUR. 

Les feuillets du péricarde adhéraient entre eux dans 
les parties correspondant à la tumeur seulement. Les 
concrétions fibrineuses étaient plus molles , et parais- 
saient par conséquent plus récentes; enfin il y avait, 
outre la dilatation partielle, hypertrophie avec dilatation 
des deux ventricules (i). 

L'aspect général de la pièce , qui m'a été montrée par 
M. Bérard, me porte à croire que ces sortes de dilatations 
se forment à la suite d'ulcérations de la face interne des 
ventricules : l'amincissement de la substance musculaire, 
l'union intime qui existait entre elle et les concrétions 
fibrineuses , la disparition de toute trace des colonnes 
charnues, et l'analogie de ce cas avec l'anévrysme faux 
consécutif des artères, ne permettent guère, ce me 
semble , de doutes à cet égard. 

On n'a pu obtenir presque aucun renseignement sur 
les sujets de ces observations. Je ne sais si le stéthoscope 
pourrait donner quelque signe d'une pareille lésion. 

(i) Le célèbre tragédien Talma, mort à la suite d'un rétré- 
cissement du rectum ou plutôt d'une oblitération complète de 
cet intestin, qui avait rendu pendant longtemps l'excrétion des 
matières fécales très laborieuse et enfin impossible, était atteint 
d'une dilatation partielle du cœur tout-à-fait semblable à celles 
qui viennent d'être décrites. « Dans le ventricule gauche du 
« cœur, dit M. Biett, historien de la maladie, était une poche 
« anévrysmatique de la grosseur d'un petit œuf, remplie de 
« couches fibrineuses , dures et adhérentes , et dont les parois 
« paraissaient formées par la double épaisseur des deux feuil- 
« lets de la membrane séreuse du cœur. » ( Voy. Revue méd., 
janvier 1 827. Séances de l'Académie de médecine ). 

M. L. 



DES DILATATIONS PARTIELLES DU CŒUR. 211 

J'en dirai autant d'une autre espèce de dilatation ob- 
servée par Morand (i) , et dont j'ai communiqué un 
second exemple à la Société de la Faculté de Méde- 
cine (2). Je veux parler d'une dilatation formée au mi- 
lieu d'une des languettes de la valvule mitrale } et qui 
présente l'aspect d'un dé à coudre ou d'un doigt de gant 
saillant dans Foreillette. Dans le cas que j'ai vu, à la 
face supérieure de cette valvule s'élevait une sorte de 
petite poche d'un demi-pouce de longueur, de plus de 
quatre lignes de diamètre , et percée à ses extrémités de 
deux ouvertures , dont l'inférieure était la plus large. 
Cette dernière avait des bords assez irréguliers et comme 
frangés , de sorte que la lame inférieure de la valvule 
mitrale paraissait avoir été rompue en cet endroit, et 
le petit sac anévrysmal semblait formé par la dilatation 
de la lame supérieure; seulement l'ouverture supérieure 
était évidemment l'effet d'une rupture déjà ancienne de 
ce sac } car elle était fort lisse. 

Il est une autre espèce de dilatation partielle du 
cœur que j'ai rencontrée plusieurs fois , et qui tient 
peut-être en grande partie à une variété de conforma- 
tion originelle. On sait que le ventricule droit présente 
deux parties distinctes, quoique réunies, dont l'une 
descend vers la pointe du cœur, tandis que l'autre, 
formant un angle presque droit avec la première , se di- 
rige à gauche et en avant vers l'artère pulmonaire , qui 

(1) Morand, Hist. de V Acad. des Scienc, ann. 1829. Obs. 
anat. 7. 

(2) Bulletin de la Faculté de médecine de Paris , n° i/{, 2 e 
année, p. 207. 



212 DES DILATATIONS PARTIELLES DU COEUR. 

la termine. J'ai trouvé quelquefois un étranglement 
très marqué entre ces deux portions du ventricule droit, 
de sorte qu'il semblait que l'une et l'autre eussent ete 
dilatées, tandis que leur point de réunion était resté 
dans l'état naturel. Plus communément encore on trouve 
la portion antérieure ou pulmonaire du ventricule droit 
manifestement dilatée , tandis que sa partie inférieure 
postérieure ne l'est pas sensiblement. On peut même 
dire que , dans la plupart des cas de dilatation du ven- 
tricule droit , la première portion est plus dilatée que 
la seconde. 

Cette différence devient encore plus évidente quand 
à la dilatation se joint un certain degré d'hypertrophie ; 
car alors la portion pulmonaire du ventricule acquiert 
souvent une fermeté telle que ses parois ne s'affaissent 
point après avoir été incisées ; chose qui n'arrive pres- 
que jamais pour la portion inférieure du ventricule (i). 

(i) Dans tout ce qui précède, Laënnec n'a rien dit de la di- 
latation qui peut avoir pour siège, unique ou principal, l'un 
des orifices du cœur : ce genre d'altération a été cependant 
plus d'une fois constaté. On a vu des cas dans lesquels l'orifice 
aortique, par exemple, avait subi un tel agrandissement, que 
les valvules sigmoïdes étaient devenues trop petites pour clore 
entièrement, en se redressant,, l'entrée du ventricule gauche : 
de là résultait, à chaque dilatation de ce ventricule, le reflux 
dans son intérieur d'une partie du sang que, pendant sa con- 
traction , il avait lancé dans l'aorte. C'est là un des cas de la 
maladie connueaujourd'hui sous le nom & insuffisance desval- 
vules , et sur laquelle nous reviendrons plus bas. Andral. 



DE L'ENDURCISSEMENT DU COEUR. 2l3 

CHAPITRE VIII. 

DE L'ENDURCISSEMENT DE LA SUBSTANCE MUSCULAIRE 

DU COEUR, 

Nous avons déjà noté que, dans l'hypertrophie du 
cœur , sa substance musculaire acquiert une fermeté et 
une consistance insolites. Corvisart a vu cette consis- 
tance portée à un tel point que le cœur résonnait quand 
on le frappait, comme aurait pu faire un cornet. Le 
scalpel , en l'incisant , éprouvait une grande résistance , 
et faisait entendre un bruit de crépitation singulier. Ce- 
pendant la substance charnue du cœur « avait sa couleur 
« propre, et ne paraissait convertie ni en substance 
« osseuse , ni en substance cartilagineuse , ni en rien de 
« semblable. » 

J'ai longtemps regardé comme un cas extrêmement 
rare cette espèce d'induration , que Corvisart dit cepen- 
dant avoir vue plusieurs fois , mais que je n'avais jamais 
rencontrée. En 1821 , faisant l'ouverture du corps d'un 
homme qui avait succombé à une hypertrophie simple 
et très intense du ventricule droit, je m'avisai de frapper 
sur ce ventricule avec un scalpel, et j'entendis une ré- 
sonnance tout-à-fait semblable à celle que l'on eût ob- 
tenue en percutant un de ces cornets de cuir qui servent 
à jouer au trictrac. Il est à noter que le cœur s'était 
vidé , au moment de son excision , de presque tout le 
sang qu'il contenait et qui était assez liquide. J'ai répété 
fréquemment depuis l'expérience, et j'ai obtenu pour 
résultat que les ventricules hypertrophiés donnent tou- 



3l4 DE L'ENDURCISSEMENT DU COEUR. 

jours un son de cornet proportionné à l'hypertrophie. 
Je n'ai jamais rencontré, en incisant ces cœurs, le 
bruit de crépitation dont parle Corvisart. J'ai remarqué 
seulement comme lui que ces cœurs sont plus dificiles à 
inciser, à cause delà plus grande fermeté de la sub- 
stance musculaire, qui ne paraît d'ailleurs nullement 
altérée. L'ouvrage de M. Bertin contient trois obser- 
vations d'hypertrophie avec endurcissement très mar- 
qué du cœur (i). Dans le dernier de ces cas, Tendur- 
cissement du ventricule affecté n'était que partiel, et les 
autres points de ses parois étaient légèrement ra- 
mollis. 

Corvisart pensait que l'endurcissement du cœur doit 
rendre la contraction des ventricules plus difficile et 
leur mouvement plus borné. Je ne puis adopter cette 
opinion , car les cœurs les plus fermes que j'aie ren- 
contrés étaient aussi ceux qui donnaient l'impulsion la 
plus forte. Je ne puis non plus admettre avec MM. Ber- 
tin et Bouillaud (2), que l'endurcissement du cœur 
puisse être regardé comme un premier degré de son 
ossification , car les traces anatomiques du passage de 
l'une de ces affections à l'autre manquent. L'endurcis- 
sement du cœur occupe ordinairement la totalité d'un 
ventricule; l'ossification une petite partie de ses parois, 
et rarement, comme nous le verrons, la substance mus- 
culaire : et si à ces raisons ., tirées de la simple observa- 
tion , on en veut ajouter de théoriques, l'endurcisse- 
ment suppose un surcroît de nutrition ; la formation 



(1) Ouv. cité, obs. g3, 94, 95. 

(2) lùid.j p. 4o5. 



DU RAMOLLISSEMENT Du COEUR. 2l5 

d'une production osseuse ne suppose point surcroît, 
mais bien perversion dans l'action nutritive. 

CHAPITRE IX. 

DU RAMOLLISSEMENT DE LA SUBSTANCE MUSCULAIRE 

DU COEUR. 

Nous avons déjà eu occasion de parler de cet état de 
la substance charnue du cœur. On le reconnaît à la 
flaccidité de cet organe, qui, au premier aspect, paraît 
comme flétri, et dont la substance se déchire avec la 
plus grande facilité. Le ramollissement est quelquefois 
porté à un point tel que ie tissu du coeur devient pres- 
que friable, comme nous l'avons dit, et qu'on peut 
facilement pénétrer dans les ventricules en les pressant 
entre les doigts. Dans cet étal, le cœur est rarement 
gorgé de sang , et , quelle que soit la maladie à laquelle 
le sujet a succombé , il paraît seulement à demi plein , 
légèrement aplati et affaissé. Si on l'incise, les parois des 
deux ventricules s'affaissent également , quelle que soit 
leur épaisseur. 

Le ramollissement du cœur est presque toujours ac- 
compagné d'un changement quelconque de sa couleur. 
Quelquefois elle devient plus intense et tout-à-fait 
violette : cela a surtout lieu dans les fièvres continues 
graves. Plus ordinairement, au contraire, le ramollis- 
sement du cœur est accompagné d'une décoloration 
marquée de sa substance, qui prend une teinte jau- 
nâtre assez analogue à celle des feuilles mortes les plus 
pâles. Cette teinte jaunâtre n'occupe pas toujours toute 



2l6 DU RAMOLLISSEMENT DU COEUR. 

l'épaisseur des parois du cœur; souvent elle est très 
prononcée dans le milieu de cette épaisseur , et fort peu 
à l'extérieur et à la surface interne. Assez souvent le 
ventricule gauche et la cloison inter-ventriculaire la 
présentent d'une manière très marquée , tandis que le 
ventricule droit conserve sa couleur naturelle et une 
fermeté plus grande. Enfin quelquefois on trouve en- 
core çà et là des points rouges et d'une assez bonne 
consistance dans des cœurs dont la substance est d'ail- 
leurs très fortement ramollie et tout-à-fait jaunâtre. 
Cette espèce de ramollissement jaunâtre se rencontre 
surtout dans des cœurs d'une bonne proportion, et dans 
ceux où la dilatation du cœur est jointe à un médiocre 
degré d'hypertrophie. On l'observe aussi dans la dilata- 
tion simple , quoique , le plus ordinairement , le ramol- 
lissement qui accompagne la dilatation des ventricules 
coïncide , comme celui qui a lieu dans les fièvres , avec 
une coloration plus intense de la substance musculaire. 

Il est une troisième espèce de ramollissement dont 
nous aurons occasion de parler ailleurs , qui est accom- 
pagnée d'une pâleur blanchâtre de la substance du cœur. 
Ce ramollissement n'est jamais porté à un point tel que 
cette substance en devienne friable ; et souvent même 
le degré de consistance de la substance du cœur ne 
paraît pas sensiblement diminué , quoique cet organe 
soit devenu flasque , et que ses parois s'affaissent tota- 
lement après Tincision. Cette sorte de ramollissement 
accompagne ordinairement la péricardite, et ne s'ob- 
serve dans aucun autre cas. 

Le ramollissement du cœur n'ayant pas jusqu'ici fixé 
l'attention des praticiens, et coïncidant presque tou- 



DU RAMOLLISSEMENT DU COEUR. 21 7 

jours avec d'autres maladies de cet organe , il est fort 
difficile de de'terminer quel peut être le degré de danger 
que présente cette affection, et. à quels signes on peut la 
reconnaître. 

Sous ce dernier rapport, j'ai dit (pag. 34) que le 
ramollissement du cœur est une des causes qui me pa- 
raissent rendre le son des oreillettes et même celui des 
ventricules plus obtus que dans l'état naturel. Je dois 
ajouter que ce caractère du son n'est jamais assez mar- 
qué pour îe rendre analogue à celui d'une lime ou même 
d'un soufflet. 

On peut encore s'attendre à trouver le cœur en cet 
état quand , chez un malade attaqué de dilatation avec 
ou sans hypertrophie , il y a eu de longues et fréquentes 
attaques d'étouffement , quand il y a eu une agonie très 
lente , de plusieurs semaines , par exemple , et quand la 
teinte violette de la face, des extrémités et des autres 
points de la surface du corps a annoncé,, long-temps 
avant la mort, la stase du sang dans le système capil- 
laire (i). 



(i) J'ai souvent ouvert des cadavres d'individus morts avec 
l'ensemble des symptômes que retrace ici Laënnec, et je n'ai 
point trouvé que leur cœur fût ramolli. Quant aux signes sté- 
thoscopiques , qui sont indiqués dans les alinéa suivans comme 
propres à annoncer l'existence d'un ramollissement du cœur, 
ils restent à vérifier, et je doute fort qu'ils aient été constatés 
par Laënnec lui-même un assez grand nombre de fois pour 
qu'on puisse leur attribuer une grande valeur dans le diagnostic 
de la perte de consistance du cœur. Il en est de même de ce 
teint pâle et jaunâtre, de cette flétrissure de la peau, qui, d'après 
Laënnec, accompagnent cette lésion, et qu'aucun observateur 



2l8 DU RAMOLLISSEMENT DU COEUR. 

Il parait que le ramollissement du cœur que Ton ren- 
contre chez les sujets dont l'agonie a été très lente 
est une affection aiguë : c'est surtout celui-là qui est 
rarement complet , et qui n'existe que par endroits dans 
la substance du cœur. 

Les sujets , au contraire , qui présentent un cœur ra- 
molli et jaunâtre dans toute son étendue paraissent être 
dans cet étal depuis longtemps. Ce ramollissement 
total du cœur est ordinairement , et peut-être toujours, 
accompagné d'un certain degré de cachexie , lors même 
qu'il existe chez des sujets d'ailleurs bien portans , ro- 
bustes , et en état de vaquer à des travaux pénibles , ce 
qui se voit quelquefois. Leur teint est pâle et jaunâtre,, 
leur peau flétrie ; et lors même qu'ils sont attaqués de 
dilatation ou d'hypertrophie , comme il arrive presque 
toujours } ils ne présentent point le gonflement et la 



ne regardera jamais comme des caractères suffisans pour af- 
firmer l'existence du ramollissement du cœur. Je crois qu'en 
général tout ce qui est dit, dans ce chapitre, sur les symptômes 
de ce ramollissement , est plutôt le résultat de vues théoriques , 
que de la simple observation. La symptomatologie du ramol- 
lissement du cœur me paraît rester toute entière à faire. Le 
bruit sourd et obtus qui , suivant Laënnec , remplace alors le 
bruit normal du cœur dans les deux temps de chacun de sesbat- 
temens, n'a-t-il pas été imaginé d'après l'idée que la fibre mus- 
culaire qui se contracte doitfaire entendre, lorsqu'ellea perdu 
sa consistance, un bruit différent de celui qui est perçu lors- 
qu'elle a encore sa consistance normale? Mais que devient cette 
vue de l'esprit, si les bruits du cœur dépendent, non de la 
contraction de son tissu , mais du simple redressement de ses 
valvules? Andbal. 



DU RAMOLLISSEMENT DU COEUR. 2IO, 

lividité de la face, que Ton regarde comme l'un des 
signes généraux les plus constans des maladies du cœur. 
Leurs lèvres sont rarement violettes, et plus rarement 
encore gonflées ; presque toujours elles sont , au con- 
traire , presque complètement décolorées. 

Quand le cœur donne , sans impulsion notable , un 
son également médiocre , sourd et obtus dans ses deux 
contractions, on doit penser qu'il est ramolli, mais de 
bonne proportion. 

Quand ce ramollissement existe avec dilatation des 
ventricules, le bruit produit par les contractions du 
cœur, quoique fort, a quelque chose de sourd, et perd 
le caractère éclatant qui annonce ordinairement la dila- 
tation . 

Quand le ramollissement coïncide avec l'hypertro- 
phie, le bruit de la contraction des ventricules est tel- 
lement obtus qu'on ne l'entend presque plus : c'est dans 
les cas extrêmes de ce genre que le cœur donne une 
impulsion tout-à-fait sans bruit. Il m'a paru aussi que le 
ramollissement des fibres charnues du cœur contribuait 
beaucoup à rendre la contraction des ventricules plus 
lente et comme graduée. Quelquefois cependant , dans 
les attaques de palpitations, un cœur ramolli, et qui 
habituellement ne donnait qu'une impulsion lente et 
qu'un bruit très sourd, reprend tout-à-coup une énergie 
très grande, et donne des contractions vives, courtes 
et analogues à des coups de marteau; mais après cette 
espèce d'effort, qui peut durer plusieurs jours, il re- 
tombe dans son état habituel de mollesse et de lan- 
gueur. 

Quant au danger qui peut résulter du ramollissement 



220 DU RAMOLLISSEMENT DU COEUR. 

du cœur , je pense qu'il doit varier suivant la nature et 
l'intensité de Faffection qu'il accompagne. 

Le ramollissement du cœur coïncidant avec les fièvres 
essentielles n'est ordinairement accompagné d'aucun 
changement de couleur , ou même existe avec une co- 
loration plus intense et presque violette de la substance 
du cœur : quelquefois cependant il est jaunâtre. Je 
crois qu'on peut le comparer au ramollissement gluant 
des muscles que l'on observe souvent dans les mêmes 
maladies , et qui est aussi accompagné d'une rougeur 
plus intense que dans Fétat naturel. Le ramollissement 
du cœur, de même que l'état gluant ou poisseux des 
muscles, s'observe surtout dans les fièvres putrides, et 
particulièrement quand ces fièvres ont présenté d'une 
manière très prononcée les symptômes que les anciens 
pathologistes regardaient comme les indices de la pu- 
tridité, c'est-à-dire l'intumescence livide de la face, le 
ramollissement des lèvres, des gencives , et en général de 
la membrane interne de la bouche, l'enduit fuligineux 
de la langue et des gencives,, l'aspect terreux de la peau, 
le météorisme du ventre , et des déjections très fétides. 

Je n'oserais assurer que ce ramollissement du cœur 
ait lieu dans toutes les fièvres essentielles : cependant 
je l'ai rencontré dans ces cas toutes les fois que j'y ai 
fait attention , et il m'a paru toujours d'autant plus mar- 
qué que les signes d'une altération des liquides étaient 
plus prononcés. Serait-il la cause de la fréquence extra- 
ordinaire du pouls , qui survient souvent dans la conva- 
lescence des fièvres , et qui dure quelquefois plusieurs 
semaines , quoique le malade reprenne des forces et de 
l'embonpoint ? 



DU RAMOLLISSEMENT DU COEUR. 221 

M. Bouillaud , dans l'ouvrage qu'il a rédigé sous les 
yeux de M. le professeur Bertin (i) , regarde le ramol- 
lissement du cœur comme un effet de l'inflammation , et 
il pense qu'il en est de même de V endurcissement plus 
ou moins prononcé et de la diminution ou de l'aug- 
mentation de coloration. La seule preuve qu'il apporte 
à l'appui de cette manière de voir , c'est que les muscles 



(i) J'attribue l'opinion dont il s'agit à M. Bouillaud, d'après 
le témoignage de M. Bertin, qui m'a dit que tout ce qui , dans 
cet ouvrage, à rapport à l'influence de l'inflammation sur le 
développement de la plupart des affections organiques du cœur 
et des gros vaisseaux appartient exclusivement à M . Bouillaud : 
ces opinions sont d'ailleurs celles que le même auteur a profes- 
sées depuis dans un ouvrage plus récent ( Traité de l'Encé- 
phalite. Paris, i825). Note de V auteur. 

Les idées de M. Bouiilaud , à cet égard , doivent être étudiées 
dans le Traité clinique des Maladies du cœur qui a paru en 
i835, et non dans les ouvrages antérieurs du même auteur 
cités par Laënnec. J'aurai occasion de revenir sur ces idées à 
propos de la cardite. Je dirai seulement ici, que le ramollisse- 
ment du cœur, comme celui de tous les autres organes, ne me 
paraît nullement lié d'une manière nécessaire à un travail 
phlegmasique antécédent ou actuel ) et qu'il est tout simple- 
ment , pour moi , l'expression d'une altération inconnue , que 
subit , dans son essence, le mouvement nutritif des parties dont 
il s'empare. Tel est aussi l'avis de Laënnec : toutefois, moins 
exclusif que lui, j'accorderai qu'en tant qu'apportant un trou- 
ble dans la nutrition des tissus , l'inflammation peut être re- 
gardée comme une des causes de leur ramollissement; et ici 
je ne puis plus partager l'opinion de Laënnec, lorsqu'il avance 
que le propre de l'inflammation est d'augmenter la consistance 
des tissus au lieu de la diminuer. De nombreux faits démentent 



222 DU RAMOLLISSEMENT DU CŒUR. 

atteints d'une phlegmasie aiguë , le cerveau , le foie , les 
poumons,, les reins et la rate dans l'état d'inflammation 
se ramollissent. Je remarquerai d'abord que le choix de 
ces exemples renferme un cercle vicieux ; car il faudrait 
commencer par prouver que le ramollissement de ces 
divers organes , lorsqu'il existe seul et sans présence de 
pus ., est l'effet d'une inflammation. D'un autre côté, si 



cette manière de voir : le poumon enflammé , et alors que son 
parenchyme n'est pas encore infiltré de pus , se brise , se dé- 
chire, sous le doigt qui le presse, avec la plus grande facilité; 
dans les gastrites aiguës , dans celles que détermine un poison 
irritant dans l'estomac, les tuniques de cet organe se ramol- 
lissent à tel point, qu'en les tiraillant légèrement on en opère 
la déchirure. On ne peut pas nier que le ramollissement du 
cerveau ne se lie, dans un grand nombre de cas , à l'encépalite, 
à celle que produit , par exemple, un corps étranger qui vient 
à traverser l'encéphale; et tout le monde sait que les tuniques 
artérielles enflammées se rompent avec une facilité singulière, 
lorsqu'on applique sur elles une ligature. Citeraije enfin , 
comme dernier exemple, le ramollissement pultacé que subis- 
sent les lames de la cornée transparente, dans ces ophthalmies 
aiguës où l'inflammation , franchisant la conjonctive, vient 
s'attaquer au tissu même de la cornée qu'elle détruit et perfore? 
Si donc le ramollissement, comme toute altération de nutri- 
tion, peut se produire sans qu'il soit possible de démontrer 
que le tissu qu'il a frappé ait été auparavant le siège d'une 
stimulation qui y a appelé plus de sang que de coutume, d'un 
autre côté ce serait se refuser à l'évidence , que de ne pas ad- 
mettre que les parties qui se sont enflammées d'une manière 
aiguë , tendent , en général , à perdre leur consistance et à se 
ramollir : l'induration , au contraire, ne se montre le plus sou- 
vent qu'à la suite des inflammations chroniques. Andbal. 



DU RAMOLLISSEMENT DU COEUR. 2^3 

le ramollissement du cœur est le résultat d'une inflam- 
mation, cette inflammation est un degré quelconque de 
celle qui produit du pus , ou bien elle constitue une 
sorte d'inflammation toute différente dans sa nature , 
et qui ne tend nullement à cette production. Dans la 
première hypothèse , le ramollissement du cœur est une 
affection si commune qu'on devrait quelquefois au moins 
la trouver portée au point d'infiltration purulente : or, 
c'est ce que je n'ai jamais vu. Dans des cœurs tellement 
ramollis qu'ils s'écrasent en pulpe sous les doigts, les fais- 
ceaux musculaires conservent leurs formes , et ne pré- 
sentent aucune trace de pus dans leurs interstices , et je 
ne sache pas non plus que d'autres observateurs aient vu 
du pus dans ces cas. 

Si le ramollissement du cœur est une affection de 
telle nature qu'elle ne tend pas à la formation du pus, 
qu'elle n'est accompagnée ni de douleurs locales, ni 
d'aucun des accidens locaux et généraux qui constituent 
l'orgasme inflammatoire ; si les moyens thérapeutiques 
utiles contre l'inflammation sont directement opposés à 
ceux que semble réclamer l'état des malades chez les- 
quels on trouve le plus souvent le ramollissement du 
cœur , pourquoi donner le même nom à des affections 
aussi différentes ? 

Le ramollissement du cœur me paraît être une affec- 
tion sui geneiis , produit d'un trouble de la nutrition 
par lequel les élémens solides du tissu diminuent en 
proportion de ce que les élémens liquides ou demi- 
liquides augmentent. Tous les muscles se ramollissent 
à un médiocre degré dans une foule de maladies aiguës 
et chroniques : quelques jours suffisent pour produire 



224 DU RAMOLLISSEMENT DU COEUR. 

cet effet, comme on peut s'en assurer non-seulement 
par l'autopsie , mais même en palpant les membres des 
malades; et ce changement a lieu sans aucun signe 
d'inflammation. Dans la convalescence , la fermeté des 
chairs revient souvent très promptement et avant l'em- 
bonpoint. Dans l'inflammation musculaire, au contraire,, 
affection très rare , si ce n'est dans les cas chirurgicaux^ 
le ramollissement ne s'observe que là où le muscle est 
détruit par la suppuration; à une ou deux lignes du 
foyer , la substance musculaire , diversement colorée , 
suivant qu'elle est plus ou moins imprégnée de sang ou 
de pus concret ou liquide , est plus ou moins ferme et 
souvent plus ferme que dans l'état naturel : si elle paraît 
plus molle , c'est seulement dans les points où le pus 
concret commence à se ramollir; et c'est par conséquent 
au ramollissement du pus lui-même qui, dans les mus- 
cles , le tissu cellulaire, celui du poumon et de tous les 
organes parenchymateux , aussi bien qu'à la surface 
des membranes, est souvent exhalé sous la forme con- 
crète, qu'il faut attribuer alors la fonte des tissus avec les- 
quels il est combiné. Je crois qu'on peut regarder comme 
une loi générale dans l'économie que tous les tissus mous 
durcissent par l'effet d'une inflammation vraie , c'est-à- 
dire tendant à la formation du pus ; et je ne crois pas 
qu'on puisse définir autrement l'inflammation ^ à moins 
de rendre ce mot synonyme d 1 affection. 

Les tissus durs seuls , tels que les os , les cartilages et 
même les tissus fibreux , perdent de leur dureté dans 
l'inflammation, à raison de l'abord d'une plus grande 
quantité de lymphe plastique et moins consistante que 
la substance osseuse elle-même. 



DU RAMOLLISSEMENT DU COEUR. 225 

Le ramollissement du cœur et des muscles est une 
affection qui a d'ailleurs des analogues dans tous les tissus 
de l'économie, et que l'on peut trouver particulièrement 
dans le rachitis , dans le ramollissement blanc du cer- 
veau , et dans ce ramollissement transparent, incolore, 
gélatiniforme de la membrane muqueuse de l'estomac et 
des intestins , que Hunter regardait comme un effet dû 
à l'action du suc gastrique sur cette membrane , et dont 
MM. Jaeger (i) et Cruveilhier (2) ont publié récemment 
des exemples. Ces divers ramollissemens peuvent, il est 
vrai, être quelquefois bornés , comme la gangrène, par 
un cercle inflammatoire ; mais le plus souvent le ramol- 
lissement existe seul , et lors même qu'il paraît combiné 
avec l'inflammation ,, ce n'est pas une raison pour ne 
pas distinguer ces deux affections^ puisqu'elles peuvent 
exister isolément. 

Le ramollissement du cœur à la suite des fièvres con- 
tinues graves me paraît être une affection de peu d'im- 
portance,, et qui,, comme les autres effets de l'altération 
de la nutrition dans ces maladies , doit se dissiper faci- 
lement à l'aide d'un régime analeptique. 

Quant au ramollissement qui accompagne les mala- 
dies chroniques et celles du cœur en particulier, il indi- 
que particulièrement l'usage des amers , des ferrugineux 
et des an ti- scorbutiques , si d'ailleurs ces moyens ne 
sont pas contre-indiqués par la maladie principale. J'ai 
souvent pensé que le ramollissement du cœur était une 
disposition prochaine à F atrophie ou à l'hypertrophie : 

(1) Journal de Hufeland. Mai, 181 1. 

(2) Méd. éclairée par V /fnat. pathol. Limoges, 182!. 
lll. i5 



226 de l'atrophie du coeur. 

il est au moins , comme ces deux affections , le produit 
d'une simple altération dans la nutrition de cet organe. 
Il n'y a point ici de perversion évidente de la nutrition, 
puisqu'il n'y a point de prod uction accidentelle. Il 
semble donc probable que, quand le cœur est dans l'état 
de ramollissement , s'il est en même temps hypertro- 
phié , on peut espérer plus de succès de la méthode 
débilitante , vu le trouble qui existe déjà dans la nutri- 
tion de cet organe ; et que si , au contraire , il est dans 
de bonnes proportions , on peut craindre plus que dans 
toute autre circonstance , par la même raison, le déve- 
loppement de l'hypertrophie et celui de la dilatation , à 
raison de la résistance moindre des parois du cœur. 

CHAPITRE X. 

DE l'atrophie du coeur. 

Le cœur est évidemment susceptible, comme les mus- 
cles du mouvement volontaire, de diminuer de volume 
et de perdre de sa force par l'influence de toutes les 
causes qui occasion ent l'amaigrissement; mais cet effet 
y est moins marqué, et n'est sensible qu'au bout d'un 
temps plus ou moins long (i). On peut remarquer , en 



(i) J'ai indiqué, dans mon Précis a" Anatomie pathologique, 
trois formes principales d'atrophie du cœur. Dans la première 
de ces formes, le cœur conserve son volume normal;, parce que 
les cavités ont gagné en étendue ce que les parois ont perdu 
en épaisseur. Dans une seconde forme, le volume du cœur est 
augmenté, parce que les cavités se sont de plus en plus dilatées 



DE L'ATROPHIE DU COEUR. 227 

général, que le cœur des sujets morts par suite de mala- 
dies qui produisent un amaigrissement considérable, 
comme les cancers et la phthisie à marche lente , est, en 
général , petit. J'ai cru souvent même reconnaître à 
une sorte de flétrissure de cet organe qu'il avait perdu 
notablement de son volume. Le ramollissement du 
cœur, qui, comme nous l'avons dit, est aussi accompa- 
gné d'une sorte de flétrissure extérieure, me paraît par 
cela même être un acheminement à l'atrophie , si d'ail- 
leurs l'activité augmentée de la nutrition ne s'y oppose 
pas , ou si l'affluence d'une trop grande quantité de 
sang vers le cœur ne détermine pas la dilatation. Les 
faits dont je viens de parler sont ceux sur lesquels se 
fondent l'indication la plus rationnelle du traitement de 
l'hypertrophie du cœur , puisqu'ils font concevoir la 
possibilité de la guérison^ el indiquent les moyens qu'on 
peut employer à cet effet. 

Dans quelques cas de péricardite chronique ou de- 
venue telle , le cœur , longtemps comprimé par un 
épanchement abondant, m'a semblé en être devenu 
plus petit. M. Berlin rapporte une observation de ce 
genre (i). 

à mesure que les parois se sont amincies. Dans une troisième 
forme, enfin, le coeur est réduit, dans sa totalité, à des dimen- 
sions plus petites que de coutume j il yaàlafois diminution 
de l'ampleur des cavités et amincissement des parois. 

Andral. 

(1) J'ai trouvé le cœur atrophié dans certaines péricardites 

chroniques, àl a suite desquelles des fausses membranes très 

épaisses et très d.enses s'étaient produites autour <ïu cœur, et 

l'enveloppaient comme une sorte de coque. J'ai constaté en- 



228 DES DÉPLACEMENS DU COEUR. 

La diminution du volume du cœur ne me paraît, dans 
aucun cas, pouvoir être regardée comme une maladie. 
Je n'ai jamais vu aucun symptôme qui pût être attribué 
à cette cause ; ou plutôt tous les sujets chez lesquels j'ai 
trouvé le cœur plus petit qu'il ne l'est habituellement 
chez l'adulte m'ont paru être moins sujets aux affections 
inflammatoires et à toutes celles qui dénotent un trouble 
quelconque de la circulation. Cependant plusieurs hy- 
pocondriaques sujets à des lipothymies pour des causes 
très légères m'ont présenté sous le stéthoscope un cœur 
très petit, et l'on sait que les femmes, beaucoup plus 
sujettes que les hommes à cette affection , ont aussi en 
général le cœur plus petit. 

CHAPITRE XL 

DES DÉPLACEMENS DU COEUR. 

Le cœur, quoique maintenu dans sa position par le 
diaphragme , les gros vaisseaux , la construction du mé- 
diastin , et surtout par Fétat de plénitude habituelle de 
la poitrine, peut cependant, dans certains cas, être 



core un état d'atrophie de cet organe dans d'autres cas où au 
sein même de son tissu avaient pris naissance certains produits 
accidentels, soit des cancers, soit des tubercules. Entre autres 
cas de ce genre que je pourrais citer, je rapporterai celui d'un 
enfant de trois ans chez lequel une couche épaisse de matière 
tuberculeuse entourait le cœur de toutes parts: chez cet enfant, 
je trouvai à peine quelques vestiges de fibres charnues dans les 
parois du ventricule droit. Andral. 



DES DÉPLACEMENS DU COEUR. 229 

rejeté à droite ou à gauche par un épaneliement solide , 
liquide ou même aériforme dans l'une ou l'autre plè- 
vre , par des tumeurs volumineuses développées dans 
les poumons,, et, comme nous l'avons vu ( tom. î"^ 
p. 372), par l'emphysème de cet organe (i). Une tumeur 
développée dans le médiastin supérieur ou un ané- 
vrysme volumineux de la crosse de l'aorte peuvent aussi 
le pousser en bas (2); et dans ce cas, la portion du dia- 
phragme sur laquelle il repose se trouve déprimée > et 
fait saillie dans l'abdomen. Quelquefois même on a 
observé cette espèce de descente du cœur , quoiqu'il 
n'existât aucune cause visible de compression : cette 
disposition a été indiquée par quelques auteurs sous le 
nom de prolapsus du cœur. 

Lorsque le cœur a un volume plus considérable que 
dans l'état naturel , sa pointe se porte à gauche , et les 
oreillettes à droite, de sorte qu'il finit par être posé 
presque transversalement dans la poitrine. Cette re- 
marque faite par M. Bertin (3) est très exacte , et je l'ai 
souvent faite moi-même. 

Ces diverses sortes de déplacemens n'ont aucun in- 
convénient notable lorsqu'ils n'existent qu'à un léger 
degré. S'ils sont très marqués , ils peuvent donner lieu 



(1) Dans l'observation de Boerhaave , citée précédemment 
(t. n, p. 678), le cœur avait été rejeté dans la cavité droite de 
la poitrine par l'énorme masse cancéreuse qui remplissait la 
plèvre gauche. M. L. 

(2) Voy. Morgagni, De Sedib. et caus. morb. y epist. xvn, 
n°25. 

(3) Ouv. cité , p. 44* 



23o DES DÉPLACEMENS DU COEUR. 

à des accidens; mais alors ils sont la suite de lésions 
beaucoup plus graves par elles-mêmes. Corvisart pense 
que le prolapsus du cœur est toujours la suite d'une 
dilatation considérable de cet organe , et que son effet 
est de produire des douleurs vives et continues dans 
l'œsophage et surtout vers le cardia , avec difficulté dans 
la déglutition , des douleurs d'estomac , trouble constant 
dans les fonctions digestives, des nausées et des vo- 
missemens. Il pense , en outre, que le cœur ainsi des- 
cendu fait sentir ses battemens bien au-dessous du lieu 
où il les imprime ordinairement, et que c'est un des 
signes principaux auxquels on peut reconnaître ce 
déplacement. 

Je crois que ce signe serait au moins fort équivoque. 
On sent les battemens du cœur à Tépigastre , même à 
la main , chez un grand nombre d'hommes , et surtout 
chez ceux qui ont le sternum court , quoique le cœur 
soit dans sa place ordinaire : on ne pourrait par consé- 
quent rien conclure de ce signe , que chez les sujets dont 
le sternum est long. 

Quant aux déplacemens latéraux, pour peu qu'ils 
fussent considérables, il serait fort aisé de les recon- 
naître à l'aide du stéthoscope (i). Il en serait de même 



(i) Un fait des plus inléressans est venu démontrer pour moi 
toute la vérité de la conjecture exprimée ici par mon cousin. 
Au mois de mars 1828, il est mort dans les salies de la clinique 
de la Charité, un malade chez lequel le cœur avait été déjeté 
à droite par une tumeur anévrysmale de l'aorte descendante, 
tumeur qui finit par s'ouvrir dans la plèvre gauche. Le stéthos- 
cope permit de suivre jour par jour les progrès de ce dépîa- 



VICES Dli CONFORMATION DU COEUH. ^3i 

du renversement de position des viscères que l'on trouve 
chez quelques sujets, et par suite duquel le cœur se 
trouve placé à droite et le foie à gauche. 

On trouve dans les Éphémérides des Curieux de la 
Nature (i), l'histoire d'un malade dont le cœur était si- 
tué perpendiculairement à la colonne vertébrale, comme 
chez les quadrupèdes , et chez lequel on ne trouvait 
aucune trace du poumon gauche. Cette dernière cir- 
constance doit porter à croire que l'auteur était peu 
capable de faire une observation anatomique exacte , et 
qu'il a vu une position anomale du cœur due au ré- 
trécissement de la poitrine après une pleurésie chro- 
nique (2). 

CHAPITRE XII. 

DES VICES DE CONFORMATION DU COEUR. 

Les vices de conformation du cœur , autres que ceux 
qui naissent de l'hypertrophie ou de la dilatation de ses 
diverses parties, rentrent presque tous dans la catégorie 



cernent du cœur. L'anévrysme lui-même, à cheval sur la colonne 
vertébrale, dont il embrassait comme une selle toute la partie 
antérieure, avait été reconnu à ses battemens simples dès l'ad- 
mission du malade à l'hôpital, c'est-à-dire, près de trois mois 
avant la mort. C'est un des plus beaux diagnostics qu'il me soit 
arrivé de porter. M. fi. 

(1) Eph. nul. eup.j vol. x, obs. 3ç). 

(2) Pour plus amples détails sur les déplacemens du cœur, 
consultez Testa (ouv. cité, t. m, cap. 18), et Khlysig (ouv, 
ciléj sect. iv, art. 1). M. L. 



2 32 VICES DE CONFORMATION DU COEUR. 

des monstruosités , et présentent le résultat d'un déve- 
loppement incomplet, anomal ou surabondant. 

L'observation a fait connaître , surtout depuis quel- 
ques années, de nombreuses variétés de ces vices de 
conformation : nous allons indiquer sommairement 
celles qui ont été constatées jusqu'ici. i° La persistance 
du trou de Botal après la naissance : ce cas est assez 
commun pour avoir été vu par presque tous les hommes 
qui se sont livrés avec un peu de suite à l'étude de l'ana- 
tomie pathologique. 2 La perforation de la cloison des 
ventricules : il n'en existe qu'un petit nombre d'obser- 
vations. Dans toutes celles qui ont été publiées, au moins 
à ma connaissance, l'ouverture de communication était 
bien évidemment très ancienne , et elle paraissait être 
congénitale. On conçoit cependant la possibilité de la 
formation d'une semblable communication par un ul- 
cère placé sur les parois de la cloison des ventricules. 
Un élève de la Faculté ( M. Fouilhoux ) m'a présenté 
dernièrement un cœur qui offrait dans la cloison des 
ventricules une ouverture capable d'admettre une plume 
d'oie : elle était placée dans le ventricule droit, au- 
dessous de l'une des lames de la valvule tricuspide , 
et aboutissait dans le ventricule gauche, un peu au-des- 
sous de la naissance des valvules sigmoïdes de l'aorte. 
De ce côté , elle était assez lisse ; du côté du ventricule 
droit , au contraire , et dans l'épaisseur de la cloison, sa 
surface était inégale ,, altérée, évidemment ulcéreuse , et 
recouverte de concrétions fibrineuses. L'ulcération avait 
au moins un diamètre double de celui de rouverture 
du côté du ventricule droit , et s'étendait en outre à 
environ trois lignes dans l'épaisseur de la cloison , où 



VICES DE CONFORMATION DU COEUR. 233 

elle avait formé un petit cul- de-sac rempli de concré- 
tions fibrineuses. Ce cœur donnait le bruit de soufflet 
dans les derniers temps de la vie. M. le docteur Thibert 
a recueilli , il y a quelques années , un exemple d'une 
semblable perforation placée au point de réunion de la 
cloison des oreillettes et de celle des ventricules , de sorte 
que les quatre cavités du cœur communiquaient ensem- 
ble (i). 3° Le trou de Botal et le canal artériel à la fois ont 
été trouvés persistans par MM. Deschamps , Fouquier 
et Thibert, en France ; Monro et Burns, en Angleterre. 
4° Hunter a vu l'artère pulmonaire., oblitérée à son 
origine , recevoir uniquement le sang par le canal arté- 
riel. 5° On a vu, chez un enfant qui a vécu sept jours , 
le cœur n'offrir, comme celui des poissons, qu'une oreil- 
lette et qu'un ventricule, duquel naissaient , par un tronc 
commun, Faorte et l'artère pulmonaire (2). 6° On a vu 
également l'aorte naître du ventricule droit , et l'artère 
pulmonaire du gauche. 7 MM. Wolf (3) et Breschet ont 
vu chacun un exemple de cœurs qui n'avaient qu'un 
ventricule, quoiqu'ils eussent deux oreillettes 5 le sujet 
de l'observation de Wolf a vécu vingt-deux ans. 8° Bertin 
père a trouvé la crosse de l'aorte double chez un enfant 
de douze à treize ans : « l'aorte sortait simple du ven- 
« tricule gauche , se divisait ensuite en deux branches 
« qui se réunissaient pour former l'aorte inférieure , à 



(1) V. Bulletin des Séances de la Faculté de Médecine, etc., 
ann. 1819. 

(2) Burns, ouv. cité, p. 27. — Ephem. nat. cur. Dec. 1, 
ann. îv et v, obs., 4°> et Dec. 11, ann. x, obs. 44- 

(3) Kreysig, ouv, cité, vol. m, p. 200. 



234 VICES DE CONFORMATION DU COEUR. 

« peu près comme les deux bras d'un fleuve confluent 
« après avoir formé une île (i). » 9 On a vu naître 
l'aorte des deux ventricules à la fois. Ce vice de confor- 
mation a été observé par Sandifort en Hollande, Scander 
et Tiiman en Allemagne , et le docteur Nevins en Angle- 
terre. io° M. Holmes, médecin au Canada, a vu chez 
un jeune homme de vingt-un ans l'oreillette droite, 
grosse comme la tête d'un fœtus à terme , communiquer 
avec le ventricule gauche , et non avec le droit. Les 
ventricules communiquaient entre eux par une ouver- 
ture à bords tendineux (2). 

Les valvules peuvent aussi présenter des vices de 
conformation, moins importans, il est vrai, mais qui 
ne laissent pas que d'êtres graves. Nous avons rapporté 
plus haut un exemple d'une sorte de dilatation ané- 
vrysmatique de la valvule mitrale déjà observée par 
Morand {V. pag. 211). On rencontre quelquefois de 
petites ouvertures à bords lisses et oblongues sur les 
diverses valvules du cœur. J'en ai vu sur la valvule 
tricuspide, qui, par leur rapprochement^ présentaient 
un réseau très étendu (3). 



(1) Bertin , ouv. cite', p. 433. 

(2) Transact. of Med. Chir. Soc. o/Edimb., t. 1, 1824. 

(3) Les valvules qui entourent les orifices artériels du cœur 
peuvent présenter des vices de conformation qui portent sur 
leur nombre. J'ai ouvert dernièrement, à la Charité, le cadavre 
d'un homme de moyen âge chez lequel les valvules sigmoïdes 
de l'artère pulmonaire étaient au nombre de quatre : il y en 
avait trois d'égale grandeur, et une autre plus petite, 

Andral. 



VICES DE CONFORMATION DU COEUR. a35 

Le cas suivant me paraît encore être le résultat d'un 
développement anomal : des élèves m'apportèrent, dans 
l'hiver de 1823 , le cœur d'un adulte légèrement hyper- 
trophié dans toutes ses parties } et dont tous les orifices 
valvulaires étaient rétrécis. La valvule triglochine pré- 
sentait une adhérence intime des bords de ses trois 
lames vers leurs extrémités; les pointes seules, restées 
libres, laissaient entre elles une ouverture qui permet- 
tait à peine l'introduction du bout du petit doigt. La 
valvule mitrale était exactement dans le même état. Il 
existait , en outre , dans son épaisseur , de légères in- 
crustations cartilagineuses. Les sigmoïdes de l'aorte et 
de l'artère pulmonaire adhéraient également les unes 
avec les autres , dans l'étendue d'une ligne ou deux } 
au point où elles se touchent. La texture des valvules 
n'était d'ailleurs nullement altérée; on ne pouvait dis- 
tinguer les bords réunis, tant les lames valvulaires, 
dans ces points, étaient exactement confondues en une 
seule. Ce sujet avait présenté, d'une manière très 
marquée , le bruit de soufflet des deux côtés du cœur. 
On peut supposer qu'un pareil vice de conformation 
soit la suite d'une inflammation des valvules qui aurait 
eu lieu chez le fœtus ; mais cependant il est difficile 
de croire que la lymphe plastique qui réunit les or- 
ganes après l'inflammation ait été si exclusivement 
exhalée sur les bords des valvules, que de sa conver- 
sion en un tissu organisé il ne soit résulté aucune autre 
adhérence, aucun épaississement au point de réunion 
des valvules, ni aucune production exubérante dans le 
voisinage. 

Sous le point de vue pratique, ces divers vices de 



2 36 VICES DE CONFORMATION DU COEUR. 

conformation se réduisent à un seul , la communication 
contre nature des cavités du cœur ; et de toutes les 
causes qui peuvent la produire , la persistance du trou 
de Botalest de beaucoup la plus commune. Quelquefois 
elle a lieu seulement par le défaut de recollement complet 
des deux lames de la valvule qui existe chez le fœtus , et 
l'on peut faire pénétrer obliquement un stylet, ou même 
une plume d'oie, d'une oreillette dans l'autre. Cette dis- 
position n'est nullement rare , et ne paraît donner lieu à 
aucun accident. Dans d'autres cas., on trouve le trou de 
Botal dilaté de manière à rester continuellement béant. 
On l'a trouvé plusieurs fois assez grand pour pouvoir y 
admettre le doigt. Je l'ai vu , chez un homme de qua- 
rante ans , capable de recevoir le pouce : c'est ce cas qui 
constitue, à proprement parler, une conformation 
contre nature. 

On pense communément que cette conformation est 
toujours congénitale; mais quelques observations qui 
se sont présentées à moi me feraient pencher à croire 
qu'il est possible qu'une semblable perforation se forme 
quelquefois accidentellement , ou au moins que , lorsque 
le trou de Botal persiste dans l'état décrit ci-dessus, il 
peut se faire qu'un coup, une chute, un exercice vio- 
lent,, déterminent le décollement des lames valvulaires 
qui s'étaient incomplètement soudées lors de la nais- 
sance, et par suite la dilatation de cette ouverture, et 
son accroissement progressif. L'historique de quelques- 
uns des cas consignés dans divers auteurs , et particu- 
lièrement dans l'ouvrage de Corvisart, serait assez 
propre à confirmer cette opinion; car on voit dans 
plusieurs que les sujets des observations dont il s'agit 



VICES DE CONFORMATION DU COEUR. ^3j 

n'avaient éprouvé, jusqu'à un certain âge, aucun signe 
des maladies du cœur,, et qu'ils rapportaient l'origine 
de leur maladie à quelque accident de la nature de ceux 
que nous venons d'indiquer. 

Je ne sache pas qu'on ait jamais observé l'ouverture 
du trou de Botal, et en général la communication des 
cavités du cœur, sans qu'il en fût résulté une hyper- 
trophie avec dilatation de la totalité ou de quelqu'une 
des parties du cœur, et particulièrement de ses cavités 
droites, soit qu'on veuille attribuer cet effet aux qua- 
lités trop stimulantes du sang artériel, soit qu'il dé- 
pende en partie , comme je serais porté à le croire , de 
la nécessité où se trouvent les cavités droites, natu- 
rellement plus faibles, d'une action plus énergique 
pour résister à l'impulsion du sang venant des cavités 
gauches. Les accidens de ces affections se joignent 
donc toujours nécessairement à ceux que la communi- 
cation contre nature des cavités du cœur peut produire 
par elle-même. Ceux qu'on lui attribue communément 
se réduisent à quatre principaux : une grande sensi- 
bilité à l'impression du froid, des syncopes très fré- 
quentes, une gêne de la respiration plus continuelle 
que dans la plupart des autres maladies du cœur, et une 
coloration violette ou bleuâtre de la peau beaucoup plus 
étendue que dans aucune autre maladie, et quelquefois 
même générale. Ce dernier symptôme a été désigné par 
divers auteurs sous les noms d'ictère bleu , de maladie 
bleue ou de cyanose. Au reste, dans quelques maladies 
du poumon , et particulièrement dans l'emphysème , la 
coloration bleue de la peau est quelquefois tout aussi 
marquée et tout aussi étendue que dans le cas dont il 



2 38 VICES DE CONFORMATION DU COEUR- 

s'agit. D'un autre côté , on a trouvé quelquefois le trou 
de Botai dilaté à un degré notable chez des sujets qui 
ne présentaient de lividité qu'à la face et aux extré- 
mités. Le sujet chez lequel j'ai trouvé le trou de 
Botal assez dilaté pour admettre le pouce était dans 
ce cas(i). 

Je n'ai point eu occasion d'étudier _, à l'aide du sté- 
thoscope., les particularités que la circulation peut 
présenter dans le cas de communication contre nature 
des cavités du cœur. Je pense, au reste , que cette ex- 
ploration ne fournirait aucun signe utile pour le dia- 
gnostic ; car les deux côtés du cœur se contractant à 
la fois et étant pleins l'un et l'autre , les deux masses 
de sang qui se heurtent ne doivent pas produire de 
bruit bien distinct. Corvisart dit cependant que , dans 
ce cas , on sent , en appliquant la main à la région du 
cœur , une espèce de bruissement et un trouble indé- 
finissable (2). Je n'ai point observé ce symptôme chez le 
sujet dont j'ai déjà parlé (3). 

(1) Le docteur J. M. Miquel, chef de clinique à l'hôpital de 
la Charité, a publié dans la Revue médicale (janvier 1828) 
une observation de persistance du trou de Botal sans une co- 
loration insolite de la peau. M. L. 

(2) Ouv. cité , p. 237 et 3oo. 

(3) Consultez, sur les vices de conformation du cœur, Burns 
{ouv. cité, p. ii), Kreysig {ouv. cité, sect. m, p. 100), un 
opuscule du docteur Farre ( On Malformation of the human 
Heart. London, 181 4), et le mémoire de M. Louis inséré dans 
les Archives générales de médecine {t. ni, nov. et déc. i823) 
et intitulé : De la communication des cavités droites avec les 
cavités gauches du cœur. Jf \ £,. 



DE LA CARDITE. 1$Q 

% 

CHAPITRE XIII. 

DE LA CARD1TE OU INFLAMMATION DU COEUR. 

L'inflammation est une affection aussi rare dans le 
cœur qu'elle est commune dans plusieurs autres orga- 
nes ; aussi est-elle fort peu connue , soit sous le rapport 
anatomique, soit sous celui de ses symptômes. Je n'en- 
tends au reste , parler , dans ce chapitre , que de celle 
qui affecte la substance musculaire du cœur. 

On peut distinguer deux espèces de cardite : la car- 
dite générale, ou occupant la totalité du cœur, et la 
cardite partielle , ou bornée à un point peu étendu de 
cet organe. 

Il n'existe peut-être pas un seul exemple incontesta- 
ble et bien décrit de l'inflammation générale du cœur, 
soit aiguë, soit chronique. La plupart des observations 
données sous ce nom par divers auteurs, et particulière- 
ment celles que Gorvisart a consignées dans son ouvrage, 
sont évidemment des péricardites dans lesquelles le cœur 
présentait l'espèce de décoloration qui accompagne 
souvent cette maladie, et que nous décrirons en son 
lieu. Rien ne prouve que cette pâleur soit l'effet d'une 
inflammation , à moins que Ton ne veuille prendre le 
mot inflammation comme synonyme (¥ altération ou de 
maladie. L'inflammation augmente, en général , la rou- 
geur et la densité de tous les tissus ; et la décoloration 
dont il s'agit est ordinairement accompagnée d'un ra- 
mollissement notable du cœur. D'ailleurs , dans ces 
exemples , le péricarde était plein de pus; mais il n'y en 



24© DE LA CÀRDITE. 

avait pas un atome dans la substance propre du cœur, 
et la présence du pus est le seul signe incontestable de 
l'inflammation. La rougeur et l'injection même des 
capillaires sont des signes équivoques , puisqu'on peut 
les déterminer sur le cadavre en mettant une partie dans 
une position déclive, et que tout annonce que ces appa- 
rences , d'une nature très fugace , ^dépendent beaucoup 
plus souvent de la longueur ou des accidens particuliers 
de Fagonie que d'un état de maladie antérieur. 

D'après ces principes même, il paraît constant que 
l'inflammation générale du cœur a été observée. Mec- 
kel(i) a vu chez un homme de cinquante ans,, mort, 
d'une péricardite compliquée d'inflammation de la sub- 
stance propre du cœur , du pus infiltré entre les fibres 
musculaires du cœur. Mais cette observation, la seule, à 
ma connaissance, d'où l'on puisse conclure quelque chose 
pour le fait dont il s'agit , est décrite d'une manière si 
peu précise, qu'elle prouve à peine la possibilité du fait, 
et qu'elle ne pourrait être d'aucune utilité pour la des- 
cription générale de la maladie. 

Je ne connais aucun exemple incontestable de gan- 
grène du cœur. 

Les exemples d'inflammations partielles et caractéri- 
sées par l'existence d'un abcès ou d'une ulcération dans 
l' épaisseur des parois du cœur sont beaucoup plus com- 
muns et plus exactement décrits. 

Benivenius paraît être le premier qui ait rencontré 
un abcès dans l'épaisseur des parois du cœur. Bonnet a 



(i) Mémoires de V Académie de Berlin , t. xn, ann. 1756, 
p. 3i. 



ABCÈS ET ULCÈRES DU COEUR. 2/5-1 

réuni dans son Sepulchretum un assez grand nombre de 
cas semblables. Je n'ai observé cette affection qu'une 
seule fois. L'abcès , situé dans l'épaisseur des parois du 
ventricule gauche près de sa base , aurait pu contenir 
tout au plus une aveline ; il y avait en même temps 
péricardite chez ce sujet , qui était un enfant d'environ 
douze ans. J'ai trouvé aussi, à l'ouverture du corps d'un 
homme de soixante ans , qui , né dans l'opulence et 
dans un rang élevé, mourut à l'hôpital de la Charité par 
suite des malheurs de la révolution , du pus concret, 
c'est-à-dire une exsudation albumineuse de la consis- 
tance du blanc d'œuf cuit et de couleur de pus , inter- 
posé entre les faisceaux charnus du ventricule gauche. 
La maladie avait présenté les symptômes d'une inflam- 
mation aiguë de quelqu'un des viscères thoraciques, 
sans qu'on eût pu en assigner précisément le siège. 
L'orthopnée et un sentiment d'angoisse inexprimable 
en avaient été les symptômes principaux. 

Il est impossible^ dans l'état actuel de la science, 
d'indiquer les signes auxquels on pourrait reconnaître 
un abcès du coeur. Il paraît seulement que , dans quel- 
ques cas , cette affection peut exister sans trouble no- 
table dans la santé. Le sujet de l'observation de Béni- 
venius était un pendu qui ne paraissait pas malade au 
moment où il subit son supplice. 

Les ulcères du cœur ont été encore plus fréquemment 
observés que les abcès : on en a rencontré à sa face ex- 
terne et à sa face interne (i). Toutes les observations 

(i) Morgagni , De Sed. et Caus. FiJorbor. Epist. xxv, n° 17 
et scq. 

111. 16 



2/J-2 DE LA CARDITE. 

données sous ce nom ne sont cependant pas également 
exactes ; et , en lisant le Sepulchretum , il est facile de 
voir qu'assez souvent une péricardite avec exsudation 
pseudo-membraneuse inégale et rugueuse a été prise, 
ainsi que le remarque avec raison Morgagni (i), pour 
une ulcération de la face externe du cœur. Il est néan- 
moins hors de doute que l'on a vu des ulcérations de la 
face extérieure du coeur. Qlaùs-Borrichius a décrit un 
cas de ce genre de manière à ne laisser rien à désirer : 
« Cordis exterior caro , profundè exe s a _, in lacinias 
« et vilïos carneos putrescentes abierat (2). » Peyer (3) 
et Graetz{J\) ont décrit des cas tout-à-fait semblables. 

Les ulcères à la surface intérieure des ventricules du 
cœur sont plus communs que ceux de sa surface externe, 
ou au moins il en existe lin plus grand nombre d'exem- 
ples incontestables, parce que rien ne peut en imposer 
à cet égard. Bonet , Morgagni et Senac en ont réuni 
un grand nombre dans leurs ouvrages. 

Les signes des ulcères du cœur sont aussi obscurs 
que ceux de ses abcès. Morgagni ; en comparant les 
histoires de ce genre publiées jusqu'à l'époque à laquelle 
il écrivait, remarque que les symptômes variaient chez 
chaque malade , et en conclut qu'aucun ne peut servir 
de signe. Je ne sais si l'auscultation en donnera de plus 
sûrs, et j'avoue que je ne le pense pas. Je n'ai eu qu'une 
seule occasion d'observer un ulcère du cœur : il était 



(1) T/eSecl. elCaus. hiorb., epist. xxi, n° 2; epist. xxv, n°24. 

(2) Sepidchr., lib. ÏT, obs. 86. 
Q) Ibidem , sect. 11, obs. 21. 

Cl) JJisp. de Hydr. per/card., § 2. 



RUPTURES DU COEUR. 2/J3 

situé à la face interne du ventricule gauche, et avait un 
pouce de longueur sur un demi-pouce de large , et une 
profondeur de quatre lignes au centre. Le malade était 
attaqué d'une hypertrophie du ventricule gauche qui 
avait été reconnue ; mais le stéthoscope ne nous fit en- 
tendre aucun bruit particulier d'après lequel on pût 
soupçonner, non-seulement l'ulcère, mais même la 
rupture du ventricule gauche qui s'ensuivit deux jours 
avant la mort , à en juger d'après l'exacerbation subite 
des symptômes qui survint vers cette époque. 

Cet accident terrible est heureusement fort rare et 
presque toujours la suite d'une ulcération des parois 
des ventricules. Morand a réuni quelques observations 
de ce genre dans les Mémoires de l'Académie des 
Sciences pour l'année 1732. Morgagni a décrit un cas 
semblable (1). 

Les ruptures du cœur par suite d'un violent effort et 
sans ulcération préalable sont beaucoup plus rares , et 
le nombre de celles qu'on peut regarder comme exactes 
et incontestables est même très petit. Plusieurs sont 
assez incomplètement décrites pour qu'il soit permis de 
soupçonner, ainsi que l'insinue Morgagni (2) \ que ce 
qu'on a pris pour une rupture du coeur n'était peut-être 
que le résultat d'un coup de scalpel donné par un pro- 
secteur maladroit ou peu attentif. La méprise est ce- 
pendant facile à éviter _, car une semblable maladresse 
ne remplira jamais le péricarde de sang caillé 5 ce qui 
a toujours lieu dans les véritables ruptures du cœur. 

(1) De Sed. et Caus. Morb. Epist. xxvn, n° 8. 

(2) IlicL, epist. lxiv, n° i4# 



244 °E LA CARDITE. 

Plus souvent encore, même dans des observations très 
récentes, la lésion est trop incomplètement décrite pour 
qu'on puisse affirmer qu'elle n'ait pas été consécutive à 
une ulcération. 

Les exemples les mieux constatés de ruptures du cœur 
sans ulcération préalable sont ceux que rapportent Hal- 
ler (i) et Morgagni (2). 

Il y a lieu de s'étonner que l'amincissement des pa- 
rois du cœur, particulièrement vers sa pointe et à la 
paroi postérieure du ventricule droit, chez les sujets 
dont le cœur est surchargé d'une grande quantité de 
graisse , ne donne pas lieu à la rupture de cet organe ; 
il est même à remarquer que les exemples de rupture 
du ventricule droit sont beaucoup plus rares que ceux 
de la même lésion du gauche , et que les ruptures de 
ce dernier se font très rarement vers la pointe , qui est 
cependant le point où ses parois ont le moins de force et 
de consistance (3). 

(1) Elern. physiol., t. 1, lib. iv, sect. îv, § i3. 

(2) Op. cit., epist. xxvn, n° 2. 

(3) U Apoplexie du cœur, affection dont je suis surpris que 
Laënnec n'ait pas fait mention , et dont M. Cruveilhier a fait 
connaître récemment plusieurs exemples ( Anal, pathol. du 
corps humain, 3 e livr. in-fol., Paris, 1829), paraît être beau- 
coup plus souvent q»e l'inflammation du cœur la cause d'une 
rupture des parois de cet organe. Cette apoplexie n'a été ob- 
servée jusqu'à ce jour que dans les parois du ventricule gauche 
hypertrophié. Elle donne lieu, comme celle de tous les autres 
muscles, à la formation de foyers sanguins, dont les parois 
sont formées par les fibres musculaires rompues dans quelques 
points , simplement écartées dans d'autres. Ces foyers, lorsqu'ils 



RUPTURES DU COEUR. 245 

La rupture des oreillettes sans ulcération préalable, 

sont très récens, ne contiennent que du sang noir et cailleboté; 
quand ils ont quelques jours de date, leurs parois sont d'un 
rouge noirâtre à une profondeur plus ou moins grande, et on 
distingue, au milieu du sang qu'ils contiennent, quelques débris 
de fibres musculaires; plus tard, le liquide qu'ils renferment 
prend une couleur lie-de-vin , et semble formé d'un mélange 
de sang et de pus; plus tard encore, ce liquide devient presque 
entièrement purulent , et leurs parois se tapissent de fausses 
membranes. M. Kousset, dans la thèse que j'ai déjà citée au 
chapitre de l'apoplexie pulmonaire ( Recherches anatomiques 
sur les hémorragies , Paris, 1827, n° ^5), rapporte une très 
belle observation d'apoplexie musculaire presque universelle, 
et dans laquelle le cœur était le siège de trois foyers sanguins 
aux divers degrés énoncés ci-dessus. 

Ces foyers sanguins ou purulens-sanguins des parois du cœur 
finissent ordinairement par s'ouvrir soit en dedans dans la ca- 
vité du ventricule, soit en dehors dans celle du péricarde. Dans 
ce dernier cas, leur rupture détermine presque toujours une 
mort subite. Dans le premier cas, au contraire, leur rupture 
donne lieu à la formation d'une excavation qui communique 
avec celle du ventricule , et que remplit aussitôt le sang con- 
tenu dans ce ventricule. Ce sang ne doit pas tarder, suivant 
l'ingénieuse observation deM.Cruveilhier (Dictionn. de méd. 
pratique^ t. ni, art. Apoplexie, propos, xxin), à déjeter en de- 
hors la paroi restante du foyer apoplectique, ou , en d'autres 
termes, la portion amincie du ventricule ; et il est probable que 
c'est à des excavations semblables que sont dues ces dilatations 
partielles du cœur que M. Brescheta décrites sous le nom d'a- 
névrysmesfaux consécutifs du cœur, et dont il a été cité plus 
haut(p.2o8) deux belles observations recueillies parM. Bérard. 
Dans une note sur une espèce particulière d' anévrysme du 
cœur ( Journal hebdomadaire de Médecine, t. 11, p. 363 ) , 



HG DE LA. CARDITE. 

et par suite de violents efforts , a été observé plus rare- 

M. E.eynaud a cependant essayé de prouver que ces cnfonce- 
mens observés dans les parois du. ventricule gauche étaient 
quelquefois réellement le résultat d'une dilatation partielle, 
puisqu'on les avait vus tapissés par une membrane qui se con- 
tinuait avec celle du ventricule lui-même. Mais dans le cas qu'il 
cite comme preuve , on remarque que la membrane qui tapis- 
sait les excavations formées dans les parois du ventricule s'épais- 
sissait au col du sac anévrysmal , c'est-à-dire autour de l'ouver- 
ture de communication de la cavité accidentelle avec la cavité 
du ventricule. Cet épaissisement suffit seul, à mon avis, pour 
montrer que la membrane de l'excavation n'était point une 
continuation de celle du ventricule, mais bien une membrane 
accidentelle d'ancienne date, analogue à celles qui tapissent 
les canaux fistuîeux de la marge de l'anus , et qui se conti- 
nuent avec la membrane muqueuse du rectum. Le cas observé 
par M. Reynaud rentre donc tout-à-fait dans la catégorie de ceux 
observés par MM. Cruveilhier et Rousset, et n'est qu'un exemple 
du mode de cicatrisation des foyers apoplectiques du cœur. 

Tous les cas de rupture du cœur publiés jusqu'à ce jour me 
semblent confirmer l'opinion que l'apoplexie du cœur est la 
cause la plus ordinaire de ces ruptures. Cependant M. Ro- 
choux, qui paraît aussi avoir analysé ces faits avec soin, préfère 
rapporter les ruptures du cœur à un ramollissement {Dict. de 
Médec.j t. xvni, art. Rupture): mais comme pour lui toute 
apoplexie est précédée de ramollissement , comme il rapproche 
dans le même article l'apoplexie cérébrale et l'apoplexie pul- 
monaire foudroyante des ruptures du cœur, comme il convient 
que , dans ces derniers cas, la portion altérée du tissu du cœur 
est d'un rouge violet ou d'un gris rougeâtre (caractère commun 
des tissus devenus le siège d'une hémorragie ), on voit que son 
opinion ne diffère en rien, au fond, de celle de M. Cruveilhier. 

Quant à l'opinion de ce dernier observateur, qu'on ne voit 



RUPTURES DU CŒUR. s47 

ment encore que celle du cœur. On en trouve deux 
exemples dans l'ouvrage de M. Berlin (i). Dans celle de 
ces observations qui est propre à l'auteur , la rupture 
fut déterminée par une chute ; dans le second cas, observé 
par M. Grateloup , médecin à Bordeaux, la rupture eut 
lieu sans cause appréciable : le cœur était prodigieuse- 
ment chargé de graisse. M. Portai a vu une rupture de 
la veine cave supérieure à sa jonction avec l'oreillette, 
chez une jeune femme qui mourut subitement dans un 
bain froid (2). On trouve dans les Éphémérides des 
curieux de la nature un exemple de rupture de l'oreil- 
lette droite et de la veine cave par suite de violence 
extérieure (3). 

Corvisart a le premier donné des exemples d'une 



point d'apoplexie du cœur dans les parois du ventricule droit, 
et que les ruptures de ce ventricule doivent être rapportées à 
un amincissement, aune atrophie, à une transformation adi- 
peuse, ou à un ramollissement gélatiniforme, je ne saurais dire 
jusqu'à quel point elle est fondée. L'examen des faits connus 
ne la justifie qu'en ce sens , que les ruptures du ventricule droit 
sont infiniment plus rares que celles du ventricule gauche, ce 
qui leur suppose une cause différente. Voyez. Morgagni et 
Morand, ouv. cités. — Testa, ouv. cité y t. ni, chap. 19. — 
Kreysig, ouv. cité , sect. m, chap. 10. — Rostan, Nouveau 
Journal de Médec, t. vu, avril 1820. — Blaud, Biblioth. 
méd., t. lxviiï , août 1820. — Bayle, Revue médic, juillet 
1824. — Rociioux , Dict. de Médec, t. xvm, p. 537. 

iM. L. 

(1) Ouv. cité, p. 5o. 

(2) Anal, médic, t. m, p. 355. 

(3) Eph. Nat. Curios., Dec. 111, anu. 111 , obs. 82. 



^48 DE LA CARDITE. 

autre espèce de rupture du cœur , dont le danger ne 
paraît pas devoir être aussi imminent : c'est celle des 
tendons et des piliers des valvules (i). Dans les trois cas 
qu'il rapporte , la rupture paraît avoir été due à des 
efforts violens : ira étouffement subit et très intense a 
été le premier effet de cet accident , et par la suite les 
symptômes généraux des maladies du cœur se sont 
toujours développés. On trouvera plus bas (au chapitre 
des végétations des valvules) un exemple de la rupture 
d'un des tendons des piliers , dans lequel il paraîtrait 
que l'accident aurait eu lieu par suite de l'ulcération de 
ces tendons. M. Bertin a vu aussi une rupture d'un des 
piliers de la valvule mitrale, qui parait avoir été déter- 
minée par de violentes quintes de toux : une végétation 
globuleuse de l'espèce de celles que nous décrirons plus 
bas adhérait aux tendons de ce pilier (2). 

La rupture des oreillettes , des ventricules et des gros 
vaisseaux dans l'intérieur du péricarde n'est pas toujours 
suivie d'une mort subite. On a vu plusieurs fois le sang 
accumulé dans le péricarde former un coagulum solide 
qui s'oppose pendant quelque temps à une nouvelle 
hémorragie. Cela doit surtout arriver quand le volume 
du cœur, la fermeté et l'étroitesse du péricarde ( organe 
très variable sous ces rapports) ne permettent pas une 
abondante effusion de sang. M. Cullerier a vu une con- 
crétion fibrineuse renflée à ses extrémités obturer une 
rupture du ventricule gauche (3). 

(1) Ouv. cité , obs. 33, 4° et 4*« 

(2) Ouv. cité, obs. 3i. 

(3) Journal de médecine, par MM. Corvisart, Leroux et 



RUPTURES DU COEUR. lt±§ 

Ces diverses espèces de ruptures peuvent tout au 
plus être soupçonnées dans quelques cas ; mais il est 
impossible de les reconnaître à des signes certains. Il 
serait cependant possible que le flottement de la valvule 
mitrale, après la rupture d'un de ses piliers, donnât 
sous le stéthoscope quelques signes ; mais la gravité des 
accidens doit varier beaucoup suivant retendue et le 
lieu de la lésion. On conçoit en effet que la rupture de 
tous les tendons d'un pilier doivent occasioner un grand 
trouble dans la circulation. La rupture totale d'un 
pilier ou son décollement à la base doit produire des 
effets plus graves encore , à raison du flottement de 
ce corps devenu presque étranger dans le ventricule ; 
mais la rupture d'un ou deux tendons seulement ne 
parait pas devoir produire d'accidens bien graves et 
permanens. 

Aujourd'hui encore, comme i l'époque où Laënnec a écrit 
ce chapitre, l'inflammation du cœur est une affection fort peu 
connue , et cela dépend, sans doute, de ce qu'elle est très rare. 
Au reste , il en est à cet égard du tissu musculaire du cœur 
comme de celui qui entre dans la composition des parois des 
différens organes creux. Ainsi il n'est rien de si rare que de 
constater un état phlegmasique de la tunique charnue de l'es- 
tomac, des intestins, ou delà vessie : la gastro-entérite, comme 
la cystite, ne consiste, presque toujours , que dans une inflam- 

Boyer, t. xn , p. 168, septembre 1806. — Le mémoire de 
M. Rostan cité ci-dessus contient un fait qui semble prouver 
que les ruptures du cœur peuvent quelquefois se cicatrise r 
ou du moins être obturées par une adhérence des deux feuillets 
du péricarde. M. L. 



2 5o DE LA CARDITE. 

mation de la membrane muqueuse de ces organes, et, au-des- 
sous d'elle, on trouve, dans l'immense majorité des cas, la 
membrane musculaire intacte. Lorsqu'il arrive que celle-ci ait 
été atteinte par l'inflammation, ce n'est jamais que consécuti- 
vement, et à la suite d'une irritation qui a commencé par la 
membrane muqueuse. En raisonnant par voie d'analogie, on 
est donc porté à admettre que , dans le cœur comme ailleurs , 
l'inflammation doit très rarement avoir pour siège le tissu 
musculaire de cet organe; on doit aussi penser que, là comme 
ailleurs, cette inflammation doit presque toujours se borner 
soit au péricarde, soit à l'endocarde, et enfin que ce doit être 
le plus ordinairement dans l'une ou l'autre de ces membranes 
qu'a commencé le travail inflammatoire , lorsqu'on en trouve 
des traces dans le parenchyme charnu du cœur. 

Quelles sont maintenant ces traces , et à quels signes anato- 
miques peut-on reconnaître, l'existence d'une cardite? Des lé- 
sions indiquées par les auteurs comme appartenant à cette 
inflammation, il faut d'abord n'en accepter deux qu'avec ré- 
serve, savoir : la couleur plus rouge du cœur, et son ramollis- 
sement. En effet, toutes les fois qu'on ouvre un cadavre qui 
présente déjà quelques signes de putréfaction, on trouve que le 
tissu charnu du cœur a perdu une grande partie de sa consis- 
tance normale ; il se déchire avec une facilité singulière, et 
en même temps il a acquis une teinte rougeâtre qui coïncide 
constamment avec une coloration également rouge de la sur- 
face interne des différentes cavités de l'organe. Presque toutes 
les fois que j'ai rencontré, à l'ouverture des corps, ce ramol- 
lissement rouge du cœur, les circonstances concomitantes m'ont 
porté à le considérer comme un effet cadavérique , et ce n'est 
que dans des cas très rares que j'ai soupçonné qu'il pouvait dé- 
pendre d'un état inflammatoire. Quant aux ramollissemens 
avec décoloration ou avec teinte jaunâtre du tissu du cœur, iet.r 
nature phiegmasique me paraît encore moins facile à démontrer. 
Les cas de cardite les moins contestables sont certainement 



DE LA CARD1TE. 25 1 

ceux où du pus a été trouvé dans l'épaisseur du parenchyme 
du cœur. Aux cas de suppuration de cet organe cités par 
Laënnec, on peut en ajouter quelques autres, qui ont été plus 
récemment recueillis. Ainsi, M. Simonet a cité dans sa thèse 
l'observation d'un individu âgé de 58 ans qui entra à l'hôpital 
Beaujon avec les signes d'un rhumatisme articulaire aigu. Ce 
malade était presque à l'agonie lorsqu'il fut admis , de sorte 
que les symptômes ne purent être que très vaguement obser- 
vés : on constata seulement un grand tumulte dans les batte- 
mens du cœur. La mort eut lieu au milieu d'une syncope. L'on 
trouva un grand nombre de petits foyers purulens disséminés 
dans le tissu du cœur. Il faut noter, de plus, que ce tissu était 
devenu généralement très friable , et qu'il avait une teinte d'un 
gris jaunâtre. Voilà donc un cas où les altérations de couleur et 
de consistance, coïncidant avec la production d'abcès _, parais- 
sent appartenir, comme ceux-ci , à l'état phlegmasique. 

M. le docteur Montaut a publié dans le Journal universel 
et hebdomadaire de Médecine (t. n,p. 247) le cas d'un vieil- 
lard âgé de 73 ans chez lequel le cœur présenta les altérations 
suivantes : 

Dans l'épaisseur du ventricule droit, près desaface interne, 
existait une cavité pouvant contenir une noisette , et remplie 
par une matière sanieuse; une membrane grisâtre circonscri- 
vait cette cavité. A la pointe du même ventricule, on voyait 
une tumeur aplatie , grisâtre à l'extérieur, d'un rouge pâle à 
l'intérieur, pouvant être enlevée de la surface interne du cœur, 
à laquelle elle était retenue par des colonnes charnues. En 
avant et en haut de la surface externe du même ventricule 
droit, on apercevait deux taches bleuâtres qui correspondaient 
à deux foyers , dont l'un était sanguin } et dont l'autre con- 
tenait du pus bien formé. Dans le ventricule gauche, on trouva 
un petit amas de matière grisâtre, purulente, séparée du tissu 
du cœur par une membrane peu consistante et de même cou- 
leur : au-dessous de cette membrane, le tissu du cœur était 



23 2 DE LA CARDITE. 

ecchymose et ramolli. Dans ce cas encore, la diminution de 
consistance du cœur coïncide avec d'autres lésions de nature 
évidemment phlegmasique. 

M. Casimir Broussais a cité, dans les Annales de la médecine 
physiologique (t. xxi), l'observation d'un jeune soldat , âgé de 
19 ans, qui, atteint de variole, succomba vers le cinquante- 
cinquième jour à dater de l'invasion de sa maladie êruptive : 
il avait eu successivement plusieurs abcès. On trouva , à l'ou- 
verture du corps, le ventricule gauche du cœur occupé, près de 
sa base et derrière la valvule mitrale , par un abcès de la gros- 
seur d'une aveline , qui contenait un pus dont les qualités 
étaient celles du pus du phlegmon j ce liquide était contenu 
dans un kyste. 

Dans la plupart des cas où. du pus a été trouvé dans le tissu 
même du cœur, on n'avait observé pendant la vie aucun sym- 
ptôme propre à appeler l'attention sur une affection grave de 
cet organe. Quelquefois, cependant, l'on a noté des accidens 
tout particuliers en rapport avec la lésion trouvée après la 
mort , et qui sont d'ailleurs à peu près les mêmes que ceux qui 
ont été constatés dans plusieurs cas desimpie péricardite ou en- 
docardite. Une observation de ce genre , fort remarquable , a 
été insérée par le docteur Raikem dans les Bulletins ~de la 
Société de la Faculté (ann. 1819) : il s'agit, dans cette obser- 
vation, d'une femme de trente-six ans, qui, peu de mois après 
avoir éprouvé un rhumatisme articulaire aigu, fut prise tout- 
à-coup , après des horripilations générales , d'une vive dou- 
leur au cœur, de battemens tumultueux de cet organe , d'une 
grande dyspnée ; en même temps elle eut une lipothymie qui 
dura une heure. Les quatre jours suivans, les mêmes sym- 
ptômes persistèrent, et il y eut encore plusieurs défaillances. 
Cette maladie se prolongea ainsi pendant quinze jours , et ce 
fut au milieu de palpitations vives, continuelles, de lipothymies 
fréquentes, et d'une suffocation toujours croissante, que la 
malade finit par succomber. 



GRAISSE DU COEUR. 253 

A l'ouverture du cadavre , le péricarde fut trouvé parfaite- 
ment sain, l'oreillette gauche contenait, dans l'épaisseur de 
ses parois, trois ou quatre petites tumeurs sphéroïdes de deux 
à trois lignes de diamètre , qui soulevaient le péricarde. En les 
incisant, on en fit couler un véritable pus sanieux et opaque. 

Andral. 
CHARITRE XIV. 

DE LA SURCHARGE ET DE LA DÉGÉNÉRATION GRAISSEUSE 

DU COEUR. 

On trouve , dans divers recueils d'observations , des 
exemples nombreux de cœurs surchargés dégraisse d'une 
manière extraordinaire, circonstance à laquelle on a cru 
pouvoir attribuer la cause d'accidens plus ou moins 
graves , et même de la mort subite. Corvisart pense 
qu'une accumulation énorme de graisse autour du cœur 
peut quelquefois produire ces effets , quoique ., chez les 
sujets chez lesquels il a rencontré des cœurs très gras, H 
n'ait rien vu qui ait pu lui prouver « que cet état fût 
« pathologique, c'est-à-dire porté au point de déranger 
« constamment , et à un point qui fait maladie , la 
« fonction de l'organe (i). » 

J'ai rencontré aussi un grand nombre de fois , chez 
des sujets morts de diverses maladies, des cœurs sur- 
chargés de graisse, qui, déposée entre la substance 
musculaire du cœur et la lame du péricarde qui lui 
est ordinairement adhérente d'une manière intime, était 
principalement accumulée à l'endroit de la réunion des 
oreillettes et des ventricules, le long des troncs des 

(i) Ouv. cité, p. 181. 



1 54 GRAISSE DU COEUR. 

vaisseaux coronaires et des deux bords du cœur, à sa 
pointe, et à l'origine de l'aorte et de l'artère pulmonaire. 
Quelquefois la face postérieure ou correspondant au 
ventricule droit en est également recouverte dans pres- 
que toute son étendue ; rarement, au contraire , la sur- 
face du ventricule gauche en présente une certaine 
quantité vers son milieu. 

Plus un cœur est surchargé de graisse } et moins , en 
général , ses parois ont d'épaisseur ; quelquefois même 
cette épaisseur est réduite à presque rien en quelques 
points, et surtout à la pointe des ventricules et à la 
paroi postérieure du ventricule droit. Si l'on examine 
ces parties en dedans des ventricules , elles présentent 
l'aspect naturel ; mais si on les incise de dehors en de- 
dans , on arrive à cette cavité sans avoir , pour ainsi 
dire, rencontré de substance musculaire - y et les colonnes 
charnues des ventricules, ainsi que leurs piliers, parais- 
sent n'être liés ensemble que par la membrane interne 
des ventricules. 

La graisse , au reste , dans ces cas, ne paraît pas être 
le produit d'une dégénération de la substance muscu- 
laire du cœur, car on peut l'en séparer par la dissection. 
Quelquefois , cependant, des lames de graisse s'insinuent 
assez profondément entre les faisceaux charnus , mais , 
alors même , les deux substances tranchent brusque- 
ment rune sur l'autre , et aucune nuance de couleur ni 
de consistance ne les confond. Il est donc plus que pro- 
bable qu'à raison de la pression , ou par une aberration 
inconnue de la nutrition, la substance musculaire du 
cœur a perdu en proportion de ce que la graisse qui 
l'enveloppe a gagné. 



GRAISSE DU COEUR. 255 

Il semblerait assez naturel de penser qu'une semblable 
disposition dût occasioner fréquemment la rupture du 
cœur; on ne conçoit pas que des parois aussi minces 
puissent résister à la pression du sang : cependant je 
n'ai jamais vu l'accident dont il s'agit arriver par cette 
cause. 

Assez ordinairement on trouve chez les mêmes sujets 
une grande quantité de graisse accumulée dans la partie 
inférieure du médiastin, et particulièrement au devant 
du péricarde , et entre lui et les plèvres. Dans ces der- 
niers points , cette graisse , ferme et parcourue par un 
grand nombre de petits vaisseaux sanguins qui lui 
donnent une couleur rougeâtre, pousse quelquefois 
devant elle la plèvre , et, enveloppée par cette mem- 
brane, vient faire saillie dans sa cavité sous la forme 
d'appendices ou de franges irrégulières qui ont une res- 
semblance grossière , mais assez exacte , avec la crête 
d'un coq. La graisse qui enveloppe le cœur, au con- 
traire, est presque toujours d'un jaune pâle, et d'une 
consistance médiocre. 

Je n'ai jamais observé, non plus que Corvisart, au- 
cun symptôme qui m'ait paru dépendre directemert 
de cette accumulation de la graisse. Je crois qu'il fai- 
drait qu'elle fût extrême pour pouvoir produire quel- 
que accident grave ; et ce n'est pas là l'altération rtmt 
j'entends parler sous le nom de dégénération graiseuse 
du cœur. 

La dégénération graisseuse du cœur est l'infilTition 
de la substance musculaire par une matière gu pré- 
sente toutes les propriétés physiques et chimques de 
la graisse ; c'est une altération tout-à-fait semblable à 



2 56 GRAISSE DU COEUR- 

la dégénération graisseuse que H aller (i) tX.Vicq-à* A- 
zyr (2) ont observée dans les muscles. Je n'ai jamais 
rencontré cette altération que dans une très petite partie 
du cœur, et seulement vers la pointe. La substance du 
cœur , dans le point ainsi altéré , est plus pâle que dans 
le reste de son étendue ; et , au lieu de la couleur rouge 
qui lui est naturelle , elle prend une couleur jaunâtre 
analogue à celle des feuilles mortes ^ et à peu près sem- 
blable , par conséquent , à celle de certains cœurs ra- 
mollis. Cette dégénération paraît procéder de dehors en 
dedans. Près de la cavité des ventricules , la texture 
musculaire du cœur est encore très reconnaissable ; un 
peu plus loin elle l'est moins , et vers la surface elle se 
confond , par des dégradations insensibles de consistance 
et de couleur , avec la graisse de la pointe du cœur. Ce- 
pendant les parties dont la texture naturelle est encore 
le plus reconnaissable , bien séparées des graisses am- 
biantes et pressées entre deux feuilles de papier ? les 
graissent fortement, et c'est en quoi l'on peut distinguer 
cette altération du simple ramollissement. 

Je n'ai jamais vu une rupture du cœur déterminée 
>ar cette altération , non plus que par la disposition in- 
diquée plus haut , et je ne connais aucun symptôme 
qi'on puisse lui attribuer (3). 



(i.Opuscul. pathol. 

{i,OEuvres complètes, édit. Moreau ( de la Sarthe), t. V. 

(3) linsi que nous l'avons dit dans une note précédente (p. 
247 ) ? M- Cruveilhier pense que les ruptures du ventricule 
droit peivent être le résultat de la transformation adipeuse du 
tissu du vœur; mais il n'en rapporte aucun exemple, el, dans 



PRODUCT. CARTILAG. OU OSSEUSES DU COEUR. 2 £7 

CHAPITRE XV. 

DES PRODUCTIONS CARTILAGINEUSES OU OSSEUSES DE LA 
SUBSTANCE MUSCULAIRE OU COEUR. 

Je n'ai jamais rencontré l'ossification de la substance 
musculaire du cœur, et il n'existe dans les observateurs 
qu'un petit nombre d'exemples de cette affection. Cor- 
visart a vu , chez un homme mort d'hypertrophie du 
ventricule gauche du cœur , la pointe de cet organe , 
« jusqu'à une certaine hauteur et dans toute l'épaisseur 
« de la substance, convertie en cartilage (i). » Les 
colonnes charnues du ventricule gauche participaient à 
la même affection (2). Hailer (3) a trouvé, chez un 
enfant dont le cœur offrait un volume naturel, la partie 
inférieure du ventricule droit ossifiée ; les parties les 

. 1 ' ' ■ 1 ■ n i. m 

les faits cités précédemment, il n'en est aucun qui soit propre 
à appuyer cette manière de voir, si ce n'est peut-être celui 
observé par M. Grateloup ( p. 247 ). M. L. 

(1) Chez une femme morte à l'hôpital Cochin avec une ascite, 
j'ai trouvé le cœur dans l'état suivant : à la place du tissu charnu 
ordinaire , on observait dans la plus grande partie de la cloison 
des ventricules et en d'autres points de leurs parois, un tissu 
blanc , résistant , ayant la plus grande ressemblance avec le 
tissu fibreux accidentel, et en particulier avec celui qui forme 
dans l'utérus les tumeurs de ce nom: de petites masses cartila- 
gineuses étaient disséminées en certains points de ce tissu. 

Awdbal. 

(2) Ouv. cité, p. 171. 

(3) Opuscul. pathol. 

ni. 17 



2 58 PRODUCT. CARTILAG. OU OSSEUSES DU COEUR. 

plus charnues de l'oreillette gauche, les valvules sig- 
moïdes de l'artère pulmonaire et de l'aorte étaient dans 
le même état. Filling a vu chez un asthmatique une 
colonne charnue du ventricule gauche ossifiée ( i ). 
M. Renauldin a publié, en 1816, une observation non 
moins intéressante et plus détaillée (2). 

Un étudiant en droit, âgé de trente-trois ans , très 
adonné à l'étude ^ éprouvait , au moindre mouvement , 
de vives et fréquentes palpitations de cœur. La région 
de cet organe résonnait mal; le pouls avait de l'éléva- 
tion. « La main appliquée sur la région de cet organe 
« ressentait une sorte d'écartement des côtes ; et lors- 
ce qu'on pressait , même légèrement , cette région , on 
« occasionait une douleur très aiguë et qui durait long- 
ce temps après la compression. » 

A l'ouverture du corps, on trouva « la masse du 
« cœur extrêmement dure et pesante. Quand on vou- 
« lut inciser le ventricule gauche, on éprouva une 
ce grande résistance causée par le changement total de 
« cette partie charnue en une véritable pétrification 
w qui avait une apparence sablonneuse en certains en- 
ce droits , et ressemblait dans d'autres à une cristallisa- 
cc tion saline. Les grains de cette espèce de sable, 
ce très rapprochés les uns des autres , devenaient plus 
ce gros à mesure qu'ils s'éloignaient de la superficie du 
ce ventricule, en sorte qu'ils se continuaient intérieu- 
ce rement avec les colonnes charnues. Ces dernières, 



(1) Hufelaivb, Journal, etc., xv, B. 1 st., p. ^5. 

(2) Journal de Médecine , par MM. Corvisart, Leroux et 
Boycr, janvier 1 Si G. 



PRODUCT. CART1LAG. OU OSSEUSES DU COEUR. 259 

« aussi pétrifiées sans avoir changé de forme , avaient 
« acquis un volume considérable. Plusieurs égalaient 
« la grosseur de l'extrémité du petit doigt , et avaient 
« l'air de véritables stalactites placées dans différentes 
« directions. L'épaisseur totale du même ventricule 
« était augmentée. Le ventricule droit, ainsi que les 
« gros troncs artériels qui partent du cœur , ne présen- 
ce taient aucune trace de désorganisation. Les artères 
m temporales , les maxillaires , une partie de la radiale , 
« étaient ossifiées de chaque côté. )) 

Burns a vu , chez un sujet qui présentait une os- 
sification du péricarde, quelques colonnes charnues 
du cœur transformées en une substance osseuse (j). 

Je suis persuadé qu'une induration osseuse ou carti- 
lagineuse aussi étendue que celle qui avait lieu dans les 
trois cas que je viens de citer pourrait être reconnue,, 
par le stéthoscope , à une augmentation très notable et 
à quelques modifications particulières dans le bruit du 
cœur, Je pense que les cas de cette nature sont du nom- 
bre de ceux où le bruit du cœur peut être entendu à une 
certaine distance du malade. 

On rencontre assez fréquemment sur les parois in- 
térieures des ventricules, et particulièrement du ven- 
tricule gauche, des plaques cartilagineuses qui font 



(i) Cette citation n'est pas exacte. Dans l'observation de 
Burns (our. cité , p. 129), il est dit que toute l'étendue du 
-péricarde recouvrant Lis ventricules , et les ventricules eux- 
mêmes, excepté environ un pouce cube vers la pointe du cœur, 
étaient ossifiés et fermes comme le crâne. }J. h. 



2(50 PRODUCT. CAÎIT1LAG. OU OSSEUSKS DU COEUR, 

corps avec la membrane interne des ventricules, et 
paraissent interposées entre elle et la substance mus- 
culaire du cœur. Ces plaques, qui sont tout-à-fait de la 
nature des incrustations cartilagineuses que j'ai décrites 
ailleurs (i), ont rarement une certaine étendue., au 
moins quand elles ont une certaine épaisseur et une 
consistance vraiment cartilagineuse. On doit regarder 
comme une variété de ces incrustations la couleur 
blanche laiteuse et l'épaississement évident que présente 
la membrane interne du ventricule gauche dans une 
grande étendue , ce qui se voit assez souvent dans le 
cas d'hypertrophie : je ne les ai jamais trouvées à l'état 
osseux ; mais on en trouve un exemple dans l'ouvrage 
de Kreysig (2). 

L'ossification des oreillettes, dont on trouve quel- 
ques exemples dans les ouvrages de MM. Burns^ Krey- 
sig et Bertin , me paraît également devoir être rappor- 
tée, au moins pour le plus grand nombre des cas, aux 
incrustations. J'en ai rencontré plusieurs fois de peu 
étendues, et je n'ai jamais vu d'ossification de la sub- 
stance musculaire des oreillettes. 

(1) Dictionn. des Scienc, médic, art. Cartilages acci- 
dentels. 

(2) Ouv. cité, vol. m, p. 43. 



PRODUCT. ACCIDENT. DÉVELOPP. DANS LE COEUR. 261 

CHAPITRE XVI. 

DES DIVERSES AUTRES PRODUCTIONS ACCIDENTELLES QUI 
PEUVENT SE DÉVELOPPER DANS LE COEUR. 

Le cœur est peut-être de tous les organes celui qui 
devient le plus rarement le siège des productions acci- 
dentelles de toutes les espèces , si l'on en excepte l'os- 
sification. 

J'ai rencontré trois ou quatre fois seulement des 
tubercules dans la substance musculaire du cœur. On ne 
trouve dans Bonet qu'un petit nombre d'exemples de 
tumeurs développées dans le cœur, qui paraissent se 
rapporter aux cancers ou aux tubercules (i). Columbus 
rencontra, à l'ouverture du corps du cardinal Gambara, 
deux tumeurs dures de la grosseur d'un œuf dans Fé- 
paisseur du ventricule gauche (2). Laurent Marianus 
trouva, chez un jeune homme dont il communiqua 
l'histoire à Morgagni, des tubercules petits et nombreux 
implantés à la surface externe de l'oreillette droite (3). 
Ce sujet portait des tumeurs semblables , et beaucoup 
plus volumineuses dans le médiastin , à la racine des 
poumons , dans les glandes lymphatiques et dans le tissu 
cellulaire des parois abdominales et thoraciques. 

M. Récamier m'a dit avoir trouvé le cœur converti en 
partie en matière squirrheuse , semblable à la couenne 

(1) Sepulchretum , lib. 11, sec, vu, obs. 92 ; lib. 11, sect. i, 
obs. 2j lib. ni, sect. xxi, obs. 33. 

(2) De Re anatomicâ, lib. xv. 

(3) De Sedib. et Çaus, morb., epist. lxxviii, art. i3. 



•2Ô2 PRODUCT. ACCIDENT. DÉVELOPP. «ANS LE COEUR. 

du lard, chez un sujet qui avait , en outre , des tumeurs 
cancéreuses dans le poumon. J'ai rencontré, depuis 
quatre ans^ deux cas de cancer encéphalo'ïde du cœur. 
Dans l'un , la matière cancéreuse formait de petites 
masses delà grosseur d'une aveline ou moindres, dans 
la substance musculaire des ventricules. Dans l'autre, 
elle était déposée , en forme de couches épaisses d'une à 
quatre lignes , le long des vaisseaux coronaires , entre 
le feuillet séreux du péricarde et le cœur lui-même. 
MM. Andral et A. L. J. Bayle ont publié depuis peu 
trois observations analogues (1)5 quelques autres l'ont 
été plus récemment encore. De ces faits réunis on peut 
conclure que les productions cancéreuses peuvent se 
développer dans le cœur , de même que dans les autres 
organes , sous deux formes principales , celle de tumeurs 
isolées ou celle d'infiltration interstitielle , qui pro- 
duisent ce que l'on appelle ordinairement une trans- 
formation de l'organe en substance cancéreuse. Cette 
affection existe, au reste , rarement sans qu'il y ait des 
productions semblables dans les autres organes et sur- 
tout dans les poumons. 

Les kystes séreux se développent aussi très rarement 
dans le cœur. Le plus souvent ils sont placés entre sa 
substance musculaire et le feuillet de la membrane 
interne du péricarde qui l'enveloppe. Baillou (2), Hou- 
lier (3), Cordseus (4), Rolfinckius (5), Thébé- 



(1) Revue médic, mai 1824. 

(2) Sepulchret., lib., m, sect. xxxvn , obs. 3, § 12. 

(3) De morb. intern., lib. n, cap. xxix. 

(4) Sepulchret., scct. xxi , obs, 21, § i4- 

(5) Ibid,, lib. n, sect. vin , obs. (3. 



PRODUCT. ACCIDENT. DÉVELOPP. DANS LE COEUR. ^63 

sius (i), Fanton (2), Valsalva et Morgagni (3), en 
ont donné des exemples. 

M. Dupuytren (4) a trouvé des kystes séreux déve- 
loppés dans l'épaisseur de l'oreillette droite, et faisant 
saillie dans sa cavité, qu'ils distendaient de manière à lui 
donner un volume égal à celui du reste du cœur. 

Morgagni rapporte une observation d'après laquelle 
il est évident que des vers vésiculaires peuvent se déve- 
lopper dans le cœur. Il trouva, chez un vieillard mort 
d'une maladie aiguë , et qui n'avait jamais éprouvé ni 
palpitations, ni lipothymies, ni inégalités du pouls, un 
kyste de la grosseur d'une petite cerise, implanté à 
moitié dans les parois du ventricule gauche , et faisant 
saillie à sa surface. Ce kyste, incisé, laissa échapper 
« une petite membrane contenant de la mucosité 
« blanche , et dans laquelle on distinguait une particule 
« dure comme un tendon (5). » Il est impossible de 
méconnaître , dans cette description , les caractères du 
genre cjsticerque : la petite membrane pleine de muco- 
sité était la vessie caudale , et le point dur le corps replié 
sur lui-même. D'après le volume du ver^ on peut pré- 
sumer que c'était le cjsticercusjinnus (Rudolphi), d'au- 
tant plus que c'est presque le seul que Ton ait trouvé 
jusqu'ici chez l'homme (6). 

(1) Ephem. nat. Cur., cent. îv, obs. ii5. 

(2) Obs. anat. med., xi etxv. 

(3) De Sed. et Caus. morb., epist. xxv, art. i5. — Epist. 111- 
art. 26. 

(4) Journal de Médecine, de Corvisart , etc., t. v, p. i3q. 

(5) De Sedib. et Caus. morb., epist. xxi , n° f\. 

(6) J'ai cité, dans mon Anatomie pathologique, une observa. 



264 INDURATION DES VALVULES DU COEUR. '1 

CHAPITRE XVII. 

de l'endurcissement cartilagineux et osseux des 
valvules du coeur. 



ARTICLE PREMIER. 

Caractères anatomiques de V endurcissement des 
valvules. 

La valvule mitrale et les valvules sigmoïdes de l'aorte 
sont sujettes à devenir le siège de productions cartila- 
gineuses ou osseuses , qui augmentent irrégulièrement 
leur épaisseur , altèrent leur forme, et obstruent quel- 
quefois presque complètement les ouvertures aux- 
quelles elles sont placées. La valvule tricuspide et les 
sigmoïdes de l'artère pulmonaire présentent beaucoup 
plus rarement ces indurations, quoiqu'elles n'en soient 
pas tout-à-fait exemptes, comme le pensait Bichat. Mor- 
gagni (i) a trouvé, chez une vieille femme , la valvule 
tricuspide endurcie, et les valvules sigmoïdes de l'artère 
pulmonaire participant un peu à la même affection. Il a 
rencontré également, chez une jeune fille de seize ans , 
les sigmoïdes de l'artère pulmonaire agglutinées par 

tion relative à des cysticerques que j'ai rencontrés une fois dans 
le cœur d'un homme, et j'ai rappelé, dans le même ouvrage, 
que j'en avais trouvé plusieurs fois dans des cœurs appartenant 
à des porcs ladres. Andral. 

(i) De Sedib. et Caus. morb., epist. xxxvn, n° 16. 



CARACT. ANAT. DEL'lNDUll. DES VALVULES. 265 

suite d'une induration cartilagineuse, de manière à 
rétrécir considérablement le diamètre de cette artère. 
Cette induration commençait , dans un point, à passera 
Tétat osseux. Le trou de Botal existait encore chez ce 
sujet, qui présentait les symptômes de ce qu'on a appelé 
depuis la maladie bleue (i). 

Vieussens , Hunauld, Bertin père etHorn ont vu des 
exemples d'indurations osseuses ou cartilagineuses des 
valvules des cavités droites (2). De-tous les faits de ce 
genre, il n'y en a pas de plus extraordinaire que celui 
qui a été observé par Grûwel (3). Les valvules tricuspide 
et mitrale étaient cartilagineuses en plusieurs points ; 
de petites concrétions osseuses étaient développées dans 
les parois des veines caves ; des lamelles osseuses s'éten- 
daient de la base de l'oreillette droite au-dessous de la 
membrane interne du ventricule,dont quelques colonnes 
étaient ossifiées ; des lames plus minces et plus étroites, 
osseuses ou cartilagineuses, pénétraient en outre dans la 
substance musculaire des deux ventricules. Un petit 
corps globuleux , creux , percé de deux ouvertures à 
parois cartilagineuses, et en partie osseuses,était enclavé 
entre les valvules de l'artère pulmonaire. Il paraissait 
détaché depuis peu de la cloison inter-ventriculaire , et 
présentait encore à une de ses extrémités des filamens à 
franges, restes de celte adhérence. Quelques ossifica- 



(1) De Sedib. et Caus. morb., xvn, n° 12. 
{1) Kbeysig et Bertin, ouv. cités. 

(3) De Cordis et Vasor. osteogenesi in cjuadragenario ob- 
servala. Halœ, 1-765. 



266 INDURATION DES VALVULES DU COEUR. 

tions existaient, en outre , dans le péricarde , qui adhé- 
rait au cœur. 

Corvisart a rencontré deux fois l'endurcissement car- 
tilagineux de la base de la valvule triscuspide , et on en 
trouve un autre exemple dans le journal qui porte 
son nom (i) , observé chez un général anglais. 

Burns rapporte aussi un exemple (2) d'ossification de 
quelques points de la valvule tricuspide. M. Bertin dit 
avoir rencontré cette altération quatre fois en vingt 
ans y et toujours à l'état cartilagineux. Il a publié un de 
ces cas , dans lequel « les lames de la valvule tricuspide, 
« dures , épaisses et réunies par leurs bords } formaient 
« une espèce de cloison cartilagineuse percée dans son 
« milieu d'un trou où l'on pouvait à peine introduire 
« le bout du petit doigt (3). » J'ai trouvé moi-même 
quelquefois de légères incrustations cartilagineuses, 
soit à la base , soit aux pointes de la valvule tricuspide 
et des sigmoïdes de l'artère pulmonaire. Une seule fois 
j'ai trouvé ces incrustations à l'état osseux ou plutôt 
pétré ; et on peut remarquer que , dans presque tous les 
cas que je viens de citer , l'induration des valvules du 
côté droit était seulement cartilagineuse. 

C'est surtout chez les sujets qui présentaient une com- 
munication contre nature entre les cavités du cœur que 
l'on a trouvé les valvules du côté droit cartilagineuses 



(1) Journal de Médecine, par MM. Corvisart, etc., t. xix, 
p. 468. 

(2) Ouv. cité, chap. 1 , p. 3i. 

(3) Ouv. cité , obs. 54- 



CARACT. ANAT. DE L'iNDURAT. DES VALVULES. 267 

ou osseuses. M. Bertin rapporte un cas de ce genre qui 
lui a été communiqué par M. le docteur Louis , et dans 
lequel il existait une petite ouverture de deux lignes 
entre le ventricule droit et l'origine de l'aorte. Une partie 
de la valvule tricuspide était ossifiée , et les sigmoïdes 
de l'artère pulmonaire formaient une sorte de bourrelet 
fibreux dont l'ouverture avait à peine deux lignes et 
demie (i). Dans un autre cas observé par M. Bertin lui- 
même , le trou de Botal existait , et l'orifice de l'artère 
pulmonaire était « fermé par une cloison horizontale 
<( percée d'un trou de deux lignes et demie de dia- 
« mètre (2). » 

Il est très probable, d'après le rapprochement de ces 
faits, que l'action du sang artériel a une grande influence 
sur la production des ossifications du cœur , et on n'en 
peut guère douter si l'on considère leur extrême fré- 
quence dans les valvules du côté gauche. J'ai trouvé 
quelquefois de légères incrustations cartilagineuses , soit 
à la base, soit sur les pointes de ces valvules. 

L'endurcissement cartilagineux de la valvule mitrale 
affecte quelquefois seulement les bandes ou zones 
fibreuses qui se trouvent dansla duplicature de sa base. Il 
présente alors l'aspect d'un bourrelet assez lisse, quoique 
inégal, qui rétrécit l'ouverture auriculo-ventriculaire. 
La consistance de ce bourrelet est quelquefois tout-à-fait 
semblable à celle d'un cartilage diarthrodial ou des car- 
tilages des côtes ; d'autres fois elle est moindre , et cons- 
titue alors une incrustation cartilagineuse imparfaite, de 

(1) Ouv. cité, obs. 57. 

(2) Ibid., obs. 56. 



268 INDURATION DES VALVULES DU COEUR. 

l'espèce de celles que j'ai décrites ailleurs (i). Dans 
d'autres cas, des incrustations cartilagineuses semblables 
épaississent inégalement le bord libre, le milieu, ou 
même la presque totalité delà valvule; mais, en général, 
elles offrent plus d'épaisseur vers les pointes ou à la base 
que partout ailleurs. 

L'endurcissement osseux se présente avec les mêmes 
circonstances quant au siège, et il offre encore plus 
d'inégalité quant à l'épaisseur. Formé primitivement, 
comme les incrustations cartilagineuses , dans la dupli- 
cature de la membrane qui forme la valvule , il la perce 
assez souvent par ses points les plus saillans, et l'ossifi- 
cation baigne à nu dans le sang, et présente une surface 
rugueuse qui a fait croire à quelques observateurs à 
l'existence d'une carie. Je ne crois pas que ces ossifi- 
cations en soient susceptibles, car elles ne sont jamais 
parfaites \ elles offrent une couleur plus blanche et une 
plus grande opacité que le tissu osseux naturel ; elles se 
broient plus facilement, et le phosphate calcaire y pré- 
domine évidemment davantage ; aussi ces ossifications 
ont- elles été souvent désignées par plusieurs auteurs 
sous le nom de pierres ou de calculs. Elles ressemblent 
effectivement beaucoup à de petites pierres récemment 
brisées et extrêmement inégales^ surtout lorsque, pré- 
sentant un grand nombre d'aspérités elles ont percé et 
détruit dans une assez grande surface la membrane qui 
les recouvrait originairement. 

Lorsque l'ossification affecte le bord de la valvule 

(i) Dictionn. des Scienc. mc'dic, art. Cartilages acci- 
dentels. 



CARACT. ANAT. DE L'iNDURAT. DES VALVULES. 269 

mitrale , les languettes qui la composent sont souvent 
réunies et comme soudées ensemble ; et le rétrécissement 
qui en résulte, en forme de canal ou de fente,, est quel- 
quefois assez considérable pour laisser à peine passer 
une lame de couteau ou une plume d'oie. Dans un cas 
de cette espèce , Corvisart a trouvé l'orifice auriculo- 
ventriculaire réduit à un canal de trois lignes de dia- 
mètre^ et coudé comme le conduit carotidien du tem- 
poral, à raison de l'épaississement considérable qu'avait 
pris la valvule mitrale ossifiée (i). 

Quelquefois , quoique rarement , les cordes tendi- 
neuses qui unissent la valvule mitrale au ventricule 
gauche participent à l'induration cartilagineuse ou os- 
seuse de cette valvule. Corvisart a même vu une fois Fos- 
sification s'étendre à la totalité de l'un de ses pi- 
liers (2). 

L'ossification des valvules sigmoïdes aortiques peut , 
comme celle de la mitrale , commencer par leur base 
ou par leur bord libre : au moins , la fréquence et l'é- 
paisseur plus grande dans ces deux parties , et la rareté 
comparative de l'ossification de la partie moyenne sem- 
blent-elles indiquer que l'ossification commence par 
l'un ou l'autre de ces points. L'ossification du bord 
libre des sigmoïdes paraît prendre plus particulièrement 
son origine dans les petites tubérosités qu'on remarque 
à leur partie moyenne , et qui sont connues sous le nom 
de tubercules d'Arantius. 

Lorsque l'ossification n'occupe que le bord libre des 

(1) Ouv. cite , p. 214. 

(2) Ibid., p. 212. 



27O INDURATION DES VALVULES DU COEUR. 

. r 

valvules sigmoïdes , ou lorsque leur base , quoique éga- 
lement ossifiée, ne présente pas un épaississement con- 
sidérable j et que la partie moyenne de la valvule est 
encore libre dans une certaine étendue , cette valvule 
peut encore s'élever et s'abaisser un peu, et ne gêner 
la circulation que jusqu'à un certain point. Mais lors- 
que l'ossification est très étendue , les valvules se sou- 
dent et se confondent ; elles se courbent et se roulent 
sur elles-mêmes, soit dans le sens de leur concavité, 
soit même dans celui de leur convexité , de manière à 
imiter grossièrement la forme de certaines coquilles. 
Dans cet état, elles deviennent immobiles, et^ suivant 
le sens dans lequel elles se trouvent recourbées, ou 
elles restent appliquées le long des parois de l'aorte et 
n'opposent alors aucun autre obstacle au cours du sang 
que l'épaisseur de l'ossification,, ou elles demeurent 
fixées dans l'état d'abaissement, et rétrécissent considéra- 
blement l'orifice aortique. Assez ordinairement, sur les 
trois valvules il s'en trouve une recourbée en sens diffé- 
rent des deux autres. Corvisart a vu un cas dans lequel 
les trois valvules étaient ossifiées dans le sens de l'abais- 
sement, et n'auraient laissé au sang, pour passer du 
ventricule dans l'aorte, qu'une fente extrêmement 
étroite, si l'une des valvules, quoique ossifiée et très 
épaissie _, n'avait encore conservé vers sa base assez de 
mobilité pour exécuter un mouvement de bascule qui 
augmentait d'une ou deux lignes la largeur de cette 
fente (1). M. Bertin a vu une ossification des trois sig- 



(1) Ouv. cite, p. no. 



CARACÏ. ANAT. DE L'iNDUR. DES VALVULES. 27 I 

moïdes aortiques, dont une avait acquis la grosseur d'un 
œuf de pigeon (i). 

Épaississement osseux et cartilagineux de la 
membrane interne du cœur. — La membrane interne 
qui tapisse les ventricules du cœur est d'une telle ténuité 
que quelques anatomistes ont cru devoir nier son exis- 
tence ; mais dans le cas pathologique dont nous allons 
parler , elle devient tout-à-fait évidente et facile à dé- 
montrer par la dissection. Il est assez commun de trouver 
cette membrane légèrement mais inégalement épaissie 
dans une partie des parois du ventricule gauche, et par- 
ticulièrement aux environs de ses orifices. Dans ces 
points la membrane acquieri une couleur blanche lai- 
teuse ou légèrement jaunâtre et une opacité qui la font 
facilement distinguer. La texture de ces points épaissis 
est semblable à celle des cartilages, mais avec un moindre 
degré de consistance. Je ne pense pas que ces indura- 
tions soient dues à un épaississement réel de la mem- 
brane, mais bien plutôt à la formation d'un cartilage 
imparfait accidentel, de forme aplatie, développé entre 
la surface adhérente de la membrane et les fibres mus- 
culaires du cœur. Cette position de semblables produc- 
tions accidentelles cartilagineuses ou osseuses, que j'ai 
déjà désignée plusieurs fois dans le cours de cet ouvrage 
et ailleurs (2), sous le nom d'incrustation, me paraît 
être le résultat d'une loi de l'économie applicable à toutes 
les plaques cartilagineuses et osseuses que l'on trouve 



(1) Ouv, cité, obs. 53. 

(1) Dictionn. des Scienc. médic, art. Cartilages acci- 
dentels. 



272 INDURATION DES VALVULES DU COEUR. 

fréquemment à la surface des membranes et des organes 
qu'elles revêtent, tels que la plèvre, le péritoine, le 
poumon, la rate^ les artères, etc. Les incrustations des 
valvules du cœur elles-mêmes paraissaient naître tou- 
joursdans leurs du plicatures 5 et, quand elles ne sont pas 
encore très volumineuses , on peut détacher la mem- 
brane interne de leur surface, dans quelques parties. 
J'ai réussi quelquefois à en faire autant pour les épaissis- 
semens de la membrane interne du ventricule gauche. 
Je n'ai jamais observé ces derniers à l'état osseux : mais 
l'observation de Crirwell, que j'ai citée plus haut, paraît 
en offrir un exemple. On en trouve quelques autres dont 
la description laisse également quelque chose à désirer , 
dans des observateurs plus modernes. Kreysig en rap- 
porte un exemple tout-à-fait incontestable (1). Nous 
examinerons, à l'article des incrustations semblables de 
l'aorte , ce que l'on sait relativement à Forigine de ces 
productions. 

ARTICLE II. 

Signes de l'induration cartilagineuse ou osseuse 
des valvules. 

Les signes de Fossification de la valvule mitrale dif- 
fèrent peu de ceux qui annoncent celle des valvules 
sigmoïdes. Le principal signe de l'ossification de la val- 
vule mitrale est , suivant Corvisart , « un bruissement 
« particulier difficile à décrire, sensible à la main 
« appliquée sur la région précordiale (2). » 



(1) Ouv. cité, vol. m, p. 43. 

(2) Ibid., p. 9.40. 



SIGNES DE L'INDURATION DES VALVULES. 273 

Ce bruissement n'est autre chose que le frémissement 
cataire dont nous avons déjà parlé ( pag. 122). Ce signe 
se rencontre effectivement très souvent lorsque l'ossifi- 
cation de la valvule mitrale ou des sigmoïdes de l'aorte 
est portée à un haut degré : mais , comme nous l'avons 
déjà dit , il peut exister , quoique les valvules soient 
tout-à-fait saines , et il manque presque toujours lors- 
que l'induration osseuse ou cartilagineuse n'est pas por- 
tée assez loin pour obstruer notablement les passages. 

Le bruit de soufflet accompagne beaucoup plus con- 
stamment l'ossification des valvules ; il est inhérent à la 
contraction de l'oreillette gauche lorsque la valvule 
mitrale est affectée, et à celle du ventricule quand 
l'induration affecte les sigmoïdes de Taorte. Mais ce 
phénomène manque aussi lorsque l'affection est légère; 
et , comme il est d'ailleurs très commun dans les cœurs 
tout-à-fait sains , on n'en peut rien conclure comme 
signe du cas dont il s'agit , que quand il se trouve joint à 
d'autres circonstances propres à confirmer le diagnostic : 
ainsi \ quand le bruit de soufflet , de lime ou de râpe 
persévère d'une manière continue ou même intermit- 
tente, pendant plusieurs mois, dans l'oreillette gauche, 
quand il n'existe que là , quand il a lieu même dans les 
momens de calme et après un long repos, quand il dimi- 
uue à peine après la saignée, ou quand, en disparaissant, 
dans cette circonstance , il laisse encore quelque chose 
d'âpre dans le bruit de la contraction de Foreillette , 
quand surtout le frémissement cataire s'y joint, on 
peut affirmer qu'il y a rétrécissement de l'orifice auri- 
culo-ventriculaire gauche , rétrécissement qui est plus 
souvent dû à l'ossification de la valvule mitrale qu'à 
ni. 18 



274 INDURATION DES VALVULES DU COEUR. 

toute autre cause. Si les mêmes phénomènes ont 
lieu avec les mêmes circonstances dans le ventricule 
gauche, on pourra de même affirmer qu'il y a rétré- 
cissement de l'orifice de Faorte. J'ai reconnu trois ou 
quatre fois à ces signes, depuis quatre ans , les lésions 
dont il s'agit. On trouve trois exemples du même dia- 
gnostic , également vérifié par l'autopsie, dans l'ouvrage 
de M. Berlin (i) , et un autre dans le recueil d'observa • 
tions publié par le docteur John Forbes (2). Mais si ces 
phénomènes n'ont lieu que pendant un temps . même 
assez long, deux ou trois mois, par exemple, ou s'ils ac- 
compagnent le redoublement d'une autre maladie ner- 
veuse ou organique du cœur , on ne doit plus y avoir 
confiance, puisque tous les faits que nous avons exposés 
ci -dessus prouvent que les phénomènes dont il s'agit ne 
sont pas dus , comme on pourrait le soupçounner au 
premier abord , au passage du sang sur une surface plus 
ou moins raboteuse, mais bien à l'énergie spasmodique 
<jue doit acquérir la contraction musculaire pour vaincre 
l'obstacle opposé par le rétrécissement. Or, toutes les 
causes autres qu'un rétrécissement , qui peuvent déter- 
miner la contraction spasmodique du cœur , peuvent 
également produire le bruit de soufflet et le frémissement 
cataire. Sous ce rapport, j'ai attaché , dans la première 
édition de cet ouvrage , trop d'importance comme 
signes à l'existence du frémissement cataire et du bruit 

(1) Ouv. cité , obs. 49; 5o, 5i. 

(2) Original cases with dissections and Observations illus- 
trating the use of the stéthoscope, etc., obs. 7. London , 
1824. 



SIGNES DE L'INDURATION DES VALVULES. a^l 

de soufflet, que je ne connaissais encore que très impar- 
faitement (i). 

Au reste , un léger degré d'induration cartilagineuse , 
pétrée ou calcaire, des valvules peut exister longtemps 
sans altération sensible dans la santé et même dans l'ac- 

(i) Il ne faudrait pas , en effet , attacher trop d'importance 
comme signes à l'existence du bruil de soufflet ; mais je crois, 
comme je l'ai déjà dit (p. 107), qu'on peut avoir quelque con- 
fiance dans le bruit dérape accompagné du frémissementcataire. 
Je suis surpris que mon cousin n'ait pas fait cette distinction. 
Le bruit de soufflet n'acquiert que bien rarement, et seulement 
par intervalles, les caractères du bruit de râpe. Quand ce der- 
nier existe, on peut être sûr qu'il y a un obstacle au cours du 
sang par suite de quelque affection des valvules. Mais il peut 
arriver que l'obstacle existe, etqu'il n'y ait pas de bruit de râpe. 
J'ai trouvé plusieurs fois les sigmoïdes de l'aorte ossifiées chez 
des sujets dont les baltemens du cœur n'avaient offert aucune 
anomalie, si ce n'est peut-être une augmentation d'impulsion. 
Je n'ai pas souvenir d'avoir trouvé la mitrale ossifiée sans qu'il 
y eût quelque altération dans la contraction des oreillettes, ou, 
en d'autres termes , dans le second bruit du cœur. 

Je ferai remarquer encore, à ce propos, combien ce bruit de 
râpe coïncidant tantôt avec la contraction des ventricules , et 
tantôt avec celle des oreillettes, c'est-à-dire avec le premier ou 
le second bruit du cœur, suivant que l'induration a son siège 
dans les valvules sigmoïdes ou dans la valvule mitrale, décon- 
certe les objections de M. Turner sur la cause du second bruit 
du cœur ( Voy. plus haut, p. 48). Je suis surpris même que cet 
honorable professeur n'ait pas été tout d'abord arrêté par cette 
réflexion, ou n'ait pas commencé par nous dire comment il 
comprenait le bruit de soufflet ou de râpe coïncidant avec le 
second bruit du cœur, sans rapporter ce dernier à la contraction 
des oreillettes. M. L. 



2n6 induration des valvules du coeur. 
tion du cœur , et , avec des moyens hygiéniques et des 
saignées faites à propos, on peut souvent prolonger 
longtemps l'existence de malades qui présentent tous 
les signes d'un rétrécissement considérable des orifices 
du cœur. L'observation suivante en offrira la preuve. 

Obs. XL VIII- Maladie du cœur. — Bruit de râpe et 
frémissement cataire pendant la contraction des oreil- 
lettes du cœur. — - Louis Ponsard , âgé de seize ans , 
jardinier, d'une taille un peu au-dessous de la moyenne, 
d'une forte constitution, d'un embonpoint musculaire 
et graisseux remarquable , et ayant toutes les apparences 
de la santé la plus florissante , entra à l'hôpital Necker 
le ii février 1819, se plaignant d'oppression et de pal- 
pitations de cœur. Ces accidens duraient depuis deux 
ans ; ils avaient commencé tout-à-coup un jour que le 
malade était occupé à voiturer de la terre dans une 
brouette. Des battemens violens du cœur , accompagnés 
d'oppression , de crachement de sang ei d'hémorragie 
nasale, et survenus sans aucune incommodité préalable, 
le forcèrent de s'arrêter au milieu de son travail. Ces 
accidens se calmèrent par le repos ; mais ils reparurent 
depuis toutes les fois que le malade essaya de se livrer 
de nouveau à des exercices un peu pénibles. Il changea 
alors de métier > et entra dans une manufacture de pa- 
pier. L'occupation qu'on lui donna étant encore trop 
fatigante, les accidens devinrent plus fréquens. Le len- 
demain de son entrée à l'hôpital , il présenta les sym- 
ptômes suivans : 

La respiration s'entendait très bien dans toutes les 
parties de la poitrine,, qui d'ailleurs résonnait bien par- 



SIGNES DE i/lNDUHATlON DES VALVULES. 277 

tout; la main, appliquée sur la région du cœur, en 
sentait les battemens avec assez de force , et percevait 
en outre la sensation que nous avons exprimée sous le 
nom de frémissement cataire. Ce frémissement n'était 
pas tout-à-fait continu, mais avait lieu par saccades ré- 
gulières, également longues, sans intermittences. Elles 
n'étaient pas isochrones au pouls , et paraissaient plutôt 
alterner avec lui. 

Cette sensation ne consistait pas seulement dans la 
perception du tact, il semblait aussi que l'ouïe y fût 
pour quelque chose , quoiqu'on n'entendît rien en reti- 
rant la main. Le stéthoscope, appliqué entre les carti- 
lages des cinquième et septième côtes gauches , faisait 
entendre les contractions du cœur de la manière sui- 
vante : La contraction de l'oreillette, extrêmement pro- 
longée , se faisait avec un bruit sourd, mais fort et tout- 
à-fait semblable à celui d'un coup de lime donné sur du 
bois. Ce bruit était accompagné d'uri frémissement 
sensible à l'oreille, et qui était évidemment le même 
que celui que l'on sentait à la main. A la fin de la 
contraction, on distinguait, à un bruit plus éclatant 
accompagné d'impulsion , et tout-à-fait isochrone au 
pouls , la contraction du ventricule , qui était des trois 
quarts plus courte. Ce bruit avait aussi quelque chose 
de dur et d'âpre. 

Sous la partie inférieure du sternum , les contractions 
du cœur se présentaient d'une manière tout-à-fait dif- 
férente. L'impulsion du ventricule droit était très forte; 
sa contraction , accompagnée , en outre , d'un son assez 
marqué, était d'une durée ordinaire, c'est-à-dire deux 
fois plus longue que celle de l'oreillette. Le bruit de cette 



278 INDURATION DES VALVULES DU COEUR. 

dernière était un peu obtus , mais sans rien d'analogue 
au frémissement observé à gauche. 

Le cœur s'entendait au-dessous des deux clavicules et 
dans les deux côtés de la poitrine , mais faiblement, sur- 
tout à droite. Dans toute l'étendue du sternum , et dans 
le côté droit, ainsi que sous la clavicule gauche, les con- 
tractions du cœur présentaient le même rhythme que 
sous la partie inférieure du sternum. Dans le côté 
gauche , au contraire , on entendait le bruissement de 
l'oreillette gauche décrit ci- dessus, mais beaucoup plus 
faiblement qu'à la région précordiale gauche (1). 

D'après ces signes , je portai le diagnostic suivant : 
Ossification de la valvule mitrale ; légère hypertrophie 
du ventricule gauche ; peut-être légère ossification des 
valvules sigmoïdes de l'aorte ? hypertrophie forte du 
ventricule droit. 

Le pouls était assez fort et très régulier ; la face n^avait 
d'autre coloration que celle que donne la jeunesse et la 
santé 5 la langue était belle, l'appétit assez bon, les selles 
et les urines dans Tétat naturel. Il n'y avait jamais eu 
d'infiltration des extrémités ; mais le sommeil était ha- 

(1) D'après cet exemple , ainsi que d'après quelques autres 
observations analogues, je pense que, lorsqu'on entend les 
battemens du cœur dans les deux côtés, on n'entend dans chacun 
d'eux que ceux de l'oreillette et du ventricule correspondant ; 
que sous le haut du sternum et les deux parties antérieures su- 
périeures de la poitrine, au contraire, on entend les battemens 
des deux côtés du cœur à la fois. Ici on ne pouvait, par cette 
raison , distinguer dans ces derniers points le bruissement de 
l'oreillette couvert par le son plus éclatant des cavités droites. 

Note de l'auteur. 



SIGNES DE L'INDURATION DIS VALVULES. ï*)§ 

bituellement troublé par des rêves effrayans, et le ma- 
lade ne pouvait se livrer à aucun exercice pénible , ni 
même mircher un peu vite , sans éprouver des palpita- 
tions fortes et se sentir menacé de suffocation. 

Quatre saignées pratiquées à quelques jours d'in- 
tervalle soulagèrent considérablement le malade. Dès 
la première, le pouls devint plutôt faible que fort, et 
ce caractère n'a pas changé depuis. Immédiatement 
après chaque saignée, le frémissement cataire cessait 
d'être sensible à la main , et le bruissement de l'oreil- 
lette^ au lieu d'être analogue à un coup de lime, de- 
venait semblable au bruit d'un soufflet dont on main- 
tient la soupape ouverte avec le doigt. Même après la 
saignée, l'impulsion du ventricule droit était toujours 
très forte. 

Après un mois de séjour à l'hôpital , îe malade étant 
fort bien , a son avis, demanda sa sortie. Il revint plu- 
sieurs fois me consulter , et je le fis saigner de temps en 
temps. 

En 1822, il est venu me consulter de nouveau. lia 
abandonné le métier de jardinier et est devenu domes- 
tique d'un prêtre qui ne lui fait faire que des travaux 
peu pénibles. Depuis ce temps , il souffre peu : les mêmes 
symptômes existent; mais ils sont moins fortement pro- 
noncés. 

L'ossification, et surtout l'induration cartilagineuse 
des valvules du côté gauche du cœur , n'est pas rare 
a un léger degré; mais elle l'est beaucoup à un degré 
tel qu'elle gêne notablement la circulation , et puisse 
donner des signes de son existence. Cette assertion peut 



280 INDURATION DES VALVULES DU COEUR. 

paraître contradictoire à celle de Corvisart , qui regarde 
l'endurcissement cartilagineux ou osseux des valvules 
sigmoïdes aor tiques surtout comme la plus fréquente 
des altérations organiques du cœur. Cette contradiction 
n'est cependant qu'apparente. Je ne regarde point l'os- 
sification des valvules comme une chose rare. Je puis 
même rendre témoignage de l'exactitude de l'assertion de 
Corvisart pour le temps dans lequel il observait. La 
plupart des observations consignées dans son ouvrage 
ont été recueillies à l'époque où je suivais ses leçons ; et 
dans l'espace d'environ trois ans, j'ai vu à sa clinique 
plus d'ossifications graves des valvules que je n'en ai 
rencontré dans les vingt années qui se sont écoulées 
depuis. 

Cette lésion organique n'est pas la seule des maladies 
chroniques qui présentent des inégalités de fréquence en 
différens temps. Beaucoup d'autres affections que l'on 
ne regarde pas communément comme soumises à Fin- 
fluence de la constitution médicale sont réellement 
beaucoup plus fréquentes dans certains temps que dans 
d'autres. Parmi les maladies organiques chroniques, 
le cancer de l'estomac me paraît aussi beaucoup plus 
rare depuis quelques années. J'en dirai autant de plu- 
sieurs espèces de productions accidentelles du nombre 
de celles que l'on confond communément sous le nom 
de cancers , et que je n'ai pas revues une seule fois 
depuis neuf ans, quoique j'eusse vu chacune d'elles 
plusieurs fois dans le cours de chaque année antérieure. 
Je n'ai rencontré que chez un seul sujets dans le même 
espace de temps, la variété des tubercules comménçans 
que Bayle a décrite sous le nom de granulations mi- 



SIGNES DE L'INDURATION DES VALVULES. 28 1 

liaires , et dont il a parlé comme d'une chose assez com- 
mune. 

On peut faire la même remarque relativement à plu- 
sieurs espèces de maladies nerveuses , et entre autres la 
manie , l'épilepsie , les rachialgies et même la rachialgie 
saturnine. Bayle avait remarqué que cette dernière ma- 
ladie était plus commune de temps en temps, sans qu'on 
pût attribuer cette fréquence à des travaux plus consi- 
dérables que de coutume dans les arts où l'on emploie le 
plomb. Je sais que les différences dont je viens de parler 
peuvent quelquefois tenir à des circonstances indépen- 
dantes de la fréquence relative réelle des maladies ; que 
le hasard ou la confiance du public peuvent quelquefois 
présenter à un médecin un plus grand nombre de mala- 
dies semblables que celui qui sera observé dans le même 
temps par ses confrères ; mais cependant cette inégalité 
de fréquence me paraît trop constante et trop marquée 
dans les hôpitaux, pour qu'elle ne tienne pas à des causes 
plus générales. 

L'exactitude de l'assertion de Laënnec , relativement au 
cancer de l'estomac , qui serait, selon lui, moins fréquent 
qu'autrefois , me paraît au moins fort douteuse , et , pom- 
ma part, je ne saurais l'admettre comme fondée. Je sais 
bien qu'il y a des temps où chaque observateur rencontre 
coup sur coup , en quelque sorte , des lésions organiques de 
même nature; puis beaucoup de temps s'écoule, sans qu'il 
retrouve ces mêmes lésions : mais c'est là un pur effet du 
basard ; et si Laënnec s'était enquis , par exemple , auprès 
de ses confrères qui observaient dans d'autres hôpitaux , si le 
cancer d'estomac, qu'il regarde comme devenu plus rare, 
était aussi souvent rencontré par eux , il me paraît très vrai- 



282 INDURATION DES VALVULES DU COEUR, 

semblable que les uns eussent été de son avis , et que d'autres, 
au contraire , eussent professé une opinion inverse , et cela en 
raison du nombre variable de cas observés par chacun. Il pa- 
raîtra , du reste, assez naturel que Laënnec s'étant beaucoup 
plus occupé, pendant le laps de temps qu'il indique ici, des 
maladies de la poitrine que de celles de l'abdomen, moins 
d'affections des organes abdominaux aient fixé son attention • 
et les observant moins , il aura conclu à tort à leur plus grande 
rareté. Il n'est presque pas d'auteurs de monographie qui n'im- 
prime, dans son avant-propos, que la maladie qui a fait l'objet 
spécial de ses recherches est une des plus fréquentes qui 
sévissent sur l'espèce humaine; et presque toujours cette fré- 
quence est exagérée par lui : ce qu'il a vu le trompe à cet égard. 
Quant à ce que dit Laënnec, un peu plus bas , du plus grand 
nombre de coliques saturnines qu'on observe dans certains temps, 
je suis de son avis; mais je n'en suis plus, lorsqu'il avance 
qu'on ne saurait trouver la cause de cette variété de fréquence : 
je l'ai toujours trouvée, cette cause, dans quelques circonstances 
qui ont pour résultat de modifier le travail auquel se livrent les 
ouvriers qui manient le plomb. Nul doute qu'autour de nous ne 
se développent, de temps en temps, des conditions qui nousres- 
tent inconnues, et qui ont pour effet d'apporter de notables mo- 
difications dans la nature des maladies et dans leurs symptômes; 
c'est làcequi crée les diverses constitutions médicales, dont on 
ne saurait nier la réalité. Ainsi , le choléra, qui vient de faire 
le tour du globe, est le fruit d'une de ces constitutions. Mais il 
faut prendre garde d'abuser d'une semblable expression , et ne 
pas se dispenser, sous une aussi commode égide, de rechercher 
toutes les circonstances appréciables sous l'influence desquelles 
une maladie peut se développer ou se modifier. S'il arrive un 
jour que toutes ces circonstances puissent être saisies , le mot 
si controversé et si diversement interprêté de constitution 
médicale devra être rayé de notre langage. 



INSUFFISANCE DES VALVULES DU COEUR. 283 

Ce n'est pas seulement en supposant à la libre sortie du sang 
des diverses cavités du cœur, que les maladies des valvules 
peuvent gêner la circulation, et devenir, pour cet organe, une 
cause d'anévrysme. Il est un autre cas qui n'a été étudié que 
depuis Laënnec, et dans lequel les valvules sont altérées de telle 
sorte qu'elles ne peuvent plus s'opposer au reflux du sang dans 
la cavité qu'il vient de quitter; elles sont donc devenues insuf- 
fisantes pour remplir l'usage auquel elles sont destinées, et, en 
raison de cette circonstance , la maladie qui en résulte est au- 
jourd'hui connue généralement sous le nom à 1 insuffisance des 
valvules. 

Plusieurs altérations, dénature différente, peuvent empêcher 
l'occlusion complète des valvules, et amener ainsi leur insuf- 
fisance. Ces altérations sont spécialement les suivantes : 

i° La déformation des valvules , soit par suite de l'épaississe- 
ment et de l'induration qu'a subie leur tissu, soit par suite du 
dépôt cartilagineux ou osseux dont elles sont devenues le siège. 
Souvent alors ces replis membraneux perdent leurs dimensions 
accoutumées; leurs bords libres cessent de se toucher, et quel- 
quefois même ils sont devenus comme des corps immobiles , 
qui ne peuvent plus ni s'abaisser, ni s'élever, que d'une manière 
au moins très incomplète. 

2° Le raccourcissement des tendons qui , des colonnes char- 
nues , se portent aux valvules tricuspides ou mitrale. Ce cas 
rare a été vu et décrit par le docteur Hope. 

3° Des végétations, qui, développées sur l'une ou sur l'autre 
face des valvules, et surtout près de leur bord libre, en gênent 
les mouvemens, et s'opposent à leur complet redressement. 

4° Une destruction plus ou moins étendue des valvules du 
côté de leur bord libre : une endocardite aiguë ou chronique 
peut amener cette sorte d'altération. 

5° La perforation de ces mêmes valvules en un ou en plu- 
sieurs points de leur étendue : il en résulte un reflux du sang , 



284 INSUFFISANCE DES VALVULES DU CŒUR. 

plus ou moins considérable suivant la grandeur et le nombre 
des ouvertures accidentelles qui se sont ainsi formées. 

6° La rupture ou la déchirure des valvules. Cette sorte d'al- 
tération , ainsi que la précédente , m'ont paru succéder, toutes 
les fois que je les ai rencontrées , soit à une ulcération qui 
commençait sur l'une des faces des valvules , et qui s'étendait 
en profondeur, soit à un ramollissement et à une augmentation 
de friabilité du tissu des valvules. 

n° L'adhérence d'une ou de plusieurs des valvules sigmoïdes 
à la surface interne de l'artère à laquelle elles appartiennent. 
Je n'ai jamais constaté ce genre de lésion dans l'artère pulmo- 
naire , mais je l'ai plus d'une fois trouvé dans l'aorte. Les 
valvules adhérentes ne peuvent plus se soulever à chaque dia- 
stole du ventricule gauche; et celui-ci , chaque fois qu'il se di- 
late , doit dès lors se laisser pénétrer par le sang qu'il avait 
chassé de sa cavité par sa contraction précédente. J'ai vu de 
ces cas où une valvule entière était ainsi maintenue immo- 
bile dans presque toute son étendue sur l'aorte : j'ai vu plus 
fréquemment des cas où l'adhérence , beaucoup plus limitée , 
n'avait lieu qu'en un ou deux points, à l'aide de brides de 
longueur variable. Dans ces cas divers, comment méconnaître 
un travail inflammatoire qui a laissé ces adhérences comme 
traces de son passage? 

8° Une largeur trop grande des orifices artériels. Cette cause 
d'insuffisance valvulaire me paraît avoir été, jusqu'à présent, 
plutôt supposée que réellement observée ; en effet , dans les 
cas où les artères qui partent des ventricules du cœur viennent 
a prendre une aire plus considérable; les valvul es sigmoïdes 
doivent s'agrandir à mesure, et suivre, dans leur développe- 
ment, celui de l'artère à l'origine de laquelle elles se trou- 
vent placées; elles ne sauraient donc, en pareil cas, devenir in- 
suffisantes. 

9° Un vice congénital dans la conformation des orifices du 
cœur ou des valvules qui les bordent. Cette conformation peut 



INSUFFISANCE DES VALVULES DU COEUR. ^85 

être telle , qu'en se redressant ces replis ne s'adaptent pas 
exactement par leurs bords libres , d'où résultera encore leur 
insuffisance. De pareils cas , du reste, me paraissent être fort 
rares; on en a cependant observés. 

L'insuffisance des valvules, due aux causes diverses que je 
viens de mentionner, a été observée aux divers orifices du cœur: 
on l'a bien plus souvent constatée à gauche qu'à droite, et en 
cela elle suitla loi de toutes les autres altérations de l'endocarde. 

Les valvules du cœur ne peuvent pas devenir insuffisantes, 
sans qu'il en résulte un certain nombre de phénomènes, que la 
théorie pouvait facilement prévoir, et dont l'observation 
constate la réalité. 

Et d'abord , s'il arrive qu'une cavité quelconque du cœur 
reçoive pendant sa dilatation, par le fait d'une insuffisance 
valvulaire, une partie du sang qui vient d'en sortir, en surplus 
de celui qui doit normalement y affluer, il doit en résulter, 
pour les parois de cette cavité, la nécessité de se contracter avec 
plus de vitesse et d'énergie, pour se débarrasser de l'excès de 
sang qu'elle a reçue ; et ainsi , l'on verra peu à peu le cœur 
s'hypertrophier , et ses cavités se dilater , absolument comme 
dans le cas où, par suite du rétrécissement d'un de ses orifices, 
le sang contenu dans la cavité située au-dessus de ce dernier 
exige un plus grand effort de la part du cœur pour en être 
chassé complètement. L'insuffisance valvulaire doit donc, au 
bout d'un temps plus ou moins long, produire les divers acci- 
dens auxquels donnent naissance soit l'hypertrophie des parois 
du cœur, soit la dilatation de ses cavités avec rétrécissement de 
ses orifices ou auriculo-ventriculaires ou artériels. 

Mais, de plus , l'insuffisance valvulaire développe d'autres 
phénomènes qui lui appartiennent beaucoup plus exclusive- 
ment, et qui peuvent devenir autant de signes à l'aide des- 
quels il devient possible de diagnostiquer une pareille affection. 

Ces phénomènes peuvent être observés ou à la région même 
du cœur, ou sur le trajet des différentes artères. 

A la région du cœur, l'on reconnaît l'existence du bruit de 



286 INSUFFISANCE DES VALVULES DU COEUR, 

soufflet. Le moment du battement du cœur pendant lequel on 
entend ce bruit, et le lieu où on l'entend , peuvent faire dé- 
couvrir plus ou moins sûrement quel est l'orifice dont les val- 
vules sont devenues insuffisantes. 

Si le bruit de soufflet est perçu pendant le premier des deux 
bruits que l'on entend pendant chaque battement du cœur, 
l'insuffisance, en supposant qu'elle existe, doit avoir pour siège, 
les valvules tricuspide ou mitraie. S'il a lieu pendant le second 
bruit c'est dans les valvules sigmoïdes qu'il faut placer l'insuf- 
fisance: en supposant toujours que d'autres signes portent à 
admettre cette insuffisance, car nous savons, du reste, que bien 
d'autres lésions peuvent donner naissance au bruit de soufflet. 

Jja théorie de la production du bruit de soufflet par l'insuf- 
fisance valvulaire explique sa manifestation pendant les mo- 
mens déterminés de chaque battement du cœur qui viennent 
d'être indiqués. Ou ne peut effectivement concevoir, en pareil 
cas, l'apparition du bruit de soufflet , qu'en admettant qu'en 
entrant, contre les lois de son cours, soit dans les ventricules, 
soit dans les oreillettes , le sang exerce sur les valvules qu'il 
traverse à rebours un frottement qui se traduit à notre oreille 
par une sensation de souffle. Si donc l'insuffisance existe dans 
les valvules qui bordent les orifices auriculo-ventriculaires, 
c'est pendant îa systole des ventricules que le sang refluera 
dans les oreillettes ; et, par conséquent, c'est pendant la durée 
du premier bruit du cœur que le bruit de soufflet devra être 
entendu , soit faible, et marquant seulement la fin de la con- 
traction du ventricule , soit intense, et couvrant tout le pre- 
mier bruit du cœur. Si, au contraire, l'insuffisance réside dans 
les valvules artérielles, ce sera pendant la diastole des ventri- 
cules que le sang refluera de l'aorte ou de Tarière pulmonaire 
dans ceux-ci; et, par conséquent, ce sera pendant la durée du se- 
cond bruit du cœur que le souffle apparaîtra. On comprend main- 
tenant que des cas plus complexes peuvent se présenter : tel est 
celui où deux orifices présenteraient à la fois une insuffisance; 
tel est encore celui où, en même temps, par exemple, que les 



INSUFFISANCE DES VALVULES DU COEUR. 287 

valvules sigmoïdes de l'aorte seraient devenues insuffisantes, la 
valvule mitrale ou l'orifice qu'elle borde seraient altérés de 
manière à empêcher le sang d'arriver librement dans le ven- 
tricule gauche: dans ces cas divers , un double bruit de soufflet 
pourrait se faire entendre. 

Le lieu où Ton perçoit le bruit de soufflet est une autre cir- 
constance qu'il faut prendre en considération, lorsqu'il s'agit 
de déterminer à quel orifice du cœur existe l'insuffisance. Un 
interne distingué de la Charité , M. Roger, a fait connaître plu- 
sieurs faits d'où il résulte que , lorsque le bruit de soufflet se 
fait exclusivement entendre vers la pointe du cœur, et pendant 
la durée de la contraction des ventricules, il se lie spécialement 
à l'insuffisance de la valvule mitrale. Si , au contraire, ce bruit 
de soufflet était perçu vers la basedu cœur, et toujours pendant 
la durée de la systole ventriculaire, on déviait plutôt être porté 
à admettre l'existence d'un rétrécissement de l'orifice aortique ; 
et de même ce bruit de soufflet entendu vers la pointe du 
cœur pendant la durée de la diastole ventriculaire , indique- 
rait plutôt un rétrécissement de l'orifice auriculo-ventriculaire } 
entendu vers la base du cœur pendant la durée de cette même 
diastole, il dénoterait une insuffisance des valvules aortiques. 

L'examen des artères peut encore fournir quelques signes 
dont on pourra s'aider pour reconnaître une insuffisance val- 
vulaire^et spécialement celle des valvules sigmoïdes de l'aorte. 
Toutes ces artères, celles du moins d'un assez gros calibre, 
comme les carotides, les humérales , les fémorales, présentent 
des battemens qui sont beaucoup plus sensibles à la vue que 
dans l'état ordinaire : la peau en est fortement soulevée. Si l'on 
appuie le doigt sur ces artères , on est frappé de la force de 
leurs battemens, qui sont comme vibrans; ils offrent en même 
temps une fréquence insolite. Si enfin on applique l'oreille 
armée du stéthoscope, sur le trajet de l'aorte , tant en avant le 
ong du sternum , qu'en arrière le long de la colonne verté_ 
brale ; si on l'applique aussi sur le trajet des parotides, et des 
différentes artères superficielles des membres tant supérieurs 



a88 INSUFFISANCE DES VALVULES DU CŒUR, 

qu'inférieurs , on entend un bruit de soufflet très distinct : ce 
bruit peut être borné toutefois à l'aorte ascendante, aux caro- 
tides et aux sous-clavières. 

La maladie dont je viens de retracer les principaux traits 
a été signalée pour la première fois à l'attention des observa- 
teurs par un médecin anglais, par le docteur Corrigan. Depuis 
la publication du mémoire de ce dernier, elle a été étudiée et 
décrite en France par plusieurs auteurs, et, en particulier, par 
M. Aristide Guyot qui en a fait le sujet d'une très bonne Dis- 
sertation inaugurale. M. Littré a consacré aussi un excellent ar- 
ticle à la description de cette maladie , dans le Répertoire gé- 
néral des Sciences médicales . 

Je ne sache pas qu'on ait encore publié d'observations relatives 
à l'insuffisance des valvules sigmoïdes de l'artère pulmonaire : 
je rappellerai donc ici un fait remarquable sous plus d'un 
rapport, et où cette insuffisance me parait avoir existé. Ce fait 
a été consigné par le docteur Burnett dans le nouveau Journal 
Hebdomadaire y t. I er . 

Chez une petite fille, âgée de sept ans , morte à l'hôpital des 
enfans, ce médecin trouva une hypertrophie considérable des pa- 
rois du ventricule droit, et en même temps une altération des val- 
vules sigmoïdes de l'artère pulmonaire. L'orifice de cette artère 
était fermé incomplètement par une memhraneque constituait 
un tissu jaune élastique , et qui , épaisse au moins comme 
trois feuilles de papier réunies, présentait, du côté de l'artère, 
une convexité que la pression n'effaçait pas. Cette membrane 
qui remplaçait les valvules était fixée aux parois artérielles 
par trois petits freins de même nature qu'elle, et au ventricule 
par un cercle ligamenteux jaunâtre -, elle était percée à son 
centre par une ouverture ovalaire d'une ligne et demie de dia- 
mètre. A la surface du ventricule droit existaient quelques pla- 
ques blanchâtres, et la valvule tiïcuspîde présentait quelques 
points d'ossification. On avait entendu, pendant la vie un 
bruit de soufflet très étendu à la partie antérieure du thorax • 
il y avait eu aussi anasarque. Andral. 



POLYPES DU COEUR ET DES VAISSEAUX. 289 

CHAPITRE XVIII. 

DES CONCRÉTIONS DU SANG , DITES VULGAIREMENT 
POLYPES DU COEUR ET DES VAISSEAUX. 

Une opinion répandue parmi les médecins du der- 
nier siècle , et actuellement encore dans le public , 
attribue aux concrétions dites polypeuses du cœur 
et des gnos vaisseaux les maladies qui dépendent 
réellement de l'hypertrophie ou de la dilatation de 
cet organe. Cette opinion est erronée, car les concré- 
tions dont il s'agit se rencontrent très-communément 
chez des sujets qui n'ont jamais éprouvé aucun 
symptôme des maladies du cœur. Les trois quarts 
des cadavres en présentent, quelle que soit la mala- 
die qui ait causé la mort. Peut-être même l'influence 
de la constitution régnante contribue-t-elle à leur 
formation autant que l'état particulier du sujet. J'ai 
remarqué au moins que, dans certains temps , on en 
rencontre beaucoup plus fréquemment de très volu- 
mineuses. Cependant on tomberait dans une autre 
erreur si l'on pensait , comme quelques médecins et 
physiologistes de nos jours, que ces concrétions ne 
commencent à se former qu'au moment de la mort; 
ou même, comme Pasta et Morgagni, qu'elles peu- 
vent quelquefois commencer seulement dans l'ago- 
' nie (1). Beaucoup d'autres faits prouvent que le sang 
peut se concréter, quoique encore renfermé dans ses 
vaisseaux et soumis à la circulation. Sans parler des 
anévrysmes, dans lesquels on trouve des couches 



(1) De Sedib. et Caus. morb., epist. xxiv, n. 30. 
ni. 19 



2QO POLYPES DU COEUR ET DES VAISSEAUX. 

nombreuses de fibrine coagulée, stratifiées en quel- 
que sorte l'une sur l'autre, et dont le degré de 
consistance ou même de décomposition prouve évi- 
demment l'ancienneté, on rencontre quelquefois des 
veines et même des artères d'un assez gros volume 
totalement obstruées par de la fibrine concrétée , 
très-dure et adhérente aux parois des vaisseaux, 
dont le calibre paraît ordinairement rétréci dans 
ces endroits. 

Haller a vu l'artère carotide gauche et la veine ju- 
gulaire interne du même côté ainsi obstruées. On 
pouvait , il est vrai , attribuer l'obstruction de l'artère 
à un anévrysme considérable de l'aorte, qui existait 
chez le même sujet; mais celle de la veine reste tou- 
jours inexplicable (i). Le même observateur a ren- 
contré, chez une femme d'environ quarante ans, la 
veine cave inférieure obstruée de la même manière 
dans l'espace compris entre les veines rénales et ilia- 
ques. La circulation se faisait, chez cette femme, par 
la veine spermatique droite, qui était extrêmement 
dilatée (2). Vinckler, prosecteur à l'université de 
Gottingue , a décrit un cas analogue (3). Stancari et 
Iîonaroli ont trouvé une obstruction semblable des 
veines caves , émulgente , épigastrique , iliaque pri- 
mitive et iliaque antérieure (4). Morgagni, à qui ce 
fait avait été communiqué par Stancari, pense que, 
dans ce cas comme dans ceux observés par Haller, 

ww*>* — *** — — — — i — ^— — — — — — * 

(1) Opiiscut. pathol., ohs. 23. 

(2) Opuscui. pathol., obs. 24. 

(5) Dissert. d& Fasorum iithiasi, sect 1, § 6. 
V4) Morgagni, op. cit., epist. xiv, n. 9. 



POLYPES DU COEUR ET DES VAISSEAUX. 29 1 

il y avait eu obstruction préalable de la veine , puis 
concrétion du sang après la mort (i). Cette opinion 
me paraît inadmissible, d'après l'examen attentif de 
ces faits et d'après les cas semblables que j'ai ob- 
servés. 

J'ai rencontré, il y a plus de vingt ans, chez une 
phthisique , la veine cave inférieure oblitérée dans 
une longueur de plus de quatre travers de doigt , et 
rélrécie dans le même endroit de près de moitié. 
L'obstruction avait lieu au moyen d'une concrétion 
fibrineuse blanchâtre qui remplissait la totalité de 
la veine. Ses couches extérieures , fortement adhé- 
rentes à la membrane interne de la veine, étaient 
tout-à-fait semblables à la couenne inflammatoire 
qui se forme sur le sang tiré par la saignée ; mais 
elles avaient une consistance beaucoup plus forte. 
Les couches intérieures, au contraire, avaient une 
couleur jaunâtre, une opacité plus complète, et une 
consistance friable, analogue à celle de certains fro- 
mages; et par conséquent elles ressemblaient entiè- 
rement à la fibrine décomposée que l'on trouve 
fréquemment dans les sacs anévrysmatiques. J'ai eu 
occasion de voir depuis deux cas tout-à-fait sembla- 
bles; mais les concrétions étaient plus ou moins 
colorées, surtout à l'intérieur, par du sang récem- 
ment concrète, et il paraissait que la circulation 
avait eu lieu , quoique imparfaitement , autour du 
coagulum qui n'adhérait que dans quelques points 
aux parois de la veine. J'ai trouvé, chez un autre 

(1) li)id. epist.xxiv, n. 3o. 



2Cp POLYPES DU COEUR ET DES VAISSEAUX. 

sujet , l'artère carotide droite obstruée de la même 
manière. J'ai rencontré chez un troisième tous les 
vaisseaux de la pie-mère, dans un espace exactement 
circonscrit et de la grandeur de la paume de la main, 
farcis , en quelque sorte , d'une concrétion sembla- 
ble. Aucun de ces sujets n'avait présenté de signes 
d'après lesquels on pût soupçonner ces oblitéra- 
tions ; et chez aucun il n'existait d'obstacle au cours 
du sang qui pût servir à les expliquer : on ne peut 
donc les attribuer qu'à une concrétion spontanée du 
sang ; et par conséquent rien n'est plus probable, 
même à priori, que la possibilité de la coagulation 
du sang dans le cœur lui-même , surtout dans les 
derniers momens de la vie, et lorsque, dans une 
longue agonie, la circulation ne se fait plus que 
d'une manière irrégulière et imparfaite. 

Des faits semblables aux précédens ont été re- 
cueillis en grand nombre dans ces dernières années. 
On en trouve plusieurs dans les ouvrages de 
MM. Hodgson (1), Burns, Kreysig et Berlin. M. Bouil- 
laud a publié en particulier un mémoire dans lequel 
il prouve que beaucoup d'hydropisies partielles sont 
dues à de semblables concrétions des veines (2). 
M. Velpeau a présenté dernièrement à l'Académie de 
Médecine deux-belles observations de ce genre. Dans 
un de ces cas, la veine cave et plusieurs des veines 
afférentes étaient remplies par une concrétion san- 
guine peu adhérente à ses parois , si ce n'est en quel- 



(1) Traité des Maladies des Prières et des Veines, trad. 
de l'anglais, par M. Breschet. Paris, 1810. 

(2) Jrchiv.gén. de Méd. tomes netv. 



POLYPES DU COEUR ET DES VAISSEAUX. 20,5 

ques points ; et dans l'intérieur de cette concrétion, 
ferme et déjà en partie organisée, s'étaient déve- 
loppées de petites tumeurs encéphaloïdes (i). Le 
sujet présentait , dans d'autres organes , des tumeurs 
cancéreuses de la même espèce. J'ai vu moi-même 
cette pièce , comme commissaire de l'Académie (2). 

La plupart des auteurs que nous venons de citer 
attribuent la formation de ces concrétions veineuses 
à l'inflammation ; MM. Burns et Kreysig paraissent 
même pencher à croire que les concrétions poly- 
piformes du cœur elles-mêmes sont un produit de 
l'inflammation, et ce dernier a été jusqu'à admettre 
une inflammation polypeuse. Nous examinerons 
dans les chapitres suivans sur quels fondemens cette 
opinion repose; nous nous contenterons pour le 
moment de constater ce fait, que le sang peut se 
coaguler dans ses vaisseaux et pendant la vie. 

Corvisart a donc eu raison de distinguer « les po- 
« lypes dont la formation est récente et postérieure 
(( à la mort, d'avec ceux dont la naissance date d'un 
« temps plus ou moins éloigné où l'individu jouis- 

(1) y. Revue médicale, mai, juin et juillet 1826. — De- 
puis, mon frère a publié dans le même Journal (octobre 1828) 
une observation plus probante encore peut-être que celles de 
M. Velpeau. (M. L.). 

(2) A ces différens cas d'oblitération des veines, il faut ajou- 
ter ceux qui ont été publiés dans ces derniers temps sur l'obs- 
truction de la veine porte par du sang coagulé qui remplissait 
sa cavité. Le docteur Reynaud a appelé l'un des* premiers 
l'attention sur l'oblitération de cette veine, et il a prouvé que 
l'ascite en était la conséquence. Andbal. 



2C)4 POLYPES DU COEUR ET DES VAISSEAUX. 

« sait encore de la vie. » Cette distinction est facile 
à faire. Les concrétions les plus récentes forment 
seulement autour des caillots que renferment le 
cœur et les gros vaisseaux une légère couche blanche, 
opaque ou demi-transparente, et analogue à la 
couenne inflammatoire du sang. Elle n'est jamais 
complète, et elle n'enveloppe qu'une partie des 
caillots; elle n'adhère point aux parois du cœur ou 
du vaisseau qui la renferme. Quelquefois la concré- 
tion est plus épaisse, et forme des masses isolées du 
sang et souvent sans adhérences avec les parois du 
cœur; et alors, surtout si le sujet est hydropique 
ou si le sang est très-séreux , la concrétion est trem- 
blotante et demi-transparente comme de la gelée; 
elle est beaucoup moins ferme, sa texture fibrineuse 
est moins apparente , et elle paraît toute pénétrée 
et comme infiltrée de sérosité. 

Les concrétions polypiformes plus anciennes se 
reconnaissent à une consistance beaucoup plus 
ferme et à peu près égale à celle de la substance 
musculaire, avec moins de force de cohésion, et à 
une adhérence plus ou moins forte avec les parois 
du cœur. Dans les ventricules et dans les sinus des 
oreillettes , cette adhérence paraît d'abord tenir à 
ce que la concrétion, pénétrant dans les intervalles 
des colonnes charnues, se trouve , en quelque sorte, 
intriquée avec elles. Mais cependant cette disposi- 
tion est pour peu de chose dans l'adhésion dont 
il s'agit; car, lorsqu'une concrétion ainsi entre- 
lacée est encore molle et assez récente, on la dé- 
tache sans peine et d'un seul morceau ; quand, au 
contraire, elle est ferme , ancienne, et réellement 



POLYPES DU COEUR ET DES VAISSEAUX. 20,5 

agglutinée, on ne peut l'arracher que par parties , 
et les extrémités cachées sous les colonnes y restent. 

Les concrétions anciennes ont encore d'autres 
caractères auxquels il est assez facile de les recon- 
naître. Elles sont plus opaques , et moins pénétrées 
de sérosité. Leur texture fibrineuse est plus marquée 
que celle des concrétions récentes et de la couenne 
inflammatoire. Au lieu de ia couleur uniformément 
blanche ou jaunâtre de ces dernières, elles présen- 
tent par endroits une couleur de chair pâle ou légè- 
rement violette. Ces nuances existent souvent à la 
fois dans diverses portions de la même concrétion. 
Quelquefois, au milieu d'une masse de fibrine épaisse, 
on trouve un petit caillot de sang tout-à-fait isolé 
La surface des concrétions présente des taches de 
sang qu'on ne peut enlever par le lavage: tantôt elles 
péifctrent seulement un quart de ligne de la surface 
du polype, et paraissent destinées à former les vais- 
seaux qui doivent s'y développer plus tard ; tantôt 
elles s'enfoncent plus profondément, et, quoique 
formées par du sang plus ou moins combiné avec 
la fibrine concrétée , elles affectent déjà la forme 
d'un vaisseau. J'ai même trouvé , dans des concré- 
tions polypiformes, des grumeaux de sang arrondis 
et déjà entourés d'une couche membraniforme dis- 
tincte , rudiment évident des parois d'un vaisseau ; 
de sorte que , dans ce cas encore, comme dans celui 
de la formation des vaisseaux du tissu séreux ac- 
cidentel (F. t. H, p. 4 1 4 ) , l'organisation vasculaire 
se développe à peu près comme chez le fœtus. 

Je n'ai pas trouvé de grosses concrétions polypi- 
formes dans un état d'organisation plus avancé et 



2Qj6 POLYPES DU COEUR ET DES VAISSEAUX. 

qui approchât de celui de la concrétion trouvée 
dans les bronches que j'ai décrite dans l'un des 
chapitres précédens {V. t. i, p. 3i3). Cela est 
dû sans doute à ce que leur volume occasionne 
promptement des accidens mortels : mais on verra, 
au chapitre des Végétations du cœur, que des con- 
crétions plus petites peuvent acquérir une orga- 
nisation parfaite (i). 

(i) On a rencontré quelquefois dans le cœur et dans les 
vaisseaux qui s'y rendent des concrétions sanguines à un degré 
assez avancé d'organisation pour que des vaisseaux s'y fussent 
développés. On doit en particulier au docteur Senn de Ge- 
nève une observation relative à une fille de 18 ans qui portait, 
à l'épaule et sous l'aisselle droite, deux volumineuses tumeurs 
pour lesquelles elle entra à l'Hôtel-Dieu de Paris. Elle y suc- 
comba au bout de trois semaines. Pendant son séjour danjKiet 
hôpital, on avait constaté un œdème du»membre thoracique 
droit, ainsi que du côté droit de la face. A l'ouverture du corps, 
on trouva l'oreillette droite du cœur remplie, en grande par- 
tie, par une concrétion au centre de laquelle on voyait des vé- 
sicules pleines d'un liquide à demi concret. Cette concrétion 
polypiforme était parcourue par une infinité de vaisseaux in- 
jectés en rouge vif ou noir. Elle remontait dans les veines cave 
supérieure, sous-clavière et jugulaire droite, avec les parois 
desquelles elle se confondait en quelque sorte, comme par con- 
tinuité de tissu. Elle se prolongeait aussi dans le ventricule 
droit. 

Du pus a été quelquefois rencontré au sein de ces concré- 
tions. On peut lui attribuer une triple origine : ou bien il a 
été absorbé dans un lieu plus ou moins éloigné du cœur, et il 
est arrivé avec le sang dans cet organe ; ou bien il a été fourni 
par l'endocarde enflammé ; puis du sang, que sa présence a con- 



POLYPES DU COEUR ET DES VAISSEAUX. 297 

Le sinus de l'oreillette droite et le ventricule droit 
sont les parties du coeur où l'on rencontre le plus 
ordinairement ces concrétions adhérentes et déjà 
anciennes. Elles obstruent complètement le sinus ; 
mais, dans le ventricule, elles doublent seulement 
l'épaisseur de ses parois, rétrécissent sa cavité , et 
s'insinuent sous la valvule tricuspide dont elles gê- 
nent l'abaissement. On peut dans ces cas, après 
avoir ouvert le ventricule, le vider du sang liquide 
et caillé qu'il contient, sans altérer aucunement la 
concrétion : peut-être même un observateur peu 
attentif pourrait-il quelquefois ne pas l'apercevoir, 
et trouver seulement le ventricule fort étroit. 

Les colonnes charnues auxquelles adhèrent ces 
concrétions sont ordinairement notablement apla- 
ties , ce qui suffirait pour prouver que leur exis- 
tence est antérieure à la mort; car il a fallu néces- 
sairement un temps assez long pour produire un 
pareil effet. Corvisart a , je crois, remarqué le pre- 
mier cet aplatissement des colonnes charnues (i). Il 
était portée un point tel, chez le sujet de son ob- 
vation, que les colonnes étaient effacées. Je nai 
jamais rencontré cet aplatissement à un pareil 
degré; mais les occasions de l'observer à un degré 
très-notable, quoique moindre, ne sont pas rares. 

Les deux espèces de concrétions que je viens de 



iribué à solidifier, est venu à l'entourer; ou bien enfin ce pus 
s'est formé au milieu du sang lui-même, et sous l'influence 
d'une altération spontanée de ce liquide. Ahdkal. 

(0 Ouv. cité, obs. 56, p. 4 7 6. 



298 POLYPES DU COEUR ET DES VAISSEAUX. 

décrire sont évidemment antérieures à la mort : le 
fait me paraît suffisamment démontré par ce qui 
précède , pour la seconde espèce. On peut en dire 
autant de la première ; car les concrétions les plus 
molles et les plus récentes ne sont jamais tout-à-fait 
semblables à la couenne du sang tiré de ses vaisseaux, 
et par conséquent il est probable quelles se sont 
formées sous l'influence de la vie. 

Il est encore une troisième espèce de concrétions, 
plus anciennes évidemment que celles que je viens 
de décrire, et dont la formation est peut-être an- 
térieure de plusieurs mois à la mort des sujets chez 
lesquels on la rencontre. Ces concrétions sont ad- 
hérentes aux parois du cœur, et ne peuvent même 
en être détachées quelquefois qu'en raclant avec le 
scalpel. Leur consistance est moindre que celle des 
concrétions de la seconde espèce; elle n'est plus 
du tout fibrineuse ; elle ressemble plutôt à celle 
d'une pâte sèche et friable ou d'un fromage gras et un 
peu mou. Elles ont perdu la légère demi-transpa- 
rence de la fibrine récemment concrétée , et res- 
semblent , en un mot , parfaitement aux couches 
de fibrine décomposée que l'on trouve dans les ané- 
vrysmes faux. Je n'ai trouvé de ces concrétions que 
sur les parois des oreillettes ou dans leurs sinus. 

Je pense que le stéthoscope fera reconnaître les 
concrétions polypiformes du cœur antérieures à la 
mort, quand elles auront un certain volume. J'ai 
annoncé plusieurs fois leur existence d'après les 
signes suivans , que je n'ose cependant donner 
comme certains, parce que je n'ai pu encore re- 
cueillir beaucoup de faits à cet égard : 



POLYPES DIT COETJR ET DES VAISSEAUX. 299 

Lorsque, chez un malade qui jusque là avait 
présenté des battemens du cœur réguliers , ces 
battemens deviennent tout -à* coup tellement ano- 
maux, obscurs et confus, qu'on ne peut plus les 
analyser, on peut soupçonner la formation d'une 
concrétion polypiforme. Si ce trouble n'a lieu que 
d'un seul côté du cœur, la chose est à peu près 
certaine. Ainsi, lorsqu'en explorant le cœur sous la 
partie inférieure du sternum , on trouve ses bat- 
temens confus et tumultueux, tandis qu'ils étaient 
réguliers la veille , on peut regarder comme très- 
probable qu'il s'est formé une concrétion polypi- 
forme dans les ca\ités droites, surtout si en même 
temps les contractions du ventricule gauche, ex- 
plorées entre les cartilages des cinquième et sixième 
côtes, se font entendre plus distinctement. 

Les concrétions polypiformes du cœur se produisent sous 
l'influence de causes diverses , que nous ne pouvons pas 
toujours apprécier. Il semble que, dans certains cas, il faille 
uniquement chercher la raison de leur formation dans certaines 
conditions toutes particulières du sang, dans des altérations 
spéciales de sa composition, qui ont pour résultat de le solidi- 
fier, comme d'autres ont pour effet de le maintenir , après la 
mort, à son état de liquidité. D'autres fois des causes toutes mé- 
caniques paraissent favoriser la coagulation du sang dans les 
cavités du cœur: ainsi peut agir le rétrécissement de ses ori- 
fices, en gênaut le libre cours du sang, et tendant à en opérer 
la stase. Enfin l'inflammation, qui, bien évidemment, coagule 
le sang dans les veines dont elle s'est emparée, doit produire un 
effet analogue, lorsqu'elle a pour siège la membrane qui revêt 
la surface interne des cavités du cœur. 



3ûO POLYPES DU COEUR ET DES VAISSEAUX. 

Les phénomènes qui se lient ù l'existence des concrétions 
polypiformes dans le cœur seront différens suivant que la 
concrétion se sera formée brusquement ou. lentement. Dans le 
secondcas, on n'observera guères d'autres symptômes que ceux 
qui accompagnent ordinairement les rétrécissemens des orifices 
du cœur. Dans le premier cas, apparaîtront tout-à-coup les 
accidens divers par lesquels.se traduit ordinairement une gêne 
subite et considérable du cours du sang à* travers le cœur. 
Dans ces deux cas , d'ailleurs, l'oreille, appliquée à la région 
précordiale, pourra entendre un bruit de soufflet plus ou moins 
prononcé, suivant le siège, le volume , la forme et l'étendue 
de la concrétion. Au lieu de ce bruit de soufflet , on a entendu 
quelquefois à la région du cœur une sorte de sifflement aigu, 
qui a paru dépendre de l'existence d'une concrétion polypeuse. 
Une observation de ce genre a été publiée par le docteur Brouc 
dans le Journal Hebdomadaire. Chez une femme morte à 
l'Hôtel-Dieu, après avoir eu les symptômes ordinaires d'une ma- 
ladie du cœur , et de plus un sifflement aigu à la région pré- 
cordiale, ce médecin trouva dans l'oreillette droite une v con- 
crétion polypeuse et adhérente à la valvule tricuspide et aux 
colonnes charnues du ventricule droit, et se prolongeant dans 
la veine cave supérieure, où elle flottait sous forme d'un cylin- 
dre blanchâtre et élastique. M. Desclaux a cité dans sa thèse 
une observation recueillie à ïa clinique de M. Bouillaud , dans 
laquelle il est fait mention d'un bruit de 'piaulement, lequel, 
joint à d'autres symptômes , porta ce professeur à diagnosti- 
quer l'existence de concrétions polypeuses*: celles-ci furent 
effectivement trouvées à l'ouverture du corps. 

Toutefois il sera toujours fort difficile de reconnaître à coup 
Sûr, pendant la vie, une concrétion polypeuse du cœur ; car 
les signes qui pourraient servir à la diagnostiquer n'ont rien 
de spécial, et se représentent pour d'autres altérations , soit 
aiguës, soit chroniques, dont le cœur et son enveloppe exté- 



1NFLAMM. DE LA MEMBR. INT. DU COEUR. 3oi 

rieure peuvent devenir le siège: on n'arrivera donc le plus sou- 
vent, dans un pareil diagnostic, qu'à de simples probabilités. 

Andral. 

• CHAPITRE XIX. 

DK ^INFLAMMATION DE LA MEMBRANE INTERNE DU COEUR 
ET DES GROS VAISSEAUX. 

L'inflammation delà membrane interne du cœur 
et des gros vaisseaux me paraît être , malgré l'o- 
pinion de quelques observateurs de nos jours, une 
affection fort rare. Il suffit , à mon avis, pour s'en 
convaincre, d'examiner ce que sont elles-mêmes 
les diverses altérations cadavériques dans lesquelles 
on a cru trouver les preuves de l'inflammation 
dont il s'agit. 

Ces altérations sont : la rougeur de ladite mem- 
brane,, les concrétions polypiformes du sang qui 
lui adhèrent plus ou moins fortement, l'exsudation 
d'une lymphe plastique et pseudo-membraneuse à 
sa surface, et l'ulcération (i). Je ne range point 
parmi ces altérations les éruptions pustuleuses à la 
face interne de l'aorte , parce qu'elles annoncent 
une inflammation des couches profondes de cette 
artère et non de sa membrane interne. Nous al- 



(1) On a encore rangé parmi les altérations dues à une in- 
flammation de la membrane interne du cœur et des gros vais- 
seaux l'épaississement cartilagineux et osseux de cette mem- 
brane, dont il a été question plus haut (p. 2? 1 ), et dont la 
véritable place eût peut-être été ici. V. Berlin et Bouillaud, 
ouv. cité, p. 54 et suiv. (L. M.) 



302 INILAMM. DE LA MEMBR. INT. DU CœUR. 

Ions examiner séparément chacune de ces altéra- 
tions. 

I. Rougeur de la membrane interne du cœur et 
des gros vaisseaux. On trouve assez souvent sur les 
cadavres l'intérieur de l'aorte ou de l'artère pulmo- 
naire rougi uniformément, et comme si les pa- 
rois de ces vaisseaux eussent été teintes par le sang 
qu'elles contiennent. Cette rougeur peut être de 
deux sortes : tantôt elle tire sur la couleur écar- 
late , et tantôt elle est brune ou violette. 

La couleur écarlate de l'intérieur des artères a sou- 
vent son siège exclusivement dans leur membrane 
interne; et, lorsqu'on enlève cette membrane en 
raclant avec le scapel, on trouve au-dessous la mem- 
brane fibrineuse aussi pâle qu'elle Test naturellement. 
Mais, dans d'autres cas, la rougeur pénètre plus ou 
moins profondément la tunique fibrineuse, et quel- 
quefois même elle atteint par endroits la tonique 
celluleuse. 

Cette rougeur de la tunique interne est une teinte 
tout'-à-fait uniforme, et semblable à celle que pré- 
senterait un morceau de parchemin peint en rouge. 
On n'y distingue aucune trace de capillaires injectés; 
seulement la teinte est quelquefois plus foncée en 
certains endroits que dans d'autres. Quelquefois elle 
diminue insensiblement depuis l'origine de l'aorte 
jusqu'à l'endroit où cesse la rougeur; mais assez sou- 
vent elle se termine brusquement et en formant des 
bords découpés d'une manière irréguiière. Quelque- 
fois, au milieu d'une portion très fortement rougie, 
on trouve un espace exactement circonscrit qui est 
resté blanc, et qui produit absolument l'effet que 



ROUGEUR DE ^INTERIEUR DU COEUR. 3o3 

détermine l'impression du doigt sur un phlegmon 
ou sur un érysipèle. Lorsque l'aorte contient très peu 
de sang, la rougeur n'existe que dans la ligne en con- 
tact avec lui et forme une sorte de ruban. 

L'origine dé l'aorte et sa crosse sont les parties de 
cette artère que Ion trouve le plus souvent ainsi rou- 
gies. Quelquefois la presque totalité des artères par- 
ticipe à la même teinte. Les valvules sigmoïdes et la 
mitrale présentent ordinairement alors le même as- 
pect, et semblent avoir été plongées dans une teinture 
rouge. J'ai comparé cette couleur à celle de Fécarlate; 
et cette comparaison est assez exacte pour l'intérieur 
de l'aorte et de l'artère pulmonaire: mais la rougeur 
des valvules est plus vermeille et plus foncée, et tire 
un peu sur le pourpre ou le violet. 

Lorsque l'artère pulmonaire est affectée, ses valvu- 
les et la valvule tricuspide sont aussi assez ordinaire- 
ment dans le même état. 

La membrane interne des ventricules et celle des 
oreillettes ne présentent quelquefois aucun change- 
ment sensible de couleur, lors même que les valvules 
sont le plus fortement rougies. Il n'est pas rare ce- 
pendant que la membrane interne des oreillettes par- 
ticipe à la rougeur, qui se rapproche alors de celle des 
valvules; plus rarement la surface interne des ven- 
tricules présente aussi une rougeur analogue , mais 
ordinairement plus brune ou violette. Quelquefois 
la surface interne du cœur et les oreillettes sont 
seules rougies; et nous remarquerons en passant que, 
dans ces cas, le cœur est plein de sang et que les ar- 
tères ft'en contiennent presque pas. 

La rougeur que nous venons de décrire n'est ac- 



3o4 JNFLAMM. DE LA MEJVÏBR. INT. DU COEUR, ETC. 

compagnée d'aucun^paississement sensible des mem- 
branes teintes. Quelques heures de macération dans 
l'eau suffisent pour la faire disparaître totalement. 
Corvîsarl a dit quelques mots de cette rougeur, et 
avoue que jamais il n'a pu se rendre un compte satis- 
faisant de sa nature et de sa cause (i). P. Franck la 
regardée comme une inflammation des artères , qui, 
selon lui, occasionne une fièvre particulière etpresque 
toujours mortelle (2). Kreysig et MM. BertinetBouil- 
laud ont aussi adopté cette opinion. 

L'idée la plus naturelle que présente d'abord la 
rougeur d'un tissu blanc, est qu'elle dépend d'une 
inflammation; mais plusieurs des faits et des obser- 
vations consignés dans cet ouvrage établissent, ce 
me semble, que la rougeur ne suffit pas pour carac- 
tériser l'inflammation, surtout lorsqu'elle n'est pas 
accompagnée d'épaississement de la partie rougie. 
La circonscription tout-à-fait exacte de cette rougeur 
dans certains cas, et sa terminaison brusque par des 
lignes géométriques, quoique irrégulières, éloignent 
d'ailleurs cette idée, et donneraient plutôt celle d'une 
teinture par un liquide coloré qui aurait coulé irré- 
gulièrement sur la membrane rougie, ou qui , à raison 
de son peu d'abondance, n'aurait pu toucber tous 
les points. 

Je doute fort que la rougeur dont il*s agit produise 
des symptômes généraux assez graves ou assez con- 
stanspour la fajre reconnaître. Je l'ai trouvée chez des 



(1) Ouv, cité, p. 36. 

(2) De Curand. foomin. morb., t. 11, p. t?3, § 2o5, 



ROUGEUR DE L'INTÉRIEUR DU COEUR. 3o5 

sujets qui avaient succombé.* des affections fort dif- 
férentes les unes des autres, et je n'ai jamais pu la 
prédire d'après aucun signe constant. Une agonie un 
peu longue, chez des sujets encore vigoureux, mais 
cependant cachectiques par suite de maladie du cœur 
ou autrement, m'a paru coïncider assez souvent avec 
cette rougeur : le sang, dans ces cas, n'est jamais bien 
fortement coagulé, et les cadavres présentent le plus 
souvent des signes de décomposition. 

La seconde espèce de rougeur intérieure des gros 
vaisseaux présente un aspect assez différent pour 
qu'on puisse être tenté de lui attribuer une toute autre 
nature: elle est violette ou brunâtre et non pas d'un 
rouge vif, et elle se remarque également dans l'aorte, 
l'artère pulmonaire, les valvules, les oreillettes et les 
ventricules. Le plus souvent même on la trouve dans 
tous ces organes à la fois. Elle est souvent très inégale 
pour l'intensité, toujours beaucoup plus marquée sur 
les parties des vaisseaux qui ont été le plus en contact 
avec le sang, d'après les lois de la pesanteur, et n'est 
pas aussi, communément bornée à la membrane in- 
terne du système circulatoire que la rougeur écarlate. 
La substance musculaire des oreillettes et des ventri- 
cules, et même les tuniques fibrineuses de l'aorte et 
de l'artère pulmonaire, participent à cette teinte, au 
moins dans quelques points et jusqu'à une certaine 
profondeur. J'ai trouvé surtout cette couleur violette 
chez des sujets qui avaient succombé à des fièvres 
continues graves, à des emphysèmes du poumon ou 
à des maladies du cœur. Presque tous avaient éprouvé 
une agonie longue et accompagnée de suffocation ; 

chez tous, le sang était très liquide, évidemment al- 
III. 20 



3o6 1NFLAMM. DE LA MEMBR. INT. DU COEUR. 

téré, et des signes de décomposition anticipée exis- 
taient dans le cadavre. Aussi est-ce surtout en été 
qu'on rencontre fréquemment cette coloration, et 
chez les sujets que l'on ouvre plus de vingt-quatre 
heures après la mort. L'une et l'autre rougeur, et sur- 
tout la dernière , est accompagnée d'un ramollisse- 
ment plus ou moins marqué du cœur et d'une hu- 
midité plus grande des parois artérielles, qui le plus 
souvent sont évidemment les effets d'un commence- 
ment de putréfaction. 

MM. Bertin et Bouillaud ont adopté l'opinion de 
Franck relativement à la nature inflammatoire de la 
rougeur artérielle; et cependant, en examinant les 
observations assez nombreuses qu'ils apportent à 
l'appui de cette opinion, on peut être frappé de leur 
conformité avec celles que j'ai exposées ci-dessus. En 
effet, sur vingt-quatre observations, onze sont des 
fièvres continues graves, ou d'autres cas dans lesquels 
il y avait altération putride manifeste des liquides, et 
où la putréfaction était anticipée { i). Les treize autres 
observations ont presque toutes été faites sur des 
phthisiques. L'état du sang n'est le plus souvent pas 
indiqué dans ces dernières; mais les auteurs obser- 
vent, en général, que la rougeur de la membrane in- 
terne du cœur leur a paru coïncider avec un état de 
fluidité remarquable du sang. On peut encore noter 
que la plupart de ces ouvertures ont été faites en été 
et plus de trente heures après la mort. 

Frappé de la coïncidence des deux sortes de rou- 
geur du cœur avec une altération manifeste du sang 

(i) Ouv. cité ,obs. 3, 4? 5,6, 7, 8, 9, 10, u, i3, 26. 



ROUGEUR DE L INTERIEUR DU COEUR. 00 7 

et un commencement de décomposition du cadavre, 
je commençai, il y a environ quatre ans, à douter que 
dans aucun cas les rougeurs que je viens de décrire, 
lorsqu'elles existent seules, fussent autre chose 
qu'une imbibition cadavérique du sang. Pour 
m'en assurer, je fis l'expérience suivante, que j'ai 
répétée , depuis , un grand nombre de fois : 

Chez un sujet qui ne présentait encore aucun 
signe de décomposition, et dont l'aorte, enlevée en 
entier, était blanche et saine intérieurement, je 
remplis cette artère du sangdu cadavre, et je fis deux 
ligatures aux extrémités. Je renfermai ensuite la 
pièce dans l'estomac du sujet, afin de la préserver 
du dessèchement et de la mettre dans les mêmes 
conditions de décomposition que le reste du cadavre. 
Au bout de vingt-quatre heures , j'incisai l'aorte , 
dont la membrane interne offrait parfaitement la 
teinte écarlate décrite ci-dessus. Cette teinte ne fut 
pas affaiblie par des lavages réitérés. 

Cette expérience ne réussit pas toujours aussi 
parfaitement. Si l'on emploie du sang trop fortement 
coagulé, on obtient très-difficilement, faiblement et 
lentement l'imbibition. Si l'on emploie du sang demi- 
coagulé, et surtout le sang encore un peu rutilant 
que l'on exprime des poumons , on obtient la rou- 
geur écarlate. Si l'on emploie du sang très-liquide, 
et surtout mêlé de sérosité, on obtient la couleur 
violette plus ou moins foncée ou pâle. Si l'on ne 
remplit l'artère qu'à moitié ou au quart , la teinture 
n'occupe que la partie en contact avec ie sang , et 
forme un ruban. Si les parois de l'artère sont fermes 
et élastiques, l'opération ne réussit que difficilement 



3o8 INFLAMM. DE LA MEMBR. INT. DU COEUR. 

et à l'aide de beaucoup de temps ( soixante-douze , 
quatre-vingts heures ) , et la teinture n'est jamais 
bien foncée. Si, au contraire, les parois de l'artère 
sont molles, souples et pénétrées d'humidité, la 
teinture en pénètre promptement toute l'épaisseur. 
L'expérience réussit beaucoup plus facilement en 
été qu'en hiver , et d'autant plus facilement que la 
putréfaction marche plus vite ; mais la teinture est 
parfaite long-temps avant que l'aorte ne donne 
aucune odeur désagréable. 

Boerhaave et Morgagni (i) ont connu ces rou- 
geurs de la membrane interne du cœur , et les ont 
attribuées à la stase du sang qui a lieu dans l'agonie 
des maladies accompagnées d'une forte oppression. 
Hodgson (2) a remarqué que les rougeurs ar- 
térielles paraissent être, dans beaucoup de cas, le 
résultat d'une simple teinture ? et que l'on observe 
souvent des taches d'un rouge foncé dans les en- 
droits correspondant à un caillot de sang , et dans 
les artères qui ont été exposées long-temps à l'air 
dans les salles de dissection. Ce dernier fait est par- 
faitement exact; mais il est, à mon avis, d'une 
nature toute différente. Il est certain que les artères 
et tous les autres tissus blancs exposés à l'air dans 
un lieu humide et où leur dessiccation ne peut se 
faire que très-lentement, prennent une teinte rouge 
plus ou moins intense, mais qui n'est jamais aussi 
foncée que celle que nous avons décrite ci-dessus , 
au moins dans les artères : on peut de cette manière 

(1) De Sedib. et Caus. morb., epist. xxvi. art. 56. 

(2) Traité des Matad. des Veines et des Artères, t. i, p. 8. 



ROUGEUR DE L'iNTERlEUR DU COEUR. 3o9 

faire rougir en vingt-quatre heures la membrane 
interne des intestins et de l'estomac, le péritoine, 
la plèvre, etc. Mais ici le phénomène dépend évi- 
demment de la transsudation du sang contenu dans 
les petits vaisseaux des membranes ; et on peut 
même la favoriser encore en grattant légèrement 
leur surface avec la lame d'un scalpel. Dans le 
premier cas, au contraire, c'est l'imbibition du sang 
dans les tissus qui l'avoisinent. 

Il me semble qu'il est impossible de se refuser à 
conclure de tous les faits que nous venons de rap« 
porter , que la rougeur des membranes internes du 
cœur et des gros vaisseaux ne peut , dans aucun 
cas, et quelle qu'en soit la nuance, prouver seule 
l'inflammation ; et qu'on peut affirmer que cette 
rougeur est un phénomène cadavérique ou d'agonie, 
toutes les fois qu'elle se trouve jointe aux circon- 
stances suivantes : agonie longue et accompagnée de 
suffocation , altération manifeste du sang , décom- 
position déjà un peu marquée du cadavre. 

C'est donc encore ici une de ces altérations cada- 
vériques ou semi-cadavériques sur lesquelles nous 
avons eu plusieurs fois occasion, dans le cours de 
cet ouvrage, d'appeler l'attention des médecins ob- 
servateurs , afin qu'on ne les confonde pas avec 
celles qui sont causes et non effets des maladies. Je 
ne crains pas de revenir trop souvent sur ce sujet. 
La distinction de l'engorgement des capillaires et de 
l'inflammation est souvent difficile à faire, et peut 
donner lieu à des erreurs graves en anatomie patho- 
logique, et par conséquent en me'decine pratique, 
d'autant que ces deux affections peuvent quelque- 



3lO INFLAMM. DELA ZVÏEMBR. INT. DU COEUR. 

fois exister simultanément dans le même organe. 

On pourrait tout au plus soupçonner l'inflam- 
mation, dans les cas où la rougeur de la membrane 
interne des artères est accompagnée de gonflement, 
d epaississement, de boursouflement , et d'un dé- 
veloppement extraordinaire de petits vaisseaux dans 
la tunique fibrineuse ou moyenne; et je ne sais 
même si ces conditions réunies prouveraient bien 
l'inflammation chez un sujet qui serait considéra- 
blement infiltré, et dont les tissus seraient fort 
humides (1). 

II. Exsudation pseudo-membraneuse à la surface 
interne du cœur et des artères. — La formation d'une 
couche pseudo-membraneuse de lymphe plastique , 
plus ou moins adhérente à la surface interne du 
cœur et des gros vaisseaux , est le signe le plus in- 
contestable de l'inflammation de cette membrane, 
et, avec l'ulcération , le seul certain. Plusieurs faits 
de ce genre ont été observés depuis quelques années. 

Baillie a vu la valvule tricuspide enflammée et 
couverte de lymphe plastique (2). 

Farre ( 3 ) a trouvé , chez un homme mort de 
pleurésie avec péricardite , l'aorte tapissée intérieu- 
rement par une lymphe plastique qui lui adhérait 
intimement. Burns a vu, sur la surface interne del'o- 

(1) Voyez, dans les Archives générâtes demédecine (t. xn), 
un Mémoire de MM. Rigot et Trousseau sur la rougeur de la 
membrane interne des gros vaisseaux, dont les conclusions 
sont tout-à- fait conformes à celles exprimées ici. (L. M,) 

(2) 4nat. pathoiog., chap. 11, sect. 10. 
(0) Iîodgson, ottv. cité, obs. 1. 



FAUSSES MEMBRANES DU COEUR. 3l I 

reiliettedroite,une couche de lymphe floconneuse (\)^ 
chez un autre sujet , l'oreillette gauche , en partie 
ossifiée, était tapissée intérieurement par une 
couche membraniforme de lymphe plastique (2). 
Dans un troisième cas , le même observateur a 
trouvé, un peu au-dessous de la valvuve mitrale, une 
cloison tendineuse y ossifiée en quelques points , et 
percée, au centre, d'une ouverture à bords ridés où 
l'on eût pu passer le petit doigt. Cette cloison , pa- 
rallèle à la valvule mitrale et qui partageait l'oreil- 
lette en deux portions, ne peut guère être regardée 
que comme le produit de l'organisation d'une fausse 
membrane inflammatoire. 

MM. Bertin et Bouillaud ont vu aussi, chez un 
homme mort attaqué d'hypertrophie du cœur et 
de péricardite , la membrane interne de l'aorte 
rougie et couverte d'une pellicule albumineuse 
demi-concrète et rougeâtre (3). 

J'ai trouvé moi-même quelquefois des fausses 
membranes peu étendues, ordinairement teintes de 
sang par imbibition , fortement adhérentes aux pa- 
rois des oreillettes ou du cœur, chez des sujets at- 
taqués d'autres maladies de ces organes , et parti- 
culièrement des végétations dont nous parlerons 
dans le chapitre suivant, et qui , comme nous le 
verrons, paraissent être dues elles-mêmes dans quel- 
ques cas à l'inflammation. 

La présence du pus liquide dans le cœur et les 



(1) Ouv. cité, chap. ix. 

(2) Ouv. cité, ch. ix. 

(3) Ouv. cité, obs. 11. 



3l2 IISFLAMM. DE LA MEMBR. INT. DU CŒUR. 

artères n'a guère été constatée que dans des cas 
d'ulcération , et on ne l'a jamais trouvé qu'en très- 
petite quantité. On conçoit même difficilement que 
cela pût être autrement, à raison de la rapidité de 
la circulation dans ces organes, qui doit néces- 
sairement entraîner le pus à mesure qu'il se forme. 

III. Ulcération de la membrane interne du cœur 
et des gros vaisseaux. — - La ténuité de cette mem- 
brane est telle, surtout dans le cœur , qu'on ne 
conçoit guère son ulcération sans celle des tissus 
subjacens: quoi qu'il en soit, il existe plusieurs ob- 
servations incontestables d'ulcération à la surface 
interne des artères et des veines ; on en peut voir 
des exemples dans les ouvrages de Hodgson et de 
Kreysig. Le nombre même en serait très-considé- 
rable si on voulait admettre tous les cas qui ont été 
donnés pour tels par divers auteurs anciens et sur- 
tout modernes; mais le plus souvent les lésions in- 
diquées sous ce nom n'étaient évidemment autre 
cbose que le décollement des incrustations osseuses 
de l'aorte, dont nous parlerons plus bas. 

On a rencontré aussi quelquefois de petites pus- 
tules pleines de pus , développées au-dessous de la 
membrane interne de l'aorte , et qui se font jour 
dans l'intérieur de sa cavité. Il est probable que 
c'est ainsi que se forment les véritables ulcères de 
l'aorte, et qu'ils sont dus par conséquent à une 
inflammation de la tunique moyenne des artères 
ou du tissu cellulaire très-fin qui l'unit à la tunique 
interne, plutôt qu'à celle de cette dernière mem- 
brane; puisque, dans l'inflammation de toutes les 
membranes, le pus se forme à leur surface libre, 



CONCttÉTIONS POLYPIFOKMES. 3l3 

et non à leur surface adhérente , comme on en peut 
juger par l'examen des lésions qui constituent la pé- 
ritonite, la pleurésie, le croup, etc. 

On a encore confondu quelquefois avec les érup- 
tions pustuleuses dont je viens de parler, et qui sont 
fort rares, le décollement des ossifications de l'aorte, 
dans lequel l'espèce de sinus formé par la portion 
décollée de l'incrustation se remplit de fibrine qui 
se décompose à consistance de pâte friable et sou- 
vent mêlée de phosphate calcaire terreux. Assez 
souvent les bords de ces décollemens sont rougis à 
une petite distance; ce que je crois devoir attribuer 
à l'imbibition du sang, rendue plus facile dans une 
partie altérée , plutôt qu'à une inflammation chro- 
nique, qui n'est justifiée ni par la présence du pus, 
ni par aucuns symptômes locaux et généraux qu'on 
puisse lui attribuer. 

IV. Concrétions poljpiformes. — Les concrétions 
polypiformes du sang sont-elles des produits , et par 
conséquent des preuves de l'inflammation de la 
membrane interne du cœur et des gros vaisseaux ? 
Kreysig, comme nous l'avons déjà dit, a résolu cette 
question par l'affirmative. Burns paraît quelquefois 
incliner vers la même opinion. Si cette opinion est 
fondée, il faut admettre que la membrane enflam- 
mée agit sur le sang et le coagule ; hypothèse tout- 
à-fait gratuite, d'autant qu'on ne pourrait pas même 
imaginer le mode d'action que pourrait avoir la 
membrane sur le sang : ou bien on peut admettre 
que le sang lui-même, à raison de sa composition 
et de l'influence de l'innervation sur lui , joue un 
rôle actif dans l'inflammation, qu'il est, comme le 



3 I 4 INFLAMM. DE LA MEMBR. INT. DU COEUR. 

voulaient les anciens pathologistes i susceptible d'in- 
flammation. Je suis loin de rejeter cette manière de 
voir, quelque ancienne et abandonnée qu'elle soit 
aujourd'hui : il ne serait pas difficile de prouver 
qu'elle se lie beaucoup mieux que les théories les plus 
récentes à beaucoup de faits incontestables : mais ce 
n'est évidemment pas celle de Kreysig , de Burns et 
des médecins qui ont répété la même assertion. Leur 
opinion paraît se fonder principalement sur les cas 
où il y a adhérence intime ou continuité de substance 
entre les concrétions polypiformes et la membrane 
interne des parois du cœur et des vaisseaux. A ce fait 
ainsi expliqué on peut objecter : que l'adhérence 
intime dont il s'agit ne s'observe que rarement , et 
sur les concrétions polypiformes les plus parfaite- 
ment organisées; que le très-grand nombre des con- 
crétions qu'on trouve à l'ouverture des cadavres 
sont libres dans l'intérieur des vaisseaux et du cœur, 
ou simplement appliquées et intriquées dans les co- 
lonnes charnues de ce dernier organe; que le rap- 
prochement des faits prouve évidemment que toutes 
sont d'abord libres et sans adhérence; que l'on a vu, 
en voulant rouvrir une saignée et retirant à cet effet 
un petit caillot de l'ouverture de la veine , suivre 
une concrétion polypiforme, et cela sans aucun si- 
gne local d'inflammation ; que ce n'est pas chez les 
sujets jeunes , pléthoriques , pleins de vie et émi- 
nemment disposés à l'orgasme inflammatoire, que 
se forment tout- à-coup des concrétions polypeuses 
dans le cœur ou des concrétions obstruantes dans 
les veines et les artères; que ces accidens arrivent 
au contraire dans l'agonie de presque toutes les ma- 



CONCRÉTIONS POLYPIFORMES. 5l5 

ladies , et surtout des maladies chroniques qui ont 
déterminé la cachexie, le marasme, une débilité pro- 
fonde , et qui ont été accompagnées d'obstacles lo- 
caux ou généraux à la circulation ; enfin que le sang 
n'a pas besoin de l'action des organes sur lui pour se 
concréter, et qu'il suffit de sa stase pour séparer la 
fibrine des autres parties, comme le prouve la for- 
mation de la couenne inflammatoire sur le sang tiré 
par la lancette , couenne qui peut offrir toutes les 
variétés de consistance et d'aspect des concrétions 
polypiformes , et enfin ces concrétions elles-mêmes 
qui se forment souvent après la mort dans le cœur 
et les vaisseaux d'hommes et d'animaux qui ont suc- 
combé , au milieu d'une parfaite santé, à une mort 
violente. 

D'un autre côté , l'adhérence d'une concrétion po- 
lypiforme organisée peut être conçue de deux ma- 
nières , et d'abord par l'action irritante du caillot 
lui-même sur les parois du cœur, qui peut déter- 
miner l'exsudation d'une lymphe plastique. On pour- 
rait remarquer, à l'appui de cette hypothèse , que , 
dans l'obstruction des veines , les concrétions les plus 
récemment formées ne sont point adhérentes; et que 
l'on ne rencontre une fausse membrane ferme , dis- 
tincte du caillot, et fortement unie aux parois de la 
veine, que dans les points où la fermeté et la demi- 
dessiccation du coagulum , sa composition par une 
fibrine altérée à divers degrés, et quelquefois le ré- 
trécissement de la veine, montrent que la concrétion 
est ancienne, 

D'un autre côté, les concrétions polypeuses for- 
mées avant la mort ont évidemment la vie en elles 



3l6 1NFLAMM. DE LA MEMBR. INT. DU COEUR. 

aussi bien que le sang lui-même , et la conservent 
même quelque temps après l'extravasation , comme 
nous en avons cité un exemple remarquable dans 
l'organisation d'une concrétion fibrineuse dans les 
bronches , chez une hémoptysique. Je pourrais 
prendre d'autres exemples dans l'organisation de la 
fibrine après l'épanchement du sang dans les mem- 
branes séreuses et ailleurs, et, dans le chapitre sui- 
vant, on trouvera d'autres faits analogues. Il me 
paraît donc tout-à-fait démontré par l'observation 
que la fibrine séparée du sang, et concrétée dans 
un organe vivant , est susceptible d'organisation, 
aussi bien que la lymphe plastique inflammatoire , 
dite communément albumine concrète ou derni-con- 
crète % quoiqu'elle ne soit pas uniquement composée 
d'albumine. 

On peut remarquer encore qu'il n'est peut-être 
pas suffisamment démontré que la production d'une 
lymphe plastique, susceptible de s'organiser et de 
se transformer en un tissu semblable à celui dans 
lequel elle se forme , suppose toujours nécessaire- 
ment une inflammation. La réunion des plaies faites 
par un instrument très-tranchant , lorsqu'on rap- 
proche sur-le-champ les lèvres de la division , a lieu 
quelquefois sans signes appréciables d'inflammation. 
Aussitôt que le sang a cessé de couler, on voit suin- 
ter une lymphe visqueuse et transparente , qui est 
évidemment le moyen d'union employé par la nature; 
et dans le cas même où il y a inflammation , le suin- 
tement de cette lymphe la précède de plusieurs heu- 
res. La plupart des tumeurs un peu volumineuses 
qui se développent lentement dans les poumons, 



CONCRÉTIONS POLYPIFORMES. 31^ 

clans les ovaires ou clans divers points de l'abdomen, 
adhèrent ordinairement aux parties voisines,intime- 
ment ou par des lames séreuses ou celluleuses plus 
ou moins abondantes. Quelquefois, il est vrai, ces 
adhérences proviennent de pleurésies ou de périto- 
nites locales; mais,dans beaucoup de cas, l'observation 
journalière de malades très-soigneux de leur santé, 
et entourés de tous les soins de la médecine , ne 
peut faire découvir aucun signe de douleur ou d'in- 
flammation , et cependant les adhérences se for- 
ment. 

Les filamens et les flocons d'albumine plus ou 
moins concrétée qu'on voit quelquefois nager dans 
les hydropisies les plus atoniques, et la membrane 
caduque qui se forme dans les premiers instans de 
la grossesse , sont encore , à mon avis , des faits 
qui rentrent dans la même catégorie. Ce serait, ce 
me semble, abuser des mots et se jeter dans un 
vague indéterminable , que de voir l'inflammation 
dans tous ces cas, uniquement parce qu'on y trouve 
un de ses caractères anatomiques , la lymphe plas- 
tique et susceptible d'organisation. Je pense que 
l'observation pourra arriver à faire reconnaître, à 
des caractères physiques et peut-être chimiques , 
quelles sont les concrétions lymphatiques qui sont 
le produit de l'inflammation, et que sont celles qui 
se forment sans le concours de cette perversion de 
l'action vitale. Déjà l'on peut remarquer que les con- 
crétions lymphatiques formées sous l'influence 
d une inflammation évidente ont une assez grande 
fermeté et une opacité presque complète dès les 
premiers instans de leur formation , et une couleur 



5l8 INFLAMM. DE LA MEMBR. INT. DU COEUR. 

jaune analogue à celle du pus : c'est par cette raison, 
autant que par la propriété qu'elles ont de se ra- 
mollir à consistance puriforme, lorsqu'elles ne se 
transforment pas en tissu organisé, que j'ai cru pou- 
voir les désigner, dans plusieurs endroits de cet ou- 
vrage sous le nom de pus concret. J'ai trouvé au 
contraire plusieurs fois, sur les tumeurs qui viennent 
à adhérer intimement aux organes voisins , l'exsuda- 
tion semblable à de la colle de farine, que j'ai décrite 
en parlant de la pleurésie (F. t. n, pag. 4o8), et cela 
sans qu'on aperçût aucune rougeur et aucun autre 
signe d'inflammation sur les membranes ainsi recou- 
vertes. 

De tout ce que nous venons de dire, il me semble 
qu'on peut déduire les conclusions suivantes : 

1 ° La stase du sang , par suite d'un obstacle opposé 
à son cours, suffit à elle seule pour en produire la 
concrétion et déterminer la formation d'un coagu- 
lum de fibrine organisable. Toutes les causes pro- 
pres à produire la stase générale ou partielle du 
sang, et particulièrement les obstacles à la circula- 
tion et les syncopes prolongées et réitérées , me pa- 
raissent pouvoir produire cet effet. 

5° La concrétion du sang dans ses vaisseaux paraît 
déterminer, dans quelques cas, une inflammation 
réelle et accompagnée de formation d'une fausse 
membrane, particulièrement dans les veines. 

3° Il paraît certain que quelquefois, et surtout 
dans les veines où la circulation est peu rapide, une 
inflammation pseudo-membraneuse de leur mem- 
brane interne peut être ta cause première de la con- 
crétion du sang, qui s'imbibe dans la fausse mem- 



CONCRETIONS POLYPIFORMES. 3IO, 

brane, la gonfle , et tend à se coaguler autour d'elle 
par une sorte d'attraction. 

4° Enfin , le pus, absorbé en grande quantité par 
une veine, peut devenir de plusieurs manières la 
cause d'un infractus sanguin, en se mêlant au sang, 
le rendant moins liquide, le concrétant même par 
une action chimico-vitale , et en enflammant les pa- 
rois des veines (i). On sait que rien n'est plus com- 



(i) De récentes expériences faites par M. le docteur Donné 
ont démontré qu'en ajoutant à une masse de sang contenue 
dans un vase une certaine quantité de pus, on hâte de beau- 
coup le moment où ce sang, coagulé, doit, par suite de la putré- 
faction qui finit par s'en emparer, revenir à l'état liquide. Un 
autre phénomène fort intéressant se constate alors : c'est que, 
dès la sixième heure après que le mélange du pus et du sang 
a eu lieu, les globules du sang s'altèrent d'une manière singu- 
lière; et plus tard, une fois que le sang est redevenu tout-à-fait 
liquide, au lieu de globules de sang, on ne trouve plus que des 
globules de pus. Il est curieux de suivre les progrès de cette 
remarquable métamorphose, et voici ce qu'en dit M. Donné : 

« L'enveloppe colorée des globules sanguins commence par 
» se rider, se plisser; en même temps le noyau central devient 
» opaque, comme s'il s'infiltrait. Bientôt le globule perd sa 
» forme ovulaire et régulière ; plus tard, son enveloppe se dé- 
» chire et se dissout, et le noyau central apparaît dans la li- 
» queur, tout à fait analogue à un globule purulent. Dans cet 
» état, il est impossible de distinguer les véritables globules de 
» pus des globules sanguins modifiés. Tous ces phénomènes 
» se produisent dans l'espace de vingt-quatre heures au plus. 
» Mais il y a plus : le saug altéré, liquéfié par le pus, produit 
» à son tour le même effet sur le sang avec lequel on le met 



320 1NFLAMM. DE LA. MEMBR. INT. DU COEUR. 

mun que de trouver, aux environs d'un sein cancé- 
reux ou de Futérus dans son inflammation chez les 
femmes nouvellement acouchées, les veines remplies 
de pus pur, ou mêlé de sang , tantôt liquide encore, 
tantôt plus ou moins épaissi, et quelquefois au de- 
gré de consistance humide et friable des matières 
dites athéromateuses (i). 

Je pense que l'on pourra , dans beaucoup de cas, 
distinguer, sur le vivant, la concrétion simple du 
sang dans ses vaisseaux de celle qui est due à l'in- 
flammation. J'ai vu, à la même époque, deux cas 
propres à le faire espérer. L'un était celui d'une 
femme attaquée d'une inflammation de la veine mé- 
diane, avec gonflement érysipélateux de l'avant-bras, 
douleur locale excessive , fièvre aiguë , angoisses et 
autres symptômes propres à faire craindre une mort 

» en contact: il est donc très probable qu'il a subi une véri- 
» table transformation purulente. » (Arch. gên. de Médec, 
t. xi de la 2 e série.) Andbal. 

(i) Hodgson et Travers ont publié quelques cas de ce genre; 
ils ne sont d'ailleurs nullement rares. Le mélange d'une trop 
grande quantité de pus dans le sang, par suite de l'absorption 
veineuse, a en outre pour effet de déterminer des inflamma- 
tions qui arrivent rapidement à la suppuration dans divers or- 
ganes, et surtout dans le poumon. C'est par cette raison que 
les opérés et les sujets qui ont de vastes suppurations périssent 
souvent de péripneumonies, qui sont ordinairement tobulai- 
res, comme l'a remarqué M. Cruveilhier, c'est-à-dire qui com- 
mencent par plusieurs points à la fois. C'est, ce me semble, de 
cette manière qu'il faut entendre les métastases purulentes, au 
inoins dans la plupart des*cas. (Note de l'auteur.) 



CONCRÉTIONS POLYPIFORMES. 3 2 l 

imminente. Le sujet du second était un magistrat 
qui vint me consulter pour une espèce de gêne qu'il 
sentait dans la cuisse et la jambe gauches depuis 
trois ou quatre jours. Je trouvai la saphène interne 
dans toute son étendue, dure comme un cordeau- 
elle était grosse comme le petit doigt dans sa moitié 
supérieure. La pression n'occasionait point de dou- 
leur notable; et le malade s'était rendu chez moi à 
pied , voulant essayer de l'effet qu'un peu d'exercice 
pourrait produire sur ce qu'il appelait une gêne sin- 
gulière dans la cuisse. Considérant ce cas comme 
une coagulation du sang sans inflammation, je lui 
conseillai une saignée, le repos et quelques frictions 
légèrement aromatiques ; et au bout de huit jours 
la veine avait repris sa souplesse naturelle. La femme 
dont je viens de parler guérit également dans l'es- 
pace de très-peu de jours , à l'aide du tartre stibié à 
haute dose : c'est celle dont j'ai parlé à l'article du 
traitement de la pneumonie. Ces deux faits sont 
propres,en outre: à faire penser que le sang concrète, 
par quelque cause que ce soit, peut être reporté, 
par l'absorption veineuse, dans le torrent de la cir- 
culation , et ensuite être éliminé au dehors : car on 
ne peut guère, ce me semble, concevoir autrement 
le rétablissement de la circulation dans le vaisseau 
affecté. 

Les idées émises par Laennec dans le chapitre qu'on vient de 
lire me semblent, la plupart, pleines de justesse; et je crois 
avec lui que la rougeur uniforme qu'on trouve parfois à la sur- 
face interne du cœur, des artères et des veines, ne saurait être 
considérée comme le produit d'un état inflammatoire : elle 
peut marcher avec celui-ci, mais elle n'en dépend pas. On la 
111 2 T . 



322 INFLAMM. DE LA MEMBR. INT. DU COEUR, ETC. 
retrouve toutes les fois qu'on ouvre un cadavre qui commence 
à présenter quelques indices de putréfaction : en général, on ne 
l'observe que lorsque plus de vingt-quatre heures se sont écou- 
lées entre le moment de la mort et celui où Ton procède à l'au- 
topsie. Toutefois, il est des sujets chez lesquels on la rencontre 
dix, douze ou quinze heures seulement après que la vie a cessé; 
et l'on s'est servi de ce dernier fait pour établir que, quelquefois 
au moins, cette rougeur peut appartenir à l'inflammation. Ce 
n'est pas la, pour moi, un argument que je puisse accepter: il 
y a en effet des cadavres qui commencent à se putréfier très 
peu de temps après la cessation de la vie ; il y a des genres de 
maladies et de morts à la suite desquels le sang reste liquide, 
et cède très-promptement sa matière colorante aux parties avec 
lesquelles il est en contact ; c'est en cas pareil qu'on trouve 
ainsi prématurément rougie la surface interne du cœur et des 
vaisseaux. 

S'ensuit'iî de là que l'inflammation de la membrane in- 
terne du cœur est une maladie plutôt imaginée que réelle- 
ment observée comme le pensent quelques personnes? Tel 
n'est pas mon avis, et il y a long-temps que j'ai tracé les 
caractères analomiques de cette inflammation, et que j'en ai 
indiqué les symptômes. Je ne doute pas quece ne soit par un 
oubli tout-à-fait involontaire que, dans l'historique qu'il 
a donnée des travaux publiés sur l'inflammation de la mem- 
brane interne du cœur, M. Bouillaud n'a pas mentionné ce 
que j'en ai dit dans le troisième volume delà première édi- 
tion de ma Clinique , volume qui a paru en 1826. Quoi 
qu'il en soit, je me hâte de reconnaître que c'est à M. Bouil- 
laud que l'on doit d'avoir tout récemment appelé l'attention 
d'une manière touteparticulière sur cette phlegmasie, que j'avais 
appelée cardite interne, et à laquelle il a donné la dénomination 
plus heureuse à' endocardite. Je ne doute pas que celte inflam- 
mation, long-temps inconnue ou à peine aperçue, ne soit beau- 



CONCRÉTIONS POLYPIFOIIMES. 3 23 

coup plus commune qu'on ne l'avait pensé : je ne doute pas non 
plus qu'elle n'exerce réellement une très-grande influence sur 
la production d'un certain nombre d'affections organiques du 
cœur. 

L'endocardite est d'ailleurs une maladie qui, en raison de 
son siège, de son étendue, de la plus ou moins grande rapidité, 
soit de son développement, soit de sa marche, peut revêtir 
symptômatiquement des formes bien différentes. 

Il est d'abord des cas où l'inflammation de la membrane in- 
terne du cœur s'accompagne de ces symptômes si graves qui 
sont le cortège d'un certain nombre de péricardites sur-aiguës, 
tels qu'anxiété générale portée au plus haut degré, oppression 
extrême, palpitations violentes, douleurs vives à la région pré- 
cordiale, pouls très-fréquent, petit, intermittent, lipothy- 
mies, etc. Mais, comme la phîegmasie du péricarde, celle de 
l'endocarde peut aussi donner lieu à des accidens beaucoup moins 
effrayans, et qui, avant les travaux de M. Bouillaud, n'avaient 
pas été regardés comme pouvant se rattacher à cette maladie. 
Ainsi, il est des cas, au moins aussi communs que les précé- 
der, dans lesquels l'anxiété générale n'existe pas : les mala- 
des ne paraissent pas être sous l'influence d'une affection sé- 
rieuse; mais ils présentent encore, vers le cœur, des désordres 
assez tranchés, tels que douleur, palpitations de cœur et autres 
accidens qui annoncent un trouble prononcé de l'action du cœur. 
Enfin il est d'autres cas où ces symptômes eux-mêmes vien- 
nent à manquer : les malades n'accusent aucune douleur à la 
région précordiale; ils ont à peine quelques palpitations; leur 
respiration est fort peu gênée; et cependant, en appliquant l'o- 
reille sur la région du cœur, on entend certains bruits insolites 
qui seuls, à peu près, révèlent l'existence de l'endocardite : ce 
sont des bruits de soufflet, de râpe et autres analogues, qui, 
tous, sont le résultat du passage du sang à travers les cavités 
et les orifices dont le diamètre normal se trouve rétréci par la 



324 ÏNFLAMM. DE LA. MEMBR. INT. DU COEUR, 
tuméfaction, passagère ou durable, de la membrane interne 
du cœur. 

L'endocardite peut se produire spontanément et sans cause 
appréciable ; mais elle peut aussi se développer à l'occasion 
d'un rhumatisme articulaire aigu , et c'est une vérité désor- 
mais acquise à la science que la coïncidence fréquente ou la 
succession non moins commune d'une affection rhumatismale et 
d'une endocardite. C'est de cettephlegrnasiequeM. Bouillaud 
fait dépendre, dans un grand nombre de cas, le mouvement fé- 
brile qui persiste si souvent pendant la suspension des dou- 
leurs rhumatismales , ou après qu'elles ont définitivement 
cessé. C'est là un très-intéressant sujet de recherches : en s'y 
livrant, il faudra prendre garde de confondre avec les bruits 
anormaux de l'endocardite le bruit de soufflet que des émis- 
sions sanguines abondantes peuvent aussi faire naître, soit 
dans le cœur, soit, et plus souvent encore, dans les artères. 

L'endocardite peut se terminer, au bout d'un temps plus ou 
moins long, par une résolution complète - 7 elle peut aussi, en 
persistant à l'état chronique, être l'origine d'un grand nombre 
d'altérations des valvules ; de là, tantôt rétrécissement des ori- 
fices du cœur, tantôt insuffisance de ces mêmes valvules , et, 
dans l'un comme dans l'autre cas, trouble de l'action du coeur, 
et, par suite, dilatation de ses cavités, épaississement hypertro- 
phique de ses parois, etc. C'est ainsi que l'endocardite peut 
devenir le point de départ d'un plus ou moins grand nombre 
d'affections organiques du cœur. J'ajouterai que, parmi les ma- 
lades qui en sont atteints, il en est plusieurs chez lesquels les 
premiers indices de l'affection du cœur ont paru à la suite d'un 
rhumatisme articulaire aigu, ou même pendant son cours. 

Les lésions qui, après la mort, caractérisent l'endocardite, 
sont les mêmes que celles qui appartiennent à toutes les autres 
pMegmasies. A l'état aigu, on trouve l'endocarde épaissi, tu- 
méfié, friable, ulcéré, recouvert parfois de fausses membranes. 



CONCRÉTIONS POLYPÏFORMES. 3^5 

Ces lésions sont surtout très-marquées sur les valvules, que, 
dans plus d'un cas de ce genre, j'ai trouvées notablement en- 
gorgées, et d'une épaisseur plus grande que celle qui appar- 
tient à leur état normal. En pareil cas aussi, le sang qui se 
trouve en contact avec les portions d'endocarde enflammées 
s'arrête sur elles et se coagule, comme on le voit se coaguler à 
l'intérieur des veines dont une phlegmasie s'est emparée : de là, 
formation, pendant la vie, de caillots plus ou moins volumi- 
neux, qui peuvent, plus tard, ou repasser à l'état liquide, ou 
prendre une consistance de plus en plus grande, et se transfor- 
mer en ces végétations que l'on trouve parfois développées 
sur le bord libre des différentes valvules du cœur. Passée à l'é- 
tat chronique, l'endocardite s'accompagne d'autres lésions qui 
long-temps ne lui avaient pas été rapportées : ainsi, sous son 
influence, la membrane interne du cœur s'épaissit, elle perd sa 
transparence, et elle présente, dans une étendue plus ou moins 
grande, des taches blanches qui ont souvent une exacte ressem- 
blance avec les taies de la cornée. Ces taches dépendent ou d'un 
épaississement de l'endocarde lui-même, ou d'une altération du 
tissu cellulaire qui unit au tissu charnu du cœur; elles sont l'a- 
nalogue d'autres taches que, bien souvent aussi, l'on trouve sur 
le péricarde. L'endocardite chronique laisse surtout sur les val- 
vules des traces de son existence : elles perdent leur transpa- 
rence , et en même temps qu'elles deviennent plus ou moins 
complètement opaques, elles acquièrent une teinte d'un blanc 
laiteux, et une épaisseur insolite; enfin je regarde comme 
très-probable que les dépôts cartilagineux ou osseux qu'elles 
présentent chez un si grand nombre de sujets sont plus 
d'une fois la conséquence du trouble qu'a produit l'inflam- 
mation dans le tissu fibreux rudimentaire qui entre dans la 
composition de ces replis membraneux. Emettre cette pro- 
position, ce n'est pas d'ailleurs établir que toute transforma- 
tion cartilagineuse ou osseuse des valvules du cœur est un ré- 



3^6 VÉGÉTATIONS DES VALVULFS DU COEUR, 

sultatde phlegmasies. Tout en accordant à l'inflammation le 
pouvoir de développer occasionnellement toutes les lésions or- 
ganiques possibles, je pense que, pour aucune, elle n'est une 
cause ni nécessaire ni constante. Je renvoie à cet égard à ma 
Clinique, et surtout à mon Anatomie pathologique. Je n'ou- 
blierai pas non plus de mentionner, au nombre des lésions que 
peut produire l'endocardite, des adhérences qui s'établissent, 
soit entre les valvules et les parties environnantes, soit entre 
ces valvules elles-mêmes : de là changement dans la forme, la 
situation, les rapports et le jeu de ces replis. Andrai, 

CHAPITRE XX. 

DES VÉGÉTATIONS QUI SE DÉVELOPPENT SUR LES 
VALVULES ET LES PAROIS DES CAVITES DU COEUR. 

Deux espèces très-distinctes de végétations peuvent 
se développer dans les cavités du cœur. La pre- 
mière, observée d'abord par Rivière (i), a été dé- 
crite par Gorvisart sous le nom de végétations des 
valvules; il en existe quelquesexem pies remarquables, 
outre ceux qu'il a consignés dans son ouvrage (2). 
La seconde ne paraît pas avoir été décrite : je la dé- 
signerai sous le nom de végétations globuleuses. 

I. La dénomination de végétations verruqueuses 
conviendrait assez à la première espèce, car ces 
sortes de végétations présentent un aspect fort ana- 
logue à celui des verrues, et surtout à celui des poi- 
reaux vénériens qui se développent sur le gland, la 
vulve ou les nymphes. Gomme ces derniers, tantôt 



(1) V. Bonet, Sepulchret. , lib. 11. sect. vin, obs. 24. 
(1) Otiv. cité , p. 1 26 et suiv ; — Satsdifort, Exercit. anat. 



VÉGÉTATIONS VERRTJQUEUSES. 32 7 

elles ressemblent, par leur forme et les tubérosités 
qui recouvrent leur surface , à une petite fraise ; 
tantôt, plus alongées qu'étendues en largeur, elles 
présentent la forme d'un petit cylindre irrégulier, 
ou celle d'un fuseau; quelquefois, très-peu élevées 
et très-rapprochées les unes des autres, elles cou- 
vrent un espace plus ou moins étendu à la surface 
des valvules, des tendons des piliers , ou des oreil- 
lettes, qu'elles rendent raboteuses et granulées ; plus 
souvent elles sont isolées ou rapprochées sur une 
seule ligne, le long du bord libre et du bord adhé- 
rent des valvules. Les plus longues que j'aie vues 
n'avaient pas plus de trois à quatre lignes de lon- 
gueur; mais on en rencontre d'assez volumineuses 
et assez multipliées pour imiter grossièrement la 
crête d'un coq. 

La couleur de ces végétations , quelquefois blan- 
châtre comme celle des valvules, avec un peu moins 
d'opacité, est plus souvent relevée, en totalité ou par 
endroits, d'une teinte rosée, rose, ou légèrement 
violette; leur texture est charnue, assez analogue à 
celle des végétations vénériennes, mais elles m'ont 
toujours paru un peu moins consistantes. Leur con- 
sistance d'ailleurs est variable, comme je le dirai 
tout-à l'heure. Leur adhérence aux parties subjacen- 
tes paraît intime et sans intermédiaire : elle est quel- 
quefois si forte qu'on ne peut la détruire qu'en cou- 
pant; mais, dans la plupart des cas, on les enlève 
en raclant avec le scalpel, et quelquefois même avec 
le manche de cet instrument. Dans ce dernier cas, 
les végétations sont molles, d'un blanc jaunâtre, 
analogue à celui de la graisse, et d'une texture très- 



3^8 VÉGÉTATIONS DES VALVULES DU COEUR. 

humide. La ressemblance qui existe entre les plus 
fermes de ces végétations et les excroissances véné- 
riennes des parties génitales a fait penser à Corvisart 
qu'elles pouvaient avoir la même origine. Je ne sais 
jusqu'à quel point cette opinion est fondée : elle me 
semble peu probable, si l'on compare la fréquence 
des affections syphilitiques avec la rareté des végé- 
tations dont il s'agit. J'ai d'ailleurs rencontré de ces 
excroissances chez des sujets qui, selon toute proba- 
bilité, n'avaient jamais eu aucune affection véné- 
rienne. 

Au reste, si la cause première du développement 
de ces végétations est inconnue, la manière dont elles 
se forment me paraît plus claire et plus facile à saisir. 
En disséquant celles d'entre elles qui présentent le 
plus de volume, leur texture m'a toujours paru se 
rapprocher entièrement, à un peu plus d e fermeté 
près, de celle des concrétions polypiformes les plus 
compactes. Assez souvent on remarque vers leur 
centre une teinte violette et comme souillée de sang; 
et quelquefois même j'y ai trouvé un petit grumeau 
de sang caillé et très-reconnaissable. Enfin celles de 
ces concrétions qui ont le plus de mollesse, de trans- 
parence et qui adhèrent le moins aux valvules, res- 
semblent tout-à-fait aux concrétions polypiformes 
libres les plus humides. Il me paraît en conséquence 
indubitable que ces végétations ne sont autre chose 
que de petites concrétions polypiformes ou fibri- 
neuses, qui, formées sur les parois des valvules et des 
oreillettes, à l'occasion de quelque trouble dans la 
circulation, s'organisent par un travail d'absorption 
et de nutrition analogue à celui qui convertit les 



VÉGÉTATIONS VERRUQUEUSES. 3^9 

fausses membranes albumineuses en membranes ac- 
cidentelles ou en tissu cellulaire. Je n'ai, non plus 
que Corvisart, jamais rencontré ces végétations que 
sur la valvule mitrale, sur les tricuspides, sur les 
sigmoïdes de l'aorte et de l'artère pulmonaire, et 
quelquefois, mais beaucoup plus rarement, à la face 
interne des oreillettes, et particulièrement de l'oreil- 
lette gauche ; elles sont, en général, plus commu- 
nes dans les cavités gauches que dans les droites. 

Rreysig attribue la formation de ces végétations 
à l'inflammation. MM. Bertin et Bouillaud ont adopté 
la même opinion. Outre les raisons que nous y 
avons déjà opposées dans le chapitre précédent, on 
peut remarquer encore que, si l'inflammation de la 
membrane interne du coeur était la cause efficiente 
des végétations dont il s'agit, elles auraient pour 
matrice et pour point de réunion commun une fausse 
membrane étendue comme une couche sur les val- 
vules, ce qui n'est pas, puisque, dans tous les cas 
où les végétations sont distinctes et séparées l'une 
de l'autre, on reconnaît évidemment que la mem- 
brane interne du cœur est à nu dans leurs inter- 
valles. Je ne nie pas cependant qu'une fausse mem- 
brane inflammatoire ne puisse devenir dans quelques 
cas le noyau de concrétions sanguines. Ce fait me 
paraît même incontestable d'après les phénomènes 
de l'obstruction des veines et des artères par suite 
de l'inflammation de leur membrane interne (V. ci- 
dessus p. 319), et j'ai même vu un cas semblable 
dans l'oreillette gauche d'un sujet attaqué de rétré- 
cissement de la valvule mitrale. Environ un pouce 
carré de la surface de cette oreillette était couvert 



33o VÉGÉTATIONS DES VALVULES DU COEUR. 

par une fausse membrane aussi consistante que les 
polypes les plus fermes, très-adhérente à l'oreillette, 
épaisse d'une ligne, lisse et continue à sa surface 
adhérente, présentant au contraire à sa face libre 
une multitude de petites lames aplaties ou cuboïdes 
longues au plus d'une demi-ligne. Toute l'épaisseur 
de cette concrétion était fortement et également 
teinte de sang d'un rouge foncé. Mais par cela même 
que l'on peut distinguer cette fausse membrane 
lorsqu'elle existe, il n'y a, ce me semble, aucune rai- 
son de l'admettre quand on ne peut la voir. 

Il me semble que d'après la position même des 
végétations verruqueuses sur les bords des valvules 
et le long des tendons des piliers, il y a une sorte 
d'analogie entre elles et les cristallisations qui se 
forment le long de fils ou de rameaux tendus dans 
une liqueur chargée d'une solution saline. Quoi qu'il 
en soit de cette comparaison , nous croyons avoir 
suffisamment prouvé, dans le chapitre précédent, que 
le sang peut se concréter partiellement, indépen- 
damment de toute inflammation , et que le coagu- 
ïum peut s'organiser et devenir adhérent aux parties 
voisines, pour qu'il soit inutile de nous arrêter plus 
long-temps à ce sujet. 

Corvisart n'a observé aucun signe particulier au- 
quel on puisse reconnaître les végétations des val- 
vules, ou du moins il n'en a pas indiqué d'autres que 
ceux auxquels on peut reconnaître le rétrécissement 
des orifices par une induration osseuse ou cartilagi- 
neuse. Cependant, dans aucune des observations 
qu'il rapporte, il n'est fait mention du bruissement 
qui a été décrit plus haut sous le nom de frémisse- 



VÉGÉTATIONS VERRUQUEUSES. 33 1 

ment cataire, et qui est cependant, selon lui, le seul 
signe pathognomonique de ces affections. On peut 
en outre remarquer que, chez aucun des sujets dont 
Corvisart rapporte l'ouverture, il ne paraît y avoir 
eu de rétrécissement notable des orifices du cœur. 

Je pense qu'à moins que les végétations ne soient 
extrêmement nombreuses, elles doivent gêner fort 
peu le mouvement des valvules, et par conséquent 
elles ne doivent donner aucun signe de leur pré- 
sence. On a vu cependant, dans l'une des observa- 
tions précédentes, que trois végétations d'une ligne 
de longueur seulement ont pu être soupçonnées (i). 
Ces végétations, d'ailleurs, d'après le mode de leur 
formation exposé ci-dessus, ne peuvent guère se dé- 
velopper que chez des sujets déjà atteints d'une 
maladie plus grave du cœur ou des poumons, qui 
doit nécessairement masquer quelquefois leurs si- 
gnes ou détourner l'attention de l'observateur. Mais 
lorsqu'elles sont assez nombreuses pour rétrécir no- 
tablement les orifices du cœur ou entraver beau- 
coup le jeu des valvules, elles donnent des indices 
évidens de leur existence, et leurs signes sont tout- 
à-fait analogues à ceux des ossifications des mêmes 
organes : seulement le frémissement cataire est beau- 



Ci) L'observation à laquelle on renvoie ici faisait partie du 
chapitre deï' A pop texte pulmonaire, dans la première édition 
de cet ouvrage. Elle avait été, je ne sais pourquoi, omise dans 
la seconde. J'ai cru convenable de la rétablir dans celle-ci , 
comme exemple de végétations du cœur d'abord, et aussi com- 
me exemple d'apoplexie pulmonaire : c'est celle qu'on va lire 
sous le n° L. (M. L. ) 



332 "VÉGÉTATIONS DES VALVULES DU COEUR. 

coup moins sensible à la main, et, sous le stéthoscope, 
le bruit des contractions du cœur est plus analogue 
à celui d'un soufflet qu'à celui d'une lime. L'obser- 
vation suivante offre un exemple propre à confirmer 
la plupart de ces assertions. 

Obs. XLIX. Végétations verruqueuses sur la val- 
vule murale et V oreillette gauche ; rupture d'un des 
tendons de cette valvule, et hypertrophie avec dilata- 
tion des deux ventricules du cœur. — Un ouvrier, 
âgé d'environ trente-cinq ans, d'une taille élevée, 
ayant les cheveux et la barbe noirs, la peau légère- 
ment jaunâtre, les muscles très-développés, entra à 
l'hôpital Necker le 10 avril 1819. Depuis environ 
cinq mois, il était sujet à éprouver des étourdisse- 
mens, des étouffemens et de violentes palpitations 
dès qu'il se livrait à un travail un peu fort. Il se ré- 
veillait souvent en sursaut, et crachait quelquefois 
le sang. Depuis quelques jours, il lui était survenu 
une diarrhée très-forte, et qui le fatiguait beaucoup. 
Examiné le jour même de son entrée, il présenta les 
symptômes suivans : 

La face était assez calme, les pommettes légère- 
ment, colorées, le pouls petit, dur et assez régulier; 
la respiration gênée. Les battemens du cœur don- 
naient un son fort obtus et une impulsion forte des 
deux côtés. On les entendait un peu dans le dos. La 
contraction de l'oreillette, presque aussi longue que 
celle du ventricule, donnait le bruit de soufflet. En 
appliquant la main sur la région correspondant 
aux cartilages des cinquième, sixième et septième 
côtes gauches , on sentait, d'une manière très-dis- 
tincte, le frémissement cataire. Le bruit de soufflet 



VÉGÉTATIONS VERRUQUEUSES. 333 

s'entendait aussi un peu pendant la contraction de 
l'oreillette droite; mais il était beaucoup moins sen- 
sible qu'à gauche , et il paraissait même évident que 
ce bruit, entendu sous le sternum, provenait de 
l'oreillette gauche, dont la contraction, plus longue 
et plus sonore, masquait même en ce lieu le bruit 
de l'oreillette droite (ij. Les battemens du cœur 
étaient d'ailleurs un peu irréguliers , les veines ju- 
gulaires n'étaient pas gonflées ; la respiration s'en- 
tendait partout, mais avec un léger râle muqueux 
par endroits. D'après ces signes, je caractérisai ainsi 
la maladie : Hypertrophie des deux ventricules ; vé- 
gétations ou rétrécissement cartilagineux de la val- 
vule mitrale. — Saignée de 16 onces. 

Le 1 1 avril, le malade était dans une agitation ex- 
trême, et ne pouvait rester un instant dans la même 
position. La respiration était extrêmement gênée, la 
face peignait l'anxiété et la douleur, les joues étaient 
colorées, le pouls très-fréquent , petit et irrégulier. 
La voix, naturellement très-grave, était devenue rau- 
que et étouffée. 

(1) L'ouverture du corps prouve, comme on le verra, que 
celte conjecture était bien fondée : néanmoins cet effet est rare, 
et dans des cas où le bruit d'une oreillette était beaucoup plus 
fort que dans celui-ci , j'ai entendu très-distinctement l'oreil- 
lette saine en son lieu , sans aucun mélange du bruit de l'oreil- 
lette affectée. On en a vu un exemple remarquable ci-dessus 
(obs. xtvni). Je crois que, dans le cas présent, le bruit de l'o- 
reillette gauche n'était entendu sous le sternum que parce que 
la droite était proportionnellement plus petite et plus faible 
que les autres parties du cœur. ( Note de l'auteur. ) 



334 VÉGÉTATIONS DES VALVULES DU COEUR. 

Le 12, agitation plus grande encore, pouïs petit, 
dur et irrégulier; extrémités froides, râle fort dans 
la trachée; respiration avec râle muqueux, orthop- 
née. Les facultés intellectuelles étaient intactes, 
et le malade parlait de sa mort prochaine avec au- 
tant de sang-froid que pouvaient le lui permettre 
l'agitation continuelle, la gène de la respiration et la 
violence des palpitations. — Saignée de 12 onces. 
Il mourut vers quatre heures après midi. 
Ouverture du cadavre faite trente-deux heures 
après la mort, — Le cadavre ne présentait d'infiltra- 
tions qu'aux avant-bras et aux jambes. La face était 
un peu violette. 

Le péricarde contenait une livre d'une sérosité 
assez limpide, de couleur fauve foncée, et dans la- 
quelle nageaient un grand nombre de petits flocons 
blancs , opaques, minces et aplatis , et dont les plus 
grands égalaient à peine la moitié de l'ongle du pe- 
tit doigt. 

Le coeur avait le volume presque double de celui 
du poing du sujet. Le ventricule droit était fort vas- 
te ; ses parois offraient au moins quatre lignes d'é- 
paisseur,|et ses colonnes charnues étaient très-volu- 
mineuses. Les valvules tricuspides et les sigmoïdes 
de l'artère pulmonaire offraient une couleur rouge 
violette assez intense (1), et qui tranchait sur celle 
de la membrane interne du ventricule, qui était d'un 



(1) Phénomène d'imbibition , d'après les circonstances sui- 
vantes : ouverture faite trente-deux heures après la mo t , au 
printemps ; sang très-liquide. ( Note de fauteur.) 



VÉGÉTATIONS VERRUQUEUSES. 335 

jaune rougeâtre. L'oreillette droite n'offrait aucune 
trace de lésion , et paraissait proportionnellement 
plus petite que son ventricule. 

Le ventricule gauche était d'un tiers plus vaste 
qu'il n'aurait dû l'être. Ses parois avaient cependant 
une bonne épaisseur ( environ six lignes), et ses co- 
lonnes charnues étaient très - grosses. Un des 
tendons qui , de l'extrémité des piliers , se portent 
au bord libre de la valvule mitrale, était rompu 
à peu près vers son milieu. Cette rupture était fort 
inégale; il semblait que la partie divisée eût été 
amincie dans l'étendue d'un demi-pouce, avant de se 
rompre ; la surface de cette portion amincie était 
cependant lisse, quoique inégale ; à l'endroit où elle 
commençait, c'est-à-dire à environ trois lignes du 
pilier, le tendon était entouré de petites concrétions 
fibrineuses très-fermes , jaunâtres, opaques, souil- 
lées de sang, qui adhéraient fortement au tendon, 
et rendaient sa surface rugueuse. La partie supé- 
rieure du tendon rompu était lisse et repliée sous 
la valvule mitrale, mais sans adhérence. Un autre 
tendon du même pilier était aminci inégalement, 
dans une étendue de trois à quatre lignes , vers 
l'extrémité qui tenait à la valvule, mais d'ailleurs 
parfaitement lisse (i). 

Tout le bord libre de la valvule mitrale était 
couvert de petits corps , les uns opaques et d'un 
blanc jaunâtre, les autres demi - transparens par 
endroits, quelques uns roses ou légèrement violets 



(i) Cet amincissement serait-il le résultat d'un ulcère cica- 
trisé à la surface des tendons ? ( Note de l'auteur. ) 



336 VÉGÉTATIONS DES VALVULES DU COEUR. 

et injectés de petits vaisseaux. Leur forme était 
irrégulière et très-variable. Plusieurs cependant pré- 
sentaient une surface irrégulièrement mamelonnée, 
comme celle d'un choufleur ou d'un poireau véné- 
rien, avec lequel ils avaient beaucoup de ressem- 
blance. Leur consistance était très-inégale , et pré- 
sentait tous les degrés intermédiaires entre celle de 
la chair et celle des concrétions polypiformes. Quel- 
ques uns avaient la grosseur et l'aspect d'une petite 
fraise; mais le plus grand nombre étaient alongés, 
fusiformes , longs d'environ deux lignes , et un peu 
plus gros que les tendons de la valvule mitrale. Ils 
adhéraient par une de leurs extrémités à l'une des 
faces de la valvule , et présentaient presque tous 
sur l'autre de très-petits caillots d'un sang noir et 
fortement coagulé , qui faisaient corps avec les vé- 
gétations mêmes , et semblaient se confondre avec 
elles. On ne les détachait de la valvule qu'avec peine 
et par une véritable déchirure. Une de ces excrois- 
sances , trois ou quatre fois plus grosse que les 
autres et à peu près fusiforme, représentait un 
tube à parois minces formées par une matière jau- 
nâtre, de consistance d'albumine cuite, un peu rou- 
gie à l'intérieur. Cette sorte^ de tube était rem- 
plie d une matière pultacée à demi friable, d'un 
rose pâle, et assez semblable, à la couleur près, 
au lait cuit (i).La réunion de ces petits corps don. 



(i) Fibrine décomposée , comme on en trouve souvent dans 
les anévrysmes et les concrétions du sang dans les veines. 
( Note de fauteur. ) 



VÉGÉTATIONS VERRUQUEUSES. 33y 

nait au bord libre de la valvule mitrale une épais- 
seur plus grande et un aspect frangé. 

Les valvules sigmoïdes de l'aorte et la membrane 
interne de cette artère offraient une couleur rouge 
extrêmement prononcée, et qui contrastait avec celle 
de la membrane interne du ventricule, qui était d'un 
rouge pâle et presque jaune. Cette couleur rouge ne 
s'étendait pas au-delà de la tunique interne de l'ar- 
tère; elle occupait toute l'étendue de l'aorte, et était 
surtout marquée dans sa portion thoracique (i). 

L'oreillette gauche offrait, dans toute l'étendue de 
sa face interne, cette même couleur rouge foncée, 
qui s'étendait ici à toute l'épaisseur des parois de l'o- 
reillette. Au-dessous de Couverture des veines pulmo- 
naires gauches, et à deux lignes à peu près de l'ou- 
verture auriculo-ventriculaire, la face interne de 
l'oreillette gauche présentait, dans une surface d'en- 
viron un pouce carré, une partie extrêmement inégale , 
et recouverte de petites végétations jaunâtres ou ver- 
meilles, exactement semblables à celles qui existaient 
sur la valvule mitrale, excepté qu'elles étaient de 
forme lenticulaire; mais, comme celles de la valvule 
mitrale, elles adhéraient par une de leurs extrémités 
à la membrane interne de l'oreillette , et plusieurs 
présentaient à l'autre extrémité de petits caillots de 
sang coagulé et noir fortement adhérens à leur bord 
libre. On ne pouvait enlever ces végétations que par 
une véritable déchirure. 

La chair du cœur était, en général, jaunâtre (ex- 
cepté l'oreillette gauche) et médiocrement ferme. Le 

(1) Imbibition du sang, V . ci-dessus, p. 534- 

m. 11 



338 VÉGÉTATIONS DES VALVULES DU COEUR. 

sang qui s'échappa des deux veines caves et des veines 
pulmonaires, quand on détacha le cœur, était très- 
liquide et moins noir qu'il ne l'est ordinairement. 

Les plèvres contenaient chacune près d'une pinte 
d'une sérosité limpide et d'une couleur fauve foncée. 
Les poumons, volumineux et très-crépitans, étaient 
libres presque partout; le gauche adhérait cepen- 
dant par la partie antérieure de sa base à la plèvre 
- diaphragmatique, au moyen d'une lame membra- 
neuse transparente et très-ferme, longue d'un pouce 
et large de deux travers de cloigt. Le droit adhérait 
également dans quelques points de sa face interne. 
Toutes ces adhérences étaient celluleuses et évidem- 
ment d'ancienne date. Incrsé en différens sens, le 
tissu pulmonaire parut parfaitement sain ? - il était seu- 
lement assez fortement infiltré, surtout vers les 
racines , d'une sérosité spumeuse et d'une couleur 
grisâtre brune : on n'y apercevait aucun tubercule. 
La cavité abdominale contenait au moins une 
pinte d'une sérosité limpide , de couleur jaune oran- 
gée, accumulée dans l'excavation du petit bassin. 
L'estomac et les intestins étaient distendus par 
des gaz. Leur face externe était, en général, pâle; 
celle de l'intestin grêle présentait eu quelques points 
une légère couleur rose due à l'injection des petits 
vaisseaux sous-séreux, qui formaient un réseau de 
stries rougeâtres entrelacées en tous sens. La mem- 
brane muqueuse de l'estomac offrait une rougeur 
assez prononcée autour de l'orifice pylorique et le 
long delà grande courbure; ailleurs elle était pâle. 
Celle de l'intestin grêle, examinée en plusieurs en- 
droits, était d'un rose pâle , et offrait des traînées 



VÉGÉTATIONS VEIUIUQUE1ISES. 33g 

de petits points blancs et opaques qui ne soule- 
vaient pas sensiblement la muqueuse, hors dans 
quelques endroits où ils étaient plus clair-semés. 

Le foie était parfaitement sain • le sang qui s'en 
écoulait quand on l'incisait était , comme celui 
des veines caves, moins noir , et plus liquide qu'il 
ne l'est ordinairement. 

Les autres organes étaient sains. 

Oes. L. — Végétations verruqueuses sur la val- 
vule mitrale et les valvules sigmoïdes de F aorte. — 
Hypertrophie du cœur. — Apoplexie pulmonaire . — 
Une femme de cinquante- cinq à soixante ans entra 
à l'hôpital Necker vers le commencement d'avril 
1817 : elle pouvait à peine parler, et il fut impos- 
sible d'obtenir des renseignemens exacts sur son 
état antérieur. Elle étouffait , et elle expectorait des 
crachats ronds, dont les uns avaient la couleur du 
chocolat, les autres contenaient une matière mu- 
queuse jaunâtre mêlée au sang; le plus grand nom- 
bre étaient formés de sang pur : i'orthopnée était 
extrême; on ne put tirer aucun résultat de la per- 
cussion , à raison de la flaccidité des tégumens. 
La face était généralement pâle et les lèvres vio- 
lettes; les extrémités supérieures étaient œdématiées; 
le pouls, difficile à sentir à raison de cet œdème, 
était petit, concentré, irrégulier, et avait quelque 
chose de dur; la main, appliquée sur la région du 
cœur, n'y sentait pas de pulsations; les veines jugu- 
laires étaient légèrement tuméfiées. 

On porta le diagnostic suivant : Pleuro-péripneu- 



3/|.0 VÉGÉTATIONS DES VALVULES BU COEUR. 

monie légère ; hypertrophie du ventricule droit (i). 
Une saignée rendit beaucoup moindre la difficulté 
de respirer , et quelques diurétiques firent diminuer 
momentanément l'oedème des bras. 

Bientôt l'oedème des bras augmenta de nouveau, 
l'abdomen donna des signes de fluctuation, les jam- 
bes s'infiltrèrent; la malade était dans un état de 
cachexie très-prononcé ; la tuméfaction des veines 
jugulaires était beaucoup moindre; le pouls, quoi- 
que petit et faible , offrait toujours quelque chose 
de dur dans ses battemens. 

On modifia alors le diagnostic de la manière sui- 
vante : Hypertrophie du ventricule gauche ; peut-être 
ossification ou rétrécissement de la valvule murale 
ou des valvules sigmoïdes de V aorte ? tubercules? 

Le 1er mai, la malade commença à éprouver du 
râle; les crachats étaient toujours abondans', très- 
sanguinolens, et même formés par un sang plus pur. 
Elle mourut le 6 mai au matin. 

Ouverture cadavérique jaite vingt-quatre heures 



(1) La feuille de diagnostic de cette malade a été perdue : 
relève chargé de recueillir l'observation n'avait pas encore 
l'habitude du stéthoscope, dont je ne me servais moi-même 
que depuis quelques mois, et il s'est contenté d'écrire le diag- 
nostic sans en noter les motifs, c'est-à-dire les signes donnés 
par le stéthoscope 9 que j'ai toujours soin de dicter avant d'en 
tirer une conclusion. J'aurais pu remplacer cette observation 
par d'autres où le diagnostic a été mteux établi ; ma is je l'ai 
choisie , parce qu'elle contient beaucoup de faits intéressans , 
et sous plusieurs rapports à la fois. ( Note de fauteur. ) 



VÉGÉTATIONS VERRUQUEUSES. 34 1 

après la mort. — Cadavre de quatre pieds six pou- 
ces; infiltration considérable de tout le corps. 

Le cerveau était parfaitement sain ; les vaisseaux 
de la pie-mère étaient médiocrement gorgés de sang. 
La cavité gauche de la poitrine contenait environ 
une pinte de sérosité sanguinolente , dans laquelle 
nageaient quelques flocons de matière albumineuse 
demi-concrète et membraniforme, dont une partie 
unissait faiblement le poumon à la plèvre costale. 

Le poumon gauche présentait çà et là, dans son 
tissu, des parties d'un rouge brun, compactes, gre- 
nues à l'incision, situées au milieu d'un tissu bien 
crépitant, et exactement circonscrites. Ces indura- 
tions n'offraient pas l'aspect de l'engorgement pé- 
ripneumonique; mais elles semblaient plutôt être 
le résultat d'une combinaison particulière de sang 
fortement caillé et comme à demi desséché avec le 
tissu du poumon. Vers la pointe du lobe inférieur 
de cet organe se trouvait une masse semblable, et de 
plus d'un pouce cube, formée par trois couches dis- 
tinctes et supérieures les unes aux autres, séparées 
par des couches plus minces d'un tissu rouge, mou, 
crépitant, et rendu seulement un peu plus vermeil 
que dans l'état naturel par une très-légère infiltra- 
tion sanguine. Les couches où l'exhalation sanguine 
avait eu lieu étaient d'un rouge noir, grenues à l'in- 
cision, très-fermes, se cassant facilement, et si peu 
humides qu'on pouvait à peine en exprimer un peu 
de sang à demi caillé. Une d'elles offrait une petite 
partie plus ramollie, et semblable à un caillot de 
sang. Les portions ainsi engorgées ne laissaient rien 
suinter qu'en pressant et en raclant avec le scalpel; 



?>[\1 VÉGÉTATIONS DES VALVULES DU COEUR. 

tandis que les parties crépitantes du poumon étaient 
rendues beaucoup plus humides par une sérosité 
jaunâtre et spumeuse qui coulait à l'incision. Quel- 
ques tubercules se rencontraient à la surface du 
poumon, vers la partie inférieure. 

La cavité droite du thorax contenait environ une 
pinte et demie de sérosité sanguinolente mêlée à 
quelques flocons albumineux. 

Le poumon droit adhérait par son sommet à la 
plèvre costale, au moyen d'un tissu cellulaire acci- 
dentel bien organisé. Son tissu était sain, excepté in- 
férieurement, où il présentait un engorgement sem- 
blable à ceux du poumon gauche. Vers le sommet, 
on trouvait une petite concrétion ostéo-terreuse en- 
tre la plèvre et le poumon. 

La muqueuse bronchique était fortement rougie 
par endroits dans les deux poumons. 

Le péricarde contenait environ quatre onces de 
sérosité, sur laquelle on voyait quelques bulles d'air 
semblables à celles que l'on forme en soufflant avec 
un tube dans de l'eau de savon. 

Le cœur avait un volume égal à celui des deux 
poings du sujet. Les parois des deux oreillettes 
avaient une épaisseur plus considérable que dans 
l'état naturel; celles de la gauche avaient depuis une 
demi-ligne jusqu'à une ligne et demie d'épaisseur ; 
celles de la droite étaient un peu moins épaisses. 
Leur membrane interne était sensiblement é'paissie, 
et se détachait facilement. 

Le ventricule gauche aurait à peine contenu une 
amande dépouillée de son drupe. Les colonnes char- 
nues laissaient entre elles des écartemens semblables 



VÉGÉTATIONS VERIUTQUEUSES. 3/^3 

à ceiix du ventricule droit, de manière à lui donner 
un pouce et demi d'épaisseur à l'origine des piliers : 
à l'union du ventricule avec l'oreillette , l'épaisseur 
n'était que de trois lignes. Les bords de la valvule 
mitrale étaient ratatinés et légèrement cartilagineux, 
et offraient en dedans trois excroissances d'environ 
une ligne de longueur, fermes, et difficiles à déta- 
cher en raclant avec le scalpel. 

Le ventricule droit était un peu plus épais que 
dans l'état sain ; ses colonnes charnues étaient très- 
prononcées. 

L'aorte, à sa sortie du coeur , ainsi que dans tout 
son trajet, était d'un petit calibre, de manière à 
permettre à peine l'introduction du petit doigt. Deux 
des valvules sigmoïdes offraient des excroissances 
semblables à celles qui se voyaient sur la valvule mi- 
trale, un peu rouges à leur sommet, pâles à leur base, 
et d'un aspect fort analogue à celui des excroissances 
syphilitiques connues sous le nom de poireaux. 

La membrane muqueuse de l'estomac était comme 
teinte en rouge par endroits; dans d'autres points, 
elle offrait une rougeur ponctuée ; dans d'autres , 
enfin , elle présentait des plaques grisâtres , de forme 
et de grandeur variées. Les vaisseaux sous-muqueux 
étaient assez fortement injectés. 

La membrane muqueuse des intestins-était injectée 
en quelques points, mais nullement enflammée. 

Le foie, un peu ratatiné à sa surface, contenait 
de petits corps d'un jaune verdâtre, peu humides, 
comme flasques dont le volume réuni surpassait celui 
du tissu hépatique • le volume total du foie était ce- 
pendant moindre que dans l'état naturel, eu égard 



344 VÉGÉTATIONS DES VALVULES DU COEUR. 

à la taille du sujet. Il était peu gorgé de sang (i). 
La rate, d'un très-petit volume , contenait peu de 
suc. Les autres viscères étaient sains. 

m 

II. — Végétations globuleuses. — Les végétations 
que j'appelle globuleuses ont un aspect totalement 
différent de celui des productions que nous venons 
de décrire. Elles se présentent sous la forme de 
petites boules ou kystes sphéroïdes ou ovoïdes , dont 
la grosseur varie depuis celle d'un pois jusqu'à celle 
d'un œuf de pigeon. La surface extérieure de ces kys- 
tes est égale, assez lisse, d'un blanc jaunâtre ; l'épais- 
seur de leurs parois est assez uniforme, et ne passe 
guère une demi-ligne, même dans les plus grands. 
La substance qui forme ces parois est opaque et 
évidemment semblable à celle des concrétions po- 
lypiformes les plus anciennes; sa consistance est un 
peu plus ferme que celle du blanc d'oeuf cuit ; la sur- 
face interne du kyste est moins lisse que son exté- 
rieur; elle paraît aussi formée par une substance 
plus molle, et qui semble même quelquefois dégé» 
nérer graduellement , de dehors en dedans , en une 
matière semblable à celle que contient le kyste. 
Cette dernière matière peut exister en trois états 
différens, qui quelquefois se rencontrent tous les trois 
dans le mènçe cœur, mais dans des kystes séparés. 

(1) Ceci est encore un exemple des cirrhoses. Il est à re- 
marquer qu'il n'y avait pas d'ascite ; mais il y avait dans les 
plèvres un épanchement de l'espèce de ceux qui forment l'an- 
neau intermédiaire entre l'inflammation et la diathèse séreuse. 

Note de l'auteur. ) 



VÉGÉTATIONS GLOBULEUSES. 34$ 

Tantôt cette matière est semblable à du sang à demi 
liquide, mais de couleur trouble, et dans lequel il 
semblerait que l'on eût délayé une poudre inso- 
luble : on y trouve quelquefois alors, en outre, 
quelques caillots de sang pur et bien caillé. Tantôt 
elle est plus opaque, d'une couleur violette pâle , 
d'une consistance pultacée, et tout-à-fait semblable à 
de la lie de vin. Enfin elle est quelquefois jaunâtre, 
opaque, et semblable à un pus épais, à une bouillie 
claire ou évidemment formée par une fibrine dé- 
composée semblable à celle que l'on trouve dans les 
sacs anévrysmatiques. 

Je n'ai jamais rencontré de ces kystes que dans les 
ventricules et dans les sinus des oreillettes; ils sont 
toujours adbérens à leurs parois; on les trouve 
aussi communément dans les cavités droites que 
dans les gaucbes : ils sont ordinairement placés à la 
partie inférieure des ventricules, et tout près de 
leur pointe. 

Leur adhérence a lieu au moyen d'un pédicule de 
forme très-irrégulière, qui s'entrelace avec les co- 
lonnes charnues des parois des ventricules , et qui 
leur est assez peu lié pour que l'on puisse souvent 
le détacher sans le rompre. Ce pédicule, quoique 
continu aux parois du kyste, présente d'une manière 
beaucoup plus parfaite la texture des concrétions 
polypiformes: il a leur légère demi-transparence, et 
souvent même il contient dans sa substance de petits 
caillots d'un sang qui ne paraît nullement altéré ; il 
semble, en un mot, moins ancien et d'une organi- 
sation moins avancée que le kyste dont il fait partie. 

Je n'ai jamais trouvé ces kystes dans un état d'or- 



346 VÉGÉTATIONS DES VALVULES DU COEUR. 

ganisation plus parfait que celui que je viens de 
décrire; il m'a toujours paru que ceux qui con- 
tiennent du sang caillé ou encore reconnaissable 
étaient les moins anciens ; que ceux qui contiennent 
de la matière puriforme étaient ceux dont la for- 
mation remontait à l'époque la plus éloignée. 

On peut soupçonner que l'observation de Crûwel, 
que j'ai citée plus haut ( pag. a65 ) , présente un 
exemple d'une végétation globuleuse complètement 
organisée et passée à l'état cartilagineux et osseux. 
Il trouva, en effet, une sorte de kyste ovoïde enclavé 
entre les valvules sigmoïdes de l'artère pulmonaire, 
et présentant à ses extrémités deux ouvertures. Cette 
tumeur, à l'une des extrémités de laquelle pendaient 
encore trois filamens minces, lui parut s'être déta- 
chée depuis peu de la cloison du cœur. 

J'ai trouvé de ces kystes chez des sujets morts de 
maladies diverses, mais qui tous avaient eu une 
agonie de plusieurs jours et quelquefois de plusieurs 
semaines. L'exploration du cœur par le stéthoscope 
ne m'a présenté chez eux aucun trouble constant et 
remarquable de la circulation ; chez quelques- uns 
même les contractions du cœur ont eu lieu avec une 
régularité parfaite jusqu'à la mort. 

On trouve dans les Miscel. natur. Curios. une 
observation de tumeur au cœur qui me paraît être 
un exemple des végétations que je viens de décrire: 
c'est le seul , avec l'observation de Crûwell , que je 
connaisse dans les auteurs anciens. L'ouvrage de 
Burns contient trois exemples de cette affection. 
Dans deux cas, dont l'un lui a été communiqué par 
le docteur Belmanno , il a trouvé U des concrétions 



VÉGÉTATIONS GLOBULEUSES. 347 

« polypeuses composées de couches concentriques 
« solides , contenues dans des capsules membra- 
« neuses, dont la racine était entortillée dans les 
u colonnes charnuesdu cœur fi). » Dans un troisième 
cas, il a vu une semblable vésicule qui contenait une 
cuillerée à thé de pus parfait. Il cite une observation 
analogue de Baillie ; peut-être même doit -on 
joindre à ces faits une quatrième observation de 
Burns. C'est celle d'une masse polypiformedelagras- 
seur dun œuf de poule , organisée , adhérente à Vo- 
reillette gauche , et qui avait plusieurs points ossifiés. 
Burns fit pénétrer de l'air dans les petits vaisseaux 
développés dans cette tumeur, en insufflant la veine 
coronaire. 

Il est fort difficile de se rendre raison de la for- 
mation des végétations globuleuses. Leur forme me 
rappela, la première fois que je les rencontrai, un 
fait remarquable, que.j'ai vu à l'époque de mes études, 
et qui a été consigné par un de mes condisciples, 
^l.ToïinQlizY ^à&ïisleJ ournal de Médecine àQMM.Cov- 
visart, Le Roux et Boyer (2). Une jeune fille, dans un 
moment de chagrin violent, avala une once d'arsenic. 
Elle échappa , d'une manière inespérée, aux accidens 
déterminés par cet empoisonnement. L'année suivan- 
te, un nouveau chagrin la précipita encore dans le dé- 
sespoir,etelîe s'empoisonna de nouveau par l'arsenic. 
Cette fois elle succomba. A l'ouverture du corps, on 
trouva, outre les lésions dépendant de l'empoi- 
sonnement récent, un kyste de la grosseur d'un œuf 



(1) Ouv. cité, chap. ix. 

(2) T. iv, p. i5 etsuiv. 



348 VÉGÉTATIONS DES VALVULES DU COEUR. 

d'oie, qui paraissait récemment décollé du voisinage 
du pylore, où l'on voyait encore les traces de son 
adhérence. Ce kyste contenait une once d'arsenic 
cristallisé; ses parois, épaisses d'environ une ligne, 
présentaient une consistance et une texture tout-à-fait 
semblables à celles des fausses membranes pleuré- 
tiques déjà anciennes et qui ont de la tendance à se 
transformer en membranes fibreuses. Dans ce cas, il 
est évident que l'arsenic, avalé en poudre grossière, 
dans une petite quantité de liquide, produisit sur les 
parois de l'estomac une première impression assez 
vive pour déterminer une inflammation soudaine et 
la sécrétion instantanée d'une lymphe plastique qui 
enveloppa sur-le-champ le poison. 

Les végétations globuleuses présentent la même 
forme et la même consistance que le kyste dont je 
viens de parler ; mais elles ne contiennent aucune 
substance qui paraisse assez irritante pour avoir pu 
déterminer l'inflammation des parois du cœur. Nous 
avons vu que l'on ne trouve dans celles qui parais- 
sent les plus récentes que du sang ou de la fibrine 
concrètes à divers degrés, et dans les plus anciennes 
une matière qui paraît être du pus , car il en a la 
couleur jaune citron, et non la couleur jaune fauve 
de la fibrine décomposée. Les observations de Burns 
rapportées ci-dessus donnent, comme on a pu le 
voir, le même résultat. Pour admettre que le kyste 
fut un produit de l'inflammation, il faudrait pouvoir 
prouver que les particules séparées de la masse du 
sang et enveloppées par le kyste ont des qualités dé- 
létères et irritantes, ce qui n'a aucune probabilité. 
Tout au plus cela serait-il supposable , si l'on trou- 



VÉGÉTATIONS GLOBULEUSES. 3^9 

vait toujours du pus renfermé dans les vésicules. 
On pourrait rechercher alors si ces vésicules ne se 
rencontrent pas uniquement chez des sujets qui ont 
quelque part une suppuration dont le produit est 
absorbé par les veines (i): mais nous avons vu que 
le plus souvent elles ne contiennent que du sang 
diversement altéré ; et le pus n'existant que dans les 
plus anciennes est probablement une sécrétion de 
leurs parois. D'un autr« côté, le pédicule par lequel 
ces vésicules adhèrent aux colonnes charnues du 
cœur présentent presque toujours une organisation 
moins avancée, et souvent son extrémité, à laquelle 
sont encore unis des grumeaux de sang caillé , pa- 
raît tout récemment concrétée. Il semblerait en con- 
séquence que la formation de la vésicule serait an- 
térieure, et même d'un temps assez long, à son adhé- 

(i) M. Miquelj ancien chef de clinique à l'hôpital de la 
Charité , paraît s'être livré à des recherches de ce genre. Il a 
publié dans la Nouvelle Bibliothèque médicale ( octobre 
1829 ) trois observations de végétations globuleuses du cœur 
trouvées chez des phthisiques , dans les poumons desquels 
existaient de vastes excavations tuberculeuses. Ces trois faits 
sont assez curieux; mais ils ne prouvent point que les végéta- 
tions globuleuses du cœur puissent être rapportées à un trans- 
port de pus ou de matière tuberculeuse dans la masse du sang. 
Car d'une part la plupart des phthisiques n'en offrent point , 
bien que leurs poumons soient creusés par de vastes excava- 
tions tuberculeuses , et de l'autre , on trouve des végétations 
semblables chez des sujets qui n'offrent d'ailleurs aucun foyer 
de suppuration : témoins les deux observations que l'on va lire» 
(M. L.) 



35o VÉGÉTATIONS DES VALVULE9 DU COEUR. 

rence aux parois. Quoi qu'il en soit, je pense qu'il est 
plus sage et plus utile à la science de rester dans le 
doute, que d'attribuer la formation des végétations 
dont il s'agit à une inflammation des parois du 
ventricule, dont il n'existe d'autres indices que l'ad- 
hérence et une texture analogue à celle de la lym- 
phe plastique inflammatoire, caractères qui> comme 
nous l'avons montré dans le chapitre précédent, ne 
sont peut-être pas toujours certains. 

Les végétations globuleuses n'étant pas encore 
bien connues, j'en rapporterai ici deux exemples; 
on en a vu un troisième dans un des chapitres pré- 
cédens. 

Obs. LI. Végétations globuleuses dans le ven- 
tricule droit du cœur chez une phthisique, — Marie 
Potel, lingère, âgée de quarante ans, d'une cons- 
titution faible et nerveuse, s'était toujours bien por- 
tée pendant sa jeunesse. Réglée pour la première 
fois à quinze ans, elle l'avait toujours été exacte- 
ment jusqu'à sa trentième année , époque à laquelle 
étaient survenues beaucoup d'irrégularités clans ^îa 
périodicité et la quantité des menstrues. A trente- 
sept ans elles avaient cessé de paraître ; la malade 
attribuait cette suppression à la terreur dont elle 
avait été frappée lors de la bataille de Brienne (ville 
qu'elle habitait alors). Elle avait eu deux enfans; 
sa première grossesse avait été heureuse; à la suite 
de la seconde s'était manifestée une enflure générale 
qui avait été combattue avec succès par des bains 
tièdes. 

A trente-neuf ans, Marie Potel devint sujette à 



VÉGÉTATIONS GLOBULEUSES. 35 I 

une toux habituelle; bientôt elle sentit ses forces 
diminuer de jour en jour; elle éprouva des coliques 
et des lipothymies assez fréquentes^ déterminées 
souvent par des causes très-légères. 

Le 3o octobre 1 8 1 7, jour de son entrée à l'hôpital, 
la maigreur^etait assez marquée, la face colorée vers 
les pommettes , la toux fréquente et suivie de l'ex- 
pectoration de crachats jaunâtres, opaques, assez 
abondans. 

La malade resta à peu près dans le même état 
jusqu'au 18 novembre, époque à laquelle elle pré- 
senta les symptômes suivans: face assez colorée, ex- 
primant l'abattement et la douleur; teinte violette 
de la lèvre inférieure; respiration courte , accélérée, 
souvent interrompue par la toux; douleur dans le 
côté gauche de la poitrine. Cette cavité, percutée, 
donnait un son assez clair dans tous ses points, ex- 
cepté vers la région du cœur, où le son était un peu 
obscur. Le stéthoscope, appliqué sur cette région, 
faisait entendre des battemeris inégaux, parfois très- 
fréquens, et toujours beaucoup plus que dans l'état 
naturel. On distinguait deux ou trois pulsations ré- 
gulières suivies de plusieurs autres très- fréquentes 
produisant une sorte de soubresaut. La contraction 
des ventricules donnait un son obscur et semblait 
profonde ; elle ne donnait pas d'impulsion notable, 
ou du moins celle-ci se confondait tellement avec 
les mouvemens de la poitrine qu'il était très-difficile 
de la distinguer. On entendait, en outre, au moyen 
du stéthoscope, un bruit semblable à celui que 
produit une bulle d'air qui se dégage d'un liquide, 
au cliquetis de l'eau agitée dans une carafe de verre 



35a VÉGÉTATIONS DES VALVULES DU COEUR. 

à parois minces (i). La respiration s'entendait faible- 
ment partout et moins distinctement à gauche qu'à 
droite; la pectoriloquie n'existait nulle part; les 
extrémités supérieures étaient froides; le pouls était 
très-petit, fréquent etirrégulier; le ventre était souple, 
douloureux à l'épigastre. La malade éprouvait un 
sentiment de constriction vers la région précordiale, 
et une légère douleur qui se faisait sentir dans un 
point du dos diamétralement opposé. On porta sur 
la feuille du diagnostic : Tubercules du poumon-, 
maladie du cœur qu on ne peut encore déterminer. 
(Quatre sangsues et un vésicatoire à l'épigastre. ) 

Le 29 novembre, la respiration était moins gênée, 
mais toujours courte et accélérée. On ne distinguait 
plus, au moyen du stéthoscope, le bruit particulier 
que nous avons indiqué plus haut. Les battemens du 
cœur, toujours très-fréquens , étaient plus réguliers 
et moins„profonds; les contractions des oreillettes et 
des ventricules étaient assez égales, et donnaient un 
son plus obtus que dans l'état naturel. Le cœur se fai- 
sait entendre sous les clavicules; lepouls étaittoujours 
dans le même état. On ajouta à la feuille du diagnostic: 
Hypertrophie avec dilatation du cœur. 

Le 3o, la face était plus altérée; la malade ne pou- 
vait garder une position horizontale : du reste, son 
état était le même. 

(1) On peul attribuer ce phénomène à l'existence des végé- 
tations globuleuses dans le cœur^ mais je ne ferais pas beau- 
coup de fond sur ce signe : je l'ai entendu dans d'autres cas, et 
particulièrement dans un hydro-péricarde avec pneumo-péri- 
carde. (Note de fauteur.) 



VÉGÉTATIONS GLOBULEUSES. 353 

Le 3 décembre, lèvre inférieure violette, face pâle 
et abattue, respiration très-courte, assoupissement 
passager, parole lente et difficile , pouls insensible, 
extrémités froides, pulsations du cœur fréquentes, 
donnant quelque impulsion et produisant de temps 
en temps une sorte de soubresaut. 

Le 4, délire continuel, parole difficile, même état 
d'ailleurs. — Le 5, mort. 

Ouverture du corps, faite vingt-quatre heures 
après la mort. — Cadavre bien conformé, œdème de 
la face et des mains, couleur un peu violette de la face. 
Les poumons adhéraient aux plèvres par un tissu 
cellulaire court, très-ferme et bien organisé. Leur 
parenchyme était rempli de tubercules de grosseur 
et de forme variables ; les uns étaient durs, les autres 
ramollis à consistance de fromage mou. L'intervalle 
de ces tubercules était crépitant, surtout vers le bord 
antérieur du poumon; il y en avait plus dans le pou- 
mon gauche que dans le droit; aucun n'était excavé. 
Le cœur surpassait en volume le poing du sujet. 
La cavité du ventricule droit présentait, dans diffé- 
rens points de son étendue, de petites vésicules un 
peu plus grosses qu'un pois; leur surface exté-c 
neure était unie et blanchâtre, avec une teinte rosée 
ou rouge par endroits; elles étaient toutes pédicu- 
lées, et tenaient aux parois des ventricules par des 
proîongemens en forme de racines intriqués dans les 
colonnes charnues, etdor.t les extrémités, entortillées 
avec des caillots de sang très-fermes et filamenteux, 
présentaient tous les caractères de concrétions po- 
lypiformes. L'une de ces vésicules, de la grosseur 
d'une petite cerise, occupait la pointe de ce ventri- 
iri - 23 



354 VÉGÉTATIONS DES VALVULES BU COEUR. 

cule, qui se prolongeait plus loin que celle du ventri- 
cule gauche, sur laquelle elle se contournait un peu. 

Les parois des vésicules, opaques, jaunâtres, d'une 
consistance un peu supérieure à celle du blanc d'oeuf 
cuit, et cependant un peu friable, étaient d'une épais- 
seur assez égale et à peu près double de celle de 
l'ongle. Leur surface interne n'était pas tout-à-fait 
aussi lisse que l'externe, et elle était fortement teinte 
par la matière contenue dans le vésicule. Les caractè- 
res de celte matière variaient: dans quelques vésicu- 
les, elle était demi-liquide, et présentait l'aspect et la 
couleur de la lie de vin (i) ; dans d'autres, cette ma- 
tière était d'un blanc-jaunâtre, puriforme, et de con- 
sistance de bouillie; dans quelques autres, au con- 
traire, on ne trouvait qu'un caillot de sang mêlé 
d'une petite quantité de fibrine. 

La cavité du ventricule droit était un peu plus 
ample que dans l'état naturel : ses parois étaient 
d'une bonne épaisseur. La cavité du ventricule gau- 
che était proportionnée à l'épaisseur de ses parois , 
qui avaient au moins huit lignes dans leurs points les 
plus épais. Le tissu du cœur était pâle , flasque et 
facile à déchirer, d'une couleur jaunâtre-fauve , ana- 
logue à celle des feuilles mortes. 

Le foie était volumineux , et graissait légèrement 
le scalpel. 

La surface interne de l'estomac était, par endroits, 

(i) Cette couleur lie de vin est évidemment due au mélange 
d'une matière puriforme et du sang. Quelquefois même on 
trouve dans le même kyste un peu de pus pur. (Note d& fau- 
teur.) 



VÉGÉTATIONS GLOBULEUSES. 355 

d'un rouçe vif vers le cardia; mais cette rougeur 
n'existait que sur les replis de la membrane mu- 
queuse. 

Les intestins grêles offraient , dans quelques en- 
droits y une rougeur assez marquée , et quelques 
ulcérations qui n'intéressaient que la membrane mu- 
queuse. 

Les autres organes étaient sains (i). 

Dans l'exemple que l'on vient de lire , tout an- 
nonce que l'existence des végétations datait de l'épo- 
que à laquelle se sont manifestées les palpitations et 
les lipothymies, c'est-à-dire d'environ un an. 

Obs. LU. Apoplexie pulmonaire citez un sujet 
attaqué d'hypertrophie et de dilatation avec végé- 
tations globuleuses du cœur. — Jean-Baptiste Diri- 
ebard, artisan, âgé de quarante-cinq ans, ayant la 
peau blanche et les cheveux roux , était , depuis plu- 
sieurs années, sujet à un état de suffocation quand 
il se livrait à quelque exercice un peu violent» Lors- 
qu'il entra à l'hôpital Necker, vers la fin d'août 1818, 
il éprouvait , depuis environ quinze jours, une gêne 
permanente et assez grande de la respiration. 

Le jour de son entrée , il présentait les symptômes 
suivans: décubitus en supination, embonpoint assez 

(1) Il est évident que, chez cette femme, la mort a été due 
aux végétations globuleuses développées dans le ventricule 
droit ; car la phthisie était encore trop peu avancée pour qu'on 
pût lui attribuer non- seulement les accidens qui ont précédé la 
mort, mais même le degré de dyspnée qui existait depuis long- 
temps. (Note de l'auteur.) 



356 VÉGÉTATIONS DES VALVULES DU COEUR. 

considérable , face pâle , un peu terne ; pouls à 
peine sensible aux deux bras ; pieds et jambes œdé- 
matiés; appétit nul, soif modérée, sommeil court 
et souvent interrompu par des réveils en sursaut. La 
respiration , quoique courte et gênée , s'entendait 
bien à l'aide du stéthoscope. La poitrine résonnait 
bien partout , excepté à la région du cœur. L'exa- 
men des battemens du cœur donna le résultat sui- 
vant : impulsion du ventricule gauche très-forte et 
assez sonore ; son et impulsion du ventricule droit 
médiocres ; son des oreillettes nul. 

Je fis , en conséquence , écrire le diagnostic sui- 
vant : Hypertrophie du cœur. 

Saignée du bras , tisane apéritive. 

Au bout d'un mois , le malade se trouvant assez 
bien pour reprendre ses travaux , demanda sa sortie. 

Un mois et demi après , il rentra à l'hôpital , of- 
frant absolument, quant à l'état delà circulation, les 
mêmes symptômes que la première fois. L'infiltra- 
tion s'étendait aux tégumens du ventre. La respira- 
tion était toujours très-gênée , quoique le passage 
de l'air à travers les poumons s'entendît bien au 
moyen du stéthoscope. Une saignée du bras fut pra- 
tiquée sans soulagement marqué. Cependant , au 
bout de six semaines, l'usage de la tisane apéritive 
et de la teinture éthérée de digitale , et quelques ap- 
plications de sangsues , firent disparaître l'infiltra- 
tion ; la respiration devint moins gênée, l'appétit 
reparut , et le malade sortit de l'hôpital. Le pouls 
était , comme la première fois , presque insensible à 
l'un et à l'autre bras ; la face conservait sa pâleur et 
une teinte un peu plombée. 



VEGÉTA.T10NS GLOBULEUSES. 35^7 

Le 16 janvier 1819, Dirichard se fit transporter 
de nouveau à l'hôpital Necker. Il ne pouvait plus 
respirer qu'assis , quelquefois il tentait de se cou- 
cher sur le ventre; mais alors il sentait un battement 
à la gorge , vis-à-vis du sternum. L'infiltration avait 
encore augmenté ; il y avait , en outre , quelques 
quintes de toux et de la diarrhée; le pouls était in- 
sensible. Le malade se plaignait aussi d'une douleur 
assez vive à l'épigastre. Le cœur donnait toujours 
une impulsion très-forte. 

Les saignées locales , les sinapismes aux extrémités 
inférieures, l'usage des boissons apéritives et de la 
digitale pourprée n'apportèrent aucun soulagement. 
L'orthopnée augmentait de jour en jour. 

Le malade resta à peu près dans le même état 
jusqu'au 3 février. À cette époque ? la respiration 
devint plus difficile encore; de temps en temps sur- 
venaient des attaques d'une suffocation presque im- 
minente, que le malade diminuait en s'inclinant en 
avant. La toux , plus fréquente, était suivie de l'ex- 
pectoration d'un mucus un peu filant, et mêlé de 
quelques stries d'un sang vermeil. 

Le 4 février , le malade rejeta, presque sans ef- 
forts et sans toux , une assez grande quantité de sang 
rouge, spumeux et peu mêlé aux crachats. Pendant 
la toux, il jetait une espèce de cri aigu. La poitrine 
résonnait bien dans toute son étendue. La respi- 
ration ne s'entendait presque pas dans les parties 
inférieures du poumon droit. Dans presque toute 
l'étendue de la poitrine , on entendait un râle 
muqueux dont les bulles paraissaient très-grosses et 
semblaient se dilater en parcourant les bronches ; 



358 VÉGÉTATIONS DES VALVULES DU COEUR. 

od reconnaissait même évidemment que quelques 
jnes se rompaient par excès de distension. Ce râle 
était plus fort à droite. 

On ajouta à la feuille du diagnostic : Engorge- 
ment hémoptoïque ,et on prescrivit une saignée de 
deux palettes. 

Le 5 , plaintes continuelles, orthopnée considé- 
rable, face un peu affaissée. Le sang expectoré était 
moins abondant, et avait perdu de sa couleur ver- 
meille : mêmes observations par le stéthoscope. 

Tisane de grande consolide , looch astringent. 

Le 6 février, douleurs vagues dans l'abdomen et 
principalement vers l'épigastre ; insomnie; infiltra- 
tion s'étendant à tout le corps, et surtout aux mem- 
bres supérieurs , plus considérable à la main droite 
que partout ailleurs; pouls à peine sensible; expec- 
toration d'une matière sanguinolente et comme 
sanieuse; poitrine résonnant bien antérieurement 
et sur les côtés; râle beaucoup plus fort dans le côté 
droit, sur lequel le malade se couche habituellement. 

Le 7 février, traits de la face affaissés, voix presque 
éteinte, faiblesse plus grande; un peu de râle crépi- 
tant à gauche. 

Le 8, le malade succombe après une longue et 
douloureuse agonie. 

Ouverture du corps faite soixante heures après la 
mort. — Le cerveau et les méninges ne présentè- 
rent rien de remarquable. 

Le péricarde contenait à peu près une once de sé- 
rosité. Le cœur avait au moins trois fois le volume 
du poing du sujet. Il présentait à sa surface plu- 
sieurs plaques d'un blanc mat, peu épaisses, irrégu- 



VÉGÉTATIONS GLOBULEUSES. 35g 

lières à leur circonférence , et grandes à peu près 
comme la moitié de la paume delà main. Le ven- 
tricule droit était en partie rempli par une masse 
polypiforme qui se prolongeait dans l'oreillette 
droite, qu'elle remplissait en entier. Cette concré- 
tion volumineuse offrait , dans une partie de son 
étendue, une couleur rougeâtre, une grande fermeté 
et une texture fibrineuse ; dans d'autres points, elle 
était moins ferme, n'offrait aucune apparence fi- 
breuse, et avait une couleur jaune et opaque; dans 
quelques endroits, enfin , elle était d'un jaune clair, 
presque demi-transparente et très-molle. Dans la 
partie rougeâtre et ferme , on distinguait plusieurs 
stries d'un rouge foncé, qui paraissaient former des 
rudimens à de petits vaisseaux sanguins. 

La cavité du ventricule droit était un peu dilatée; 
ses parois , d'une bonne épaisseur ( d'environ trois 
lignes) s'affaissaient quand on les incisait. Les co- 
lonnes charnues paraissaient moins nombreuses et 
étaient aplaties j elles étaient réunies ou intimement 
appliquées les unes aux autres par suite de cet apla- 
tissement ; vers la pointe du cœur , elles repre- 
naient plus de saillie et étaient plus distinctes. En 
cet endroit , on remarquait dans l'écartement des 
colonnes charnues deux ou trois petits kystes d'un 
jaune-rougeâtre , gros comme des fèves, et en ayant 
à peu près la forme. Ces kystes , dont les parois 
étaient minces et très-fermes, contenaient une ma- 
tière demi-liquide, semblable à de la lie de vin ; ils 
étaient fixés à la pointe du ventricule par des es- 
pèces de pédicules entrelacés dans les colonnes 
charnues, et dont la texture et l'aspect étaient tout- 



36o VÉGÉTATIONS DES VALVULES DU COEUR. 

à-fait semblables à ceux de la partie la plus ferme de 
la concrétion poîypiforme. L'oreillette droite n'of- 
frait, hors la concrétion poîypiforme qui la disten- 
dait , rien de particulier. Elle formait à peine avec 
l'oreillette gauche, comme elle exempte de lésion, 
le quart du volume du coeur. 

Le ventricule gauche offrait des parois de neuf à 
onze lignes d'épaisseur et d'une fermeté remarquable; 
elles ne s'affaissèrent point quand on les eut in- 
cisées , quoique la cavité de ce ventricule fût au 
moins double de ce qu'elle eût du être, et qu'elle eût 
pu loger le poing; il contenait du sang noir à demi 
caillé; les colonnes charnues y étaient très-volumi- 
mineuses et très-fortes. La valvule mitrale offrait 
plusieurs plaques cartilagineuses extrêmement dures 
développées dans son épaisseur et qui n'avaient pas 
changé sa forme. Les valvules sigmoïdes aortiques 
étaient parfaitement saines. 

On remarquait, à la surface interne de ce ventri- 
cule, et à peu près vers son milieu , une ou deux 
plaques blanches, de la grandeur de l'ongle , très- 
fermes et peu épaisses ; elles paraissaient dévelop- 
pées sous la membrane interne, à laquelle elles ad- 
héraient intimement ; on put les enlever assez fa- 
cilement avec la pointe d'un scalpel. La cloison 
inter - ventriculaire n'offrait rien de remarquable. 

L'aorte, un peu dilatée à sa naissance, l'était beau- 
coup plus encore à sa crosse. Elle présentait, dans 
ce dernier endroit , un petit enfoncement ou cul- 
de-sac conique de grandeur à loger une noisette, 
autour duquel les parois de l'artère offraient une 
teinte rouge-foncée qui pénétrait toute leur épais- 



VÉGÉTATIONS GLOBULEUSES. 36 1 

seur (i). Depuis sa naissance jusqu'à sa seconde 
courbure , l'aorte présentait à sa surface interne un 
très-grand nombre d'incrustations cartilagineuses 
ou même osseuses, tellement épaisses qu'elles 
semblaient occuper la totalité des parois de l'artère. 
Entre ces plaques de couleur blanchâtre , la sur- 
face interne de l'aorte était d'un jaune foncé. La 
partie de la trachée-artère sur laquelle appuyait la 
crosse de l'aorte était évidemment aplatie et un 
peu déviée à droite. 

La plèvre droite contenait environ six onces de sé- 
rosité roussâtre. Le poumon de ce côté n'adhé- 
rait que légèrement aux côtes vers sa partie supé- 
rieure. Dans ses trois quarts supérieurs , il était 
rougi plutôt qu'infiltré par un sang d'une couleur 
très-vermeille; son tissu était d'ailleurs très-crépi - 
tant et plutôt sec qu'humide. 

Il présentait vers sa base une zone de deux à trois 
travers de doigt de largeur , traversant toute l'é- 
paisseur du poumon , exactement circonscrite , et 
tranchant sans aucune gradation sur le tissu pulmo- 
naire crépitant , dont elle se distinguait par sa den- 
sité égale à celle du foie, par sa couleur d'un noir 
tirant un peu sur le rouge, et par l'aspect grenu de 
la surface des incisions que l'on y faisait. Ces carac- 
tères lui donnaient une certaine ressemblance avec 
le tissu des corps caverneux de la verge. 

(i) Ceci est un exemple d'anévrysme commençant par dila- 
tation de toutes les tuniques artérielles. Il ne faut rien con- 
clure de cette rougeur par imbitiitiori, surtout soixante heu- 
res après la mort. (Note deï auteur.) 



36'2 VÉGÉTATIONS DES VALVULES DU COEUR. 

Trois ou quatre endurcissemens de même nature 
et également circonscrits se remarquaient plus haut 
dans le même poumon ; mais ils offraient à peine 
le volume d'une amande ou d'une noix (i). 

Le plus grand de ces engorgemens était séparé , 
dans une étendue assez grande de sa surface infé- 
rieure , du tissu pulmonaire crépitant , par une 
membrane mince , qui était évidemment une des in- 
tersections naturelles du tissu pulmonaire. 

La plèvre gauche contenait , comme la droite , 
quelques onces de sérosité roussâtre. Le poumon 
gauche présentait à sa surface , et tout près de sa 
base, postérieurement, une petite fausse membrane 
jaune, opaque et très-molle. Le tissu de cet organe 
était , en général , assez crépitant ; il laissait suinter , 
quand on le pressait , une fort petite quantité de 
sérosité sanguinolente. Vers la partie postérieure de 
son lobe inférieur, il contenait dans son parenchyme 
deux ou trois engorgemens semblables à ceux du 
poumon droit, et également circonscrits. 

Dans l'un et l'autre poumon , les rameaux bron- 
chiques étaient un peu dilatés , et remplis par des 
mucosités grises et opaques. L'intérieur de la tra- 
chée offrait une rougeur assez marquée, et contenait 
aussi des mucosités grisâtres et filantes. La membrane 
muqueuse des bronches était, dans beaucoup d'en- 
droits, et surtout dans ses petites ramifications, no- 
tablement épaissie et teinte d'un rouge violet. 
La cavité abdominale contenait environ une 

(1) Ceci est un exemple deVinfarctus hémoptoïque ou de 
l'apoplexie pulmonaire. (Note de l'auteur.) 



VEGETATIONS GLOBULEUSES. 363 

pinte d'une sérosité limpide et légèrement jaunâtre. 

Le foie était comme ratatiné, et offrait à sa surface 
convexe un grand nombre de très-petites bosselures. 
Son parenchyme contenait une très-grande quantité 
de petits corps d'un jaune pâle, gros comme des 
pépins de pomme , bien séparés les uns des autres , 
et entre lesquels le parenchyme de l'organe offrait 
sa couleur et sa densité ordinaires. Les plus grosses 
de ces productions semblaient formées par des 
squames qui s'enveloppaient à peu près comme des 
feuilles de chou-pomme ou de laitue. Le volume 
du foie, malgré ce grand nombre de petits corps 
étrangers développés dans le tissu de ce viscère, était 
évidemment moindre que dans l'état naturel (i). 

La muqueuse de l'estomac et celle du tube intes- 
tinal offraient, dans toute leur étendue , une rougeur 
ponctuée assez prononcée. Le premier de ces vis- 
cères était distendu par des gaz. 



Quoique la concrétion du sang, dans les artères, 
les obstrue ordinairement en totalité, plusieurs faits 
que j'ai rencontrés dans la pratique de la médecine, 
sans pouvoir les vérifier sur le cadavre , me font 
penser qu'il peut se former dans ces vaisseaux de 
petites concrétions sanguines , qui, venant à s'orga- 
niser, s'attachent à leurs parois, et constituent des 
végétations verruqueuses. 

Le 19 novembre 1817, j'examinais, avec mon 
confrère M. Récamier, une malade attaquée d'une 

(1) Ceci est encore un exemple des cirrhoses. 



364 DE LA PERICARD1TE. 

fièvre rémittente compliquée de péripneumonie. 
L'oppression était plus grande quelle n'eût dû l'être 
à raison du peu d'étendue de cette dernière affection, 
qui n'occupait que la partie inférieure du poumon 
gauche. Nous trouvâmes que le pouls , régulier et 
assez développé au bras droit, présentait fréquem- 
ment au bras gauche des pulsations plus faibles et 
des intermittences équivalentes à une , à deux et 
quelquefois même à trois ou quatre pulsations. Le 
lendemain , je revis la malade seul , et je trouvai la 
même différence dans les deux bras. J'examinai en 
même temps les battemens du cœur à l'aide du sté- 
thoscope, et je les trouvai parfaitement réguliers. 
Cette différence persista jusqu'à la mort: elle n'exis- 
tait pas avant la maladie. Il me semble qu'on ne peut 
l'expliquer qu'en admettant l'existence d'un obstacle 
mobile à l'entrée de l'artère sous-clavière ou de 
l'artère brachiale. M. Récamier me dit, à cette occa- 
sion, qu'il avait trouvé, dans un cas tout-à-fait sem- 
blable quant à l'état du pouls , une petite concrétion 
polypiforme alongée , adhérente par une de ses extré- 
mités à l'origine de l'artère sous-clavière. 

CHAPITRE XXI. 

DE LA. PÉRiCARDITE. 

La péricardite est l'inflammation de la membrane 
séreuse qui , après avoir tapissé la face interne du 
sac fibreux du péricarde, se réfléchit sur les gros 
vaisseaux et le cœur, qu'elle revêt en entier. Cette 
inflammation peut être aiguë ou chronique. 



CARACT. ABTAT. DE LA PERICARDITE AIGUË. 365 

ARTICLE PREMIER. 
Caractères anatomiques de la Péricardite. 

Les caractères anatomiques de la péricardite 
aiguë , comme ceux de l'inflammation de toutes les 
membranes de même nature , sont une rougeur plus 
ou moins marquée , une exhalation albumineuse 
concrète et un épanchement séro-purulent. 

La rougeur est presque toujours peu marquée 
dans la péricardite aiguë. Lorsqu'elle existe , ce n'est 
ordinairement que par endroits ; elle est le plus 
souvent ponctuée , et il semble que la surface 
interne de la membrane séreuse du péricarde soit 
couverte çà et là de petites taches de sang très-rap- 
prochées les unes des autres. Je ne me suis jamais 
aperçu que cette rougeur fût accompagnée d'aucun 
épaississement de la membrane affectée. Dans quel- 
ques cas où cependant l'inflammation paraît avoir 
été très-forte, à en juger par l'épaisseur des fausses 
membranes, après les avoir enlevées, on n'observe 
presque aucune rougeur à la surface interne de la 
membrane séreuse. 

L'exsudation albumineuse demi-concrète qui ac- 
compagne l'inflammation du péricarde revêt ordi- 
nairement toute la surface de cette membrane, tant 
sur le cœur et les gros vaisseaux que sur la face 
opposée à ces organes. Elle forme rarement une 
couche égale et membraniforme , comme les fausses 
membranes pleurétiques ; et même le plus souvent 
sa surface interne est remarquable par le grand 
nombre de parties saillantes , rugueuses et informes 



366 DE LA. PÉRICA.RDITE. 

qu'elle présente. Quelquefois ces proéminences, 
nombreuses et assez égales entre elles , donnent à 
la surface de l'exsudation un aspect mamelonné, et 
tout-à-fait semblable à celui que présenteraient deux 
plaques de marbre unies par une couche un peu 
épaisse de beurre ? et séparées brusquement par le 
procédé que l'on suit dans l'expérience des hémi- 
sphères de Magdebourg. D'autres fois ces inégalités 
représentent assez bien la surface interne du bonnet 
ou second estomac du veau, comme l'a remarqué 
Corvisart dans un cas particulier (i). 

Cette fausse membrane mamelonnée a donné lieu 
à une assez singulière méprise: quelques praticiens, 
ayant trouvé une péricardite semblable à l'ouver- 
ture de sujets morts de la petite-vérole , ont pris la 
fausse membrane bosselée qui revêtait le cœur pour 
une éruption varioleuse de cet organe. 

La consistance de l'exsudation est ordinairement 
plus forte que celle des fausses membranes pleuré- 
tiques; son épaisseur est plus grande , et elle adhère 
plus fortement à la membrane à laquelle elle est ap- 
pliquée; sa couleur est d'ailleurs la même: elle est 
d'un jaune pâle, et analogue. à celui du pus. 

La sérosité épanchée par suite de l'inflammation 
du péricarde est limpide , citrine ou légèrement 
fauve. Elle contient peu de fragmens d'albumine 
demi-concrète, et surtout elle en contient très-rare- 
ment assez pour devenir lactescente et trouble. Sa 
quantité est ordinairement considérable au début de 
la maladie, et il n'est pas rare qu'elle s'élève à plus 

(1) Ouv. cité, obs. iv, p. 17. 



CARACT. ANAT. DE LA. PÉRICARDITE AIGUË. 367 

d'une livre: Corvisart en a trouvé dans un cas près 
de quatre. Mais il paraît; que cette quantité diminue 
promptement dès que la violence de l'inflammation 
commence à tomber; car le plus souvent la quantité 
de la sérosité dans la péricardite aiguë, comparée au 
volume de l'exsudation albumineuse , est moindre 
ou à peine égale ; tandis que , dans la pleurésie et la 
péritonite, cette quantité est ordinairement de vingt 
à cinquante fois plus considérable que celle des 
fausses membranes. Assez souvent même , dans des 
péricardites très-intenses , on ne trouve point de 
sérosité , mais seulement une exsudation albumi- 
neuse, épaisse et fortement concrète, qui remplit 
toute la cavité du péricarde , et unit le cœur et les 
gros vaisseaux au feuillet extérieur de cette mem- 
brane. On doit penser que, dans ce cas , la sérosité 
exhalée a été promptement absorbée , et que les deux 
feuillets de la fausse membrane se sont collés l'un à 
l'autre ; quoiqu'à la rigueur il ne soit peut-être pas 
impossible que l'inflammation du péricarde ne pro- 
duise quelquefois qu'un pus concret et sans aucun 
mélange d'exhalation séreuse. Nous avons déjà vu 
que pareille chose paraît avoir lieu quelquefois par 
l'effet d'une inflammation sub-aiguë et partielle de 
la plèvre; et plusieurs observations me portent à 
croire que les calottes cartilagineuses qui se forment 
quelquefois sur le sommet du poumon (t. n, p. i44 
et 4^7) se développent de cette manière. 

Quelquefois la péricardite , comme la pleurésie , 
est hémorrhagique , et alors la sérosité est sangui- 
nolente, et la surface des fausses membranes teinte 
d'un rouge plus ou moins vif. 

Lorsque la guérison a lieu , l'exsudation pseudo- 



368 DE LA PERICARDITE. 

membraneuse finit, au bout d'un temps plus ou 
moins long , par se transformer en tissu cellulaire 
ou plutôt en lames de la nature des membranes sé- 
reuses ; car , en les examinant avec attention , on voit 
que le plus souvent il y en a deux adossées l'une à 
l'autre, ou, si l'on veut , que chacune d'elles forme 
une espèce de tuyau aplati , dans le milieu duquel 
se trouvent de petits vaisseaux sanguins. Elles ont, 
par conséquent, comme les membranes séreuses 
naturelles,, une surface adhérente et une surface 
exhalante. Quelquefois ces lames sont assez lon- 
gues ; d'autres fois, au contraire, elles sont tellement 
courtes , que le feuillet fibreux du péricarde semble 
adhérer intimement au cœur. 

Quelquefois, quoique rarement, la péricardite se 
borne à une partie, souvent même très-peu étendue, 
de la membrane séreuse du péricarde. La propor- 
tion de ces péricardites partielles aux péricardites 
générales est à peine comme un à dix. Elle serait 
beaucoup plus forte si les taches blanches du péri- 
carde , dont nous parlerons tout à l'heure , doivent 
lui être attribuées. Les caractères anatomiques des 
péricardites partielles aiguës sont, d'ailleurs , les 
mêmes que ceux de la péricardite générale : seule- 
ment l'exsudation albumineuse concrète ne recou- 
vre que le point affecté. L'épanchement séreux est 
quelquefois aussi considérable que dans la péricar- 
dite générale; mais le plus souvent il est moins 
abondant. L'inflammation se termine presque tou- 
jours par la guérison, et par la transformation de 
l'exsudation pseudo-membraneuse en longues lames 
séreuses. Presque jamais ces sortes d'adhérences par- 
tielles ne sont intimes. 



CARACT. ANAT. DE LA PÉR1CARDITE AIGUË. 369 

On rencontre fréquemment , à la surface du cœur, 
des plaques blanches , opaques , quelquefois de la 
largeur de la paume de la main , plus communément 
moins grandes de moitié ou des deux tiers , et sou- 
vent très-petites. Leur épaisseur est à peu près égale 
à celle de l'ongle; leur consistance semblable à celle 
des membranes formées de tissu cellulaire condensé, 
comme la membrane extérieure des glandes lym- 
phatiques. Appliquées à la surface du feuillet du 
péricarde qui recouvre le cœur et les gros vaisseaux, 
elles y adhèrent si intimement , qu'à raison de la té- 
nuité de cette membrane , il est difficile de s'assu- 
rer , par la dissection , si elles sont situées sur elle 
ou derrière elle. Corvisart a adopté cette dernière 
opinion. J'ai cependant réussi plusieurs fois à enle- 
ver ces plaques , en laissant intacte la membrane 
séreuse du péricarde: elles sont, par conséquent, 
réellement placées à sa surface. 

Ces plaques sont-elles l'effet d'une péricardite par- 
tielle , et de la conversion d'une fuisse membrane 
albumineuse en tissu cellulaire condensé et mem- 
braniforme ? L'analogie doit porter à le croire , et 
suffit presque seule pour le démontrer, car aucune 
production de ce genre ne se forme dans l'économie 
animale sans le développement préalable d'une ex- 
sudation albumineuse. Corvisart pense que ces ta- 
ches sont le produit d'une exsudation déposée au- 
dessous de la membrane séreuse du péricarde , au 
lieu de l'être à la surface exhalante (i) , et que cette 



(1) Ouv. cité, p. 54. 

111. a<4 



37O DE LA PÉRICARDITE. 

production ne doit pas son origine à l'inflammation. 
La première de ces expériences me paraît , comme 
je viens de le dire y contraire au résultat de la dis- 
section ; la seconde est peu probable, car quoique 
quelques faits que j'ai indiqués dans le chapitre pré- 
cédent semblent prouver que l'orgasme inflamma- 
toire n'est pas toujours nécessaire à la formation 
d'une lymphe plastique et organisable , cependant 
ces cas sont rares en comparaison de ceux où les 
fausses membranes sont évidemment un produit de 
l'inflammation. 

J'ai eu occasion d'observer un cas qui me paraît 
propre à éclaircir la question de l'origine de ces ta- 
ches blanches. J'ai trouvé, à l'ouverture du corps 
d'un homme mort de péripneumonie , une fausse 
membrane mince, assez ferme, d'un jaune citron, 
recouvrant l'oreillette droite et une partie du ven- 
tricule du même côté. Aucune autre fausse mem- 
brane n'existait sur le reste de la surface du péri- 
carde. Sa cavité contenait deux ou trois onces d'une 
sérosité transparente et légèrement fauve. Quelques 
points de la fausse membrane , particulièrement sur 
l'oreillette , offraient une couleur plus blanche et 
une fermeté plus grande que le reste , et présen- 
taient déjà un aspect presque semblable à celui des 
plaques blanches du cœur. 

La péricardite chronique est toujours générale , 
et l'inflammation occupe toute la surface interne de 
la membrane séreuse du péricarde. Cette membrane 
est ordinairement beaucoup plus fortement rougie 
que dans la péricardite aiguë. La rougeur est formée 
de petites taches très-rapprochées , et qui semble- 



CARACT. AN AT. DE LA PÉRICARDITE CHRONIQUE. 371 

raient avoir été appliquées avec un pinceau. Rare- 
ment la péricardite chronique est accompagnée 
d'une exsudation pseudo-membraneuse • et lors- 
qu'elle existe , la fausse membrane est mince , molle, 
friable , et ressemble tout-à-fait à une couche de pus 
très-épais. Dans tous les cas , il existe un épanche- 
ment liquide plus ou moins abondant , trouble , lac- 
tescent , et quelquefois tout-à-fait puriforme. Il me 
paraît que l'adhérence intime du péricarde au cœur 
est ordinairement la suite de l'absorption de ce li- 
quide | et que l'adhérence par de longues lames, au 
contraire, est le produit d'une inflammation aiguë. 
J'ai trouvé une seule fois une adhérence intime et 
générale du péricarde au cœur et aux gros vaisseaux: 
elle avait lieu au moyen d'une membrane fibro- 
cartilagineuse accidentelle tout-à-fait semblable à 
celles de la plèvre , et était probablement aussi le 
produit d'une inflammation hémorrhagique. 

Une éruption tuberculeuse peut quelquefois se 
développer dans la fausse membrane et faire passer 
la péricardite aiguë à l'état chronique , comme cela 
arrive fréquemment dans les fausses membranes 
pleurétiques et péritonéales. J'en ai vu deux exem- 
ples , et il en existe un troisième , autant qu'on en 
peut juger malgré la brièveté de la description, dans 
l'ouvrage de Corvisart (i). 

Dans beaucoup de périeardites , et particulière- 
ment dans les périeardites chroniques, on trouve 
la substance musculaire du cœur décolorée et blan- 
châtre comme si on l'eût fait macérer pendant plu- 

(1) Ouv. cité, obs. vu, p. 28. 



372 DE LA PÉRICAHD1TE. 

sieurs jours dans l'eau. Cette décoloration est quel- 
quefois accompagnée d'un ramollissement nota- 
ble ; d'autres fois, au contraire, la substance du 
cœur conserve sa fermeté naturelle. Cet état doit-il 
faire croire que le cœur participait à l'inflammation? 
Je ne le pense pas , ou au moins cela n'est pas dé- 
montré : l'inflammation n 7 est évidente dans un or- 
gane musculaire que Lorsqu'on trouve du pus épan- 
ché entre ses faisceaux. La plupart des auteurs ont 
cependant regardé cette décoloration du cœur com- 
me un signe de son inflammation ; et presque tou- 
tes les observations données comme des exemples 
de cardite ne sont que des péricardites accompa- 
gnées de la décoloration dont il s'agit. Un grand 
nombre de celles que Corvisart a réunies dans son 
ouvrage rentrent dans cette catégorie (i). 

ARTICLE IL 
Des Signes de la Péricardite aiguë. 

Il est peu de maladies plus difficiles à reconnaître 
que la péricardite, et dont les symptômes soient plus 
variables. Quelquefois elle s'annonce avec tous les 
caractères d'une maladie de poitrine très-aiguë , et 
évidemment capable d'emporter le malade en quel- 
ques jours; d'autres fois, au contraire, elle est tel- 
lement latente qu'après avoir vu succomber le ma- 
lade, dont les organes circulatoires paraissaient 

(1) Ouv» cité y p. 244 et suiv. 



SIGNES DE LA PERICARDITE AIGUË. 373 

dans le meilleur état, on est surpris de trouver, à 
l'ouverture du corps, une péricardite grave dont rien 
n'avait pu faire soupçonner l'existence. Dans d'au- 
tres cas , on observe tous les signes attribués par les 
nosographes à la péricardite , et l'on ne trouve à 
l'ouverture aucune trace de cette maladie , et quel- 
quefois même rien qui justifie le trouble de la cir- 
culation. Je suis tombé souvent dans l'une et l'autre 
erreur ; je les ai vu commettre par les plus habiles 
praticiens; j'ai vu quelquefois aussi deviner des péri- 
cardites, et j'en ai deviné moi-même ; car je ne crois 
pas qu'on puisse employer le mot reconnaître q'uand 
on n'a pas de signes certains , et qu'il arrive aussi 
souvent de se tromper que de rencontrer juste. Ce 
dernier résultat est, en somme, celui que me don- 
nent toutes les péricardites que j'ai observées jusqu'à 
ce jour : plusieurs de mes confrères, et entre autres 
M. Récamier, m'ont dit qu'il ne différait pas de ce- 
lui qu'ils avaient obtenu eux-mêmes. 

Corvisart (i) attribue la difficulté de reconnaître 
la péricardite à ce qu'elle est presque toujours jointe 
à la pleurésie, à la péripneumonie ou à d'autres ma- 
ladies de poitrine qui masquent ses symptômes. Ces 
complications , qui sont extrêmement fréquentes , 
paraissent effectivement très-propres à obscurcir les 
symptômes de la péricardite , si l'on consulte seule- 
ment le raisonnement et le calcul des probabilités; 
mais je puis assurer que les péricardites les plus 
complètement latentes que j'aie vues ont eu lieu chez 
des sujets dont les organes thoraciques étaient d'ail- 

(i) Ouv. cité, p. 6. 



374 DE LA PÉRICARDITE. 

leurs tout-à-fait sains , et qui ont succombé à des 
maladies aiguës ou chroniques de l'abdomen. 

Ces faits et plusieurs autres me paraissent prouver 
que , dans quelques cas , la péricardite même aiguë 
est une affection locale très-peu grave, et dont l'in- 
fluence, non-seulement sur le système général , mais 
même sur celui de la circulation , est presque nulle; 
tandis que , dans d'autres cas , la même affection , au 
même degré ou à un degré inférieur, est accompa- 
gnée de fièvre aiguë , et d'un trouble de presque 
toutes les fonctions assez grave pour compromettre 
la vie du malade. 

Corvisart pense aussi que c'est surtout lorsque la 
péricardite est très-aiguë que les symptômes sont 
très-obscurs ( 1 ). « Son invasion , dit-il, est alors 
« brusque, sa marche rapide, sa terminaison près- 
ce que subite. » Quand la maladie, sans cesser d'être 
aiguë, est moins violente, il pense qu'on peut la re- 
connaître aux symptômes suivans: le malade éprouve 
dans le côté gauche une chaleur qui se concentre à 
la région du coeur; il a une grande gêne de la res- 
piration ; la pommette gauche est plus colorée que 
la droite; le pouls, dans les premiers jours,est fréquent, 
dur, rarement irrégulier; mais vers le troisième ou 
quatrième jour, il devient petit, dur, serré, concen- 
tré et souvent irrégulier; en même temps le malade 
éprouve une grande anxiété, de légères palpitations, 
des syncopes incomplètes ; les traits s'altèrent d 'une 
manière particulière ; aux approches de la termi- 
naison fâcheuse de la maladie, le pouls devient 



(1) Ouv. cité f p. 6. 



SIGNES DE LA PERICARDITE AIGUË. 3^5 

intermittent, très-irrégulier , presque insensible 
et la face hippocratique; la douleur locale cesse en 
tout ou en partie; iï survient des suffocations, une 
anxiété insupportable et une infiltration générale ( i). 

Ces symptômes s'observent effectivement quel- 
quefois dans la péricardite; mais chacun d'eux peut 
manquer, tous peuvent manquer à la fois, et quel- 
ques uns d'entre eux sont très-rares. Je n'ai jamais 
observé, dans la péricardite, la coloration plus in- 
tense de la pommette gauche; j'ai vu rarement les 
malades se plaindre de chaleur ou de douleur à la 
région du cœur; et quant à l'état du pouls, loin 
d'observer les irrégularités graduellement crois- 
santes décrites par Corvisart, je l'ai souvent trouvé, 
dès le commencement de la maladie, irrégulièrement 
intermittent, filiforme et presque insensible. 

Je dois avouer que l'auscultation médiate ne 
donne pas de signes beaucoup plus sûrs de la péri- 
cardite que l'étude des symptômes généraux et lo- 
caux. En comparant à mes précédentes observations 
les résultats que j'ai obtenus depuis que je me sers 
du stéthoscope, je crois pouvoir donner les symp- 
tômes suivans comme ceux que présente ordinaire- 
ment la péricardite, lorsqu'elle n'est pas latente: 

Les contractions des ventricules du cœur donnent 
une impulsion forte et quelquefois un bruit plus 
marqué que dans l'état naturel; à des intervalles 
plus ou moins longs surviennent des pulsations plus 
faibles et plus courtes, qui correspondent à des in- 
termittences du pouls, dont la petitesse contraste 

(1) Ouv. cité, pi 5. 



3y6 DE LA PÉIUCARDITE. 

extraordinairement avec la force des battemens du 

cœur; quelquefois il peut à peine être senti (i). 

Lorsque ces signes surviennent tout- à-coup chez 

(1) Laennec ne parle point ici du bruit de cuir qu'il avait» 
cru pendant quelque temps pouvoir être un signe des péricar- 
dites (V . plus haut, p. io5). Je persiste à croire cependant 
que ce phénomène doit avoir lieu dans toutes les péricardites, 
au moins à un instant donné de leur durée. Deux anciens élè- 
ves de l'hôpital Necker, MM. Collin et Devillier, assurent l'a- 
voir positivement constaté : le premier, chez un homme qui 
succomba à une péricardite chronique, et dont les battemens 
du cœur furent accompagnés pendant six jours de ce bruit de 
cuir, qui ne cessa qu'au moment où les symptômes locaux an- 
noncèrent un épanchement abondant dans le péricarde ; le se- 
cond, chez un homme qui le présenta pendant toute la durée 
de son séjour à l'hôpital, et à l'autopsie duquel on trouva une 
péricardite chronique sans épanchement, mais ayant déter- 
miné, sur toute la surface du péricarde, la formation de fausses 
membranes épaisses simulant des végétations. M. Collin, qui 
s'est attribué , je ne sais pourquoi, l'honneur d'avoir observé 
le premier le bruit de cuir, pense qu'il est le résultat de l'es i 
pèce de sécheresse que présente le péricarde , comme tou- 
tes les autres séreuses, au début de son inflammation, et le 
rapproche ingénieusement de celui que l'on obtient en faisant 
rouler la rotule sur les condyles dans un genou frappé de rhu- 
matisme chronique , et quand il n'y a point encore épanche- 
ment dans la^synoviale (V. Des diverses Méthodes d'explori, 
lion de ia poitrine. Thèses de la Facul. de Médec. de Paris, 
ann. 1823 , n° 175). On a vu précédemment (t. n, p. 4 12 ) 
ce qu'il fallait penser de cette prétendue sécheresse des séreu- 
ses enflammées. L'explication de M. Collin ne me paraît dose 
admissible qu'en ce sens que le bruit de cuir est évidemment 



SIGNES DE LA PERICARDITE AIGUË. 3^7 

un homme qui n'avait jamais éprouvé de symptômes 
de maladie du cœur, il y a une grande probabilité 
qu'il est attaqué de péricardite. Assez ordinairement 
le malade éprouve une dypsnée plus ou moins 
grande, des angoisses, une anxiété inexprimable; 
il ne peut faire quelques pas ou se remuer un peu 
brusquement dans son lit sans éprouver des syn- 
copes. Le sentiment de douleur, de chaleur ou de 
poids à la région^ du cœur est un symptôme beaucoup 
plus rare , mais qui se rencontre cependant quelque- 
fois. Dans quelques cas, la région du cœur rend mi 
son mat; mais le plus souvent ce signe n'est pas bien 
évident (i). 

le résultat d'un frottement. C'est, ainsi que je l'ai dit plus haut 
(p. io5,) , l'analogue du bruit de frottement entendu dans la 
pleurésie; et d'après les deux faits cités, il est évident qu'il se 
rattache, comme ce dernier, à la présence d'une exsudation 
pseudo-membraneuse inégalement épaisse , ou , en d'autres 
termes, à la cessation du poli habituel de la séreuse. Quoi qu'il 
en soit, au reste, les observations de MM. Gollin et Devillier 
méritent certainement attention; et je ne doute pas, pour mon 
compte, que de nouveaux faits ne viennent un jour les confir- 
mer. ( M. L. ) 

(1) M. le docteur Louis a publié dans la Revue Médicale 
(janvier 1826) un excellent Mémoire , dont le but principal 
est de prouver que le son mat de la région précordiale est un 
signe de grande valeur dans la péricardite, et un signe 'bien 
évident, pourvu qu'on pratique convenablement la percussion. 
Il rapporte à l'appui de cette proposition deux cas de péricar- 
dite simple observés par lui à l'hôpital de la Chanté , et dans 
l'un desquels il y avait même, outre le son mat, mie saillie ap- 



378 DE LA. PERICARDITE. 

Il ne faut , je le répète encore , accorder qu'un 
certain degré de confiance à ces signes, lors même 



préciable de la région précordiale. Il n'insiste pas sur ce der- 
nier phénomène, qui pourrait cependant, s'il était constant, 
devenir dans la péricardite un signe de même valeur que la di- 
latation du côté affecté dans la pleurésie : mais il assure avoir 
retrouvé le son mat toutes les fois qu'il a eu la possibilité de 
pratiquer la percussion à temps, et que ce mode d'exploration 
n'a pas été rendu inutile par des complications ou par le trop 
peu de gravité de la péricardite. Il montre , par une ana- 
lyse raisonnée, que ce son mat aurait pu être observé , si les 
malades eussent été convenablement examinés , dans la plu- 
part des cas de péricardite (au nombre de trente-six) rappor- 
tés par Morgagni, Corvisart, MM. Andral, Bertin, Tâcheron, 
le Journal de Médecine de Corvisart , etc. , et la Revue Mé- 
dicale. 

« On objectera peut-être, dit-il, à l'importance que nous 
« attachons ici à l'usage de la percussion , que la péricardite 
« est souvent compliquée de péripneumonie ou de pleuro-pé- 
« ripneumonie, et qu'alors elle ne saurait être d'aucune uti- 
« lité, puisqu'il est impossible de savoir si l'obscurité du son 
« observée à la région précordiale est l'effet d'un épanchement 
« dans le péricarde ou de toute autre cause. Cette objection 
« est juste toutes les fois que la pleurésie et la pleuro-pneu- 
« monie sont doubles ou existent du côté gauche ; mais quand 
« l'une ou l'autre de ces affections a lieu du côté droit seule- 
ce ment , la percussion de la poitrine, à la région précordiale , 
a a la même valeur que dans le cas où la péricardite est sim- 
« pie. Or, ces cas ne sont pas très-rares; sur dix-sept exem- 
« pies de péricardite compliquée de pleuro-pneumonie obser- 
« vés par Morgagni, Corvisart et M. Bertin, six sont des cas 
« de pleuro-pneumonie du côté gauche, cinq de pleuro-pneu- 



SIGNES DE LA PÉH1CARDITE AIGUË. 879 

qu'ils sont tous réunis; car non-seulement lapéricar- 
dite peut exister sans eux, comme nous Favons dit, 

monie double , et les six derniers de pleuro-pneumonie 
« du côté droit ; en sorte que, chez le tiers des individus où 
« la complication existait, la percussion pouvait être de la 
« plus grande utilité. D'un autre côté, dans douze des trente- 
« six observations qui nous occupent, il n'y avait pas de 
« complication pleuro-pneumonique , et la percussion pou- 
a vait être dès-lors pratiquée avec avantage. De manière 
« qu'en réunissant ces douze observations aux six autres, on 
a a dix-huit cas, sur trente-six, danslesquels ce moded'explo- 
« ration devait donner les plus utiles résultats. 

« On opposera peut-être encore à notre manière de voir que 
«< la percussion ne peut être véritablement utile qu'autant que 
« l'épanchement de sérosité ou de pus dans le péricarde est 
« considérable ^ et que cela n'a pas toujours lieu. Cette objec- 
« tion , il faut l'avouer, a encore quelque fondement : mais il 
« faut dire aussi qu'il arrive rarement que la quantité deliqui- 
u de épanché dans le péricarde ne soit pas assez copieuse pour 
•* obscurcir le son de la-poitrine à la région précordiale. Et en 
« effet, sauf quatre cas dans lesquels les auteurs cités ont dit 
« que le péricarde ne contenait qu'une petite quantité de séro- 
site, ils ont observé, dans les trente-deux autres, une, deux, 
« trois et quatre livres de liquide dans ce sac membraneux ; ou 
« bien, sans indiquer cette quantité d'une manière aussi pré- 
ce cise, ils ont seulement dit qu'elle était considérable; et Ton 
« peut croire que quelques onces suffisent pour produire l'ef- 
« fet dont il s'agit, puisque dans un cas où Corvisart dit n'a- 
« voir trouvé qu'un peu de liquide trouble dans le péricarde, 
« la percussion, pratiquée à la région précordiale au moment 
« de l'ouverture du cadavre, produisit un son mat. 

« Qu'on n'oublie pas d'ailleurs qu'il ne s'agit pas de rem- 



38o DE LA PERICARDITE. 

mais ils peuvent aussi exister dans tout leur ensemble 
sans qu'il y ait de péricardite. Les congestions du 
sang dans le cœur, et les concrétions polypiformes 
qui en sont la suite . donnent lieu exactement aux 
mêmes symptômes. 

Avant que la conversion des fausses membranes 
en tissu cellulaire fût bien connue , l'adhérence du 
péricarde au cœur a été regardée par divers au- 
teurs comme la cause de plusieurs accidens graves. 
Lancisi et Vieussens pensent qu'elle produit cons- 
tamment des palpitations; Meckel, qu'elle rend le 
pouls habituellement petit ; Senac , qu'elle détermine 

o placer tous les signes de la péricardite par la percussion , 
« mais seulement d'estimer la valeur de ce moyen , sans lequel, 
« à la vérité, le diagnostic de cette maladie ne nous semble 
« pas susceptible de certitude , quels que soient le nombre et 
« le degré des autres symptômes. * 

J'ai cité ce long passage comme un modèle d'analyse et de 
sage induction. M. Louis, devenu depuis la publication de son 
Mémoire médecin d'un de nos grands hôpitaux, a d'ailleurs 
confirmé par de nouvelles observations toutejl'importance d'une 
percussion bien pratiquée dans la péricardite. Aussi M. Legal- 
lois , son élève et son ami, témoin de la sûreté de son diagnos- 
tic en pareil cas, s'est-il écrié dans son enthousiasme (Revue 
Médicale, mars i83o): « Aujourd'hui on ne devine plus, 
« mais on reconnaît les péricardites ! J'ai vu, en moins de deux 
« mois, M. Louis diagnostiquer trois maladies de ce genre, à 
« l'aide de la percussion : je l'ai vu apprécier, par ce moyen, 
h des épancnemens de deux à trois onces dans le péricarde , 
« estimations que l'examen cadavérique a constamment jus- 
« tifiécs. » (M. L. ) 



SIGNES DE LA PÉlUCAÎtDITE AIGUË. 38 1 

des syncopes fréquentes. Corvisart lui-même est 
tombé à cet égard dans plusieurs erreurs. Il admet 
trois espèces d'adhérences : dans la première, l'adhé- 
sion du péricarde au cœur a lieu au moyen d'une 
matière albumineuse demi-concrète: c'est celle que 
nous avons décrite ci-dessus (p. 367), et c'est la seule 
qu'il reconnaisse comme une suite de la péricar- 
dite (2). La seconde est l'adhérence intime ou par 
un tissu cellulaire très-court (ibid.): il pense qu'elle est 
l'effet d'une affection rhumatisante ou goutteuse (2). 
La troisième est celle qui a lieu au moyen d'un tissu 
cellulaire plus ou moins long (p. 368): la cause de 
celle-ci lui est inconnue (3). Il ne pense pas, au reste, 
qu'on puisse vivre , et vivre sain, avec une adhérence 
complète et immédiate du cœur au péricarde ou des 
poumons à la plèvre (4). 

Je puis assurer que j'ai ouvert un grand nombre 
de sujets qui ne s'étaient jamais plaints d'aucun trou- 
ble dans la respiration ou la circulation, et qui n'en 
avaient présenté aucun signe dans leur maladie mor- 
telle, quoiqu'il y eût adhérence intime et totale des 
poumons ou du cœur; et , pour ce qui regarde ce 
dernier organe en particulier, je suis très-porté à 
croire, d'après le nombre de cas de ce genre que j'ai 
rencontrés, que l'adhérence du cœur au péricarde 
ne trouble souvent en rien l'exercice de ses fonctions. 



(1) Ouv. cité, p. 33. 

(2) Ibid. 

(sjritar:, P . 54. 

(4) Ibid. p. 3:j. 



382 DE LA PÉRICAR1MTE. 

Il m'a paru seulement que la contraction des oreil- 
lettes devenait beaucoup plus obscure quand elles 
sont adhérentes au feuillet fibreux du péricarde. 

Corvisart rapporte , comme un exemple des ac- 
cidens que peut produire l'adhérence intime du 
cœur au péricarde , une observation qui ne me 
paraît rien moins que concluante. Le malade pré- 
sentait les symptômes suivans : fréquens accès de 
fièvre, pouls très-petit et irrégulier, palpitations 
faibles et fréquentes , battemens du cœur irréguliers, 
dyspnée, absen ce du son du côté gauche de la poitrine, 
douleur à l'épigastre, ascite, douleur continuelle 
dans divers points de l'abdomen. Il succomba au 
bout de huit mois. A l'ouverture du corps, on trouva 
le péricarde adhérent intimement au cœur; lepoumon 
gauche était refoulé vers la partie supérieure de la 
poitrine (sans doute par un épanchement) et endurci; 
il existait en outre une péritonite tuberculeuse géné- 
rale très-intense,avecépanchementséro-sanguinolent 
abondant (i). N'est-il pas beaucoup plus probable 
que les symptômes de la maladie appartenaient, 
pour ce qui regarde la gène de la respiration et de 
la circulation , à l'épanchement pleurétique, et pour 
les autres symptômes à la péritonite chronique? J'ai 
trouvé plusieurs fois des adhérences complètes du 
péricarde au cœur chez des sujets qui m'avaient ra- 
conté avec beaucoup de détails l'histoire de leur 
santé depuis l'enfance, sans que j'y eusse trouvé, 
non plus que dans les symptômes actuels de leur 



(1) Ouv. cité, p. 34- 



SIGNES LA PÉRÎCARDITE AIGUË. 383 

maladie du cœur, aucun indice d'une affection des 
organes de la circulation. 

Quelques médecins anglais avec lesquels je suis 
lié m'ont appris qu'un de leurs compatriotes, M. le 
doct. Sanders,acru trouver un signe certain de l'adhé- 
rence du péricarde au cœur, signe qui consiste dans 
un creux qui se forme à l'épigastre, immédiatement 
au-dessous des fausses côtes gauches, pendant la 
durée de chaque systole du cœur. Kreysig attribue 
la même remarque à un médecin allemand, le doc- 
teur Heim, de Berlin (i). J'ai cherché inutilement, 
depuis deux ans, à vérifier cette observation chez 
tous les malades qui présentaient quelque signe de 
trouble de la circulation : je n'ai jamais pu aperce- 
voir le creux dont il s'agit; et dans le nombre de ces 
sujets il s'en est trouvé plusieurs dont le cœur adhé- 
rait au péricarde. Chez un homme, entre autres, qui 
était attaqué d'hypertrophie avec dilatation, et chez 
lequel l'adhérence du péricarde était très-serrée et 
universelle, l'épigastre, examiné à nu un grand nom- 
bre de fois, n'avait pas présenté la rétraction dont 
il s'agit. Il me semble d'ailleurs qu'il faudrait, pour 
qu'une semblable rétraction eût lieu , une réunion 
de circonstances qui doit se rencontrer bien rare- 
ment, c'est-à-dire, que l'estomac adhérât d'une part 
au diaphragme et de l'autre aux parois abdominales 
antérieures dans un point peu étendu: car l'adhé- 
rence du cœur au diaphragme ne change pas essen- 
tiellement ses rapports avec ce plancher musculo- 



(i) Ouv. cité, vol. h, p. 623. 



384 DE LA PÉRICARDITE. 

tendineux. Il ne se fait point dévide dans le péricarde 
pendant la systole des ventricules, vu que le sang 
aborde dans les oreillettes en même temps qu'il sort 
par l'aorte, et le cœur ne cesse jamais de reposer 
sur le plancher diaphragmatique, et n'a aucune ten- 
dance à le tirer en haut. 

Les signes de la péricardite chronique sont en- 
core plus incertains que ceux de la péricardite aiguë. 
Cette incertitude tient non-seulement à la variabilité 
de ces signes, mais encore à la rareté plus grande de 
la péricardite chronique, si l'on met de côté les cas 
très-nombreux dans lesquels la péricardite d'abord 
aiguë devient chronique par la difficulté de l'absorp- 
tion du liquide épanché. J'ai suivi plusieurs maladies 
que j'ai regardées dès leur début et pendant tout 
leurs cours comme des péricardites chroniques, et 
qui se sont presque toutes terminées parla guérison. 
Deux ou trois cas, tout au plus, dans lesquels les 
malades ont succombé, m'ont permis de vérifier 
que le diagnostic était exact; mais assez souvent j'ai 
trouvé le péricarde plein de pus et dans un véritable 
état d'inflammation chronique, sans que rien eût pu 
me faire soupçonner cette affection. Dans les cas que 
j'ai observés depuis quelques années, j'ai trouvé les 
symptômes locaux et généraux de la maladie tout-à- 
fait semblables à ceux de la péricardite aiguë, à un 
peu moins de violence près. La percussion seule 
peut, dans les cas où Fépanchement est considérable, 
donner quelques lumières. La guérison s'est fait at- 
tendre chez plusieurs malades un an, dix-huit mois, 
et même deux ans. Ses progrès ont été presque in- 
sensibles, et du moment où elle a été parfaite, les 



DE LA PERICARDITE. 385 

mouvemens du cœur et les battemens du pouls sont 
redevenus naturels et réguliers (i). 

Rangée arec raison, il n'y a pas long-temps encore, au nom- 
bre des maladies qu'il était le plus difficile de reconnaître, l'in 
flammation du péricarde est devenue aujourd'hui, dans la plu- 
part des cas, assez aisée à distinguer. A l'époque où Laennec 
écrivait son ouvrage, on n'arrivait presque toujours à diagnos- 
tiquer la péricardite qu'en procédant par voie d'exclusion. La 
douleur à la région du cœur était presque le seul signe bien po- 
sitif qui pût être de quelque secours pour la reconnaître : mais, 
d'unepart, cette douleur n'existe pas dans plusieurs cas de péri- 
cardite ; d'autre part, lorsqu'elle existe, il est souvent difficile 
d'affirmer qu'elle dépend d'une phlegmasie du péricarde : les 
diverses parties situées dans le voisinage de ce sac membraneux 
peuvent, en effet, lorsqu'elles deviennent malades, donner lieu 
à des douleurs qui, par leur siège, pourraient être prises pour 
des douleurs qui appartiendraient au péricarde. Quant à d'au- 
tres signes auxquels on attachait une plus ou moins grande im- 
portance pour reconnaître l'inflammation de l'enveloppe exté- 
rieure du cœur, ils ont sans doute une certaine valeur, lors- 
qu'ils existent réunis, et qu'on les considère dans leur ensem- 
ble : ainsi, nul doute qu'il y a une assez grande probabilité pour 
croire à l'existence d'une péricardite, lorsque, chez un malade 
qui n'offre aucun signe d'affection des poumons ou des plèvres, 

(1) Peut-être était-ce ici le lieu de parler du traitement de la 
péricardite tant aiguë que chronique. Laennec a préféré le re- 
jeter au chapitre du traitement des maladies du cœur en géné- 
ral, chapitre qui n'arrivera qu'après la description des maladies 
de l'aorte. Mais du moins il ne l'a pas complètement oublié, 
ainsi que le dit dans sa traduction le docteur Forbes, qui fait là 
une singulière erreur pour un traducteur. (M. L.) 

III, a5 



386 DE LA. PÉR1CA.RDITE. 

et chez lequel n'existe d'ailleurs aucune lésion antécédente du 
cœur, on observe tout-à-coup, avec une douleur vive et subite 
à la région précordiale, un grand tumulte dans les battemens 
du cœur, un pouls très fréquent et très petit, et dont la fai- 
blesse, au moins apparente, contraste avec la forcé et l'éten- 
due des contractions du cœur. L'existence d'une péricardite 
acquiert encore plus de probabilités, lorsqu'à ces signes se joi- 
gnent une dyspnée considérable, une anxiété générale des plus 
vives, une altération profonde des traits de la face, le froid des 
extrémités, quelquefois des lipothymies, etc. Mais remarquez 
bien qu'il est un grand nombre de péricardites dans lesquelles 
la plupart de ces signes peuvent manquer; on peut s'en con- 
vaincre en parcourant les observations sur cette maladie, qui 
se trouvent consignées dans ma Clinique médicale : elles ont 
surtout pour but de montrer le peu de constance et l'incerti- 
tude des signes précédens. Ainsi, la péricardite peut exister 
sans être accompagnée d'une notable dyspnée, sans que la main 
ni l'oreille saisissent aucun tumulte particulier dans les batte- 
mens du cœur, sans que le pouls présente ni fréquence extrême, 
ni petitesse singulière, ni irrégularité ou intermittence; sans 
que les malades paraissent être en proie à une vive anxiété, etc. 
J'ai dit plus haut que la douleur de la région précordiale pou- 
vait aussi ne pas se montrer; et il s'en faut que dans tous les 
cas on retrouve cette griffe de fer qu'au rapport de Cabanis, 
Mirabeau, succombant à une péricardite, disait étreindre son 
cœur et l'étouffer. Remarquez, en outre, que la plupart des si- 
gnes dont il vient d'être question ne sont pas tellement carac- 
téristiques qu'ils ne puissent aussi se rencontrer, ou isolés, ou 
même réunis, dans plusieurs autres affections des organes tho- 
raciques. Ainsi l'endocardite peut les reproduire; ainsi ils peu- 
vent se montrer à propos de certaines pleurésies gauches, lors- 
que surtout l'inflammation s'est emparée de la plèvre diaphrag- 
matique^ enfin ii n'est pas jusqu'à de simples douleurs ruina* 



DE LA PÉR1CARDITE. 58^ 

tismales, ayant leur siège dans les parois thoraciques du côté 
gauche, qui ne puissent donner naissance à cet ensemble de 
symptômes auxquels se rattache l'idée d'une péricarditc; et il 
n'est pas de praticien auquel il ne soit arrivé de penser au moins 
à cette inflammation, et de la redouter, alors qu'il n'avait à com- 
battre qu'une certaine forme de pleurodynie. 

Le diagnostic de la péricardite ne pouvait donc cesser d'être 
aussi incertain qu'à la condition que de nouveaux signes vien- 
draient l'éclairer : c'est de ces signes que je vais maintenant 
parler. 

Dans un excellent travail sur la péricardite, le docteur Louis 
a appelé l'attention sur deux signes fort précieux, mais dont 
l'existence ne saurait être constante. L'un est la voussure delà 
région précordiale, voussure qui est due à l'épanchement dont 
le péricarde est le siège, et qui est l'analogue de la dilatation 
que subissent les parois du thorax, dans les cas d'épanchemens 
pleurétiques considérables. Mais il est clair que cette voussure 
dont j'ai plusieurs fois bien constaté l'existence, ne peut avoir 
lieu qu'à la condition qu'une assez grande quantité de liquide se 
trouvera contenue dans le péricarde : or, il n'en est point ainsi 
dans tous les cas; plusieurs péricardites peuvent donner lieu à 
un appareil formidable de symptômes, et même entraîner la mort, 
avant que l'enveloppe du cœur soit devenue le siège d'un épan- 
chement assez considérable pour arriver à augmenter la con- 
vexité des parois thoraciques. Ajoutons que la simple augmen- 
tation du volume du cœur peut aussi produire une voussure 
de ces mêmes parois. 

Le son mat, rendu à la percussion par la région précordiale 
et ses environs, est un autre signe qui a été indiqué par 
M. Louis. M. M. L.,dans une note précédente, en a déjà parlé; 
il est donc inutile d'y revenir ici. Je ferai seulement remar- 
quer que, quelque excellent que soit un pareil signe, il n'est 
pas infaillible ; car une hypertrophie considérable du cœur peut 



588 DE LA PÉRICARDITE. 

aussi produire un son mat dans une très grande étendue. Il y 
a, à la vérité, tels épanchemens du péricarde qui sont tellement 
abondans que la matité qu'ils produisent occupe toute la moi- 
tié gauche du tiers inférieur du sternum : or, l'augmentation 
du volume du cœur ne peut jamais arriver au point de déter- 
miner un son mat dans une aussi grande étendue; et lorsqu'il 
en est ainsi, l'existence d'un épanchement dans le péricarde ne 
peut plus guère être révoquée en doute. La seule lésion qui 
pourrait alors donner le change serait une collection de pus ou 
une tumeur quelconque développée dans le médiastin. Dans 
les cas, au contraire, où l'épanchementpéricardique est moins 
abondant, la matité qui en résulte ne s'étend pas jusqu'au ster- 
num, et elle peut n'être pas plus considérable que celle qui ré- 
sulte de la simple augmentation du volume du cœur. Enfin, 
dans plusieurs péricardites, il pourra arriver que l'épanchement 
soit si peu abondant, que la matité naturelle de la région pré- 
cordiale ne se trouve pas augmentée; et cela peut arriver pré- 
cisément dans les péricardites les plus graves, dans celles qui, 
troublant fortement l'action du cœur, peuvent donner la mort 
avant qu'assez de temps soit écoulé pour qu'un épanchement 
un peu notable ait pu se former. Toutes ces considérations ne 
doivent pas empêcher de regarder la percussion comme très 
propre, par les résultats qu'elle donne, à éclairer le diagnostic 
de l'inûammation du péricarde. 

Lorsqu'on applique l'oreille sur la région du cœur, chez un 
malade atteint de péricardite, il peut se faire qu'on n'entende 
point autre chose que les battemens plus ou moins tumultueux 
de cet organe; il peut se faire aussi, lorsqu'un épanchement 
considérable s'est accompli, qu'on n'entende plus ces mêmes 
battemens que d'une manière confuse, obscure, et comme dans 
le lointain. Mais d'autres fois apparaît un autre phénomène, 
qui résulte de ce que le frottement des deux feuillets du pé- 
ricarde l'un contre l'autre devient appréciable par suite de la 



de l'hydro-péricarde. 38g 

présence, surch acune de leurs faces libres, de fausses mem- 
branes raboteuses et inégales. En raison de la situation de ces 
produits accidentels, de leurs rapports, et aussi de la diversité 
de leur forme, de leur consistance, de leur épaisseur, on en- 
tend, à chaque contraction du cœur, différens bruits dont une 
variété remarquable est celle qui, depuis long-temps déjà, a été 
désignée par M. le docteur Collin sous le nom de 6ruit de 
cuir neuf (voyez, page 378, la note de M. M. L.). Mais ce 
bruit n'est pas celui qu'on entend le plus communément; 
à sa place on en perçoit souvent d'autres , dont on doit 
surtout la connaissance à M. Bouillaud, et que ce profes- 
seur a désignés sous les noms de (fruits de frôlement, de râ- 
clement ou de simple râpement, ou qu'il a comparés au frois- 
sement du taffetas ou du parchemin. M. Bouillaud dit aussi avoir 
trouvé un vrai bruit de soufflet dans six ou huit cas de péricar- 
dite : mais il n'y avait pas, dans ces cas $ simple inflammation du 
péricarde ; il existait quelque complication du côté de l'endo- 
carde, et c'était plutôt à la lésion d'une des parties valvulaires 
de cette dernière membrane que devait être attribué le bruit 
de soufflet entendu en pareil cas. Pour ma part, je n'ai jamais 
pu non plus constater, jusqu'à présent, l'existence d'un vérita- 
ble bruit de soufflet dans le cas de péricardite dénuée de toute 
complication. Nul doute que l'existence de ces différens bruits 
ne soit d'un très grand secours pour reconnaître un grand nom- 
bre de péricardites. Andrai. 

CHAPITRE XXII. 

DE l'hyDRO-PÉRICARDE. 

L'hydro-péricarde, ou l'accumulation d'une quan- 
tité plus ou moins grande de sérosité dans le pé- 
ricarde, est un cas extrêmement commun, mais il est 
très-rare que l'épanchement soit idiopathique : le 



3gO DE LHYDRO-PÉRICARDE. 

plus souvent il se réduit à quelques onces; et, 
d'après les circonstances qu'a présentées la maladie, 
on ne peut le regarder que comme un effet de l'a- 
gonie. Quelquefois même il paraît évident que l'é- 
panchement ne s'est fait qu'au moment de la mort, 
ou dans les premiers instans qui l'ont suivie. Lors- 
qu'il existe une diathèse hydropique générale, on 
trouve aussi quelquefois une certaine quantité de 
sérosité dans le péricarde; et, dans ce cas, cette 
membrane est une de celles qui en contiennent le 
moins. Dans l'hydro-péricarde essentiel, au con- 
traire, le péricarde est ordinairement la seule mem- 
brane qui contienne de la sérosité. 

Cette sérosité est quelquefois incolore; mais le 
plus souvent , quoique parfaitement limpide et sans 
aucun mélange de flocons albumineux, elle présente 
une teinte citrine, fauve, ou même rousse; rarement 
elle est sanguinolente. Sa quantité est très-variable: 
le plus souvent elle ne s'élève pas au-dessus d'une 
à deux livres; mais elle peut être beaucoup plus 
considérable. Corvisart rapporte un cas dans lequel 
il en a trouvé huit livres (i). 

Aucune altération du cœur ni de ses enveloppes 
n'accompagne cet épanchement. Quelques auteurs 
cependant rapportent avoir trouvé dans ce cas le 
cœur comme macéré; mais ces observations, énon- 
cées plutôt que décrites, peuvent être rangées au 
nombre des faits mal vus, et plus mal exprimés 
encore. 

Si on consulte les auteurs qui ont traité de l'hydro- 



(1) Ouv.cité, obs. 10, p. 53. 



de l'hydropérica.iide. 3qi 

pisie du péricarde , on les trouve de sentimens dif- 
férens sur les signes pathognomoniques de cette 
affection. Suivant Lancisi, le principal est la sensa- 
tion d'un poids énorme dans la région précordiale. 
Reimann et Saxonia assurent que les malades sentent 
leur cœur nager dans une grande quantité d'eau. 
Senac a vu , dans les intervalles des troisième , qua- 
trième et cinquième côtes, les flots du liquide épan- 
ché. Corvisart ne les a pas vus ; mais il a quelquefois , 
dit-il , distingué la fluctuation par le toucher. A ces 
signes , il ajoute les suivans : le malade éprouve un 
sentiment de poids à la région du cœur, qui résonne 
moins par la percussion que dans l'état naturel (i). 
On sent les battemens du cœur dans un cercle très- 
étendu ; dans certains momens , on les sent mieux 
dans un point de ce cercle que dans d'autres, et ce 
point varie à chaque instant : tantôt il est à droite, 
tantôt à gauche. Ces battemens sont tumultueux et 
obscurs, et semblent arriver à la main à travers un 
corps mou. Le pouls est petit, fréquent et irrégulier; 
les extrémités , le tronc même , et les tégumens de la 
région précordiale , sont œdématiés ; le malade ne 
peut se tenir un instant dans la position horizontale 

» i 1 1 i i ■ iii«— —>— — —— — i i ■— — > 

(i) Un des cas dans lesquels le son mat produit par l'hy- 
dro-péricarde s'est montré le plus étendu , est sans doute 
celui dont on doit la connaissance à M. Casimir Broussais. 
Chez le malade dont il a publié l'observation , on trouvait un 
son mal très prononcé à partir de deux pouces au-dessous 
du bord supérieur du sternum jusqu'à l'appendice xiphoïde 
et même au-dessous^ de haut en bas, et transversalement du 
sein du côté droit au sein du côté gauche. Andbal. 



392 DE l'hYDRO-PKRICARDE. 

sans se sentir menacé de suffocation ; il éprouve 
assez fréquemment des syncopes , rarement des pal- 
pitations (1). 

Je crois pouvoir appliquer à ces signes tout ce que 
j'ai dit de ceux de la péricardite. On peut les rencon- 
trer réunis en plus ou moins grand nombre, avec ou 
sans hydro-péricarde. Le stéthoscope aidera sans 
doute , dans ces cas, à établir le diagnostic; mais je 
ne puis dire quels signes il fournira, parce que je 
n'ai pas eu assez d'occasions d'observer l'hydro-pé- 
ricarde idiopathique. Je crois pouvoir assurer que les 
épanchemens peu abondans dans le péricarde ( au- 
dessous d'une livre, par exemple) ne donneront 
jamais aucun signe, et que probablement on ne 
pourra jamais reconnaître que ceux qui sont beau- 
coup plus considérables; mais je pense que ceux 
qui passent deux ou trois livres pourront être quel- 
quefois reconnus à l'aide des signes donnés par la 
percussion , l'auscultation et l'inspection (2). 

Ces cas, au reste, et en général les hydro-péri- 
cardes essentiels, sont tellement rares, que l'on 
doit peu regretter de n'avoir pas de signes plus 
sûrs de cette affection. On pourrait ajouter que ce 
regret doit être moindre encore d'après le peu de 



.(1) Ouv. cité, p. i5. 

(2) L'extrait que j'ai donné plus haut du Mémoire de M. 
Louis montre qu'il y a exagération dans ce que dit ici Laennec, 
et qu'on peut, à l'aide de la percussion seule, reconnaître des 
épanchemens de beaucoup moins d'une livre dans le péricar- 
de, (m. l.; 



de l'iiydro-péricarde. 3o/3 

ressources que la médecine offre contre cette mala- 
die. Cependant il ne serait peut-être pas impossible 
d'y remédier efficacement au moyen de l'opération 
chirurgicale; mais je ne pense pas qu'il fallût em- 
ployer la ponction entre les cartilages des côtes, 
comme l'a conseillé Senac , ni l'incision pratiquée 
deux fois par Desault entre les cartilages des sixième 
et septième côtes , dans des cas que l'on avait pris 
pour des hydro-péricardes, et qui n'étaient réelle- 
ment que des hydropisies partielles de la plèvre dues 
à l'adhérence de la plus grande partie du poumon à 
cette membrane ^ et par là même en quelque sorte 
enkystées vers la partie inférieure et interne de la 
poitrine, seule partie où l'adhérence n'existait pas (1). 
Je pense que l'opération la plus utile et la moins 
dangereuse que l'on pût faire serait la trépanation 
du sternum au-dessus de l'appendice xiphoïde. Cette 
opération, par elle-même, ne présente presque au- 
cun danger ; elle est d'une exécution facile, et per- 
mettant de voir et de toucher à nu le péricarde , elle 
offrirait l'avantage de vérifier le diagnostic avant 
d'ouvrir ce sac membraneux, seule partie de l'opé- 
ration susceptible de quelque danger, à raison de 
l'inflammation du péricarde qui pourrait s'ensui- 
vre par l'introduction de Fair , et que peut-être 
même il faudrait exciter par des injections légère- 
ment stimulantes, pour obtenir la guérison de l'hy- 
dro-péricarde. 



(1) Corîisabt, ouv. cité, p. 59 et suiv. 



3g4 DU PNEUMO-PÉR1CARDE. 

CHAPITRE XXIII. 

DU PNEUMO-PER1CARDE. 

Je désignerai sous ce nom les épanchemens aéri- 
formes qui se développent dans la cavité du péricar- 
de. On en rencontre très fréquemment à l'ouverture 
des cadavres, et surtout de ceux qui ont été gardés 
pendant un certain temps. Dans ce dernier cas ils 
sont évidemment l'effet de la décomposition ; mais 
dans beaucoup d'autres ils sont évidemment anté- 
rieurs à la mort, d'après l'absence totale des signes 
de putréfaction. Tantôt, alors, on les trouve joints à 
un épanchement liquide, c'est ce qui a lieu le plus 
fréquemment; tantôt le péricarde est distendu seu- 
lement par de Pair. Quelquefois ce gaz semble dégagé 
du liquide séreux contenu dans le péricarde, ou 
mêlé avec lui par suite des derniers mouvemens du 
cœur, car il forme des bulles à la surface du liquide. 

L'épanchement liquide et aériforme à la fois du 
péricarde peut avoir lieu dans l'agonie de toutes les 
maladies. Il m'est arrivé quelquefois de l'annoncer, 
aune résonnance plus claire du bas du sternum, 
survenue depuis peu de jours, ou à un bruit de fluc- 
tuation déterminé par les battemens du cœur et par 
les inspirations fortes (i). Ces observations étant 

(1) J'ai eu récemment occasion d'observer une femme qui 
se plaignait d'éprouver des palpitations de cœur, et chez la- 
quelle chaque battement de cet organe s'accompagnait d'un 
bruit de gargouillement tout particulier : ce bruit partait évi- 
demment de la région précordiale, et ne s'entendait qu'au mo- 



DU PNEUMO-PERÏCARDE. 3o,5 

toutes antérieures à celles que j'ai faites depuis sur 
les battemens du cœur entendus à distance de la 
poitrine, je n'ai pas recherché si ce dernier phéno- 
mène existait en même temps que les signes dont je 
viens de parler; mais je suis convaincu, d'après les 
faits que j'ai exposés plus haut \V". p. \Zi ), que dans 
presque tous les cas où les battemens du cœur peu- 
vent être entendus à une certaine distance de la poi- 
trine, ce phénomène est dû au développement mo- 
mentané d'un gaz qui est le plus souvent prompte- 
ment résorbé, et dont la présence dans le péricarde 
ne donne lieu à aucun accident grave (i). Un phé- 
nomène physique tel que celui-ci doit toujours ren- 
trer, sous le rapport de ses causes, dans l'analogie 
des faits du même ordre ; or, celui-ci ne peut , ce 

ment où le cœur venait frapper les côtes ; il était encore appré- 
ciable à une certaine distance de la malade. Il me parut 
vraisemblable qu'il y avait, dans ce cas, hydro-pneumo-péri- 
carde. 

Le docteur Bricheteau a cité un cas dans lequel on entendait, 
à la région précordiale , un bruit qui ressemblait assez bien â 
celui que fait l'eau agitée par la roue d'un moulin : ce bruit ne 
s'entendait que pendant la durée de chaque battement du cœur. 
A l'ouverture du corps, M. Bricheteau trouva le péricarde 
rempli d'un liquide purulent remarquable par sa fétidité; mais 
en outre, au moment où l'on incisa ce sac membraneux, il s'en 
échappa avec sifflement une certaine quantité de gaz. En per- 
cutant le péricarde avant de l'avoir incisé , on percevait un 
bruit de flot. Andral. 

(i) J'ai discuté dans une note précédente cette opinion déjà 
développée par Laennec, et qu'il reproduit ici. Andral. 



3g6 phoductions accidentelles 

me semble, se concevoir que de quatre manières : 
i° de celle que je viens d'exposer; 2 par le dévelop- 
pement d'un gaz dans les cavités même du cœur, 
supposition inadmissible, puisque la mort s'ensui- 
vrait en quelques instans ; 3° par l'ossification de 
quelque partie de la surface du cœur, correspon- 
dant au sternum ou aux cartilages des côtes, cas in- 
comparablement plus rare que le phénomène dont 
il s'agit; 4° enfin, par la supposition d'un endurcis- 
sement de la substance du cœur et de battemens 
assez énergiques pour qu'un organe mou et humi- 
de, venant frapper sur la surface humide aussi et 
peu dure des parois thoraciques internes, pût faire 
résonner un corps aussi peu sonore que Test la poi- 
trine chez l'homme vivant. Or, cette hypothèse est 
d'autant moins probable que les cœurs durs sont 
hypertrophiés, et que les sujets chez lesquels on 
entend battre le cœur à distance sont presque tou- 
jours des personnes nerveuses, chez lesquelles la fi- 
bre musculaire est molle, et dont le cœur simple- 
ment agité a fort peu de puissance contractile réelle. 

CHAPITRE XXIV. 

des productions accidentelles développées dans 
l'épaisseur des parois du péricarde. 

Des productions accidentelles de diverse nature se 
développent quelquefois entre le feuillet fibreux du 
péricarde et la plèvre , entre le même feuillet et la 
membrane séreuse du péricarde, ou entre cette der- 
nière et le cœur. On trouve dans le Sepulchretum 
de Bonet, et dans les autres recueils d'observations 



DANS LKS PAH01S DÏJ PERICARDE. 3o,7 

anatomiques, des cas qui paraissent être des exem- 
ples de tubercules , de tumeurs cancéreuses ou de 
kystes développés dans les lieux dont je viens de 
parler. Mais le peu d'attention que l'on avait don- 
née avant BichaÇ aux caractères distinctifs des di- 
verses espèces de membranes, et la confusion que 
l'on faisait de presque toutes les productions acci- 
dentelles sous les noms vagues et mal. définis de 
squirrhes, de carcinomes, à' athêrômes , etc., font 
qu'il est impossible, dans la plupart de ces observa- 
tions , de reconnaître exactement et la nature des 
tumeurs et le lieu même qu'elles occupaient. 

J'ai parlé précédemment des productions grais- 
seuses, en forme de crêtes de coq, qui se dévelop- 
pent quelquefois entre la plèvre et le feuillet fibreux 
du péricarde. 

J'ai trouvé deux ou trois fois des tubercules dans 
le même lieu chez des sujets qui en avaient d'ail- 
leurs une grande quantité dans les poumons et 
dans divers autres organes. J'ai vu aussi un tuber- 
cule développé entre l'origine de l'artère pulmonaire 
et le feuillet de la membrane séreuse du péricarde 
qui la recouvre. 

J'ai rencontré une ossification accidentelle déve- 
loppée entre les feuillets du péricarde, et très re- 
marquable sous le rapport de son étendue et des 
effets qui en étaient résultés. Je l'avais communiquée 
àCorvisart, peu de temps après la publication de la 
première édition de son Essai sur le Maladies du 
cœur. Comme il n'en a point fait usage dans les 
suivantes, je crois pouvoir la rapporter ici. 



3g 8 PRODUCTIONS ACCIDENTELLES 

Obs. LUI. Incrustation osseuse développée entre 
les feuillets fibreux et séreux du péricarde. — Phili- 
bert Lefebvre , âgé de soixante -cinq ans , autrefois 
domestique dans une maison opulente, était depuis 
la révolution réduit à travailler à la terre comme 
journalier. Cet homme, doué d'une assez forte cons- 
titution, d'un tempérament sanguin lymphatique, 
avait eu beaucoup d'embonpoint; il en avait peu, 
lors de son entrée à l'hôpital. 

Il avait fait dans sa jeunesse beaucoup d'excès vé- 
nériens , et avait eu deux gonorrhées. Il avait été 
également adonné aux liqueurs spiritueuses, et très- 
souvent il buvait chaque jour deux bouteilles devin : 
quelquefois même il prenait en outre de l'eau-de- 
vie. Il avait éprouvé à diverses reprises de vifs cha- 
grins et la privation des choses de première néces- 
sité. 

Cependant il avait toujours joui d'une bonne santé 
jusqu'à l'âge de cinquante ans. A cette époque, il 
éprouva une fluxion de poitrine avec point de côtè t 
Ces accidens ne durèrent guère que dix ou douze 
jours; mais ils laissèrent après eux du malaise et de la 
faiblesse. Les jambes et surtout les cuisses enflèrent 
beaucoup. Au bout de deux mois l'œdème disparut 
totalement; mais depuis cette époque, le malade eut 
à peine quelques intervalles de santé. Il ne pouvait 
plus faire le moindre exercice sans être essoufflé. Il 
éprouvait une grande oppression toutes les fois qu'il 
montait un escalier. Souvent ses jambes se gonflaient 
pendant le jour et désenflaient la nuit. Son ventre 
était de temps à autre tendu et volumineux. La nuit 
il éprouvait des réveils en sursaut et des étouffe- 



DANS LES PAROIS DU PERICARDE. 3q Q 

mens, surtout lorsque la tête était très-basse. Ces 
derniers accidens étaient moins marqués depuis deux 
mois, lors de l'entrée du malade à l'hôpital : du reste 
il dormait bien et avait bon appétit. Vers la fin du 
printemps de l'année i8o3, le ventre devint très- 
tendu et ne désenfla plus. 

Le malade se détermina alors à entrer à l'hôpital 
de la Charité. Observé le 20 juillet, il présenta les 
symptômes suivans : face bouffie, colorée, vergetée, 
un peu livide; lèvres gonflées, violettes; langue un 
peu blanche; respiration oppressée; peau un peu 
chaude, et même d'une chaleur un peu mordicante; 
ventre un peu tendu; fluctuation manifeste ; cuisses 
et jambes enflées, conservant l'empreinte du doigt; 
il y avait quelques varices aux jambes et aux cuis- 
ses, mais en petit nombre. La peau des jambes était 
rude, raboteuse, couverte d'écaillés formées par l'é- 
piderme, et aussi larges que les éminences raboteuses 
qu'elles recouvraient. Cet état était moins marqué 
postérieurement qu'antérieurement : il n'existait que 
depuis l'invasion de l'œdème. Les extrémités supé- 
rieures et le thorax ne participaient point à Finfil- 
tration. 

Les battemens du cœur étaient inégaux, irrégu- 
liers, très-marqués, quoiqu'ils ne se fissent sentir 
que dans une petite étendue. Le pouls était faible, 
petit, mou, inégal, intermittent et irrégulier. Le 
malade ne toussait pas , mais il crachait abondam- 
ment. Le thorax résonnait assez bien en haut et très- 
mal en bas. 

Le malade pouvait se coucher de toutes les ma- 
nières. Il dormait bien, même en ayant la tête un 



400 PRODUCTIONS ACCIDENTELLES 

peu élevée. Il n'avait point de réveils en sursaut. La 
dyspnée était moins intense depuis que l'ascite et 
l'anasarque étaient devenues très- marquées ; l'ap- 
pétit était bon; il n'y avait ni soif ni céphalalgie; les 
selles étaient naturelles ; les urines, peu abondantes , 
rougeâtres , déposaient un sédiment blanchâtre et 
floconneux. 

Pendant le séjour du malade à l'hôpital , l'hydro- 
pisieet les étouffemens prirent de l'intensité. En ex- 
plorant par l'application de la main les mouvemens 
du cœur, on remarquait qu'après deux ou trois 
battemens très-rapprochés, il y avait une intermit- 
tence de quelques secondes. Le pouls offrait le 
même caractère ; le sommeil disparut; les selles de- 
vinrent rares, et furent alternativement très-dures 
ou liquides. 

La respiration était par intervalles sifflante ou 
plaintive. Dans ce dernier cas, l'inspiration était 
partagée en deux temps , comme dans les soupirs , 
et accompagnée d'une légère secousse dans tout le 
tronc. Le bas-ventre était douloureux vers les flancs 
et les hypochondres , et quelquefois dans l'hypo- 
gastre. 

Le malade conservait toujours l'espoir de guérir. 
II mourut le 27 août. 

Ouverture du corps faite vingt-quatre heures après 
La mort. — Le cadavre offrait encore des muscles 
volumineux; le thorax était large; les veines des 
membres supérieurs étaient gorgées de sang; la main 
droite offrait, dans presque toute son étendue, une 
teinte d'un violet noirâtre ; il y avait au bras quel- 
ques taches d'un violet moins foncé. La peau, incisée 



DANS LES PAROIS DU PÉRICARDE. 4°* 

sur la main , laissa couler une grande quantité de 
sang; tout son tissu en paraissait imbibé. 

Le cerveau était sain, un peu mou et humide; il 
y avait une demi-once de sérosité dans chacun des 
ventricules latéraux ; les autres ventricules et l'a- 
rachnoïde extérieure en contenaient également. La 
glande pinéale offrait, à sa partie inférieure, un peu 
au-dessus de la commissure postérieure, une ran- 
gée de petites granulations jaunâtres , dont les unes 
avaient la dureté d'un os, tandis que les autres 
étaient plus molles qu'un cartilage : toutes étaient 
transparentes et jaunâtres. Les sinus de la dure- 
mère et les veines de la pie-mère étaient gorgés de 
sang. 

La membrane interne des voies aériennes offrait , 
dans le larynx et dans les bronches, une teinte rouge 
marquée, mais peu intense; les poumons, assez gor- 
gés de sang vers leurs parties postérieures , étaient 
d'ailleurs amples, crépitans et sains; le poumon 
droit adhérait, dans presque toute son étendue, aux 
parties voisines par de larges et fortes lames cellu- 
laires; le gauche présentait aussi quelques adhéren- 
ces cellulaires assez lâches; les artères et les veines 
pulmonaires étaient gorgées d'un sang noir et li- 
quide. 

Le cœur, d'un volume plus considérable que 
dans l'état naturel ; adhérait de toutes parts au pé- 
ricarde par un tissu cellulaire très-serré. En portant 
la main sur cet organe, il semblait au premier abord 
qu'il était enfermé dans une boîte osseuse située au- 
dessous du feuillet fibreux du péricarde ; mais en 
disséquant avec soin , je trouvai que cette sorte de 
in. 26 



402 PRODUCTIONS ACCIDENTELLES, ETC. 

boîte n'était pas complète : il y avait seulement, 
tout autour de la base des ventricules, une bande 
en partie osseuse et en partie cartilagineuse, iné- 
galement épaisse, aplatie et un peu raboteuse à sa 
surface. Cette bande , large d'un à deux travers de 
doigt, pénétrait par une espèce de saillie dans la 
scissure qui sépare les ventricules des oreillettes, et 
jetait le long de chacun des deux bords de la cloi- 
son des ventricules un prolongement triangulaire 
presque entièrement cartilagineux, large de deux 
travers de doigt à la partie supérieure, et finissant 
en angle à quelque distance de la pointe du cœur. 
Cette plaque ostéo-cartiiagineuse était développée 
entre le feuillet fibreux du péricarde et la mem- 
brane séreuse qui le tapisse intérieurement; car on 
pouvait assez facilement séparer par la dissection 
cette incrustation du cœur , qui restait recouvert 
par le feuillet du péricarde qui le revêt, et d'un au- 
tre côté le cœur et la surface interne de l'incrusta- 
tion restaient également recouverts par les débris du 
tissu cellulaire accidentel qui formait l'adhérence 
dont j'ai parlé plus haut. 

Les oreillettes étaient plus volumineuses que les 
ventricules : chacune d'elles eût pu contenir un gros 
œuf. Les cavités droites étaient remplies d'un sang 
très-liquide et d'un rouge brunâtre foncé. Les ca- 
vités gauches me parurent avoir été dans le même 
état, quoiqu'elles fussent vides lorsque je les exami- 
nai, le sang s 'étant probablement écoulé au moment 
de l'enlèvement des poumons. 

Les orifices de communication des oreillettes avec 
les ventricules étaient un peu grands; mais ils ne 



AFFECTIONS ORGANIQUES DE l' AORTE. 4°3 

l'étaient cependant pas autant qu'on eût pu s'y 
attendre d'après l'ampleur des oreillettes. Les val- 
vules étaient saines, et pouvaient fermer exacte- 
ment ces orifices. Un des feuillets de la valvule 
mitrale présentait dans son épaisseur une ossification 
du volume et à peu près de la forme d'une fève de 
haricot. Les ventricules, à peu près d'égale capacité 
entre eux , ne s'écartaient pas d'une proportion mé- 
diocre, sous le rapport de leur ampleur et sous ce- 
lui de l'épaisseur de leurs parois. 

Les organes abdominaux étaient sains. 

J'ai rencontré, en 1823, un cas semblable; mais 
l'incrustation était un peu moins étendue. Crû- 
vell (1), Pasta (2) et Burns me paraissent avoir vu 
des cas analogues. 

CHAPITRE XXV. 

DES AFFECTIONS ORGANIQUES DE L'AORTE. 

Nous avons déjà parlé de l'inflammation de la 
membrane interne de l'aorte et des petites pustules 
suppurantes que l'on a quelquefois vues se former 
dans l'épaisseur de ses parois et s'ouvrir à sa surface 
interne. Nous avons également dit quelques mots 
des incrustations osseuses artérielles; mais ce sujet 
mérite d'être traité avec plus d'étendue. Nous parle- 
rons ensuite des autres productions accidentelles qui 
ont été observées dans les parois de l'aorte, et de 



(1) Diss. de Cord. et Vasor. Osleogenesi. Haiœ, i?65. 

(2) De poiypos. Concret. > p. 55. 



4o4 AFFECTIONS ORGANIQUES DE l'aORTE. 

ses vices de conformation. Les anévrysmes de l'aorte 
feront le sujet du chapitre suivant. 

I. — Incrustations osseuses, cartilagineuses et caU 
caires de V aorte. — Les incrustations de l'aorte ap- 
partiennent à l'ossification imparfaite ou pétrée. Leur 
forme est irrégulièrement aplatie; mais en général, 
lorsque leur épaisseur est inégale, la saillie se trouve 
plutôt à l'extérieur qu'à l'intérieur de l'artère. Placées 
entre la tunique interne et la tunique moyenne ou 
fibrineuse, dans laquelle elles sont comme enchaton- 
nées , pour peu qu'elles aient d'épaisseur , leur sur- 
face externe présente quelquefois l'empreinte des 
fibres circulaires de cette tunique. Leur surface in- 
terne, quelquefois lisse et évidemment recouverte 
par la membrane interne, est, dans d'autres cas, ru- 
gueuse, et il semble que ces aspérités ont détruit en 
partie la tunique interne. Elles croissent par intus- 
susception ou nutrition , et en examinant un certain 
nombre d'aortes dans cet état , il est facile de voir 
que plusieurs petites incrustations séparées et for- 
mant des points d'ossification différens, qui ont de la 
tendance à s'étendre dans le sens de leur surface plus 
que dans celui de leur épaisseur, se réunissent et 
forment ainsi des incrustations plus grandes, qui 
finissent quelquefois par envahir la presque totalité 
du tube artériel, et ajouter à ses membranes une 
quatrième tunique ostéo-pétrée. 

Les incrustations cartilagineuses sont les rudi- 
rnens des premières ; leur situation et leur manière 
de s'accroître sont les mêmes. Leur consistance est 
beaucoup plus molle que celle des cartilages natu- 
rels . et elles passent à l'état osseux sans acquérir la 



INCRUSTATIONS OSSEUSES, CARTILAGINEUSES, ETC. /Jo5 

fermeté de ces derniers. L'ossification s'y développe 
par la déposition de petits points de phosphate cal- 
caire , qui , d'abord isolés , se réunissent peu à peu , 
et envahissent insensiblement la totalité de l'in- 
crustation, 

Quelquefois même les incrustations semblent se 
développer sans formation préalable d'un cartilage 
accidentel, et par la simple déposition d'un phos- 
phate calcaire en poudre impalpable et très-humide, 
que l'on trouve déposé entre la membrane interne 
et la tunique fibrineuse des artères. Il n'est pas 
rare, en incisant les incrustations cartilagineuses ? 
de trouver au-dessous d'elles du phosphate calcaire 
dans cet état. 

Assez souvent les incrustations osseuses se déta- 
chent dans leur circonférence , par suite de la rup- 
ture delà tunique interne artérielle. Ce décollement, 
qui paraît être une des causes les plus communes 
des anévrysmes faux consécutifs, produit, au-dessous 
de l'incrustation , une petite cavité qui se remplit de 
fibrine décomposée, à consistance de pâte friable, 
et quelquefois mêlée de phosphate calcaire. Cette 
matière a été désignée sous le nom de matière athê- 
romateuse, et les décollemens eux-mêmes sous celui 
^ulcères par beaucoup d'observateurs, et je ne veux 
pas nier que, dans les décollemens les plus anciens 
et les plus étendus , la lésion ne prenne quel- 
quefois ce caractère, car la membrane interne sur 
les bords du décollement est légèrement gonflée et 
rouge, et la surface de la tunique fibrineuse est ma- 
nifestement altérée dans la cavité formée par le dé- 
collement. Je remarque seulement que très-souvent 



4o6 AFFECTIONS ORGANIQUES DE LAORTE. 

ces caractères n'existent point, et que, dans tous les 
cas, cette lésion n'est primitivement qu'une solution 
de continuité due à une cause tout-à-fait mécani- 
que, et que l'orgasme inflammatoire est l'effet et 
non la cause de la solution de continuité. On peut 
produire à volonté des décollemens semblables, en 
pressant légèrement entre les doigts une aorte qui 
présente un certain nombre d'incrustations osseu- 
ses. Les lésions dont il s'agit sont cependant les seuls 
motifs sur lesquels peuvent s'appuyer les auteurs qui 
ont voulu que l'ossification des artères fut une suite 
de leur inflammation. Cette opinion, chez la plupart 
d'entre eux, n'est autre chose que celle de l'anti- 
quité adoptée sans examen; car avant que des ob- 
servations exactes, et qui datent à peine du com- 
mencement de ce siècle , eussent fait naître le doute 
philosophique à cet égard, tous les médecins ad- 
mettaient, comme un axiome, que toutes les pro- 
ductions accidentelles étaient des effets de l'inflam- 
mation. Rreysig pense que l'inflammation goutteuse 
seule produit les incrustations artérielles. M. Bouil- 
laud adopte plus franchement l'opinion des anciens, 
et cherche à la fonder sur les altérations dont je 
viens de parler. Dans un ouvrage postérieur , il va 
plus loin encore , et prenant le mot inflammation 
dans un sens aussi vague et aussi indéfinissable 
que M. Broussais lui-même, il range, parmi ses ef- 
fets , non-seulement toutes les productions acciden- 
telles , mais même toutes les congestions sanguines 
et séreuses. Mais il admet cependant la nécessité 
d'une prédisposition particulière pour chacun des 
effets d'une même cause. Aucun des hommes qui 



VICES DE CONFORMATION. 4°7 

partagent l'opinion des auteurs que je viens de citer 
ne nierait sans doute que l'on ne connaît pas anato- 
miquement la transition entre l'inflammation sup- 
posée cause des incrustations osseuses et ces incrus- 
tations elles-mêmes. Ils accorderaient également sans 
peine que les incrustations des artères se forment 
presque toujours sans qu'aucun signe , général ou 
local, puisse avertir de leur formation, et très- 
souvent chez des hommes qui ont toujours joui de 
la meilleure santé. Or qu'est-ce qu'une inflammation 
qui ne présente ni les caractères anatomiques , ni 
l'orgasme pathologique de celle que personne ne 
conteste, d'un phlegmon par exemple, et qui de 
plus suppose une prédisposition particulière toute 
différente ? N'est-il pas bien plus simple et plus phi- 
losophique de reconnaître qu'on ne connaît point le 
mode de trouble de l'économie qui produit une os- 
sification eu un cancer, mais que bien certaine- 
ment ce n'est pas le même que celui qui produit 
du pus? 

Les productions tuberculeuses et cancéreuses sont 
très-rares dans l'épaisseur de l'aorte ; j'en ai cepen- 
dant trouvé quelquefois de petites dans la tunique 
celluleuse. 

II. — Vices de conformation de ï aorte. — Nous 
avons déjà parlé de l'étroitesse congénitale du ca- 
libre de l'aorte, que Corvisart regarde comme une 
des causes les plus fréquentes des anévrysmes du 
cœur. J'ai vu cette étroitesse portée au point que 
chez des sujets grands et robustes l'aorte avait à 
peine huit lignes de diamètre. Elle est ordinairement 
égale dans toutes les parties de l'artère ou au moins 



4û8 AFFECTIONS ORGANIQUES DE l' AORTE. 

le diamètre ne décroît que dans la progression na- 
turelle, qui est, comme l'on sait, presque insensible. 
Cependant j'ai rencontré , chez trois ou quatre su- 
jets , une diminution progressive de l'aorte descen- 
dante, telle que cette artère, dilatée plus ou moins 
fortement dans sa crosse, se rétrécissait tout-à-coup 
immédiatement au-dessous de sa courbure, de ma- 
nière à égaler à peine le volume du doigt, et le ca- 
libre de l'artère allait en diminuant dans une telle 
proportion, qu'au-dessous de l'origine du tronc coe- 
liaque il n'avait plus que la grosseur d'une plume 
de cygne ou même d'une grosse plume d'oie. Outre 
la dilatation de l'aorte ascendante, ces sujets avaient 
tous une hypertrophie simple ou avec dilatation 
du cœur. ' 

Il existe quelques exemples d'un vice de confor- 
mation plus grave encore; je veux parler de l'oblité- 
ration complète de l'aorte (i). Chez un jeune homme 

(i) Il est remarquable que, dans les cas d'oblitération com- 
plète de Faorte, ou de rétrécissement porté au point d'équiva- 
loir à peu près à une oblitération, ces lésions ont toujours été 
trouvées clans le même point du vaisseau, savoir, immédiate- 
ment au-dessous de l'insertion du canal artériel. C'était égale- 
ment vers cet endroit que l'aorte était rétrécie chez un individu 
dont l'observation a été publiée par M. le docteur Reynaud 
{Journal hebdomadaire de médecine, tome 1). Cet individu 
était un vieillard âgé de quatre-vingt-douze ans, d'une petite 
staiure. et d'une maigreur assez grande. L'aorte, à son origine, 
avait à peu près son volume ordinaire; le tronc brachio-cé- 
phalique, ainsi que l'artère sous-clavière gauche à son origine, 
présentaient un calibre bien plus considérable que dans l'état 



VICES DE CONFORMATION. 4°9 

de quatorze ans , attaqué d'hypertrophie du cœur, 
l'aorte était oblitérée un demi-pouce au-dessous de 

naturel. Aussitôt après avoir fourni la sous-clavière gauche, 
l'aorte présentait un rétrécissement circulaire, tel qu'on le 
produirait au moyen d'une ligature assez fortement serrée; 
puis, reprenant son volume, elle offrait un léger renflement, 
dont la courbure était plus sensible à gauche qu'à droite. La 
fin de l'aorte abdominale et les iliaques internes étaient remar- 
quables par leur petit volume. 

Pour suppléer à l'aorte, à peu près oblitérée au-dessous de 
sa crosse, il s'était établi une circulation collatérale qui a été 
décrite par M. Reynaud de la manière suivante : 

« De la terminaison de la sous-clavière droite, remarquable 
par l'augmentation de son volume, partaient plusieurs artères 
d'un gros calibre. La transverse cervicale et la cervicale pro- 
fonde, toutes deux égalant presque le volume de l'artère nu- 
mérale, parcouraient leur trajet accoutumé, et se faisaient re- 
marquer par l'épaisseur de leurs parois et le grand nombre de 
leurs flexuosités. La première de ces artères, après être parve- 
nue, sans diminuer de volume, vers l'angle des quatrième et 
cinquième côtes, pénétrait dans leur intervalle, fournissait les 
branches intercostales antérieure et postérieure correspondan- 
tes, rampait un moment sous la plèvre, et, se continuant avec 
un tronc artériel intercostal, venait se jeter dans l'aorte à un 
demi-pouce au-dessous du point rétréci. La cervicale profonde 
présentait cette particularité, que, parcourant un trajet moins 
considérable, et descendant plus directement le long de la partie 
postérieure et supérieure du dos, elle se divisait en trois bran- 
ches volumineuses qui , pénétrant dans la poitrine entre les 
intervalles des quatre premières côtes, et fournissant égale- 
ment les intercostales , arrivaient à l'aorte , dans laquelle elles 
débouchaient par autant de larges ouvertures. Une disposition 



/iIO AFFECTIONS ORGANIQUES DE l' AORTE. 

la sous-clavière, dans l'étendue de quelques lignes; 
la circulation se faisait à l'aide du canal artériel, qui 
pouvait admettre un cathéter , et des anastomoses 
des artères intercostales et mammaires , qui étaient 
très-dilatées (i). Le docteur Graham , médecin an- 
glais, a observé un cas semblable chez un jeune 
homme du même âge ; mais ici le canal artériel ne 
paraissait pas avoir servi au passage du sang, au 
moins depuis plusieurs années; car, quoiqu'on 
pût y faire passer une sonde , il aboutissait à la 
partie obstruée , et la circulation paraissait s'être 
faite en entier par les anastomoses des intercostales, 



semblable s'observait du côté gauche. La cervicale transverse 
et la cervicale profonde, un peu moins volumineuses, mais sui- 
vant le même trajet, pénétraient également dans la poitrine, 
et venaient se terminer au côté gauche de l'aorte, au-dessous du 
point rétréci. On remarquait, en outre, de ce côté, l'intercos- 
tale supérieure, laquelle, née delà sous-clavière, venait se con- 
fondre avec le tronc de la dernière intercostale aortique ; les 
artères mammaires internes, droite et gauche, étaient remar- 
quables par leur volume considérable; leur calibre dépassait 
celui de l'humérale. Toutes deux, après avoir parcouru leur 
trajet accoutumé, et diminuant un peu vers la partie inférieure 
du thorax, augmentaient sensiblement de calibre, devenaient 
très-flexueuses ; puis, se continuant avec l'épigastrique, et ne 
constituant avec elle qu'un tronc unique dont le volume dé- 
passait celui des iliaques externes, elles venaient se jeter dans 
l'artère crurale, qui s'en trouvait considérablement augmentée.» 

Andral. 
(i) Joum.deMécf. , par Corvisart, etc. , t. 33, Bull. n°4. 



VICES DE CONFORMATION. 4l I 

mammaires, épigastriques, etc., qui étaient fortement 
dilatées (i). Un troisième fait de ce genre se trouve 
consigné dans les observations chirurgicales de John - 
Bell. Le sujet était une femme de cinquante ans , et 
le rétrécissement était aussi situé immédiatement 
au-dessous de la courbure de l'aorte. MM. Winstone 
et A. Cooper ont vu , chez un hdmme de cinquante 
ans, une disposition qui paraît être un diminutif du 
vice de conformation dont il s'agit : l'aorte, au point 
où se termine le canal artériel, pouvait à peine ad* 
mettre le petit doigt ; ce rétrécissement était dû à 
un épaississement des fibres circulaires du vaisseau y 
et à une légère ossification de ses membranes (i). 
J'ai rencontré moi-même dernièrement une va- 
riété anatomique qui est évidemment un léger degré 
du vice de conformation observé par les auteurs que 
je viens de citer. Une femme plus que sexagénaire , 
morte des suites j d'une hypertrophie avec dilata- 
tion des deux ventricules du cœur, accompagnée de 
végétations verruqueuses sur les valvules mitraie 
et aortiques, présentait immédiatement au-dessous 
de la courbure de l'aorte un enfoncement capable 
de contenir une amande, et dont le fond corres- 
pondait exactement au point d'insertion du canal 
artériel. Cette dépression était limitée en haut 
par une sorte de bride formée par le repli à angle 
presque droit des trois tuniques artérielles, et dans 
ce point il y avait manifestement un léger étran- 
glement du calibre de l'artère. Le reste de la circon- 



(1) Jrans. méd.-chir. , 45. 



4l2 ANÉVRYSMES DE L'AORTE. 

férence de la dépression remontait au contraire in- 
sensiblement au niveau des parois de l'artère. Les 
trois membranes artérielles étaient saines dans ce 
point; il y avait seulement quelques petites incrus- 
tations osseuses et un petit dépôt de phosphate ter- 
reux, situés entre les tuniques interne et moyenne. 
Les mêmes altérations se remarquaient dans le 
reste de l'aorte. Le canal artériel, transformé en un 
ligament fibreux très-dense, d'une ligne au plus 
de longueur , et de plus de deux lignes de dia- 
mètre , semblait, en se raccourcissant , avoir tiré à 
lui les parois de l'artère et formé cet enfoncement. 
Au point correspondant de l'artère pulmonaire exis- 
tait aussi une petite dépression en forme de godet , 
mais capable seulement de loger un grain de che- 
nevis (i). 

CHAPITRE XXVI. 

DES APfÉVRYSMES DE l'aORTE. 

On entend par anéçrysme la dilatation d'une ar- 
tère, ou sa communication ? au moyen d'une ouver- 
ture plus ou moins large , avec une sorte de sac 
formé ordinairement aux dépens de sa tunique ex- 
terne, et quelquefois en partie aux dépens des or- 

(i) Pour plus amples détails sur les affections dont il est 
question dans ce chapitre , consultez Scarpa ( Réflexions et 
observations anatomico-chirurgicates su?' V Anévrysmc, 
trad. de l'ital. par Delpecii) et Hodgson (Traité des Mala- 
dies des Artères et des Veines f trad. de L'a agi. par M. Bres- 
chet ). (M. L.) 



CARACTERES ANATOM. DES ANÉVKYSMES, ETC. 4'^ 

ganes environnans. Le premier cas constitue ce que 
les chirurgiens appellent anévrysme vrai • le second 
est désigné par eux sous le nom à'anévrysrne faux 
consécutif. Cette ancienne distinction me paraît 
bonne, parce qu'elle est fondée sur des circons- 
tances anatomiques réellement différentes; et je 
crois, en conséquence, devoir la conserver, malgré 
les objections qu'ont faites à cet égard quelques au- 
teurs de notre temps. 

ARTICLE PREMIER. 

Caractères anatomiques des anévrysmes de V aorte* 

L'anévrysme vrai de l'aorte est assez commun , 
surtout dans la portion ascendante et la crosse de 
cette artère : il est rare que la dilatation soit portée 
au point d'occasioner des accidens d'une nature 
grave. Le plus souvent elle s'étend depuis l'origine 
de l'aorte jusqu'au commencement de l'aorte des- 
cendante ; et le point le plus dilaté , qui est ordi- 
nairement le milieu de cet espace , présente seule- 
ment un diamètre de deux à trois travers de doigt. 
La convexité de la courbure et la partie antérieure 
de l'artère paraissent , dans ces cas , avoir prêté à la 
dilatation beaucoup plus que ses parois postérieure 
et interne. Lorsque la dilatation a lieu dans un point 
quelconque de l'aorte descendante , elle se présente 
sous l'aspect d'une tumeur ovoïde ou fusiforme, ses 
parties supérieure et inférieure offrant une dilata- 
tion progressivement moindre à mesure qu'elles se 
rapprochent des portions saines de l'artère. Il n'est 



4l4 CARACTÈRES ANATOMIQUES 

pas rare de trouver plusieurs dilatations semblables 
sur la même aorte, Dans ce cas encore , la paroi 
postérieure interne correspondant à la colonne ver- 
tébrale paraît avoir moins prêté que les autres. 
Quand la dilatation a lieu à la hauteur du tronc cœ- 
liaque ou à celle du tronc brachio-céphalique, l'o- 
rigine ou la totalité de ces vaisseaux participe évi- 
demment à la dilatation. L'artère sous-clavière 
gauche , au contraire , conserve presque toujours 
son calibre naturel , même dans les anévrysmes les 
plus considérables de la crosse aortique , sans doute 
à raison de l'angle aigu sous lequel elle s'y unit. 

Quelquefois la dilatation paraît s'étendre à toute 
la longueur de l'aorte : il n'est pas rare de trouver , 
surtout parmi les vieillards , des sujets d'une taille 
ordinaire chez lesquels l'aorte présente , depuis la 
crosse jusqu'à la division des artères iliaques primi- 
tives , un diamètre de deux travers de doigt , ce qui 
est à peu près le double de l'état naturel. L'aorte 
ascendante et la crosse sont encore un peu plus di- 
latées dans ces cas. 

L'aorte n'est pas la seule artère qui puisse présen- 
ter cette espèce de dilatation générale du tube ar- 
tériel. On la remarque assez souvent dans l'artère 
carotide , à l'endroit où elle sort de Tos temporal 
pour se porter sur la selle turcique du sphénoïde. 
M. Dourlen a inséré dans le Journal de Médecine (i) 
l'observation d'une dilatation énorme de l'artère 
émulgente et de ses principales divisions. MM. Pel- 

(1) Journal de Médecine , par MM. Corvisart, Leroux et 
Boyer, t. m, p. 255. 



DES ANÉVRYSMES DE l'aORTE. ^\5 

letan et Dupuytren ont trouvé l'artère temporale 
prodigieusement dilatée jusque dans ses plus petites 
ramifications , et offrant d'espace en espace des ren- 
flemens plus considérables (i). Les artérioles qui 
nourrissent une tumeur quelconque se développent 
en même temps qu'elle , et acquièrent quelquefois 
un diamètre considérable. Cela est surtout remar- 
quable dans celles qui font partie intégrante des tu- 
meurs érectiles que l'on désigne communément 
sous les noms de tumeurs variqueuses, dejungus hœ- 
rnatodes , de nœvus hœmorrhagicus , et que John 
Bell a appelées anévrysmes par anastomose. 

La dilatation de l'aorte , telle que je viens de la 
décrire , est un état pathologique assez commun , et 
il est même remarquable qu'elle ne prenne pas plus 
souvent un accroissement tel qu'il vienne à occa- 
sioner des accidens graves ? et à constituer ce que 
l'on appelle communément un anévrysme vrai de 
ï aorte ; car on ne donne guère ce nom qu'aux di- 
latations un peu volumineuses , à celles qui appro- 
chent du volume du poing, par exemple. Les dila- 
tations moindres, et surtout la dilatation générale 
de l'aorte, n'ont guère fixé jusqu'ici lattention des 
anatomistes. Les anévrysmes vrais les plus volumi- 
neux de l'aorte sont ceux de sa crosse et de sa por- 
tion ascendante. Corvisart en a vu un qui offrait le 
double du volume du cœur (2) ; j'en ai vu d'aussi 



(1) Cruveilhier , Essai sur Variât, paifioiog. Paris, i8i6 > 
1. 11, p. 60. 



(2) Ouv. cité, p. 556. 



4*6 CARACTÈRES AN ATOMIQUES 

gros que la tête d'un fœtus à terme. Quand l'ané- 
vrysme vrai acquiert un certain volume , il arrive 
souvent que quelque point de la surface interne de 
la partie dilatée se rompt , et qu'il se forme en ce 
point un anévrysme faux consécutif, qui surmonte 
en quelque sorte l'anévrysme vrai , et augmente son 
volume. 

L'anévrysme vrai de l'aorte, borné à sa partie 
ascendante ou existant dans toute l'étendue de cette 
artère ; est ordinairement accompagné d'une alté- 
ration particulière de sa membrane interne : on y 
remarque de petits points d'un rouge vif, de légè- 
res gerçures , et un grand nombre de petites incrus- 
tations osseuses placées entre elle et la tunique 
fibrineuse de l'artère. Quelquefois la membrane in- 
terne se rompt le long d'un des bords de ces incrus- 
tations , qui alors se détachent un peu des parois de 
l'artère, et y forment des rugosités notables. Dans 
quelques cas , des concrétions fibrineuses de l'espèce 
de celles que nous décrirons plus bas tapissent les 
parois de l'anévrysme , et peuvent même devenir 
assez épaisses pour ne laisser qu'un étroit passage 
au sang. 

L'anévrysme faux consécutif est une tumeur ap- 
pliquée le long d'une artère , et communiquant avec 
elle par une ouverture plus ou moins étroite. L'ané- 
vrysme faux consécutif de l'aorte est plus rare que 
la simple dilatation de cette artère; mais il est beau- 
coup plus commun que cette dilatation portée au 
point de constituer ce qu'on appelle communément 
un anévrysme. 

Le sac anévrysmal ; dans l'anévrysme faux, pré- 



DES ANEVRYSMES DE l'aORTE. 4*7 

sente une épaisseur beaucoup plus inégale que dans 
l'anévrysme vrai : formé principalement par la tu- 
nique celluleuse de l'artère, il est renforcé dans 
divers points par un tissu cellulaire abondant , par 
divers organes plus ou moins solides , par la plèvre 
ou le péritoine ; tandis que x dans d'autres , il est 
tellement mince qu'il présente à peine l'épaisseur 
d'une feuille de papier. On n'y distingue aucune 
trace de la tunique fibrineuse de l'artère : sa surface 
interne est extrêmement rugueuse et inégale. 

L'anévrysme faux consécutif se développe le plus 
souvent dans la portion descendante de l'aorte, 
comme l'anévrysme vrai dans sa portion ascendante. 
Je n'ai même guère vu d'autres anévrysmes faux de 
l'aorte ascendante ou de la crosse que ceux dont 
j'ai parlé plus haut , et qui sont , pour ainsi dire , 
surajoutés à un anévrysme vrai. Dans l'aorte des- 
cendante , au contraire , le calibre de l'artère n'est 
souvent nullement augmenté dans le point où existe 
la tumeur anévrysmale , quelquefois même il est un 
peu rétréci. 

On conçoit assez facilement le développement de 
l'anévrysme vrai ou la dilatation simple d'une ar- 
tère. L'impulsion trop forte du sang sur un tube 
qu'on peut supposer avoir été affaibli antérieure- 
ment dans le point affecté en fournit une explication 
assez plausible , et qui est généralement adoptée. On 
explique de la même manière cette sorte de disposi- 
tion anévrysmatique générale que présentent quel- 
ques sujets , chez lesquels on a trouvé jusqu'à huit 
ou dix anévrysmes de différentes artères. Mais la 
formation des anévrysmes faux consécutifs est moins 
m. 27 



4l8 CARACTERES ANATOMIQUES 

facile à comprendre, et a donné lieu à beaucoup de 
controverses. 

Quelques chirurgiens, frappés sans doute par l'as- 
pect lisse de l'ouverture par laquelle la tumeur ané- 
vrysmale communique avec l'artère, ont pensé que, 
dans ces cas, la membrane interne faisait hernie à 
travers une rupture de la tunique fibrineuse, et ta- 
pissait, en prenant une extension graduelle, toute la 
surface interne du sac anévrysmal, dont la partie 
externe est formée par la tunique celiuleuse de l'ar- 
tère. MM. les professeurs Dubois et Dupuytren pa- 
raissent avoir adopté cette opinion, et ont présenté à 
la Société de la faculté de Médecine des pièces ana- 
tomiques qui prouvent au moins que, dans certains 
cas, la membrane interne se réfléchit sur l'ouverture 
de communication , pénètre dans l'intérieur du sac 
anévrysmai et en tapisse la surface interne jusqu'à 
une certaine distance de l'ouverture de communi- 
cation. 

On ne peut nier que, clans un très petit anévrysme, 
les choses ne puissent arriver ainsi. Haller avait déjà 
remarqué que quelquefois la membrane moyenne 
de l'artère se rompt, et laisse passer en s'écartant la 
membrane interne, qui forme alors une sorte de her- 
nie; ce cas,désigné d'abord sous les noms à?anevrysma 
herniosum, anevrysma herniam arteriœ sùteiis, l'a été 
depuis sous le nom à'anéçrysrne mixte. J'ai vu moi- 
même sur l'aorte descendante deux tumeurs du vo- 
lume d'une cerise, formées par la membrane interne 
qui faisait hernie à travers une rupture de la tunique 
moyenne; les tumeurs, doublées par la tunique cel- 
iuleuse, contenaient des concrétions fibrineuses stra- 



DES ANEVRYSMES DE l' AORTE. 4 * 9 

tifiées et fortement colorées par le sang. Mais il faut 
que la tumeur soit bien petite pour que la membrane 
interne la tapisse complètement; et, dans les ané- 
vrysmes qui se forment de cette manière , la mem- 
brane interne se rompt promptement par les pro- 
grès du développement de la tumeur. Chez un sujet 
dont l'aorte présentait deux anévrysmes , l'un du 
volume d'une noix, l'autre gros seulement comme 
une aveline , je n'ai pu suivre la membrane interne 
que jusqu'à une distance d'un pouce à trois lignes 
pour le plus grand, et de deux à trois lignes pour le 
plus petit. Dans l'un et dans l'autre, il était évident 
que la plus grande partie du sac anévrysmal était 
formée par la membrane celluîeuse seulement. 

Scarpa, au contraire, dans l'excellent ouvrage qu'il 
a publié sur les anévrysmes, avance qu'il n'y a point 
d'anévrysme sans rupture des tuniques interne et 
moyenne, et que le sac anévrysmal est formé uni- 
quement par la tunique celluîeuse (i). 

Il porte sans doute trop loin cette assertion, puis- 
qu'il va jusqu'à dire que l'anévrysme vrai des auteurs 
n'existe pas, que la dilatation de l'aorte près du cœur 
ne constitue pas un anévrysme, et que cette dilatation 
n'est jamais commune au reste de l'artère (2). 

Nous avons exposé ci-dessus des faits contraires à 
cette dernière opinion , et l'on en trouve plusieurs 
autres dans l'ouvrage de Corvisart. Une semblable 

(1) Réflexions et Observations anatomico- chirurgicales 
sur f Anévrysme , par Scarpà, etc. , trad. par Delpech. Pa- 
ris, 1801 , p. 72, § 3. 

(2) Ibid. , p. 142, § 5;. 



4 2 Û CARACTÈRES ANAT0M1QUES 

opinion n'a pu même être soutenue par un homme 
de ce mérite que parce que, pins habituellement oc- 
cupé de l'étude des maladies chirurgicales que de 
celles des lésions internes, il n'a pas eu sans doute 
beaucoup d'occasions d'observer les anévrysmes de 
l'aorte. Mais en bornant la proposition de l'illustre 
chirurgien de Pavieaux anévrysmes faux consécutifs, 
elle devient incomparablement plus facile à soutenir 
que l'opinion également exclusive qui dominait,ily a 
quelques années, dans l'école de Paris, et qui est celle 
que nous avons exposée ci-dessus (p. 4iBj. L'observa- 
tion suivante prouvera d'une manière incontestable la 
possibilité de la formation d'un anévrysme par la 
rupture des membranes interne et fibrineuse de 
l'artère. Elle présentera d'ailleurs un exemple uni- 
que jusqu'ici de la dissection presque complète de 
la tunique celluleuse de l'aorte, et dans la plus 
grande partie de l'étendue de cette artère, par le 
sang infiltré entre elle et la tunique fibrineuse (i). 

Obs. LIV. Anévrysme disséquant de l'aorte, chez un 
sujet attaqué d'hypertrophie simple du ventricule 
droit. — Jean Millet, mercier, âgé de soixante-sept 
ans, d'une assez haute taille, d'un teint pâle et un peu 
blafard, entra à l'hôpital Necker le 22 avril 181 7. Il 
avait, disait-il, beaucoup maigri depuis peu de temps; 

(1) Je donne cette observation telle qu'elle a été présentée 

à la Société de la Faculté de Médecine parinon cousin, M. Am- 

broise Laennec, actuellement médecin de PHôtel-Dieu et pro- 

csseur à l'Ecole secondaire de Médecine de Nantes, qui l'avait 

recueillie. ( Note de l'auteur*) 



DES ANÉVRYSMES DE l'aORTE. l\1l 

il éprouvait une céphalalgie frontale assez intense; 
il avait la langue chargée, et présentait, en général, 
les symptômes d'une affection bilieuse sans fièvre. Il 
parlait très peu, et l'expression de ses traits annon- 
çait une sorte de stupidité et d'insouciance qui pa- 
raissaient tenir à sa maladie. 

D'après ces symptômes , on porta le diagnostic 
suivant: Embarras gastrique, chez un homme me- 
nacé d'apoplexie. Le pouls était dans l'état naturel, 
la respiration parfaitement libre , et rien ne faisait 
soupçonner que cet homme eût une maladie du 
cœur. 

Au bout de quelques jours, et après l'emploi des 
évacuans, les symptômes d'embarras gastrique dis- 
parurent entièrement , l'appétit revint , et Millet ne 
présentait plus d'autres signes d'altération dans sa 
santé que l'expression de stupidité des traits de la 
face, et une sorte de lenteur et de paresse assez 
marquée dans les mouvemens. Il ne se plaignait ja- 
"mais, et pendant son séjour à l'hôpital, rien n'a pu 
faire soupçonner qu'il éprouvât des palpitations, de 
la dyspnée, des rétentions d'urine ou des douleurs 
de la vessie, symptômes qui ont cependant dû exis- 
ter, au moins par momens, d'après ce que l'on verra 
dans l'autopsie. Cet homme, enfin, était plutôt con- 
sidéré comme infirme que comme malade, et il était 
sur le point de sortir de l'hôpital, lorsque, le 20 mai, 
à la visite, on le trouva dans un état assez difficile à 
décrire, et plutôt spasmodique que comateux. 

Il était immobile dans son lit; mais il pouvait ce- 
pendant remuer à volonté tous les membres: l'ac- 
tion musculaire avait seulement moins d'énergie 



422 CARACTÈRES AN ATOMIQUES 

que les jours précédens. Lorsqu'on levait un bras , 
le malade semblait l'oublier quelques instans dans 
cette position, et le retirait ensuite, ou même le 
laissait retomber. Il se plaignait de vertiges plus in- 
tenses que les jours précédens. La face , auparavant 
pâle, était devenue assez rouge ; les lèvres , jusqu'a- 
lors décolorées, étaient bleuâtres ; le pouls était na- 
turel, la respiration grande et un peu lente; les 
fonctions intellectuelles n'étaient pas plus altérées 
que les jours précédens : seulement le malade met- 
tait plus de temps à répondre aux questions qui lui 
étaient adressées. (Saignée d'une palette et demie, 
vésicatoire à la nuque; le lendemain, un vomitif). 

Les jours suivans , même état. {Applications réi- 
térées de sinapismes ; infusions d'arnica émétisée.) 

Le 21 mai , les symptômes étaient toujours les 
mêmes , sans augmentation ni diminution. La face 
était toujours rouge, la peau moite, le pouls tout-à- 
fait naturel, soit sous le rapport de la fréquence, 
soit sous ceux du développement et du rhythme; l'in- 
spiration était profonde et accompagnée d'un grand 
développement des parois thoraciques; le malade 
restait toujours couché sur le côté droit, et revenait 
à cette position lorsqu'on le retournait dans son lit. 
( Potion antl- spasînodique avec quinze gouttes 
d huile de gérofle saturée de phosphore. ) 

Le 23 mai, il y avait un léger trismus. M. Laennec 
pensa que l'on ne trouverait à l'ouverture du cadavre 
ni épanchement sanguin, ni ramollissement de la 
substance cérébrale, mais plutôt une exhalation sé- 
reuse générale à la surface du cerveau et dans les ca- 
vités tapissées par l'arachnoïde. 



DES ANÉVRYSMES DE l'aORTE. 4? 3 

Le it\ mai , même état. Les pupilles n'étaient pas 
notablement dilatées. Les deux bras étaient deve- 
nus insensibles depuis la veille , mais pouvaient se 
mouvoir encore. 

Le malade expira dans la nuit (i). 

Ouverture faite trente-six heures après la mort. — 
Pâleur et amaigrissement général. 

Le tissu cellulaire de la pie-mère était infiltré 
d'une sérosité gélatiniforme, mais très-liquide , par- 
faitement transparente , qui remplissait partout les 
intervalles des circonvolutions cérébrales. Les ven- 
tricules latéraux contenaient chacun une demi-once 
d'une sérosité très-légèrement trouble, ou qui au 
moins n'était pas d'une limpidité parfaite. Les troi- 
sième et quatrième ventricules en étaient égale- 
ment pleins. La substance cérébrale, extraordinaire- 
ment ferme, laissait suintera l'incision un assez 
grand nombre de gouttelettes de sang. Les circon- 
volutions cérébrales, à la face inférieure des lobes 
postérieurs du cerveau , offraient beaucoup plus 
d'aplatissement que dans l'état naturel; partout ail- 
leurs elles étaient médiocrement déprimées plutôt 
qu'aplaties. La substance du cervelet était beau- 
coup moins ferme que celle du cerveau, qui faisait 
plier la lame d'une lancette quand on cherchait à 
en soulever des couches d'une ligne d'épaisseur. Il 

(i) Ce malade n'ayant présenté aucun signe de lésion des 
organes delà respiration et de la circulation, sa poitrine n'avait 
point été explorée. Ce fait et quelques autres analogues m'on 
fait prendre l'habitude d'examiner la respiration et les batte- 
mens du cœur chez tous les malades. (Note de l'auteur.) 



424 CARACTERES ANATOMIQUES 

y avait en tout environ une demi-once de sérosité 
dans la cavité de l'arachnoïde extérieure et à la base 
du crâne ; l'arachnoïde rachidîenne paraissait en 
contenir proportionnellement davantage, car il en 
coula au moins autant du canal rachidien , quoique, 
d'après la position du sujet , elle ne pût venir que 
de la portion cervicale du canal. 

Le cœur surpassait en volume les deux poings du 
sujet. Le ventricule droit était petit, avait des parois 
assez minces, et avait l'air d'être pratiqué dans l'é- 
paisseur des parois du gauche : sa cavité était rem- 
plie de concrétions polypiformes d'une consistance 
très-ferme, et intriquées dans ses colonnes char- 
nues. Le ventricule gauche présentait une cavité ca- 
pable tout au plus de loger une amande revêtue de 
son péricarpe ; ses parois avaient un pouce et demi 
dans leur plus grande épaisseur, et un pouce dans 
les endroits plus minces, excepté vers la pointe du 
cœur , où elles avaient tout au plus une épaisseur de 
deux lignes. L'une des sigmoïdes aortiques présentait 
trois ou quatre petites excroissances analogues aux 
poireaux vénériens, de consistance charnue, et très- 
adhérentes à la valvule. 

La crosse de l'aorte, dilatée de manière à pouvoir 
contenir une pomme de moyen volume, était in- 
crustée de quelques plaques osseuses. L'aorte des- 
cendante, à environ deux pouces de son origine, 
présentait intérieurement une fente transversale, 
occupant les deux tiers de son contour cylindrique, 
et intéressant seulement ses membranes interne et 
fibrineuse. Les bords de cette division étaient amin- 
cis, inégaux et comme déchirés par endroits. La 



DES ANÉVRYSMFS DE l'aORTE. t\1$ 

membrane celluleuse était saine et décollée de la 
fibrineuse depuis cette fente jusqu'à l'origine des 
iliaques primitives, de manière qu'au premier coup 
d'œil on aurait pu croire que la cavité de l'aorte 
était divisée par une cloison médiane. Le décolle- 
ment n'était pas complet, et n'occupait que les deux 
tiers ou la moitié de la surface du cylindre artériel , 
et tournait par endroits autour de ce cylindre; il 
occupait cependant principalement sa partie posté- 
rieure; il s'étendait de quelques lignes sur le tronc 
cœiiaque et les iliaques primitives, et y était com- 
plet ; en haut, il remontait jusqu'à la courbure de 
la crosse de l'aorte. Ce décollement formait une sorte 
de sac oblong, dont les parois offraient une teinte 
d'un rouge violet et très-intense, qui ne s'enlevait 
pas avec le scalpel. Par endroits, cette teinte n'exis- 
tait pas ou était moins foncée; et dans quelques 
points , des plaques d'un tissu analogue à celui des 
fibro-cartilages (rudimens d'incrustations osseuses), 
enfoncées dans la tunique fibrineuse, contrastaient 
par leur blancheur avec la rougeur foncée des pa- 
rois du sac auquel elles adhéraient. 

Ce sac était traversé dans plusieurs endroits par 
les artères intercostales et médiastines ; il était rem- 
pli de caillots de sang et de concrétions fibrineuses 
polypiformes, qui presque toutes avaient une cou- 
leur grise violacée, peu de demi-transparence, et 
une consistance très-ferme. A l'une des extrémités 
de la fente résultant de la déchirure des membranes 
interne et fibrineuse, on remarquait que l'une des 
lèvres de la division, plus déprimée que la lèvre 
opposée, avait contracté une nouvelle adhérence, 



426 CARACTÈRES ANATOMIQUES 

dans l'étendue de quelques lignes , avec la tunique 
celluleuse, par des lames et des filamens rougeâtres, 
courts, et d'une consistance très-ferme; ils étaient 
évidemment formés par des concrétions fibrineuses. 
Cette disposition présentait tout-à-fait l'aspect d'un 
commencement de cicatrisation. 

La tunique celluleuse était parfaitement saine , au 
décollement près, dans toute l'étendue de l'aorte, et 
particulièrement vis-à-vis de la fente transversale 
décrite ci-dessus. Ses petits vaisseaux ( vasa vaso- 
rum) , injectés jusque dans leurs dernières ramifi- 
cations, lui donnaient une couleur d'un gris violacé. 
Les poumons étaient amples , crépitans, et con- 
tenaient un grand nombre de taches formées par la 
matière noire pulmonaire. Le droit était plus gorgé 
de sang que le gauche. 

Les intestins étaient légèrement distendus par des 
gaz ; la membrane muqueuse de l'estomac présentait 
une couleur rosée. Vers le pylore , on voyait quel- 
ques taches semblables à des ecchymoses, situées au 
milieu d'une partie de la muqueuse dont la teinte 
était grise. 

L'intestin grêle était par endroits d'une couleur 
grise violette, tantextérieurementqu'intérieurement. 
Cette couleur était surtout marquée vers la termi- 
naison de l'iléon , lieu où se trouvait un ascaride 
lombricoïde; mais elle n'existait pas dans d'autres 
endroits où se trouvaient d'autres vers de même es- 
pèce. Elle était due à l'injection des petits vaisseaux 
sous-muqueux et sous-péritonéaux. Tl n'existait ni 
gonflement, ni aucune autre altération, dans les mem- 
branes intestinales. 



DES ANÉVRYSMES DE l'aORTE. [[2*] 

Le coecum offrait quelques légères rougeurs vers 
la valvule iléo-cœcale; ces rougeurs ne s'étendaient 
pas au-delà de la membrane muqueuse. 

La rate, ayant trois pouces de long sur deux de 
large, laissait suinter un suc trouble lorsqu'on la ra- 
clait avec le scalpel. 

Le rein gauche avait des calices très-dilatés et un 
bassinet très-vaste ; sa substance était pâle , et 
n'avait pas plus de trois à quatre lignes d'épaisseur. 
L'uretère avait le volume du doigt annulaire du 
sujet. 

Le rein droit offrit une disposition analogue à 
celle du rein gauche; ses calices étaient seulement 
un peu moins dilatés. L'uretère avait acquis la gros- 
seur du pouce du sujet. 

La vessie contenait environ une chopine d'urine; 
malgré sa distension, sa membrane musculaire avait 
au moins une épaisseur de deux lignes. On trouva 
dans la vessie un calcul de la grosseur d'une noix, 
lisse et blanchâtre à sa surface. Ce calcul était situé 
au-dessous d'une éminence formée par la prostate, 
qui était très-volumineuse et faisait une saillie assez 
marquée dans l'intérieur de la vessie. En incisant la 
prostate, on distinguait dans son tissu de petites tu- 
meurs d'un blanc jaunâtre, de grosseur variable, et 
divisées en lobules; elles avaient l'aspect graisseux, 
sans néanmoins graisser nullement le scalpel : une de 
ces tumeurs offrait au centre un point d'un jaune 
verdâtre, qui laissait suinter, par la pression et sous 
forme de vermisseaux, une matière dense, de con- 
sistance de pus très-épais et d'un jaune vert. Le 
tissu de ces tumeurs fournissait d'ailleurs par la 



4^8 CARACTERES AN ATOMIQUES 

pression une assez grande quantité d'un fluide lac- 
tescent. 

Le fait que l'on vient de lire suffirait pour prou- 
ver que l'anévrysme faux consécutif de l'aorte peut 
se former par la rupture des tuniques interne et 
moyenne de l'artère : je pense que ce cas est de 
beaucoup le plus fréquent. On pourrait encore tirer 
du même fait cette induction, que l'aspect lisse des 
bords de l'ouverture ne suffit pas pour prouver que 
l'anévrysme a commencé par la hernie de la mem- 
brane interne; car on voit évidemment ici un com- 
mencement de cicatrisation sfms réunion , qui eût 
rendu plus tard 'les lèvres de la rupture lisses et 
polies. 

D'après l'examen attentif de tous les anévrysmes 
que j'ai eu occasion de voir, il me paraît constant 
que les causes les plus communes de l'anévrysme 
faux consécutif sont, i° les incrustations osseuses 
des artères et l'espèce de soulèvement de ces incrus- 
tations décrit ci-dessus (p. 4o5); 2° les gerçures et 
les petites ulcérations de la membrane interne 
(ibid.)'j 3° enfin des tubercules ou de petits abcès 
développés dans l'épaisseur de la membrane fibri- 
neuse, et qui se font jour dans l'intérieur de l'aorte: 
cette dernière cause est la plus rare; mais j'en ai vu 
des exemples. Cette opinion meparaîtd'autantmieux 
fondée que mes observations à cet égard se rencon- 
trent tout-à-fait avec celles de Scarpa. Les dégéné- 
rations stéatomaleuses , ulcéreuses , fongueuses et 
squameuses de la tunique interne des artères sont, 
suivant lui, la cause la plus commune de la rupture 



DES ANEVRYSMES DE l'âORTE. 4^9 

de la tunique propre de l'aorte, et par conséquent 
de l'anévrysme (i); et il appuie son opinion d'un 
grand nombre de faits empruntés à plusieurs obser- 
vateurs. 

Peut-être n'est-il pas impossible que l'anévrysme 
dit jaux consécutif se développe quelquefois par suite 
d'une dilatation locale et très-bornée de toutes les 
tuniques artérielles. Au mois de décembre 1806, j'ai 
trouvé, chez un homme mort presque subitement 
à la suite de vives douleurs dans la poitrine, unané- 
vrysme vrai de l'aorte ascendante, du volume de la 
tête d'un fœtus à terme, et un second du volume 
d'une grosse noix ou d'un petit œuf, situé à la partie 
antérieure de l'aorte descendante, immédiatement 
au-dessus de l'origine du tronc cœliaque. Ce der- 
nier présentait tous les caractères de l'anévrysme 
faux consécutif j il formait une tumeur distincte de 
l'artère, et ne communiquait avec elle que par une 
ouverture de la grandeur d'une amande ; le calibre 
de l'artère n'était d'ailleurs nullement dilaté dans ce 
point. En disséquant avec soin le sac anévrysmal, 
qui était plein de caillots fibrineux , je retrouvai 
partout dans ses parois les trois tuniques arté- 
rielles. 

Corvisart a émis sur le mode de développement 
de l'anévrysme faux consécutif une opinion remar- 
quable, en ce qu'elle s'éloigne totalement des précé- 
dentes. Elle est fondée sur deux faits qui se sont pré- 
sentés à lui. 



(1) Ouv. cité, § 20, 21, 22 



43o CARACTÈllES ANATOMIQUES 

Dans celui de ces cas qu'il a examiné avec le 
plus de soin , il trouva une tumeur de la grosseur 
d'une noix à la partie antérieure de la courbure 
de l'aorte. Cette tumeur était formée par un kyste 
fibreux dont les parois avaient environ deux lignes 
d'épaisseur, et qui « renfermait une substance moins 
« consistante que du suif, et d'une couleur rouge 
ce foncée assez semblable aux caillots de sang ancien- 
ce nement formés, qui adhèrent à l'intérieur des pa- 
ce rois des poches anévrysmales Les couches ex- 
ce ternes de l'aorte, à l'endroit correspondant à la 
« cavité du kyste, étaient détruites; et l'épaisseur 
ce des parois des vaisseaux était, dans ce lieu seule- 
ce ment, infiniment moins considérable que sur tout 
ce autre point. » La couleur de la matière contenue 
dans le kyste fit penser à Corvisart qu'il communi- 
quait avec la cavité de l'aorte : mais il ne put aper- 
cevoir aucune ouverture de communication; il vit 
seulement une (c tache grisâtre, livide, qui. répondait 
ce à la base même du kyste.» Une tumeur tout-à-fait 
semblable, mais un peu moins volumineuse, adhé- 
rait à l'aorte au-dessus du tronc cœliaque (ij. Dans 
le second cas, simplement indiqué par Corvisart, on 
voyait sur l'aorte ventrak deux ou trois tumeurs 
tout-à-fait semblables aux précédentes; les artères 
iliaques primitives en présentaient aussi chacune 
une ou deux (a). 

D'après ces faits, Corvisart pense que, si le malade 



(1) Ouv. cilé. 9 obs. xtr. 

(2) Ibid. 9 p. 327. 



DES ANÉVRYSMES DE l' AORTE. 43 l 

eût vécu plus long-temps, les tumeurs aurait tout-à- 
iait usé les parois de l'artère, et qu'alors « le sang 
« aurait pu passer plus librement dans la cavité de 
« ce kyste subitement transformé en tumeur san- 
(c guine, qui serait devenue plus volumineuse à me- 
« sure que le sang aurait opéré la dilatation de la 
« poche fibreuse (i). » 

Corvisart paraît disposé à croire que les anévrysmes 
faux consécutifs se forment de cette manière. Cette 
opinion est évidemment inadmissible pour le plus 
grand nombre de ces affections, d'après les faits qui 
ont été exposés ci-dessus (page l\\ 6). Il ne serait 
peut-être pas impossible que, dans quelques cas 
particuliers, un anévrysme se formât de cette manière: 
mais, pour pouvoir tirer une pareille conclusion des 
faits sur lesquels s'appuie Corvisart , il faudrait quel- 
ques détails qui ne se trouvent ni dans l'une ni dans 
l'autre de ses observations. En effet, si les enveloppes 
des tumeurs étaient de véritables kystes, c'est-à- 
dire des sacs sans ouverture , il faudrait , pour que 
le sang pût y pénétrer , non-seulement que l'aorte 
fût usée par ces tumeurs, mais encore que le kyste 
lui-même s'usât aussi dans le point correspondant; 
car , sans cela, le sang s'épancherait autour du kyste 
et non pas dans son intérieur ; et il semble bien dif- 
ficile qu'un kyste fibreux puisse s'user, surtout 
contre l'aorte. 

Hodgson a donné une explication de ces faits 
beaucoup plus naturelle et qui me paraît très-bien 



(i) Ouv. cité 9 p. 328. 



43a CONCRÉTIONS DU SANG , ETC. 

fondée, en rapprochant ces faits de plusieurs autres 
qui l'ont amené à penser que l'accumulation des 
caillots fibrineux dans les sacs anévrysmatiques est 
le moyen employé par la nature pour guérir l'ané- 

vrysme.Les observations qu'il a réunies ne permettent 
pas de douter que, lorsqu'un anévrysme des artères 
des membres vient à guérir spontanément, ce ré- 
sultat est dû à ce que les concrétions fibrineuses 
après avoir rempli totalement le sac anévrysma tique 
de manière à empêcher le sang d'y aborder de nou- 
veau, ont ensuite oblitéré le calibre de l'artère jus- 
qu'à la hauteur des plus prochaines collatérales. 
Tous les degrés de la transformation des caillots 
fibrineux en un tissu fibreux dont le volume diminue 
à mesure qu'il s'organise ont été exactement observés 
sur divers sujets. Hodgson regarde les cas observés 
par Corvisart comme des exemples de guérisons de 
ce genre déjà avancées ; et je suis d'autant plus porté 
à adopter son opinion, que la lecture de son ouvrage 
m'a en quelque sorte ouvert les yeux sur plusieurs 
cas que j'ai rencontrés moi-même , et dans lesquels 
des anévrysmes de l'aorte, exactement remplis de 
couches fibrineuses, avaient évidemment cessé de 
croître et tendaient à la guérison. 

ARTICLE IL 

Des Concrétions du sang dans les sacs anévrys- 
matiques. 

Dans tous les anévrysmes faux consécutifs et dans < 
les anévrysmes vrais un peu considérables, les pa- 
rois internes du sac anévrysmal sont tapissées par 



CONCRÉTIONS DU SANG , ETC. 4^3 

des couches plus ou moins épaisses de fibrine et de 
sang à divers degrés de concrétion. Vésale , qui le 
premier a décrit un anévrysme de l'aorte, n'a point 
oublié cette circonstance. Il trouva sur ses parois 
» une sorte de concrétion carniforme sans fibres, et 
» une matière blanchâtre dure, assez semblable à du 
lard bouilli ( i ). » Ces concrétions ont quelquefois 
des caractères d'organisation si marqués , que 
Valsalva les a prises pour une excroissance carni- 
forme des parois artérielles (2), quoique Harvey eût 
déjà averti de la possibilité de cette erreur (3). 
Morgagni reconnaît que ces concrétions se forment 
avant la mort, et il se fonde à cet égard sur ce 
qu'elles tiennent aux parois du sac anévrysmal, 
quelque position qu'on lui donne; sur ce que leur 
substance est comme desséchée (eocsuccaj, et bien 
différente de celle des concrétions polypeuses du 
cœur; enfin sur ce que la stagnation seule du sang 
ne suffit pas pour les produire; car, dit-il, on a lié 
inutilement l'artère d'un chien sans déterminer rien 
de semblable (4j. Cette dernière raison ne serait pas 
d'un grand poids, car il est aujourd'hui hors de 
doute que, lors de la ligature d'une artère, son ex- 
trémité se remplit d'une concrétion fibrineuse qui 
peu à peu s'organise et finit par l'oblitérer com- 
plètement depuis la ligature jusqu'à la plus prochaine 
artère collatérale. Quoi qu'il en soit, je ne pense pas 



(i) Bonet, Sepuichretum , lib. vi, sect. 11, obs. 21, § 17. 

(2) Morgagni, de Sect. et Caus. rnorb., epist. xvit, n° 39. 

(3) De Cire. sang. Exercit. m. 

(4) Epist. xvn, n°2g. 

UI. 28 



/j3/(. D ES ANEVRYSMES DE LAORTE. 

que personne voulût pour cela soutenir l'opinion 
contraire à celle de Morgagni. Le seul examen de ces 
concrétions suffit en effet pour prouver qu'elles n'ont 
pas pu se former en un jour. 

Ces concrétions présentent un aspect très-varié 
suivant leur degré d'ancienneté , et probablement 
aussi suivant d'autres circonstances qui ne sont pas 
aussi faciles à apprécier. Les plus centrales, ou, pour 
parler plus exactement, les plus voisines du canal 
parcouru par le sang , sont formées par du sang plus 
ou moins fortement caillé ; un peu plus loin les 
caillots sont comme desséchés, d'un rouge moins 
noir, et évidemment mêlés d'une forte proportion 
de fibrine j plus profondément encore, on trouve 
des couches de fibrine pure, blanches ou jaunâtres, 
plus fermes, plus opaques et moins humides que les 
concrétionspolypiformesdu coeur; sous ces dernières, 
on rencontre des couches d'une matière assez sem- 
blable et de même couleur, mais tout-à-fait opaque, 
friable et de consistance de pâte sèche. Ces dernières 
adhèrent aux parois du kyste, et on les a souvent 
prises pour des stéaiomes. Quelquefois elles sont 
ramollies à consistance de bouillie , sans perdre 
d'ailleurs leurs autres caractères. Il est évidentqu'elles 
sont formées par de la fibrine dans un état de dé- 
composition plus ou moins avancée. Cette matière 
est évidemment la même que celle qui se rencontre 
au centre des veines oblitérées (pag. 291), et quel- 
quefois dans l'intérieur des végétations globuleuses 
(pag. 344). 

Les matières que je viens de décrire sont celles 
qui se trouvent le plus communément dans les sacs 



CONCRÉTIONS DU SANG, ETC. 435 

anévrysmatiques. Quelquefois , mais plus rarement, 
on y rencontre encore des couches fortement demi- 
transparentes , et tout-à-fait diaphanes quand on les 
coupe en lames minces ; en masse elles offrent une 

couleurd'imgrisbrunâtre,avecdesveinesblanchâtres 
plus opaques. Cette matière , tout-à-fait semblable 
pour l'aspect et la consistance à de la cornefortement 
ramollie par la chaleur, est très-compacte , se coupe 
facilement, et ne laisse aucune trace d'humidité sur 
le scalpel. Elle ne se trouve guère que dans les ané- 
vrysmes volumineux, et forme ordinairement des 
couches très-épaisses : j'en ai vu qui avaient plus 
de cinq travers de doigt d'épaisseur. 

Le sangs'insinuesouvent entre ces diverses couches 
de concrétions, souille et pénètre celles qui sont 
formées par de la fibrine décomposé à consistance 
de pâte sèche ou de bouillie. C'est en séparant les plus 
extérieures des parois auxquelles elles adhèrent, 
que le sang finit par percer le sac anévrysmal et se 
faire jour à l'extérieur. 

Les couches de ces diverses espèces de concrétions 
sont d'autant plus nombreuses que le sac anévrys- 
mal est plus considérable. Dans les anévrvsmes 
taux, le sac en est ordinairement rempli en entier; 
mais les couches les plus voisines de l'ouverture de 
communication sont presque toujours formées de 
sang simplement caillé, et par conséquent elles sont, 
suivant toutes les apparences, postérieures à la mort. 
Dans les dilatations légères de l'aorte, quoiqu'il 
n'existe aucun obstacle à la circulation , on trouve 
quelquefois une petite concrétion fibrineuse de con- 
sistance de pâte sèche , très-adhérente à un point 



4'36 DES ANEVRYSMES DE l'aORTE. 

des parois de l'artère dilatée. Ce fait semble rentrer 
dans la catégorie de ceux qui, comme nous l'avons 
déjà dit, peuvent donner à penser que les concré- 
tions sanguines adhérentes aux parois des vaisseaux 
se forment sous l'influence d'une exsudation plas- 
tique à la surface de leur membrane interne. 

ARTICLE III , 

Des ^Effets des anévrysmes de V aorte sur les organes 

voisins. 

Les anévrysmes produisent des effets très-variés 
sur les organes qui les environnent, suivant leur vo- 
lume et leur position. La simple dilatation de l'aorte, 
quand elle n'est pas portée loin , n'en produit pres- 
que aucun; mais les plus petits anévrysmes faux 
consécutifs , ou même les anévrysmes vrais occupant 
une petite partie de l'artère et formant tumeur, 
peuvent en produire de très-graves. 

De ces effets, le premier et le plus commun est 
la compression , qui gêne surtout Faction des pou- 
mons et celle du cœur. Celle des organes abdomi- 
naux est rarement altérée d'une manière sensible 
par les anévrysmes les plus volumineux de l'aorte 
ventrale. Quand la tumeur est énorme, ou quand, 
à raison de sa position , elle devient une cause de 
compression très-énergique, elle déforme souvent 
plusieurs des parties environnantes , change leur 
position, se les applique en quelque sorte, et s'en 
fait une enveloppe extérieure. Ainsi , dans les ané- 
vrysmes placés vers l'origine de la cœliaque, ou vers 
la fin de l'aorte pectorale , les piliers du diaphragme 



EFFETS SUR LES ORGANES VOISINS. [fy 

distendus et aplatis tapissent ordinairement les par- 
ties latérales et même la partie antérieure de la tu- 
meur. Les vaisseaux, les nerfs, et surtout le tissu 
cellulaire environnant, s'étendent également à la 
surface de la tumeur , et contribuent à augmenter 
l'épaisseur de ses parois , que renforcent encore les 
plèvres ou le péritoine. 

Soit que la tumeur se développe à peu près éga- 
lement dans tous les sens, soit que la dilatation se 
fasse plus particulièrement d'un seul côté , elle finit 
ordinairement par attaquer la texture de quelqu'un 
des organes voisins. Cette altération varie suivant la 
nature de ces organes. Quand l'effort de pression de 
l'anévrysme se porte principalement sur l'un ou 
l'autre poumon , ses effets se bornent ordinairement 
à la compression; cependant il peut arriver quelque- 
fois que le tissu pulmonaire en soit altéré ou usé, 
et que , l'anévrysme venant à se rompre, le sang 
s'infiltre dans les cellules aériennes. J'ai déjà cité un 
exemple remarquable de ce cas rare. J'ai vu une 
autre fois un anévrysme faux consécutif de l'aorte 
ascendante, à peine aussi volumineux qu'une grosse 
aveline, qui faisait corps par une adhérence intime 
avec le poumon droit , dans lequel il s'était enfoncé. 
Ses parois, très-minces, montraient que le même ac- 
cident ne pouvait pas tarder à avoir lieu , pour peu 
que le malade eût vécu. 

Souvent l'anévrysme de l'aorte ascendante ou de 
la crosse comprime la trachée- artère ou l'un des 
deux troncs bronchiques, les aplatit, use leur cer- 
ceaux cartilagineux, et finit, en s'y ouvrant, par 
produire une hémoptysie subitement mortelle. 



438 DES ANEVRYSMES DE l' AORTE. 

L'œsophage est aussi fréquemment percé de la 
même manière, et la mort arrive alors par un vo- 
missement de sang. Ce cas est plus rare que le pré- 
cédent : je ne l'ai observé que trois fois. 

Les effets des anévrysmes de l'aorte sur le coeur se 
bornent ordinairement à le déjeter en bas , à droite 
ou à gauche , suivant la position et le volume de la 
tumeur. Quelquefois cependant elle perce les enve- 
loppes, et la mort a lieu par l'effusion du sang dans 
le péricarde. Morgagni (i) et Scarpa (2) ont réuni 
plusieurs exemples de ce cas, qui doit cependant être 
assez rare, car je ne Fai jamais rencontré. Il ne pro- 
duit pas une mort aussi subite que les précédens, 
parce que la cavité du péricarde se prête d'autant 
moins à une grande effusion de sang qu'elle se 
trouve resserrée et comprimée , comme tous les or- 
ganes thoraciques, par la présence de la tumeur 
anévrysmale. Il parait même que quelquefois la rup- 
ture d'un anévrysme dans le péricarde peut n'être 
pas toujours suivie d'une prompte mort. Je me rap- 
pelle avoir vu, il y a quelques années, sur une pièce 
présentée à la Société de la Faculté de Médecine 
par M. Marjolin, un anévrysme ouvert dans le péri» 
carde par une ouverture lisse qui paraissait déjà an- 
cienne et comme fistuleuse. 

On a vu aussi, mais beaucoup plus rarement, des 
anévrysmes de i'aorte ascendante s'ouvrir dans l'ar- 
tère pulmonaire. MM. Payen et Zeink ont présenté 



(1) Epist. xxvi, n° 7, 17, 21 ; Epist. xxvir, n° 28. 

(2) Ouv. cité, § xix, p. io3 et suiv. 



EFFETS SUR LES ORGANES VOISINS. l\3c) 

à la Société de la Faculté de Médecine un exemple 
de ce cas pathologique (i). 

La cavité de la plèvre gauche est le lieu où s'ou- 
vrent la plus grande partie des anévrysmes et pres- 
que tous ceux de l'aorte descendante; il est extrê- 
mement rare, au contraire, qu'un anévrysme s'ouvre 
dans la plèvre droite. 

J'ai vu une seule fois un anévrysme faux consécu- 
tif de l'aorte descendante qui avait comprimé et dé- 



(1) Bulletin de la Faculté de Médecine, 1819, n° 3. 

On lit dans le Répertoire général des Sciences médicales 
(tome i er ) une observation de M. Louis relative à un individu 
qui, pendant la convalescence d'une bronchite, fut pris tout à 
coup d'une dyspnée considérable, laquelle revint ensuite par 
accès d'une minute environ de durée. Ces accès se reprodui- 
saient à des époques plus ou moins éloignées, les uns des au- 
tres : ils étaient tellement violens qu'ils semblaient devoir 
amener la mort par asphyxie ^ dans leurs intervalles, le malade 
conservait un peu de difficulté de respirer. Ils ne tardèrent pas 
à se rapprocher de plus en plus, et la mort en fut enfin le résul- 
tat. Avant d'être remplacés par une suffocation continuelle, 
on les voyait se renouveler plus de trente à quarante fois dans 
le cours d'une journée. 

À l'ouverture du cadavre, M. Louis trouva la crosse de l'aorte 
transformée, dans une partie de son étendue, en une tumeur 
anévrysmale. Celle-ci passait au-devant de l'artère pulmonaire, 
et la comprimait dans une largeur égale à celle de deux de ses 
valvules sigmoïdes. Était-ce cette compression qui avait pro- 
duit la dyspnée? Il est d'autant plus permis de le penser, qu'on 
ne rencontra aucune autre lésion qui pût l'expliquer. 

Andbal. 



44o DES ANEVRYSMES DE L AORTE. 

truit le canal thoracique et produit l'engorgement 
de tous les vaisseaux lactés. Ce cas , qui a été publie 
ailleurs (i), doit être rangé au nombre des effets 
les plus rares des anévrysmes : je n'en connais pas 
d'autre exemple. Corvisart a vu un anévrysme de 
l'aorte ascendante qui comprimait la veine cave su- 
périeure de manière à gêner beaucoup le retour du 
sang des parties supérieures. Le malade mourut dans 
un état sub -apoplectique (2). 

Les effets locaux les plus remarquables des ané- 
vrysmes sont ceux qu'ils produisent sur les os. Les 
anévrysmes faux consécutifs de l'aorte descendante 
surtout, presque toujours situés à la partie posté- 
rieure interne de cette artère, détruisent le corps 
des vertèbres dorsales , et souvent jusqu'à une 
grande profondeur. Il semblerait par conséquent 
que le sang dût facilement pénétrer dans le canal 
rachidien , d'autant que la substance spongieuse de 
l'os en est entièrement infiltrée ; de sorte qu'une 
lame de substance compacte, mince et perforée, 
comme l'on sait, d'un grand nombre de petits trous, 
est la seule barrière qui l'empêche de s'épanchera 
la face externe de la dure-mère ou de percer cette 
membrane. Cependant ce cas est extrêmement rare : 
je n'en connais qu'un seul exemple qui s'est pré- 
senté l'année dernière à ma clinique. La rupture de 
l'anévrysme dans le canal rachidien fut annoncée sur- 



(1) Journal de médecine f par MM. Corvisart, Leroux et 
Boyer. t. xn, p. i5g. 

(a) Essai sur (es Maladies du cœur , etc., p. 35o. 



EFFETS SUR LES ORGANES VOISINS. 44 l 

le-champ par la paralysie des extrémités inférieures. 
Le malade succomba le lendemain (i). 

La destruction de la substance osseuse , dans ce 
cas, se fait par une sorte d'usure et par une action 
tout-à-fait mécanique. On ne retrouve ici rien d'ana- 
logue à ce travail de cicatrisation ou de reproduction 
irrégulière de la substance osseuse que l'on remar- 
que dans certaines parties des os cariés. Les cartila- 
ges intervertébraux restent presque toujours parfai- 
tement intacts, et figurent des cloisons incomplètes 
au fond du sac anévrysmal, même lorsque le corpsde 
l'os est rongé le plus profondément : lors même qu'ils 
sont un peu attaqués, ils le sont incomparablement 
moins que le corps des vertèbres. Cette circonstance 
tout-à-fait constante est encore propre à prouver que 
la corrosion de la substance osseuse se fait, dans ce 
cas , par une véritable usure : on sait qu'en général 
le frottement des liquides use moins vite le cuir que 
le bois et que d'autres corps plus solides. 

Il est à peine nécessaire de dire que, dans tous les 
cas où l'on trouve le corps des vertèbres usé, la 
portion du sac anévrysmal qui les recouvrait primi- 
tivement est tout-à-fait détruite; ses bords adhèrent 
alors très fortement aux points où cesse l'usure des 
vertèbres. Il est très-rare qu'un anévrysme s'ouvre 
par leur décollement. Les concrétions fibrineuses 



(i) Voyez ta Revue médicale , année 1825. — Cette 
observation m'a paru assez curieuse pour mériter d'être rap- 
portée en entier : on va la trouver vers la fin de cet article. 
(M. L.) 



44^ D ES ANÉVRYSMES DE l' AORTE. 

sont alors percées dans le point correspondant à 
l'usure des vertèbres , et rassemblées sur les parois 
latérales du sac , de manière que la colonne du sang 
liquide frappe continuellement et à nu le corps des 
vertèbres. 

Quoique les anévrysmes faux consécutifs de l'aorte 
pectorale descendante soient ceux qui causent le 
plus souvent l'usure des vertèbres, ils ne sont pas 
les seuls qui puissent la produire. J'ai vu un ané- 
vrysme vrai de l'aorte ascendante, d'un volume 
quadruple de celui du poing du sujet , qui avait 
rongé les parties antérieures des troisième, qua- 
trième et cinquième vertèbres dorsales, et même un 
peu leurs cartilages. 

Les anévrysmes de l'aorte ventrale produisent 
plus rarement cet effet, sans doute à raison de la 
facilité plus grande qu'a la tumeur de se développer 
dans le tissu cellulaire lâche qui entoure les vertè- 
bres lombaires. 

Les anévrysmes vrais ou faux consécutifs de l'aorte 
ascendante corrodent aussi quelquefois le sternum, 
le percent entièrement, et viennent se prononcer 
au dehors de cet os et immédiatement sous la peau. 
J'ai vu deux ou trois tumeurs de ce genre qui fai- 
saient au devant de la poitrine une saillie telle qu'on 
ne pouvait la couvrir entièrement avec les deux 
mains. J'en ai vu une qui présentait le volume de 
la tète d'un enfant à terme. 

Les anévrysmes de la crosse de l'aorte et ceux du 
tronc céphalo-brachial viennent aussi quelquefois 
faire saillie au haut du sternum , au-dessus de cet 
os, ou sous les cartilages des premières fausses 



EFFETS SUR LES ORGANES VOISINS. 44^ 

côtes droites, plus rarement du côté gauche. Dans ces 
cas, on remarque encore que les os sont usés, et 
que les cartilages sont à peine attaqués , ou sont 
simplement écartés et repoussés en avant. Corvisart 
a vu un cas dans lequel la clavicule n'avait pas été 
usée , mais luxée, par la pression de la tumeur, à 
son extrémité sternale. 

Il est assez remarquable que ce ne sont pas tou- 
jours les tumeurs les plus volumineuses qui usent 
le sternum et se portent ainsi au dehors : on voit 
des anévrysmes du volume d'un œuf produire cet 
effet, et on en voit d'aussi gros que la tête d'un 
fœtus à terme rester cachés dans l'intérieur de la 
poitrine, quoique leur face antérieure soit fortement 
déprimée du côté du sternum. 

Obs. LV. — Anèvrysme de V aorte descendante 
ayant usé le corps des vertèbres et pénétré dans le 
canal vertébral. — Paraplégie. — Ouverture du sac 
anèvrysmal dans la plèvre gauche (i). — Touche- 
ronde ( Jean-Baptiste ) , journalier , âgé de trente-six 
ans , fut admis dans les salles de clinique de la Cha- 
rité le 6 décembre 1824. Il était malade depuis trente 
mois. Sa maladie avait commencé par des douleurs 



(1) Je publie cette observation telle que je la recueillis dans 
le temps , et sans y changer une seule phrase. On ne trou- 
vera peut-être pas toujours le diagnostic suffisamment motivé 
par les signes stéthoscopiques. Je puis affirmer cependant qu'il 
ne fut point porté, comme on dit , après coup. Mais sans doute 
j'aurai omis de recueillir tous les signes qui avaient servi a le 
motiver. (M. L.) 



444 D1ES ANÉVRYSMES DE l' AORTE. 

vagues dans les bras , le dos et les lombes , douleurs 
qui étaient survenues peu à peu et sans cause ap- 
préciable. Le malade travaillait alors à la fabrica- 
tion des toiles peintes , métier qui le fatiguait peu. 
Il avait été marinier dans sa jeunesse et ensuite sol- 
dat : il n'avait jamais été malade. Peu après l'appa- 
rition de ces douleurs, Toucheronde devint sujet à 
des palpitations fréquentes et à une constipation 
fort opiniâtre ; les douleurs devinrent ensuite plus 
fortes , et parurent se fixer dans les lombes. Le ma- 
lade, ne pouvant plus se livrer à aucun travail, entra 
à l'hospice de la Pitié , où il resta quelques jours, et 
d'où il fut envoyé à la Clinique. 

Lors de son entrée, il était dans l'état suivant: 
palpitations presque continuelles ; céphalalgie par 
intervalles; insomnie presque complète; constipa- 
tion opiniâtre ; douleur assez intense et profonde à 
la partie postérieure et inférieure du côté gauche de 
la poitrine ; pouls un peu fréquent sans augmenta- 
tion de la chaleur de la peau. La poitrine résonnait 
peu sous tout le sternum ; le son était également un 
peu mat en arrière et à gauche, entre la quatrième 
et la huitième côte. Les contractions du cœur don- 
naient une forte impulsion adroite; elles étaient ce- 
pendant assez sonores et accompagnées d'un léger 
bruit de soufflet; à gauche, l'impulsion était beaucoup 
moindre. La respiration s'entendait partout assez 
bien , même dans la partie où le son était moindre; 
elle était accompagnée d'un très-léger râle crépitant 
dans le côté, à gauche : les veines jugulaires étaient 
saillantes , mais sans pulsations. — Diagnostic : 
Hypertrophie du ventricule droit, — Anévrysme de 



EFFETS SUR LES ORGANES VOISINS. 44^ 

V aorte ascendante et descendante. ( Saig. de huit on- 
ces# — Org. édulc. — Pot. gomm. — Lavem. de séné.) 
i/J décembre. — La poitrine résonnait mal dans 
tout le clos à gauche ; la respiration s'entendait bien 
dans cette partie ; un peu moins dans le côté ; très- 
bien en avant. Le malade se plaignait toujours de 
la douleur dorsale et de la constipation ; il était de- 
puis trois jours à l'usage de l'acétate de plomb. 
(Org. éd. — Pot. gom. — Acét. de plomb, gr. iv. 

— Lavement de séné. ) 

17 déc. — Bronchophonie assez forte dans le dos, 
à <*auche; respiration bronchique dans le même 
point; bonne à la racine du poumon; nulle infé- 
rieurement; douleur plus aiguë dans le dos, à gauche; 
agitation, fièvre légère — Pleurésie à gauche. (Org. 
éd. — Pot. gom. avec oxid. bl. d'antimoine gr. xxx. 

— Acétat. de plomb gr. iv.) 

20 id. — Egophonie légère dans le côté, à gauche; 
respiration très-faible et accompagnée d'un léger 
râle crépitant dans le même point; bronchophonie 
mêlée d'égophonie en arrière , à gauche ; douleur 
plus forte, fièvre plus marquée. (Saig. de huit onces. 
— Vésicat. à l'endroit de la douleur. — Pot. gom. avec 
oxid. bl. d'antimoine, un gros et demi. — Acét. de 
plomb, gr. iv. — Org. édulc.) 

24 id. — Douleur toujours très-aiguë fixée sous 
l'omoplate gauche, insomnie, agitation, constipation 
opiniâtre ; son de la poitrine beaucoup moindre 
dans toute la fosse sous-épineuse gauche; broncho- 
phonie mêlée d'égophonie vers le bord externe de 
l'omoplate gauche, et surtout vers l'épine de l'omo- 
plate et la naissance de l'apophyse acromion. — 



446 DES ANÉVRYSMES DE L'AORTE. 

Fièvre à peine sensible. — (Org. éd. — Pot. gom. avec 
oxid. d'antimoine, deux gros. — Àcétat. de plomb, 
gr, iv. ) 

27 déc. — Même état de la respiration et du son; 
même bronchophonie à gauche; bruit de soufflet 
assez marqué en haut et en avant, à gauche, point 
où la poitrine résonne cependant fort bien; bruit 
de soufflet dans toute l'aorte ascendante; son pres- 
que mat sous tout le sternum; appétit très-vif de- 
puis quelques jours. (Même prescription. ) 

3 janvier. — Toujours même état; légère tuméfac- 
tion de l'abdomen; fluctuation abdominale douteuse; 
douleur du côté toujours vive.Egophonie tout-à*fait 
évidente à la pointe de l'omoplate gauche; impul- 
sion du cœur toujours très-forte et accompagnée 
de bruit de soufflet. (Même prescription. ) 

5 janv. — Egophonie à la pointe de l'omoplate 
gauche; respiration nulle dans toute la partie infé- 
rieure du côté gauche; meilleure en haut; point de 
bronchophonie supérieurement; forte impulsion du 
cœur avec un son assez clair à droite; impulsion 
beaucoup moindre à gauche. — Diagnostic : La pleu- 
résie, qui était interlobaire, a cessé de Vêtre par V ef- 
fusion du pus dans la partie inférieure de la ca- 
vité pleurale ; hypertrophie avec dilatation du cœur 
droit ; dilatation simple du gauche.( Sa\g. de six on- 
ces. — Org. éd. — Pot. gom. avec oxid. bl. d'anti- 
moine, quatre gros.) 

IO id. — Le malade, qui était toujours dans le 
même état, fut frappé tout-à-coup de paraplégie au 
moment où il se levait pour aller à la selle (9 h. du 
soir); selle involontaire; aucun trouble de Vin tel- 



EFFETS SUR LES ORGANES VOISINS. l\^ 

ligence. Au bout d'une demi-heure , retour du 
mouvement , mais non du sentiment ; en même 
temps augmentation extraordinaire de la force d'im- 
pulsion du cœur; tout le corps remuait à chaque 
contraction de cet organe ; le malade ressentait plus 
violemment la douleur dorsale. 

1 1 id. — A une heure du matin, râle trachéal sur- 
venu tout-à-coup, le malade parlant encore ; quel- 
ques minutes après, mort. 

Ouverture du cadavre, trente-quatre heures après 
la mort. — Cadavre d'un homme de moyenne taille, 
bien conformé ; cheveux et barbe noires; peau jau- 
nâtre; aucune infiltration des membres; abdomen 
assez volumineux, fluctuation abdominale. 

Tête. — Dix onces de sang au moins s'écoulèrent 
à l'ouverture du crâne; les méninges étaient saines; 
les ventricules cérébraux ne contenaient qu'une 
très-petite quantité de sérosité limpide ; la subs- 
tance cérébrale était partout assez ferme et laissait 
suinter quelques gouttelettes de sang. 

Poitrine. — La plèvre gauche contenait à peu près 
une pinte de sérosité citrine; le péricarde en con- 
tenait six onces. Le cœur était un peu plus volumi- 
neux que le poing du sujet; cependant ses parois 
n'étaient pas sensiblement plus épaisses que dans 
l'état naturel, et ses cavités avaient leur ampleur or- 
dinaire. En soulevant le poumon gauche pour l'en- 
lever , on s'aperçut que la partie inférieure , ou 
plutôt postérieure , de la plèvre était occupée par 
du sang en caillots qui ne s'était point mêlé à la sé- 
rosité. Les poumons ayant été alors enlevés (le droit 
adhérait vers son sommet par deux ou trois brides 



448 DES ANÉVRYSMES DE L AORTE. 

cellulaires ), ainsi que le cœur, on mit à découvert 
un sac anévrysmal oblong, situé entre la colonne 
vertébrale et l'aorte, s'étendant en hauteur depuis 
la quatrième vertèbre dorsale jusqu'à la dixième, 
coupé obliquement par l'aorte, de telle sorte que la 
moitié supérieure était à droite de cette artère et 
l'inférieure à gauche. Ce sac communiquait avec 
l'aorte par une ouverture d'un pouce de diamètre 
en hauteur, et de plus de six lignes en largeur, ou- 
verture dont les bords, quoique inégaux, étaient 
très-lisses, et qui répondait à la paroi postérieure de 
l'artère. Les parois de l'aorte, depuis sa crosse jus- 
qu'à l'ouverture du sac et au-delà , étaient inégales 
et comme bosselées, sans aucune altération déstruc- 
ture appréciable. Le sac anévrysmal s'ouvrait dans 
la plèvre gauche par une ouverture frangée, oblon- 
gue, et de plus d'un pouce de hauteur. îl contenait, 
principalement dans sa portion droite, des caillots 
ûbrineux d'un jaune tirant tantôt sur le rouge et 
tantôt sur le noir, dont la fermeté était d'autant 
plus grande qu'on les examinait plus loin de l'ouver- 
ture de l'artère, et qui avaient été ramollis et réduits 
en une sorte de bouillie noirâtre du côté de l'ouver- 
ture du sac dans la plèvre. Les parois de ce sac of- 
fraient intérieurement la couleur jaune et l'aspect 
mamelonné de la membrane interne de l'aorte; ex- 
térieurement elles étaient lisses et violacées. Au- 
dessous des caillots épanchés dans la plèvre et le 
long de la colonne vertébrale, les côtes et le corps 
des vertèbres avaient été dénudés et corrodés. Cette 
dénudation des côtes occupait plus d'un pouce de 
leur extrémité dorsale sur les septième et huitième; 



SIGNES DES ANÉVRYS3IES DE l'aQRTE. 449 

elle diminuait détendue à mesure qu'on l'examinait 
plus loin de l'ouverture du sac, c'est-à-dire sur les 
sixième et cinquième d'un côté, et les neuvième 
et dixième de l'autre. Il en était de même de l'usure 
du corps des vertèbres. Peu profonde sur les cin- 
quième, sixième, neuvième et dixième, elle le devenait 
davantage sur les septième et huitième. Elle était 
aussi plus profonde à gauche qu'à droite. Les car- 
tilages intervertébraux en avaient moins souffert 
que le corps des vertèbres, et faisaient saillie sur ces 
derniers. Enfin, entre la septième et la huitième côte, 
le corps des vertèbres avait été tout-à-fait détruit du 
côté gauche, et il s'était établi, entre le canal ver- 
tébral et le fond du sac anévrysmal, une communi- 
cation de plus de trois lignes de diamètre, ouverture 
qui était occupée par un petit caillot de sang qui 
avait dû évidemment comprimer la moelle épinière: 
ce dernier organe était d'ailleurs sain. 

Abdomen. — Tous les viscères abdominaux étaient 
sains. 

ARTICLE IV. 

Des Signes des anévrysmes de V aorte. 

Il est peu de maladies aussi insidieuses que l'ané- 
vrysme de Faorte : on ne le reconnaît que lorsqu'il 
se prononce à l'extérieur; on peut à peine le soup- 
çonner lorsqu'il comprime quelque organe essen- 
tiel et en gène les fonctions d'une manière grave ; 
et , lorsqu'il ne produit ni l'un ni l'autre de ces 
effets, souvent le premier indice de son existence 
îii 29 



45o DES ANÉVRYSMES DE l' AORTE. 

est une mort aussi subite que celle qui est donnée 
par un coup de feu. J'ai vu mourir de cette ma- 
nière des hommes que l'on croyait dans l'état de 
santé le plus florissant, et qui ne s'étaient jamais 
plaints de la plus légère incommodité. 

On peut donc dire que l'anévrysme de l'aorte par 
lui-même n'a point de signes qui lui soient propres. 
Tous ceux qui ont été indiqués par les auteurs, et 
particulièrement par Corvisart, annoncent seule- 
ment l'altération ou la compression des organes 
environnans. C'est ce que prouvera l'exposition 
succincte de ces signes. 

Les seuls symptômes communs à tous les anévrys- 
mes de l'aorte sont l'oppression et quelquefois des 
différences sensibles dans le pouls examiné aux deux 
bras (t). Ce dernier symptôme a lieu quand la tu- 
meur anévrysmale comprime l'artère sous-clavière 
gauche ou l'artère innommée , quand des caillots 
bouchent en partie l'ouverture de ces artères, ou 
quand le volume de la tumeur change beaucoup 
l'angle sous lequel elles naissent et le rend très-aigu. 
Les anévrysmes de Faorte ascendante produisent 
quelquefois un bruissement sensible à la main vers 
le milieu et le haut du sternum (2). Le son rendu 
par la percussion est quelquefois obscur dans le 
même lieu (3). Lorsque la tumeur comprime la 
trachée, on entend du râle ou un sifflement par- 
ticulier et très recounaissablc quand le malade 



(1) Ouv.cité, p. 352. 

(2) Ouv. cité,?. 355. 
(5) lUd. 



SIGNES DES ANÉVRYSMES DE L'AORTE. 4^1 

parle ou respire (i); il éprouve le sentiment d'un 
tiraillement du larynx et de la trachée en bas; la 
voix devient rauque ou même se perd tout- à - 
fait (2). Quand les anévrysmes font saillie au de- 
hors, l'oppression devient moins insupportable que 
quand ils restent entièrement cachés dans la poN 
trine (3). 

Ces symptômes s'observent effectivement quel- 
quefois, et on pourrait en ajouter beaucoup d'autres 
du même genre, c'est-à-dire dépendans de la com- 
pression ou de la destruction de quelque organe 
voisin de la tumeur anévrysmale. Ainsi, j'ai entendu 
plusieurs des malades chez lesquels j'ai trouvé des 
anévrysmes de l'aorte descendante avec corrosion 
des vertèbres, se plaindre d'éprouver, dans le point 
correspondant du dos et des lombes, des douleurs 
vives et iérébrantes ou analogues à l'action d'un 
vilebrequin. D'autres appellent leurs douleurs du 
nom de rhumatismes, et quelquefois , d'après la di- 
rection de ces douleurs , il m'a paru qu'elles étaient 
de véritables névralgies dues à la compression des 
nerfs intercostaux. Une femme que je croyais atteinte 
de phthisie commençante , d'après le râle qu'elle 
présentait au-dessous de la clavicule droite, et chez 
laquelle l'anévrysme s'était ouvert dans le tissu 
pulmonaire, se plaignait d'éprouver une espèce 
de bouillonnement dans le sommet du poumon 
droit. J'ai vu aussi plusieurs sujets attaqués d'a- 



(i) Ouv. cité) p. 552. 
(2) Ihid. , p. 35o. 

(3)/6i</.,p. 346. 



452 DES ANEVRYSMES DE l'aORTE. 

névrysmes de l'aorte se plaindre de hoquets et de 
nausées. 

Tous ces symptômes, au reste, sauf la tumeur ex- 
térieure, sont trop équivoques de leur nature pour 
pouvoir constituer des signes de l'anévrysme de 
l'aorte ; tout au plus pourraient-ils le faire soup- 
çonner quand ils sont réunis en certain nombre (i). 
L'oppression est un symptôme commun à presque 
toutes les affections de la poitrine ; l'inégalité du 
pouls aux deux bras peut tenir à une disposition 
originelle , si elle n'existe que dans la force des 
pulsations : y eût-il différence de rhythme, on serait 
encore incertain sur sa cause, puisque, comme nous 
l'avons dit, une concrétion sanguine peut pro- 
duire le même effet. Corvisart a vu lui-même un 
cas dans lequel il dépendait d'une ossification sail- 
lante placée à l'origine de Fartère sous-clavière {2). 
Je n'ai jamais senti à la main le bmissement sous le 
sternum donné par Corvisart comme un signe de 
l'anévrysme de l'aorte ascendante , que dans des cas 
où la tumeur était déjà visible à l'extérieur ; et ce 
bruissement, qui n'est autre chose que le frémisse- 
ment cataire , existe souvent dans d'autres cas que 

(1) Dans un cas qui a été communiqué à l'Académie royale 
de Médecine par le docteur Lenoble, de Versailles, le sac ané- 
vrysmal, appartenant à l'aorte thoracique descendante, avait 
détruit en arrière plusieurs côtes, et, après avoir dépassé ainsi 

es parois du thorax., il s'était mis en contact avec l'omoplate, 
avait déplacé cet 09 et produit une véritable gibbosité. 

(2) Ouv. cité, p. 221 , obs. 32. Andral. 



SÏGNES DES ANÉVRYSMES DE l' AORTE. 4^3 

l'anévrysme. On peut presque dire la même chose 
de la percussion. J'ai trouvé des dilatations considé- 
rables de l'aorte ascendante chez des sujets dont la 
poitrine résonnait très-bien sur le sternum. Tous 
les symptômes de l'anévrysme comprimant la tra- 
chée ou les troncs bronchiques peuvent être'produits 
par toute autre espèce de tumeur développée au voi- 
sinage des conduits aériens, ainsi que Corvisart Ta 
observé lui-même (i). Il est très-vrai qu'un ané- 
vrysme qui, après avoir percé le sternum et re- 
poussé les cartilages des côtes , forme une tumeur 
considérable au devant de la poitrine, occasionne 
moins d'oppression qu'une tumeur de même volume 
qui, cachée en entier sous le sternum, presse les 
poumons de dedans en dehors, et les refoule vers 
les côtes : mais la dyspnée la plus intense peut être 
due à tant de causes différentes , que ce symptôme 
seul ne pourra jamais devenir un signe de quelque 
maladie que ce soit. 

Les douleurs térébrantes du dos ou des lombes 
étaient accompagnées , dans les cas dont je viens de 
parler tout-à-i'heure , de symptômes si vagues et si 
peu graves, que si de semblables cas se représentaient 
à moi, je n'oserais en rien conclure. Une affection 
rhumatismale, goutteuse ou nerveuse , peut d'ail- 
leurs produire des douleurs fort analogues. Celles de 
la goutte surtout ont assez souvent ce caractère téré- 
brant. Le bouillonnement senti par la femme dont 
j'ai parlé plus haut est un symptôme qu'éprouvent 

(i) Ouv. cité, p. 352, obs. 5i. 



454 D1ES ANÉVRYSMES DE 1/ AORTE. 

quelquefois les phthisiques lorsqu'il existe un raie 
très-fort dans les excavations tuberculeuses. Je l'ai 
même observé dans des catarrhes pulmonaires in^ 
tenses et particulièrement dans les exacerbations du 
catarrhe chronique muqueux. 

On peut donc dire que, dans l'état actuel de la 
science , il n'existe aucun moyen sûr de reconnaître 
l'anévrysme de l'aorte par ses symptômes, si ce n'est 
dans les cas où la tumeur peut être sentie extérieu- 
rement, cas qui se réduisent aux anévrysmes de 
l'aorte ventrale et au très-petit nombre d'ané- 
vrysmes de l'aorte ascendante ou de la crosse qui 
usent le sternum ou déjettent les cartilages des 
côtes. 

L'anévrysme perforant lui-même pourrait quel- 
quefois être simulé par des tumeurs d'une autre 
nature. J'ai trouvé, à l'ouverture d'un sujet dont 
je n'avais pas suivi la maladie, une tumeur cérébri- 
forme alongée et plus grosse qu'un œuf de cane, 
placée sous la partie supérieure du sternum , dont 
elle avait détruit presque entièrement la pièce su- 
périeure. Cette tumeur faisait une saillie très-pro- 
noncée tant en ce point qu'à la partie inférieure du 
cou. La peau était violette dans presque toute l'é- 
tendue de la tumeur, dont la partie supérieure était 
totalement infiltrée de sang et mêlée de caillots, 
par suite de l'espèce d'iiémorrhagie que nous avons 
dit avoir lieu fréquemment dans les encéphaloïdes 
t. 11 , p. 55o). Je ne sais si , pendant lavie, cette tu- 
(meur offrait des pulsations; mais il me paraît dif- 
ficile que cela ne fût pas , car elle reposait par sa 
partie gauche sur la crosse de l'aorte. Si ce symptôme 



SIGNES DES ANÉVRYSMES DE I,' AORTE. 4 55 

existait, il eût été certainement de toute impossi- 
bilité de distinguer, par l'application de la main, 
une semblable tumeur, d'un anévrysme (i). 

La percussion de la poitrine peut, dans quelques 
cas , faire reconnaître une tumeur volumineuse 
dans le médiastin, et même dans le dos; mais elle 
n'en pourra faire connaître la nature , et elle ne 
permettra pas même de la distinguer de plusieurs 
autres cas; souvent même l'absence du son , jointe 
à beaucoup d'autres signes , pourra encore induire 
en erreur. J'en donnerai tout-à-1'heure une preuve 
remarquable. 

Je ne sais trop encore, après dix ans de recher- 
ches , jusqu'à quel point l'auscultation médiate 
pourra servir à établir le diagnostic des anévrysmes 
de l'aorte. Quelques faits me donnent l'espérance et 
même la certitude que,dans plusieurs cas au moins, le 
stéthoscope fera reconnaître la maladie avant qu'elle 
ait produit aucun symptôme local ou général grave. 
D'autres, au contraire, m'ont prouvé qu'un ané- 
vrysme très-volumineux de l'aorte pectorale peut 
exister sans que l'auscultation le fasse reconnaître , 
surtout si l'on n'a d'ailleurs aucun motif d'en soup- 
çonner l'existence ; et des raisons assez fortes me 
portent à croire que ce résultat négatif sera le plus 
fréquent. Je vais entrer dans quelques détails à cet 
égard. 

J'ai observé, depuis que je me sers du stéthoscope, 
une trentaine de sujets chez lesquels j'ai cru recon- 



(1) J'ai cite des cas semblables dans une des notes du tome 2, 

AUDRÀL. 



456 DES ANÉVRYSMES DE ï/ AORTE. 

naître des anévrysmes de l'aorte pectorale. La plu- 
part d'entre eux sont sortis de l'hôpital, après avoir 
éprouvé un soulagement notable par la saignée et 
la diète. Chez quelques-uns, une dilatation mé- 
diocre de l'aorte ascendante ou de la crosse , soup- 
çonnée d'après les signes donnés par le stéthoscope 
et la percussion, a été vérifiée par l'autopsie ; chez 
deux, la tumeur faisait déjà une légère saillie sous 
les cartilages des premières côtes, et sa nature pou- 
vait être reconnue par l'inspection seule et l'appli- 
cation de la main. Ces derniers cas m'ont fourni 
l'occasion de faire plusieurs observations d'autant 
plus utiles, que le diagnostic de la maladie était 
tout-à°fait sûr. Les battemens de la tumeur, parfai- 
tement isochrones au pouls , donnaient une impul- 
sion et un bruit beaucoup plus forts que la contrac- 
tion des ventricules du cœur. On n'entendait nulle- 
ment celle des oreillettes. Ces battemens, quej'appel- 
lerai simples, par opposition à ceux du cœur, qui sont 
doubles ( à raison des contractions alternatives des 
ventricules et des oreillettes ), s'entendaient très- 
distinctement dans le dos. 

Chez un autre malade, je soupçonnai un ané- 
vrysme faux consécutif de l'aorte descendante pec- 
torale aux signes suivans : douleur rhumatique 
aiguë entre l'omoplate gauche et la colonne ver- 
tébrale , s'étendant par momens dans la direction 
des nerfs intercostaux ; résonnance moindre par la 
percussion dans ce point, où d'ailleurs la respiration, 
très-pure et assez forte, s'entendait comme dans l'éloi- 
gnement. Ce sujet est celui dont l'anévrysme s'ouvrit 
dans le canal vertébral. (P. plus haut, page 433). 



SIGNES DES ANÉVRYSMES DE LAORTE. 4^7 

Le frémissement cataire et le bruit de soufflet 
existent souvent dans les tumeurs anévrysmales de 
l'aorte et des autres artères. Le premier phénomène 
est presque toujours plus marqué dans les parties 
voisines et saines , et s'étend quelquefois même dans 
les artères des environs ; mais ces phénomènes pu- 
rement vitaux ne prouvent , comme nous l'avons 
établi , qu'un état de spasme ou une action irré- 
gulière quelconque dans les vaisseaux qui les don- 
nent. 

D'après les observations que j'ai faites sur ces ma- 
lades , et sur des sujets attaqués d'anévrysme de 
l'aorte ventrale , il est certain que , dans [plusieurs 
cas , on reconnaîtra les anévrysmes de l'aorte à des 
batte mens simples, et ordinairement beaucoup plus 
forts que ceux du cœur ; mais je pense que ce signe 
manquera dans beaucoup d'autres. En effet , pour 
peu que les cavités du cœur soient amples , ses con- 
tractions s'entendent dans toute la longueur du 
sternum , et dans les parties de la poitrine situées 
immédiatement au-dessous des clavicules. La con- 
traction des ventricules étant isochrone au batte- 
ment de la tumeur anévrysmaîe , elle se confondra 
nécessairement avec lui ; et la contraction des oreil- 
lettes , que l'on entendra à travers la tumeur , fera 
croire que l'on entend les battemens du cœur. 

Cependant il resterait encore , dans ce cas , un 
signe , qui , quoique moins saillant que le battement 
simple de la tumeur , n'en serait pas moins suffisant 
pour faire connaître son existence. SI l'on sent sous 
le sternum ou au-dessous de la clavicule droite une 
impulsion isochrone au pouls , et notablement plus 



4-58 DES AîrêVRYSMES DE l' AORTE. 

forte que celle des ventricules du cœur explorée dans 
les régions précordiales droite et gauche , on a au 
moins une forte raison de soupçonner que l'aorte 
ascendante ou la crosse sont dilatées , d'autant qu'il 
est extrêmement rare que l'impulsion du cœur se 
fasse sentir , même dans l'hypertrophie la plus forte, 
au-delà des régions précordiales. Si le phénomène , 
examiné à plusieurs reprises , est trouvé constant , 
le diagnostic peut être regardé comme certain. C'est 
par ce signe que j'ai reconnu les cas de dilatation de 
l'aorte ascendante dont j'ai parlé plus haut. 

Les anévrysmes de l'aorte pectorale descendante, 
et surtout ceux qui rongent la colonne vertébrale, 
pourront aussi être quelquefois reconnus , comme 
celui dont j'ai parlé plus haut. On trouvera même 
probablement quelquefois , dans ce cas , des batte- 
mens simples dans le point du dos correspondant 
aux vertèbres corrodées et aux têtes des côtes voisi- 
nes , ce qui n'existait cependant point chez le sujet 
dont il s'agit. 

Les anévrysmes de l'aorte ventrale se reconnais- 
sent avec la plus grande facilité à l'aide du stéthos- 
cope. On sent des battemens énormes qui font mal 
à l'oreille , et de l'intensité desquels la main ne peut 
donner une idée, lors même qu'elle les sent très- 
distinctement. Ces battemens sont simples; et, lors 
même que la tumeur se trouve à la hauteur du tronc 
de la cœliaque , et qu'elle remonte un peu au-dessus, 
on n'entend nullement les contractions des oreil- 
lettes du cœur. Le bruit qui accompagne les bat- 
temens de la tumeur est ordinairement clair et so- 
nore comme celui des oreillettes , mais beaucoup 



SIGNES DES ANÉVRYSMES DE l'aORTE. 45g 

plus fort. J'ai reconnu , à l'aide de ces signes , deux 
anévrysmes de l'aorte ventrale dont le diagnostic 
aurait été fort incertain par la seule application de 
la main , et qui ont été trouvés effectivement à l'ou- 
verture. Nous indiquerons plus bas les moyens à 
l'aide desquels on peut distinguer ces anévrysmes 
d'un cas qui les simule quelquefois. 

Entre toutes les lésions graves des organes placés 
dans l'intérieur de la poitrine , trois seulement res- 
tent sans signes pathognomoniques constans pour 
un médecin exercé à la percussion et à l'ausculta- 
tion , savoir l'anévrysme de l'aorte , la péricardite (i) 
et les concrétions sanguines du coeur antérieures à 
la mort ; et il est à remarquer en outre qu'on peut 



(1) Ce que j'ai rapporté plus haut (p. 3?6 et 377) des signes 
fournis par l'auscultation et la percussion dans la péricardite, 
11e permet plus de regarder cette affection comme dépourvue 
de signes pathognomoniques. Je crois qu'on en peut dire au- 
tant des anévrysmes de l'aorte , toutes les fois qu'ils ont acquis 
un volume un peu considérable. Il est si rare, en effet, que 
dans ce cas il n'y ait soit un son mat, soit des baltemens sim- 
ples , soit ces deux signes a la fois, qu'on peut dire que c'est 
faute de les avoir cherchés qu'on ne les a pas toujours notés. 
MM. Bertin et Bouillaud ont reconnu sans peine, à l'aide du 
dernier de ces signes seulement, deux anévrysmes de l'aorte 
sous-sternale (ouv.citê, p. i44)? et le regardent en conséquence 
comme ayant une valeur beaucoup plus grande que Laennec 
ne semble le dire ici. Je suis d'autant plus disposé à me ran- 
ger à leur opinion que c'est à l'aide de ce signe également que 
j'ai pu reconnaître, long-temps avant la mort , l'anévrysme 
de l'aorte descendante dont j'ai parlé plus haut (p. 239). (M. L.) 



46o DES ANÉVUYSMES DE L AORTE. 

confondre aisément l'une de ces affections avec les 
autres. Je terminerai ce chapitre par un exemple 
remarquable d'une semblable erreur. 

Dans l'été de 1819, je fus appelé en consultation 
pour une jeune femme qui présentait depuis huit 
mois les symptômes généraux d'une maladie du 
cœur. Je trouvai les battemens de cet organe régu- 
liers et d'une force médiocre ; le bruit était égale- 
ment naturel ; les régions précordiales droite et gau- 
che résonnaient assez bien ; mais immédiatement 
au-dessus, le sternum jusqu'au niveau de la 
deuxième côte, et toute la partie de la poitrine cor- 
respondant aux cartilages des deuxième, troisième, 
quatrième et cinquième côtes gauches , donnaient 
un son tout-à-fait mat. Dans toute cette étendue, les 
battemens du cœur s'entendaient avec beaucoup 
plus de force que dans les régions précordiales mê- 
me , mais nulle part les battemens n'étaient simples. 
Je pensai néanmoins , d'après ce qui a été dit plus 
haut , qu'il existait un énorme anévrysme de l'aorte 
ascendante. Je ne revis plus la malade jusqu'à sa 
mort , qui eut lieu quelques mois après. Son méde- 
cin ordinaire , M. Mazet , mort depuis victime de 
son zèle dans l'épidémie de Barcelone , eut la com- 
plaisance de m'envoyer , à la campagne où j'étais 
alors par raison de santé , le procès- verbal de l'ou- 
verture du corps : 

On trouva l'aorte tout-à-fait saine. La tumeur qui 
avait détruit la résonnance pectorale était le péri- 
carde , dont la partie supérieure , énormément dis- 
tendue par un liquide séro-purulent , remontait 
jusqu'au haut de la poitrine , tandis que le cœur , 



DES ANÉVRYSMES DE LAOÏITE. 4^1 

recouvert de fausses membranes jaunâtres un peu 
friables et à peine plus consistantes que du pus épais, 
n'était séparé du péricarde que par une très petite 
quantité de sérosité. 

Cette péricardite n'avait jamais eu le caractère 
d'une maladie aiguë , et le traitement de Valsalva , 
continué pendant plusieurs mois, dans la vue de 
combattre l'anévrysme que l'on soupçonnait, n'avait 
eu aucune influence sur sa marche. 

Parmi les accidens auxquels donnent lieu les anévrysnies dû 
l'aorte, il en est un, la douleur dont Laennec a parlé dans le 
chapitre qu'on vient de lire , qui s'est montré avec des cir- 
constances si remarquables dans un cas publié par le docteur 
Beatty {Dublin Médical 7'eports, t. v), que j'ai cru utile de 
donner ici la traduction de cette observation. J'ai vu moi- 
même le malade qui en fait le sujet : il m'a raconté ses 
intarissables souffrances; il m'a dépeint ces douleurs si varia- 
bles, si mobiles, dont les nerfs ganglionnaires semblaient être 
le siège, et qui reconnaissaient pour cause une distension de 
ces nerfs par une tumeur anévrysmale. Une lésion organique 
les produisait, et cependant elles étaient intermittentes; elles 
laissaient au malade de longs intervalles de repos, comme si 
elles n'eussent pas été sous la dépendance d'une altération per- 
manente. Cette observation montrera en outre un nouveau 
cas de perforation complète du corps d'une vertèbre, et de 
communication de l'intérieur du canal vertébral avec un sae 
anévrysmal. 

« Un avocat, âgé de trente-trois ans, d'une constitution ro-- 
buste, et menant une vie des plus régulières, fut pris, dans le 
cours du mois d'août 1827, d'une douleur sourde daus les 
reins, qui fut regardée comme un lumbago, parce que déjà le 
malade avait eu d'autres rhumatismes, et parce qu'en outre i£ 



462 DES ANEVRYSMES DE H AORTE, 

s'était récemment exposé au froid. Je le vis, dit le docteur 
Beatty, huit jours après le début de cette douleur; elle persis- 
tait alors : le malade n'en plaçait pas le siège dans les parties 
extérieures, mais plus profondément, entre les intestins et l'é- 
pine du dos. Le plus léger changement de position produisait 
une augmentation sensible de cette douleur; et bien que d'à* 
bord la station ou la marche procurassent du soulagement , 
cependant le moindre faux 'pas, le moindre mouvement irré- 
gulier, et même la seule action de se baisser, produisaient de si 
cruelles souffrances, que le malade se détermina à ne plus quitter 
sa chambre. La douleur, d'abord confinée auxlombes, ne tarda 
pas à gagner graduellement l'abdomen; bien que l'on entretînt 
la liberté du ventre, les intestins se remplissaient cependant de 
gaz, au point de produire une tympanite sans cesse renais- 
sante. Toutefois, la pression exercée sur les parois abdominales 
ne déterminait aucune douleur, et l'on ne pouvait découvrir 
aucune tumeur, soit pendant qu'existait la tuméfaction du ven- 
tre, soit après sa disparition. Le malade se trouvait soulagé tou- 
tes les fois qu'il venait d'expulser beaucoup de gaz par la bou- 
che. Le pouls était naturel, l'appétit bon, mais la douleur 
augmentait après les repas; l'urine, naturelle, diminua no- 
tablement d'abondance pendant quelques jours, au bout des- 
quels elle fut rendue en aussi grande quantité que de coutume. 

Vers le mois de septembre, M se rendit à Cheltenham pour 

en prendre les eaux. Pendant les trois premières!semaines de 
son séjour dans ce pays, la plupart d«s accidens qu'il éprou- 
vait disparurent; puis ils se montrèrent de nouveaa, tels qu'ils 
ont été tout-à-l'heure décrits ; c'était surtout la nuit que le ma- 
lade souffrait du ventre, ce qui l'engageait à quitter son lit et à 
se promener dans sa chambre pour se soulager. Pendant tout 
le temps de son séjour à Cheltenham, c'est-à-dire pendant six 
semaines, il prit habituellement, indépeRdamment des eaux, 
des pilules bleues et de la rhubarbe. Il changea entièrement 



DES ANÉVIIYSMES DE l'aORTE. 4^3 

son régime, mangeant «le la viande plusieurs fois par jour, et 
buvant du vin. Au mois de novembre, il retourna à Dublin dé- 
livré de toute douleur, et guéri en apparence; mais au bout 
d'une semaine la douleur reparut plus vive que jamais ; il 
éprouvait une espèce de constrictionspasmodique des plus pé- 
nibles dans le trajet des intestins, et plus particulièrement dans 
les colons ascendant et descendant. Cette douleur, s'ac- 
croissait continuellement pendant quelques heures, et, après 
être arrivée au point de ressembler, pour le malade, à une vé- 
ritable torture, elle diminuait ensuite par degrés, et cessait. 
Elle avait une remarquable tendance à se reproduire lorsque 
l'estomac recevait des alimens, et souvent alors elle devenait 
assez vive pour forcer M... à quitter la table. Indépendamment 
de cette sorte de spasme si douloureux, qui avait son siège vers 
les deux flancs, il ressentait dans tout le ventre comme un corps • 
pesant qui semblait le distendre et en repousser les parois 
en dehors. Cette dernière sensation était toujours plus pénible 
lorsque le malade était au lit; elle ne cessait d'augmenter tant 
qu'il y restait; et dans le cas même où il se couchait sans l'é- 
prouver, il était réveillé par elle deux ou trois heures après s'ê- 
tre endormi. Son sommeil se trouvait ainsi constamment in- 
terrompu : rarement pouvait-il s'y livrer pendant plus de deux 
heures de suite, et bien souvent il ne pouvait pas même fermer 
les yeux; alors il prenait le parti de se lever, de s'habiller, de 
marcher- ou bien il s'asseyait, et lisait pendant quelques heures, 
ce qui le soulageait et lui permettait de se remettre au lit et de 
s'y reposer pendant une ou deux heures, jusqu'au retour de la 
douleur. Il lui semblait parfois que cette douleur était due au 
trajet d'une matière qui cheminait à travers les intestins; et ef- 
fectivement, en pareil cas, une évacuation le soulageait; aussi 
prit-il l'habitude d'avoir recours fréquemment à des lavemens. 
Au mois de novembre, le malade fut vu par le docteur Graves. 
Des lavemens de térébenthine et des applications de vésicatoires 



4^4 DES ANÊVRYSMES DE l'àORTE. 

semblèrent le soulager pendant un certain temps; mais, 
au bout d'un mois, les symptômes revinrent avec violence , 
et le même traitement n'eut plus sur eux d'influence. De 
nouveaux médicamens furent alors essayés : toujours ils sem- 
l>Jaient avoir quelque succès pendant les premiers temps de leur 
administration, puis ils n'avaient plus d'effet. A cette époque 
le malade se remit à manger exclusivement delà viande et à boire 
du vin. Pendant tout l'hiver, il resta à peu près dans le même état; 
les douleurs revenaient comme par accès, et souvent il y avait 
entre ceux-ci un intervalle de plusieurs jours. On essaya les 
lavemens narcotiques : ils produisirent constamment un soula- 
gement immédiat- mais la constipation qu'ils occasionnaient, et 
les angoisses qui résultaient de celle-ci, obligèrent bientôt d'y 
renoncer. Cependant, au milieu de toutes ses souffrances, M... 
n'avait pas cessé d'exercer sa profession d'avocat. Un jour, à la 
suite de vives souffrances, il se rendit au tribunal pour plaider 
une cause importante : il put avec beaucoup de peine rester 
devant la Cour; mais lorsqu'il se leva pour prendre la parole, 
toute douleur cessa comme par enchantement; il n'en ressentit 
pas la moindre atteinte pendant tout le temps qu'il parla, et il 
resta parfaitement bien jusqu'au soir. A dater de la fin du mois 
«l'avril 182S, les douleurs abdominales devinrent de plus en 
plus vives et constantes. Continuellement fatigué par elles, 
privé de sommeil,M... vit dès lors ses forces décliner notable- 
ment, et pour la première fois son appétit devint moins bon ; le 
pouls toutefois continuai ta être naturel. A cette époque, ayant es- 
sayé des bains chauds, il en éprouva un mauvais effet. Au mois 
de juin , il commença à prendre des bains froids et du quin- 
quina; ce dernier fut bientôt discontinué, son estomac s'en 
étant trouvé désagréablement affecté. Les bains froids relevè- 
rent les forces et parurent diminuer les douleurs, mais seule- 
ment d'une manière momentanée : lorsque le malade se plon- 
geait dans l'eau froide pendant un moment d'exaspération de 



DES ANÉVRYSMES DE L'AORTE. l\65 

ses souffrances, celles-ci diminuaient pendant une demi-heure 
et quelquefois même pendant une heure. Pendant le mois de 
juin, il monta souvent à cheval. Au commencement du mois 
de juillet, la douleur, qui tout récemment s'était fait surtout 
sentir dans le côté gauche du ventre , se porta pendant quelque 
temps vers la région iliaque droite, et un frisson, souvent très 
long, avait lieu chaque soir; elle augmentait beaucoup dès que 
le malade s'exposait au froid. Lorsque la douleur s'exaspérait, 
elle semblait arrêter la marche des matières dans les intestins, 
et la constipation qui en résultait était difficilement vaincue par 
les purgatifs : à son tour la constipation, lorsqu'elle se prolon- 
geait, accroissait la douleur etlasensationdeconstrictionintesti- 
nale. Une nuit, le malade fut saisi, sans cause connue,d'un spasme 
violent dans le côté gauche du ventre, accompagné de sym- 
ptômes différens de ceux qui avaient caractérisé les autres atta- 
ques : c'était une douleur profonde et continue qui occupait 
toute la partie gauche des lombes, et qui se prolongeait en 
avant vers la masse intestinale, en produisant une sorte d'é- 
branlement. Le plus léger mouvement augmentait ou re- 
produisait ces douleurs : il semblait au malade que ses intes- 
tins se resserraient et se contournaient violemment sur eux- 
mêmes. Cet état continua sans intermission pendant deux jours, 
puis il cessa graduellement. Pendant ce temps, le malade 
éprouva constamment un sentiment de froid, et il se tint au- 
près du feu, bien que la température atmosphérique fût élevée. 
Après un intervalle de huit jours, une seconde attaque repa- 
rut, semblable à la précédente, mais plus forte. Pendant ces 
deux attaques, il exista une constipation opiniâtre. Cependant, 
malgré tous ces accidens, le malade, qui avait été à la campa- 
gne, se trouva, à la fin du mois d'août, plus fort que quand il 
avait quitté la ville; son appétit était revenu, et ses selles 
étaient redevenues plus faciles, circonstance qui coïncidait 
toujours avec une diminution des douleurs. Effectivement, 
m. 5o 



/j66 DES ANÉVllYSMES DE 1/ AORTE, 

celles du côté droit disparurent alors , et les souffrances 
générales, disséminées dans tout le ventre, diminuèrent; 
mais M... commença à ressentir des crampes dans les pieds 
et dans les jambes; elles avaient lieu la nuit. Il était pris, 
surtout lorsqu'il était couché, d'une secousse convulsive des 
membres inférieurs , et en même temps les douleurs de côté 
reparaissaient un peu et l'anxiété abdominale augmentait. M... 
resta à Dublin jusqu'à la fin d'août; pendant ce temps, des dou- 
. leurs abdominales, semblables à des coliques , se montrèrent 
plusieurs fois avec une grande violence, et le sommeil fut 
constamment troublé. Il me sembla alors, ( et je fis part de 
cette opinion, soit au malade lui-même, soit à ses amis) qu'il y 
avait un grand rapport, quant aux symptômes, entre son affec- 
tion et la colique saturnine; et je trouvai dans le volume de la 
Clinique médicale de M. Andral consaeré aux maladies de 
l'abdomen, la description d'une maladie qui, sans être cau- 
sée par le plomb, en avait cependant les symptômes, ce qui 
me confirma dans mon idée. Toutefois, les symptômes de la 
maladie de M... étaient si variables et si peu propres à carac- 
tériser une lésion organique bien tranchée, qu'aucun des mé- 
decins éclairés qui furent tour-à-tour consultés n'avait pu ar- 
river à établir un diagnostic. Vers la fin du mois, trouvant 
que l'état de M... était loin de s'améliorer, je l'engageai à se 
rendre à Londres, et, s'il lui était possible, à Paris $ car je dé- 
tirais beaucoup qu'il pût être vu par M. Andral. Le malade se 
décida à ce voyage...*. Il arriva à Paris vers le milieu du mois 
de septembre : il fut conduit chez M. Andral par les docteurs 
Graves et Townsend, qui étaient alors à Paris. Après un long 
examen du malade, M. Andral admit l'existence d'une névrose 
intestinale, et il ajouta qu'il y avait une grande analogie en- 
tre les symptômes présentés par M... et ceux qu'offraient les 
personnes atteintes de la colique de plomb, Pendant «son séjour 
à Paris, qui continua jusqu'à la fin d'octobre (environ trois se- 



DES ANÉVRYSMES DE L'AORTE. [fin 

maines) M... vit son état s'améliorer sous tous les rapports. La 
douleur abdominale disparut presque entièrement, ses forces 
et son appétit se rétablirent; il mangeait et buvait sans être 
obligé d'observer aucune précaution; ses nuits étaient bonnes, 
son sommeil paisible et réparateur : tout, en un mot, semblait 
promettre alors un parfait rétablissement. Il continua à être 
bien pendant la durée de son voyage pour retourner en An- 
gleterre, jusqu'au moment de son arrivée à Douvres. A peine 
avait-il mis pied à terre dans cette ville, qu'en se promenant, 
il fut pris toul-à-coup d'une violente douleur dans les reins et 
dans le ventre : cette douleur et l'état de spasme qui l'accompa- 
gna se prolongèrent pendant plusieurs heures. L'usage de l'opium 
le soulagea assez pour lui permettre de se mettre à table et de 
dîner, et la crise cessa : c'était la première qu'il eût eue depuis 
plus d'un mois. Il se dirigea vers Londres le jour suivant, et le 
7 novembre il vit le docteur Wilson Philip, qui le soigna pendant 
trois semaines. Ce médecin pensa que tout le mal prove- 
nait d'un trop grand dégagement de gaz dans l'intestin , par 
suite d'un travail de digestion qui s'accomplissait mal. Un 
autre médecin, consulté avant le départ de M... pourla France, 
avait cru à un resserrement soit spasmodique, soit organique, 
d'une portion d'intestin. M... quitta Londres le 25 novembre, et 
se rendit à Dublin. Je le vis à son arrivée, et je le trouvai infi- 
niment mieux de toutes les façons. Peu de temps après son re- 
tour en Irlande, il reprit ses travaux avec autant d'activité que 
de confiance. Au bout de peu de jours, cependant, l'espoir 
d'une guérison définitive fut troublé par le retour d'une nou- 
velle crise; et alors, pour la première fois, il se plaignit 
que la douleur s'étendait à la poitrine; elle fut assez vive dans 
ce dernier lieu pour qu'on se décidât à placer un vésicatoire 
sur le bas du sternum : c'était là en effet qu'au début de cette 
crise, la douleur était le plus forte. Le jour suivant, elle gagna 
le côté droit, et occupa exactement la région du foie. Le 



468 DES ANÉVRYSMES DE II AORTE, 

malade fui constamment visité à celte époque par MM. Gra- 
ves, Townsend et moi. Il garda alors complètement la cham- 
bre, mais sans pouvoir se mettre au lit; il se tenait dans une 
position assise et élevée h toute tentative pour prendre la posi- 
tion horizontale amenait une soudaine augmentation de souf- 
france. Le pouls ne s'éleva pas au-delà de 80, malgré la violence 
de l'attaque. On fil une saignée du bras, et le sang se couvrit 
de la couenne inflammatoire. Au bout d'une semaine M... put 
quitter sa chambre, et la douleur du côté droit diminua gra- 
duellement. Depuis son retour en Irlande, il consacrait ses 
soirées à faire de la musique vocale. Je note ce fait pour 
montrer combien peu sa respiration se trouvait gênée. Il fut 
bientôt assez rétabli pour être en état de reprendre l'exer- 
cice du cheval, et il le continua jusque bien avant dans le mois 
de décembre. Cependant, il n'était pas de temps en temps 
sans souffrir un peu : la douleur tendait toujours à se faire 
sentir vers la poitrine, en tournant du côté des lombes, et sem- 
blait suivre les attaches du diaphragme; la respiration, toute- 
fois, n'en était pas troublée. Vers la fin de décembre, les souf- 
frances augmentèrent : la douleur, re'pandue dans tout l'abdo- 
men, eut alors son siège principal à la région iliaque gauche; 
alors aussi les muscles du dos commencèrent à devenir un peu 
douloureux. A cette époque le malade fut fréquemment sou- 
lagé en prenant du café; il eut aussi recours aux narcotiques: 
la belladone, le stramonium, la jusquiane, ne lui procurèrent 
aucun soulagement; il se trouva assez bien au contraire des 
préparations d'opium. Le 3 janvier 1829, il commença à pren- 
dre le sous-carbonate de fer; il revint aux bains tièdes : ces 
moyens, dont il ne tira aucun avantage, furent bientôt aban- 
donnés. Le 10 janvier, de hautes doses de sulfate de quinine 
furent prescrites; le malade parut s'en trouver bien : les dou- 
eurs diminuèrent, et les nuits devinrent assez bonnes pour 
u'il oubliât un soir de prendre une préparation calmante qui, 



DES ANEVRYSMES DE i/ AORTE. /|6q 

depuis quelque temps, lui était administrée chaque soir lors- 
qu'il se mettait au lit. Du «3 au i5, il sortit, se promena, 
monta en voiture, chanta pendant toute une soirée avec au- 
tant de facilité que de perfection. Le i5, il se réveilla avec une 
douleur vers l'hypocondre gauche, qui s'accrut rapidement, et 
qui atteignit, avant la fin de la journée, un haut degré d'inten- 
sité : le pouls monta alors pour la première fois à ioopar minute; 
une saignée fut pratiquée sans aucun avantage. Le jour sui- 
vant, la douleur continua à se faire sentir dans l'hypocondre 
gauche; de la elle s'étendit aux reins, et en bas à la région ilia- 
que gauche. Le malade éprouva des contractions spasmodiques 
des muscles du tronc, en même temps qu'une douleur, qui, 
partant du creux de l'estomac, allait gagner l'épine. Ces acci- 
dens continuèrent jusqu'au 17, avec quelques intermissions, et 
toujours l'opium semblait les soulager un peu. Le 17, on com- 
mença à lui administrer le mercure, dans le but de produire un 
plyalisme, et les hautes doses d'opium furent en même temps 
suspendues; mais aucun langage ne pourrait dépeindre les ter- 
ribles angoisses auxquelles il fut en proie ce jour-là : les dou- 
leurs des lombes et des hypocondres s'élevèrent au point de 
lui arracher des cris perçans. M. .. obtint quelque peu de soulage- 
ment en se couchant sur le ventre. L'opium fut de nouveau ad- 
ministré et fit du bien. A dater de ce momeut on le continua, 
et on le porta à des doses énormes. M... commença alors à mai- 
grir et à s'affaiblir rapidement. Il fut bientôt incapable de quit- 
ter le lit; mais il ne pouvait y garder qu'une position assise. 
Vers la fin de janvier, il y eut un peu de répit dans les dou- 
leurs. Le 1" février, après avoir passé une assez bonne nuit, il 
se sentit mal à Taise vers sept heures du matin, et, en buvant, 
il fut soudainement pris d'une violente douleur dans le flanc 
gauche et dans la crête de l'os iliaque gauche; de là elle s'é- 
lendit aux lombes et à tout le ventre, et les muscles de ces 
parties furent pris de contractions spasmodiques. L'abdomen 



/,-yO DES ANÉVRYSMES DE i/ AORTE, 

devint tendu et résistant comme celui d'un tétanique ; une 
abondante transpiration des extrémités supérieures et de la tête 
accompagna celte attaque. Tous ces accidens continuèrent 
jusqu'à ce quele malade eût pris quatre-vingt-dix gouttes noires 
en deux heures; il se sentit alors complètement soulagé : le 
ventre redevint souple, et une évacuation alvine eut lieu. Cet 
état satisfaisant continua jusqu'au soir suivant ; alors la douleur 
revint, ayant son siège principal dans l'hypocondro gauche et 
vers le bas de la poitrine ; cinquante gouttes noires amenèrent 
de nouveau du soulagement. La douleur continua ainsi d'aller 
et venir, changeant tour-à-tour de siège, généralement 
calmée par l'opium. Le 12 février, cent trente-cinq gouttes 
noires furent administrées. L'amaigrissement, ainsi que la 
faiblesse, firent dès lors des progrès rapides. Vers cette épo- 
que, le malade commença à se plaindre , pour la première 
fois, de difficulté d'avaler 5 le bol alimentaire paraissait s'ar- 
rêter avant d'arriver à l'estomac , et chaque mouvement de 
déglutition entraînait une gêne dans la respiration. Alors ap- 
parut encore une nouvelle douleur, ayant son siège dans la 
partie supérieure de la cuisse gauche, semblant descendre de 
l'abdomen, et s'étendant jusqu'au genou; comme les autres 
douleurs, elle ne se montrait que par intervalles. Lei3 ,1a ré- 
gion du foie devint de nouveau douloureuse ; le *4 e ^ e ne l'é- 
tait plus, mais l'hypocondre gauche l'était devenu, ainsi que la 
poitrine. Le malade éprouvait de la difficulté à espirer et à 
parler ; le pouls s'était élevé à 120, et deux cents gouttes noires 
étaient prises chaque jour. Malgré cette dose élevée, M.. . n'était 
pas le moins du monde assoupi ou narcotisé; mais de temps en 
temps apparaissait une grande excitation, pendant laquelle il 
parlait beaucoup, et quelquefois il délirait. La dose du narcoti- 
que fut portée le 18 jusqu'à a85 gouttes. A cette époque, la 
prostration des forces et l'émaciation devinrent si grandes, que 
le malade cessa de pouvoir se mettre même sur son séant pour 



DES ANEVRYSMES DE L'AORTE. /17 i 

aller à la selle; les intestins se remplirent alors d'une quantité 
prodigieuse de gaz Le délire devint permanent; la décom- 
position générale fit de rapides progrès... Le 26, M... se réveilla 
avec un certain retour de lucidité des facultés intellectuelles. 
S'étant placé sur le côté pour se faire frotter les reins avec de 
l'eau de Cologne, il se plaignit de sentir un grand épuisement, 
puis il fut pris de légers mouvemens convulsifs. Dès ce mo- 
ment, il perdit toute connaissance; une évacuation involontaire 
de matières fécales et d'urine eut lieu ; pendant l'heure sui- 
vante, il ne cessa de pousser de sourds gémissemens, sans ma- 
nifester d'ailleurs aucun signe d'intelligence ; sa tête se tour- 
nait sans cesse de droite et de gauche. Cette heure écoulée, le 
pouls, qui jusqu'alors avait conservé assez de force , devint très 
faible, et la mort vint mettre un terme à ces longues souffrances. 
L'ouverture du cadavre montra les lésions suivantes : 
Dans le thorax, rien autre chose qu'un épanchementde sang, 
en partie coagulé, dans la plèvre gauche; 

Dans l'abdomen, adhérence de l'estomac au diaphragme; 
empreintes des côtes sur la face convexe du foie, comme si cet 
organe, dont le volume n'était pas augmenté, avait été soumis 
à une cause de compression. Les intestins et le foie ayant été 
enlevés, on découvrit une tumeur du volume de la tête d'un 
enfant d'un an, appuyée sur les trois dernières vertèbres dor- 
sales, offrant son plus grand diamètre dans le sens transversal, 
s'élevant des deux côtés jusqu'aux reins, et offrant à sa partie 
antérieure une sorte de gouttière qui recevait l'aorte. Cette 
artère communiquait avec la tumeur, et la dissection fit bientôt 
reconnaître que celle-ci n'était autre chose qu'un large sac 
anévrysmal de l'aorte. Ce sac présentait, à sa partie supérieure 
et gauche, une déchirure qui paraissait être nouvelle, et par 
laquelle s'était échappé le sang trouvé dans la poitrine. En ar- 
rière, le sac n'avait pas de parois propres, et celles-ci étaient 
supplééespar le corps dénudé dqstrois dernières vertèbres dor- 



47^ AFFECT. DES VAISSEAUX PULMON. ET CARDIAQUES. 
sales. Au côté gauche de la onzième vertèbre dorsale, on voyait 
une ouverture assez large pour admettre le bout du doigt, et 
qui conduisait dans le canal vertébral. La tumeur était couverte 
par les piliers du diaphragme, étalés à sa surface, et l'on voyait 
sur elle aussi se répandre un grand nombre de filamens ner- 
veux. Les parois du ventricule droit du cœur étaient hypertro- 
phiées : nulle part ailleurs on ne trouva de lésion.» 

Andral. 

CHAPITRE XXVII. 

AFFECTIONS DE l' ARTÈRE ET DES VEINES PULMONAIRES 
JÇT DES VAISSEAUX CARDIAQUES. 

Afjections de V artère pulmonaire. — Les affections 
de l'artère pulmonaire sont peu nombreuses. Celles 
qui ont été observées jusqu'ici se réduisent aux vices 
de conformation , aux incrustations osseuses et à la 
dilatation de cette artère ; encore chacun de ces cas 
n'a-t-il été observé qu'à un médiocre degré de déve- 
loppement. Il existe à peine trois à quatre exemples 
d'incrustations osseuses dans l'artère pulmonaire , si 
ce n'est dans les cas où il existait une communica- 
tion contre nature entre les cavités droite et gau- 
che du coeur. 

Il n'est pas très rare, au contraire, de trouver l'ar- 
tère pulmonaire plus dilatée que dans l'état ordi- 
naire. J'ai trouvé souvent son diamètre supérieur à 
celui de l'aorte , chez des sujets atteints pour la plu- 
part de diverses affections chroniques des poumons. 
Quelquefois même je lai trouvée assez ample , à son 
origine , pour qu'on pût y introduire sans peine trois 
doigts : cette dilatation cessait au-delà de son entre- 



AFFECT. DES VAISSEAUX PTJLM. ET CARDIAQUES. [\f$ 

croisement avec l'aorte. Morgagni rapporte quel- 
ques exemples de dilatation médiocre semblable de 
l'artère pulmonaire (i), et il en rapporte trois ou 
quatre autres , recueillis par divers auteurs anté- 
rieurs (2). 

Je n'ai jamais observé aucun symptôme qui parût 
se rapporter aux dilatations médiocres de l'artère 
pulmonaire dont il s'agit. Elles coïncident d'ailleurs 
presque toujours avec d'autres lésions plus graves 
du poumon ou du cœur. On peut tirer la même 
conclusion des faits réunis par Morgagni. 

Je ne connais qu'un seul exemple de dilatation 
considérable de l'artère pulmonaire , c'est celui qui 
est rapporté par AmbroiseParé , qui dit avoir trouvé 
X artère veineuse (il me paraît probable , ainsi qu'à 
Morgagni, qu'il a voulu dire la veine artérielle ou 
l'artère pulmonaire) assez dilatée pour pouvoir con- 
tenir le poing, et présentant des ossifications à sa 
surface interne. 

.. On trouve , dans les Éphémérides des Curieux de 
la nature (3) , un fait qui semble prouver la possi- 
bilité de la formation d'anévrysmes faux consécutifs 
dans l'artère pulmonaire. « Artcria pulmonalis tam 
a copioso sanguine turgescebat , ut, quasi anevrys- 
« mate affecta , prceter propriam rnagnituciinern 
(f prœternaturalem , hinc incle sacculos cruore coa- 
ti gulato turgidos habuerit appensos. » 

(1) De Sedib. et Caus. morb., epist. xxiu, art. 6; epist. xxv, 
art. 10; epist. xxvir, art. 28. 

(2) Ibid. , epist. xxiv, art. 56. 

(3) Eph. nat. Cur. Dec m, ann. vi, obs. 207 



474 AFFECT. DES VAISSEAUX PULMON. ET CARDIAQUES. 

affections des veines pulmonaires. — O* 1 trouve 
quelquefois les veines pulmonaires plus ou moins 
dilatées , mais toujours dans des cas où il existe des 
maladies plus graves du cœur , et particulièrement 
de ses cavités gauches. M. Chaussier trouva , chez 
une jeune fille qui mourut subitement après avoir 
présenté tous les symptômes généraux des maladies 
du cœur, le ventricule et l'oreillette gauches énormé- 
ment dilatés , et leur substance tellement amincie 
qu'on pouvait à peine les distinguer du péricarde; 
les veines pulmonaires étaient également dilatées , 
et celle d'entre elles qui venait du lobe gauche pré- 
sentait une rupture de neuf lignes d'étendue à sa sor- 
tie du poumon. La cause première de ces altérations 
avait été évidemment l'ossification imparfaite des 
valvules sigmoïdes , qui « étaient dures , épaissies , 
« avaient la grosseur d'une petite amande, et ren- 
« fermaient une substance blanche comme du 
« plâtre (i). » 

Ajfections des vaisseaux coronaires. — L'affection 
la plus commune des artères coronaires du cœur est 
l'ossification. Elle présente absolument les mêmes 
caractères que celles des autres artères. M. Bertin 
1 a trouvée portée à un point tel que l'une de ces 
artères était entièrement oblitérée (2). 

Chez les sujets attaqués de dilatation simple ou 
avec hypertrophie du cœur, on trouve assez com- 
munément les artères coronaires dilatées dans toute 
leur étendue. Dans un cas d'hypertrophie du ven- 



(0 Mémoire de t' Académie des Sciences, 1784, p. 64. 
O) Ouv. ciié, p. 5 14. 



TRAITEMENT DES MALAD. ORGAN. DU COEUR. ^5 

tricule gauche, M. Bertin a trouvé l'artère coronaire 
gauche double en diamètre de la droite. 

La seule altération pathologique des veines du 
cœur que j'aie rencontrée, ainsi que M. Bertin, est 
leur dilatation générale. Rarement elles présentent, 
comme les veines variqueuses des membres , des 
points beaucoup plus fortement distendus. Ce que 
cette dilatation présente de plus frappant au pre- 
mier coup d'oeil est le prolongement des replis si- 
nueux que forment naturellement ces veines j de 
sorte que leur longueur est réellement augmentée, 
ainsi que leur diamètre. Cette altération se rencon- 
tre surtout chez les sujets attaqués depuis long-temps 
de dilatation ou d'hypertrophie du cœur. 

L'ossification des artères coronaires a été regardée* 
par Heberden et Parry, dont presque tous les mé- 
decins anglais et allemands ont adopté l'opinion, 
comme la cause de Y angine de poitrine. Nous exa- 
minerons cette question en traitant de la maladie 
dont il s'agit. 

CHAPITRE XXVIII. 

TRAITEMENT DES MALADIES ORGANIQUES DU COEUR. 

La réunion fréquente de plusieurs altérations or- 
ganiques du cœur chez le même sujet, et l'incurabi- 
lité absolue de la plupart d'entre elles, m'ont porté 
à réunir en un seul chapitre tout ce qui est relatif à 
leur traitement. 

I)e toutes les affections organiques du cœur, l'hy- 
pertrophie simple ou avec dilatation me paraît la plus 



47& TRAITEMENT DES MALAD. ORGAN. DU COEUR. 

susceptible de guérison. La plupart des praticiens 
désespèrent trop habituellement de ces sortes de 
malades, et se contentent de combattre les accidens 
les plus urgens, à mesure de leur apparition ; et ce- 
pendant, même en se bornant à cette médecine 
symptomatique, il n'est aucun d'eux qui n'ait réussi 
à faire vivre certains malades pendant quinze ou vingt 
ans avec des maladies du cœur plus ou moins graves. 
En appliquant avec courage et persévérance au traite- 
ment de l'hypertrophie la méthode conseillée par 
Valsalva et Albertini contre l'anévrysme des artères, 
on peut se promettre des succès beaucoup plus fré- 
quens et plus complets , surtout lorsqu'on en com- 
mence l'emploi à une époque où la maladie n'a pas 
"encore produit d'effets généraux graves. Mais pour 
obtenir ces succès , il faut que le médecin et le ma- 
lade s'arment d'une patience et d'une fermeté presque 
égales ; car il n'est pas beaucoup plus difficile à ce 
dernier de se résigner à un jeûne perpétuel et à de 
fréquentes saignées, qu'il ne l'est au premier de 
lutter chaque jour contre l'opposition des parens , 
des amis, et le découragement qui ne peut manquer 
de s'emparer du malade dans un traitement qui doit 
durer au moins plusieurs mois, et qui doit quelque- 
fois être prolongé pendant plusieurs années consé- 
cutives. 

Ce traitement doit être fait d'une manière éner- 
gique, surtout dans les commencemens ; et en 
cherchant à affaiblir le malade, il faut beaucoup plus 
craindre de rester en deçà du but que de le dépasser. 
On commencera donc par des saignées aussi copieuses 
que le malade les pourra supporter sans tomber en 



TRAITEMENT DES MALA.D. ORGAtt. DU COEUR. 477 

défaillance, et on les répétera tous les deux, quatre ou 
huit jours au plus tard, jusqu'à ce que les palpitations 
aient cessé et que le cœur ne donne plus sous le 
stéthoscope qu'une impulsion médiocre. On réduira 
en même temps de moitié au moins la quantité des 
alimens que le malade prenait ordinairement; et 
l'on diminuera même cette quantité , s'il conserve 
plus de forces musculaires qu'il n'en faut pour faire 
pas à pas une promenade de quelques minutes dans 
un jardin. Chez un adulte vigoureux, je réduis or- 
dinairement-la quantité des alimens à quatorze onces 
par jour, dans lesquelles les viandes blanches entrent 
seulement pour deux onces. Si le malade veut prendre 
du bouillon ou du lait, je compte quatre onces de 
ces liquides pour une de viande. Le vin doit être 
interdit. Lorsque le malade a été pendant environ 
deux mois sans éprouver de palpitations et sans 
présenter d'impulsion forte du coeur, on peut éloigner 
les saignées et diminuer quelque chose de la sévérité 
du régime , si l'habitude n'a pu familiariser encore 
aucunement le malade avec elle. Mais il faut revenir 
aux mêmes moyens, et avec une égale rigueur, si 
par la suite l'impulsion du cœur augmente encore. 
On ne doit avoir confiance dans la guérison qu'au 
bout d'une année d'absence complète de tous les 
symptômes et surtout de tous les signes physiques 
de l'hypertrophie. Il faut craindre de se laisser 
tromper par le calme parfait qu'amènent quelque- 
fois très-promptement la saignée et la diète , sur- 
tout lorsqu'on a commencé le traitement à une 
époque où l'hypertrophie était déjà accompagnée de 
dyspnée extrême, d'anasarque et d'autres symptômes 



478 TRAITEMENT DES MALAD. ORGAN. DU COEUR. 

qui faisaient craindre une mort prochaine ( 1 ). 
Lorsqu'on commence le traitement de l'hyper- 
trophie du cœur à une époque où elle a déjà produit 
desaccidens graves, et particulièrement l'anasarque, 



(1) Les principes émis ici par Laennec me paraissentdemander 
quelques restrictions. Je crois avec lui qu'en règle générale les 
émissions sanguines abondantes et répétées ont une incontesta- 
ble utilité pourenrayerun certain nombre de maladies du cœur, 
et quelquefois même pour les guérir: c'est là, en particulier, le 
moyen le plus efficace à employer contre l'hypertrophie du 
cœur. Mais il est des cas, bien dignes d'attention, dans lesquels 
cette hypertrophie paraît être encore toute la maladie, et où 
cependant les saignées, non seulement ne sont plus avanta- 
geuses, mais sont manifestement nuisibles, et ne peuvent pas 
être supportées par les malades, pour peu'qu'on les répète. J'ai 
vu, et quel praticien n'a pas vu également des individus qui 
n'avaient qu'une simple hypertrophie du cœur, et chez lesquels, 
à la suite d'un petit nombre de saignées, les palpitations aug- 
mentaient, la dyspnée devenait plus considérable; ils étaient 
pris en même temps d'un tel état de malaise et d'angoisse, 
qu'il n'était plus possible de leur tirer du sang. Toute hy- 
pertrophie du cœur ne saurait donc être combattue par 
le traitement dit de Valsalva : il faut, pour y avoir recours 
en pareil cas, beaucoup de discernement et de prudence. Je 
crois encore que, lorsqu'un obstacle considérable au cours du 
sang existe à l'un des orifices du cœur, et spécialement à l'ori- 
fice aortique, ce n'est qu'avec une certaine réserve que les sai- 
gnées doivent être employées; car il faut alors laisser au cœur 
assez de force pour qu'il puisse, par ses contractions, surmon- 
ter l'obstacle tout mécanique qui s'oppose a ce qu'il se débar- 
rasse aussi facilement que de coutume du sang qu'il a reçu. 

Andral. 



TRAITEMENT DES MA.LAD. ORGAN. DU COEUR. ZJ79 

l'ascite , l'œdème du poumon et un état de cachexie 
très-marqué , on ne doit pas pour cela redouter la 
saignée et la diète; on peut même affirmer que les 
diurétiques n'agissent jamais si bien en pareil cas 
qu'après l'emploi de la saignée. On doit employer 
tour à tour les diurétiques énergiques à une dose 
plutôt un peu forte que trop faible. Les effets des 
médicamens de cette classe sont très-variables ; et 
lorsqu'on n'obtient pas promptement un résultat 
utile de l'un d'eux, il faut passer à un autre. On 
emploiera donc successivement le nitre, l'acétate de 
potasse, les préparations scillitiques , les plantes 
diurétiques, et entre autres la digitale pourprée. Cette 
dernière est aujourd'hui fort employée dans le traite- 
ment des maladies du cœur , d'après l'opinion gé- 
néralement répandue qu'outre son effet diurétique, 
elle exerce encore une action sédative sur le cœur. 
J'avoue que cette action ne m'a jamais paru bien 
évidente, et surtout constante, même lorsque la dose 
était portée au point de produire des vomissemens 
etdes vertiges. J'ai remarqué seulement avec plusieurs 
des praticiens qui se sont occupés des propriétés de 
la digitale, que dans les premiers jours de son ad- 
ministration elle accélère souvent les battemens du 
cœur, et que par la suite elle semble quelquefois les 
ralentir; mais je ne puis, en somme , la considérer 
comme un moyen héroïque dans le traitement de 
l'hypertrophie du cœur. J'en dirai autant de l'acide 
hydro-cyanique et de l'eau de laurier-cerise. On ne 
peut contester à l'acide hydro-cyanique une action 
très-énergique sur le cerveau et la moelle épinière, 
et par suite sur le cœur : l'énergie même de cette 



48o TRAITEMENT DES MAL AD. ORGAN. DU COEUR. 

action s'oppose à ce qu'on puisse l'employer pur ou 
médiocrement étendu. L'extrême difficulté de le 
conserver au même degré de force fait d'ailleurs que 
ce médicament est très-infidèle. Lorsqu'on l'emploie 
récemment préparé,, étendu dans quatre ou six fois 
autant d'eau, dont on donne seulement quelques 
gouttes dans une potion, on voit quelquefois arriver 
des accidens comateux ou spasmodiques; si l'on em- 
ploie une dose moindre, on n'obtient aucun résultat 
appréciable. On doit être surtout très-prudent dans 
l'augmentation graduelle des doses de ce médica- 
ment. Pour peu qu'il soit conservé pendant quelques 
jours, le malade semble s'y habituer parce qu'il se 
décompose sous l'influence de la lumière. Le fait sui- 
vant, arrivé récemment en Ecosse, peut donner une 
idée de la facilité avec laquelle s'opère cette décom- 
position. Une dame attaquée de palpitations était 
parvenue à supporter l'acide hydro-cyanique coupé 
de trois quarts d'eau, à la dose de soixante-et-douze 
gouttes par jour. L'acide avait été conservé avec pré- 
caution daïis un lieu obscur. La provision étant 
épuisée, on la fit renouveler par le même pharmacien. 
La malade prit le lendemain au matin douze gouttes 
de ce nouvel acide dans un verre d'eau sucrée ; 
quelques minutes après elle fut prise de convulsions 
et expira (i). 

(i) Les accidens de ce genre sesont tellement multipliés dans 
ces dernières années , qu'aucun praticien prudent ne prescrit 
aujourd'hui l'acide hydro-cynnique dans les maladies du cœur. 
Je ne pense même pas que beaucoup de médecins soient tentés 
désormais de l'administrer dans les maladies du cerveau, de- 



TRAITEMENT DES MALAD. ORGAN. DU CŒUR. 4^1 

L'eau de laurier-cerise , assez difficile à préparer 
d'une manière égale, produit par cette raison des 
effets très-variables , mais en général bien peu 
sensibles. Je n'ai jamais recours à ce moyen que pour 
calmer l'imagination de certains malades, qui ne se 
croiraient pas bien traités s'ils ne prenaient des 
médicamens; et clans tous les cas j'emploie, comme 
un moyen préférable d'exercer une légère action 
sédative sur le cœur, l'infusion extemporanée des 
feuilles fraîches de laurier-cerise , en commençant 
par un gros dans un verre d'eau à prendre par 
cuillerées, et augmentant graduellement. Il m'a paru 
que de cette manière on obtenait plus facilement un 
médicament constamment le même (i). 

puis qu'on a vu dans l'hospice de Bicêtre sept épileptiques pé- 
rir en quelques minutes pour en avoir pris. (M. L.) 

(i) M. Broussais a proposé récemment un nouveau remède 
contre les maladies du cœur. Yoici ce qu'on lit dans les Anna- 
les deia médecine physiologique (juillet 1829): «Il est une 
« plante à laquelle aucune matière médicale n'accorde la pro- 
« priété sédative du cœur, et qui pourtanten jouit dans un degré 
« des plus évidens. Elle joint à cet avantage celui non moins 
« précieux de ne point irriter l'estomac, quand elle est prise 
« avec modération et convenablement préparée. Cette plante, 
« c'est M asperge. Qu'une persoune qui souffre par l'hypertro- 
« phie et la suractivité du cœur se mette à manger des asper- 
« ges, elle sera soulagée ; qu'elle en suspende l'usage, elle 
« verra se renouveler ses incommodités habituelles. Cette 
« observation faite sur lui-même par un homme démérite, 
« étranger à la médecine, lui inspira l'idée de faire préparer 
« du sirop d'asperges, et de le conserver pour la saison où les 
« tendrons de cette plante ne se trouvent plus. Il s'en trouva 

111. 3i 



482 TRAITEMENT DES M AL AD. ORGAN. DU COEUR. 

Lorsque les diurétiques ne produisent aucun effet 
sur i'hydropisie dépendant des maladies du cœur, 
les purgatifs sont souvent plus utiles que les diuré- 
tiques ; et on doit d'autant moins craindre de les 

« si bien qu'il en prit l'habitude, et qu'à la faveur de cette pré- 
« caution il souffre peu de son irritation habituelle du cœur... 
« Le sirop de pointes d'asperges jouit, d'après notre observa- 
« tion particulière, de la propriété de ralentir les pulsations 
« du cœur sans irriter l'estomac, à moins qu'il ne soit pris à 
« trop forte dose, ou que ce viscère ne soit dans un état de 
« phlogose. » 

Cette simple annonce d'un remède nouveau, dans des ma- 
ladies si opiniâtres et si souvent rebelles, doit suffire pour en- 
gager tous les praticiens à confirmer ou à infirmer par leurs 
observations l'éloge que fait du sirop d'asperges l'illustre pro- 
fesseur du Val-de-Grâce. Pour mon compte, je puis déjà dire 
que cet éloge me paraît un peu exagéré. J'ai présent à trois ou 
quatre malades le sirop de pointes d'asperges , et n'ai trouvé 
en lui qu'un assez bon diurétique, sans propriété sédative bien 
manifeste. Peut-être le sirop était-il mal préparé. Peut-être 
n'était-ce même pas du firop de pointes d'asperges, quoique 
l'odeur des urines indiquât que quelque partie de cette plante 
avait figuré dans la composition pharmaceutique. J'attendrai 
de nouveaux essais avant d'adopter une opinion définitive. 

En somme, de tous les sédatifs du système circulatoire, la di- 
gitale me paraît encore mériter de beaucoup la préférence. Elle 
irrite souvent l'estomac; mais en en graduant les doses avec pru- 
dence, en en suspendant l'usage à propos, en l'administrant sous 
différentes formes, on finit presque toujours par en tirer bon 
parti. Un jeune médecin de mes amis, établi à Pont-Sainte- 
Maxence, le docteur Morillion , a publié récemment dans le 
Journal ae Médecine et de Chirurgie pratiques de M. Lu- 



TRAITEMENT DES MALAD. ORGAN. DU CŒUR. 483 

employer que leur répétition un peu fréquente di- 
minue souvent l'énergie des contractions du cœur , 
tout aussi efficacement que la saignée elle-même ; et, 
lors même qu'il n'existe aucune trace d'hydropisie , 

cas Championière (t. i, art. 170, septembre i85o), une obser- 
vation qui prouve mieux que je ne saurais dire à quel point la 
digitale peut être utile dans les maladies du cœur les plus gra- 
ves et les plus avancées. Un cultivateur, âgé de quarante-cinq 
ans, était depuis six mois tourmenté par des étouffemens, pour 
lesquels on l'avait saigné sept à huit fois, et on lui avait appli- 
qué un très-grand nombre de sangsues. Malgré ce traitement 
énergique, la dyspnée avait toujours augmenté; le malade ne 
pouvait plus se coucher qu'assis , et était même encore obligé 
de se courber fortement en avant dans certains moment, pour 
pouvoir respirer; il avait la figure bouffie, les extrémités infé- 
rieures fortement infiltrées ; le son de la région précordiale 
était complètement mat ; les battemens du cœur étaient tumul- 
tueux, confus, donnaient une forte impulsion, et s'entendaient 
jusque sous les clavicules. Il était impossible de méconnaître 
une hypertrophie avec dilatation arrivée à son dernier pério- 
de. N'osant plus recourir aux émissions sanguines, dont il lui 
semblait qu'on avait abusé , M. Morillion résolut d'adminis- 
trer la digitale sous toutes les formes et par tous les absorbans. 
Il prescrivit en conséquence à la fois une infusion aqueuse de 
digitale (une tasse matin et soir) , des pilules composées avec 
un grain d'extrait de digitale et autant d'extrait de laitue ( une 
pilule de deux en deux heures), et la teinture de digitale en 
frictions sur les membres infiltrés. Ce traitement eut un suc- 
cès tel qu'au cinquième jour l'infiltration avait déjà presque 
disparu , îa dyspnée avait diminué, les battemens du cœur 
avaient cessé d'être tumultueux, et l'on pouvait distinguer 
les contractions des ventricules de celles des oreillettes, chose 



484 TRAITEMENT DES MALAD. ORGAN. DU COEUR. 

si les premières saignées ne soulagent pas le malade, 
un ou deux purgatifs rendent souvent la suivante 
plus utile. Tous les purgatifs peuvent être utiles dans 
la diathèse séreuse qui dépend des maladies du cœur; 
mais les drastiques énergiques, qui purgent sous un 
petit volume , sont en général préférables. Sous ce 
rapport encore les médecins désespèrent trop souvent 
du salut de leurs malades, et abandonnent quelque- 
fois à une mort certaine des hommes à qui on eût 
pu rendre une existence supportable, et pour 
plusieurs années. Corvisart , qui n'était cependant 
point un praticien timide, a commis lui-même une 
fois cette faute. Un notaire de ses amis était attaqué 
depuis plusieurs années d'une maladie du cœur , et 
depuis quelque temps d'asciteetd'une leucophlegma- 
tie universelle, contre laquelle les saignées, les 
diurétiques et quelques purgatifs furent tout-à-fait 
inutiles. Corvisart pensa que la mort était inévitable 
et en prévint les parens du malade. Quelques jours 
après on leur parla d'un charlatan qui avait fait de 
merveilleuses cures d'hydropisies. Cet homme, qu'on 
alla chercher dans un cabaret des faubourgs, fit 
prendre au malade une poudre fortement drastique, 
dans deux onces d'eau-de-vie. Ce médicament pro- 
duisit plus de vingt évacuations alvines, et dès-lors les 
urines redevinrent un peu plus abondantes. Le même 

impossible auparavant. En moins d'un mois, toute trace d'in- 
filtration disparut , et les battemens du cœur se concentrèrent 
à la région précordiale , preuve évidente que le volume de l'or- 
gane avait notablement diminué. Cette guérison s'est soute- 
nue. (M. L.) 



TRAITEMENT DES MALA.D. ORGAN. DU CŒUR. 485 

moyen, répété tous les jours pendant plus d'une 
semaine, eut chaque jour des effets plus marqués, 
et la diathèse séreuse disparut complètement. Le 
malade a encore vécu dix ans dans un état de santé 
très- supportable, 

Lorsqu'on a obtenu , par l'effet des purgatifs , 
d'augmenter notablement la quantité des urines, il 
n'est pas toujours nécessaire de les continuer pen- 
dant long-temps ; fort souvent la stimulation im- 
primée à l'absorption par deux ou trois purgatifs 
se fait sentir pendant quinze jours et au-delà. 

2° Le traitement de la dilatation simple du cœur est 
beaucoup plus difficile et plus rarement suivi de 
succès ou même d'une simple amélioration dans 
l'état du malade, que celui de l'hypertrophie 
simple ou compliquée de dilatation. Quand la dila- 
tation existe seule ou avec une prédominance très- 
marquée sur l'hypertrophie , on doit être plus ré- 
servé sur l'emploi des saignées , et ne les employer 
que de loin en loin , pour remédier à des accidens 
urgens. Les amers et les ferrugineux doivent être re- 
gardés comme les principaux moyens curatifs. Les 
substances aromatiques même sont assez souvent 
utiles, et particulièrement l'usage des infusions de 
cataire (nepetha cataria), de valériane , de mélisse , 
et de feuilles d'oranger. Il faut souvent varier les 
préparations ferrugineuses et amères , suivant le 
caprice de l'estomac. La fréquence habituelle du 
pouls , dans ces cas , doit être combattue par la di- 
gitale pourprée et l'infusion de feuilles de laurier- 
cerise. 

L'existence des signes d'une ossification des valvules 



486 TRAITEMENT DES MALAD. 0R.GAN. DU CŒUR. 

ou de tout autre obstacle à la circulation ne doit pas 
empêcher de combattre énergiquement l'hypertro- 
phie et la dilatation. On ne réussit pas toujours, sans 
doute ; mais avec de la persévérance on réussit sou- 
vent, dans les cas même dont je viens de parler, à 
prolonger indéfiniment l'existence des malades, et, 
dans des circonstances plus heureuses , on obtient 
quelquefois une guérison parfaite. Je pourrais citer 
une douzained'exemples de guérisons d'hypertrophie 
simple ou avec dilatation du cœur, qui ne se sont point 
démenties depuis plusieurs années. Je me conten- 
terai d'en rapporter un seul, d'autant plus concluant 
que, le sujet ayant succombé à une autre maladie, 
j'ai pu vérifier l'état du coeur par l'autopsie. 

Une ancienne religieuse, âgée de cinquante ans, 
non réglée depuis trois ou quatre ans, éprouvait 
depuis une douzaine d'années, et à un très-hautdegré, 
tous les signes d'une maladie du cœur : palpitations 
fortes et fréquentes , oppression habituelle, essouf- 
flement au moindre exercice, réveils en sursaut, 
œdème presque habituel des extrémités inférieures; 
les pommettes , le nez et les lèvres étaient livides. 
Ces symptômes augmentaient surtout depuis un an, 
et la malade ne pouvait presque plus bouger de son 
fauteuil sans se sentir menacée de suffocation. Dans 
cet état , je lui proposai le traitement de Valsalva. 
La malade , douée de beaucoup de force de carac- 
tère , consentit à s'y soumettre. Je réduisis sur-le- 
champ ses alimens au quart de la quantité qu'elle 
prenait auparavant; je lui fis tirer du sang tons les 
quinze jours, tantôt parla lancette, tantôt par l'ap- 
plication de sangsues. Dès le commencement de ce 



TRAITEMENT DES M ALAD. ORGAN. DU COEUR. ZJ87 

traitement, la malade se trouva notablement sou- 
lagée. Vers le sixième mois, tous les symptômes 
avaient disparu; et à la faiblesse près, qui d'ailleurs 
n'était pas plus grande qu'avant le traitement , la 
malade se trouva dans un état de santé qu'elle 
ne connaissait plus depuis un grand nombre d'an- 
nées. La respiration était parfaitement libre; il n'y 
avait plus ni palpitations , ni enflure des extrémités, 
ni réveils en sursaut, ni aucune trace de l'ancienne 
lividité de la face. J'éloignai alors les saignées ; au 
bout d'un an, je les fis cesser entièrement , et je 
conseillai à la malade de revenir peu à peu à son ré- 
gime ordinaire ; mais il lui fallait, pour satisfaire son 
appétit, beaucoup moins d'alimens qu'avant le trai- 
tement. Elle vécut deux ans dans un état de santé 
parfait. Au bout de ce temps, elle fut attaquée d'un 
choiera morbus, maladie alors régnante : les vomis- 
semens et la diarrhée étaient extrêmement fréquens 
et accompagnés de beaucoup de douleurs et d'an- 
goisses. Les délayans ne purent apaiser ces sym- 
ptômes qu'au bout d'environ quarante-huit heures. 
La malade parut alors entrer en convalescence ; 
elle reprit sa gaîté, et se plaignait seulement d'une 
extrême faiblesse. Quelques heures après, elle parut 
s'endormir et expira tout-à-coup , sans agonie préa- 
lable, au moment où les personnes qui l'entouraient 
se félicitaient sur son rétablissement. 

Curieux de constater l'état du cœur , je demandai 
et j'obtins la permission de faire faire l'ouverture 
du corps. Le cœur avait un volume notablement in- 
férieur à celui du poing du sujet. Il n'était pas plus 
gros que ne l'est ordinairement celui d'un enfant de 



488 TRAITEMENT DES 3MALAD. ORGAN. DU COEUR. 

douze ans bien constitué , quoique la malade fût 
d'une haute stature (environ cinq pieds trois pouces). 
Son aspect extérieur rappelait tout-à-fait celui d'une 
pomme ridée. Ces rides étaient dirigées surtout 
dans le sens de la longueur. Les parois des ven- 
tricules étaient flasques , mais sans ramollissement 
notable; leur épaisseur était peu considérable et 
tout-à-fait proportionnée à l'ampleur des cavités. 

Je sais qu'on ne]peut conclure rien d'un seul fait, 
j'ai cru cependant devoir rapporter celui-ci , parce 
qu'il pourra peut-être engager quelques médecins à 
essayer avec suite une méthode de traitement qui , 
je le répète encore , ne demande pas moins de cou- 
rage de la part du médecin qui la propose et la fait 
suivre avec persévérance, malgré les oppositions de 
tout genre, que de la part du malade même qui 
s'y soumet. 

3° Le ramollissement du eœur indique évidemment 
l'emploi des amers, des toniques et des ferrugineux. 
L'usage du vin me paraît également bien indiqué , 
dans cette affection , surtout lorsqu'elle se mani- 
feste dans la convalescence d'une fièvre grave , et 
quand d'ailleurs le malade le supporte bien. 

4° L'inflammation du péricarde présente les mêmes 
indications que celles de la pleurésie, et nous ne re- 
viendrons pas sur ce que nous avons dit à ce sujet. 
Il en serait de même de l'inflammation de la mem- 
brane interne du cœur et des gros vaisseaux fi). 

(i) Le traitement de la péricardite doit reposer en effet sur 
les mômes bases que celui de la pleurésie, mais il doit être de 
beaucoup plus actif, en raison du danger beaucoup plus pré- 



TRAITEMENT DES MALAD. ORGAN. DU CŒUR. 489 

5° L'inflammation aiguë de la substance du coeur, 
si on parvient à la constater et à la reconnaître, pré- 
senterait les mêmes indications que la péripneumo- 
nie. Quant aux inflammations partielles et ulcéreu- 
ses, il est évident que, si on parvenait à les 
reconnaître, le rôle du médecin devrait se bornera 
diminuer l'action du cœur par le repos, la saignée 
et la diète, et à attaquer la cachexie qui pourrait 
exister simultanément. 

6° L'anévrysme de l'aorte ne peut être regardé dans 
tous les cas comme incurable , d'après les observa- 
tions de Corvisart et de Hodgson (page /fi 2 ) » et les 
faits qui prouvent que la circulation peut avoir lieu 
malgré l'oblitération de cette artère (page /joo). On 
ne doit donc pas craindre, quand on a pu recon- 



sent de la maladie. Des saignées copieuses et répétées, de 
nombreuses sangsues appliquées à la région précordiale , la 
diète la plus sévère et le repos le plus absolu ne suffisent pas 
toujours pour enrayer la péricardite aiguë. Les médecins an- 
glais y joignent encore l'usage des préparations mercurielles , 
et spécialement du calomel à fortes doses. Les succès obtenus 
de ces préparations dans le traitement de la péritonite puerpé- 
rale ou autre en justifient, en effet, l'usage dans les phîeg- 
masies aiguës des autres séreuses : il ne paraît pas cependant 
qu'on ait guéri beaucoup plus de péricardites en les employant 
qu'en ne les employant pas. Dans la péricardite chronique et 
l'hydro-péricarde , un moxa, un cautère ou un séton appliqué 
à la région précordiale peuvent être d'une grande utilité. J'ai 
même vu mon honorable maître, M. Récamier, en faire appli- 
quer dans des cas de simple maladie du cœur, et avoir beau- 
coup à s'en louer. (ML L.) 



4gO TRAITEMENT DES MALAD. ORGAN. DU CŒUR. 

naître ou même soupçonner fortement cette terrible 
affection , d'employer avec énergie la méthode de 
Valsalva : il faut seulement avoir le soin de ne pas 
pousser la saignée jusqu'à défaillance complète, sur- 
tout après les premières ; car chez un malade déjà 
affaibli une défaillance peut être mortelle. 

Lorsque la tumeur se prononce à l'extérieur , l'ap- 
plication de la glace peut être utile , de même que 
dans l'anévrysme des membres. Le froid resserre 
tous les tissus , et tend à concréter le sang. On sait 
qu'on a trouvé le sang concrète dans presque tous 
les vaisseaux chez des sujets morts de froid (i). 

L'acétate de plomb a été employé à l'intérieur 
depuis plusieurs années en Allemagne contre les 
anévrysmes, et on a publié des succès obtenus à 
l'aide de ce moyen. Je ne sais sur quelle indication 
se fonde cette pratique ; mais avant de la connaître, 
j'avais été moi-même amené à tenter le même médi- 
cament dans les maladies du cœur , et dans les hé- 
morrhagies opiniâtres, d'après les observations faites 
sur les sujets qui succombent à la rachialgie satur- 
nine ou plutôt à une maladie plus grave, pendant le 
cours de celle-ci, car il est très-rare que seule et par 
elle-même elle puisse conduire à la mort, si ce n'est 
dans les cas où elle a déterminé l'épilepsie. La seule 
altération constante que j'aie trouvée chez ces su- 
jets étant une grande pâleur de tous les tissus et une 
quantité de sang moindre dans tous les vaisseaux 

(1) Quelmalz, Progr. Quo frigoris acrioris in corpore 
hurnano effectus expedit . Lipsiœ, 1755. Reçus, in Haiieri 
Disput. medic, t. vi , Lausanœ, 1758. 



DES AFFECTIONS NERVEUSES DU COEUR , ETC. 4°/ l 

que celle qu'on rencontre ordinairement à l'ouver- 
ture des autres cadavres , j'avais soupçonné qu'un 
des effets des préparations de plomb était de nuire 
à l'hématose et de diminuer par là la quantité du 
sang , et j'avais été ainsi conduit à employer ces pré- 
parations dans l'hypertrophie et la dilatation du 
cœur , ainsi que dans les anévrysmes de l'aorte. Je 
commence ordinairement à la dose de trois à quatre 
grains par jour ; je n'ai guère été au delà de seize 
grains. J'ai continué quelquefois ce médicament 
pendant des mois entiers sans déterminer de coli- 
ques ni d'autres accidens de la nature de ceux qui 
ont lieu dans la rachialgie saturnine. L'acétate de 
plomb m'a paru souvent utile, mais je ne l'ai jamais 
trouvé héroïque. 

CHAPITRE XXIX. 

DES AFFECTIONS NERVEUSES DU COEUR ET DBS VAISSEAUX. 

L'étude de l'anatomie pathologique, en révélant 
l'existence de lésions organiques graves, dans unemul- 
titude de cas que les praticiens trop exclusivement 
attachés à l'observation des symptômes regardaient 
comme des cachexies ou altérations des liquides , 
ou comme des affections nerveuses , a fait tomber 
peu à peu dans un excès contraire; et parmi les élè- 
ves des écoles médicales actuelles, beaucoup sont 
aussi peu disposés à reconnaître des maladies ner- 
veuses autres que les affections organiques des nerfs 
et de l'aparei! cérébro-spinal , qu'à admettre des al- 
térations primitives des liquides. On ne peut cepen- 



4ç) 2 ^ES AFFECTIONS NERVEUSES DU COEUR, ETC. 

dant se refuser à croire que toute maladie dans la- 
quelle on ne trouve ni lésion constante dans les so- 
lides, ni altérations évidentes dans les liquides, ne 
peut consister qu'en un trouble quelconque de l'in- 
nervation. 

Dans cette catégorie se rangent plusieurs affec- 
tions du cœur et des artères; nous les décrirons 
dans Tordre suivant : 

Névralgies du cœur. — Palpitations nerveuses. — 
Spasmes du cœur avec bruit de soufflet et frémisse- 
ment cataire. — Affections nerveuses des artères. — 
Spasmes des artères avec bruit de soufflet et frémis- 
sement cataire. 

ARTICLE PREMIER. 
Des Névralgies du cœur. 

Il est assez commun de rencontrer des personnes 
qui éprouvent constamment ou par intervalles des 
douleurs analogues à celles du rhumatisme et des 
névralgies , dont elles rapportent le siège au cœur, 
et qui sont prises à tort par les malades, et quelque- 
fois même par les médecins, pour des signes d'une 
affection organique. Quelquefois ces douleurs ne 
s'étendent pas au-delà; mais assez souvent elles oc- 
cupent simultanément ou tour à tour, dans une éten- 
due plus ou moins grande, les poumons et l'esto- 
mac. Quelquefois elles existent en même temps dans 
le plexus cervical superficiel, et suivent tout le tra- 
jet des rameaux qu'il fournit aux parois thoraciques 
antérieures. Plus souvent encore, au moment où 



NÉVRALGIES DU CŒUR. /f9^ 

elles acquièrent le plus d'intensité dans le. coeur , 
elles se font sentir également dans les nerfs nés du 
plexus brachial , et spécialement dans le nerf cubi- 
tal, dont elles suivent le trajet jusqu'au coude sur- 
tout, et quelquefois même jusqu'aux extrémités des 
doigts. Dans ce dernier cas, la maladie se confond 
avec une affection nerveuse qui, depuis une ving- 
taine d'années , a été l'objet de beaucoup de discus- 
sions, et qui ne me paraît être qu'une variété des 
névralgies dont il s'agit. Je veux parler de l'angine 
de poitrine ( angina pectoris ) , affection fort remar- 
quable et inquiétante quand elle existe à un haut de- 
gré de développement, mais qui est loin d'avoir la 
gravité que beaucoup d'auteurs lui ont attribuée. 

Cette affection , distinguée pour la première fois 
au milieu du dernier siècle, a fixé depuis l'attention 
de plusieurs médecins, des anglais surtout, qui o^t 
cru qu'elle était constamment liée à une lésion orga- 
nique du cœur. Nous discuterons plus bas la valeur 
de cette opinion, mais nous exposerons d'abord les 
symptômes auxquels on reconnaît l'angine de poi- 
trine. 

L'angine de poitrine est une affection spasmodique 
qui revient par attaques plusou moins éloignées. L'ac- 
cès débute par un sentiment de douleur, de pression 
ou de constriction , à la région du cœur ou au bas 
du sternum. Il y a en même temps engourdissement 
quelquefois douloureux dans le bras gauche, rare- 
ment dans les deuxbras oudans toute la moitié gauche 
du corps, plus rarement encore dans le bras droit 
seul , quelquefois dans les quatre membres. L'en- 
gourdissement douloureux se fait surtout sentir à la 



4g4 DES AFFECTIONS NERVEUSES DU COEUR , ETC. 

partie interne du bras, jusqu'au voisinage du coude; 
quelquefois il suit plus loin le trajet du nerf cubital. 
Il n'est pas rare qu'il existe en même temps des dou- 
leurs à la partie antérieure gauche des parois de la 
poitrine , douleurs qui paraissent suivre , comme 
nous l'avons dit, le trajet des nerfs tboraciques an- 
térieurs, et qui chez la femme produisent souvent 
une exaltation de la sensibilité de la mamelle, telle 
que la plus légère pression devient douloureuse. 
Quelquefois, et surtout lorsque l'attaque est. courte 
et vive , il semble au malade que des ongles de fer 
ou la griffe d'un animal lui déchirent la partie an- 
térieure de la poitrine. En même temps il y a dou- 
leur obtuse ou aiguë dans une partie ou dans la 
totalité des parois antérieures de la poitrine corres- 
pondant aux poumons , oppression, et , dans les cas 
extrêmes , orthopnée suffocante , palpitations fortes, 
congestions du sang vers la tête, quelquefois syn- 
copes ou convulsions. L'attaque finie, le malade con- 
serve seulement un ressentiment de ces divers sym- 
ptômes , et particulièrement de la torpeur dans les 
membres et surtout dans le bras gauche. Heberden 
et Parry ont cru, d'après quelques observations par- 
ticulières , que l'angine de poitrine dépendait de 
1 ossification des artères coronaires du cœur (i). 
Burns et Kreysig ont adopté la même opinion. 
Des observations faites depuis ne l'ayant pascon- 

(1) V. Médic. Transact ofthe Soc. of Physician of 
London, vol. 2, p. 45, et vol. 8, p. 1.— Parry, înquiry 
inlo the Sympt. and Cayscs ofthe syncope angjnosa etc. 
Bath 9 1800. 



NÉVRALGIES DU COEUR. l\^ 

firmée, la plupart des médecins n'en sont pas moins 
resté persuadés, en Angleterre, en Allemagne et en 
Italie surtout , que l'angine de poitrine est tou- 
jours liée à quelque maladie organique du cœur , 
que cet accident est très-grave, et que la plupart des 
malades qui en sont attaqués meurent subitement. 
Ces idées sont loin d'être exactes. L'angine de 
poitrine à un léger ou à un médiocre degré est 
une affection extrêmement commune, et existe 
fort souvent chez des sujets qui n'ont aucune af- 
fection organique du cœur ni des gros vaisseaux. 
J'ai vu beaucoup de personnes qui en ont éprouvé 
seulement quelques attaques très-fortes , mais de 
courte durée, et qui en ont été ensuite débarrassées. 
Je crois même que l'influence de la constitution 
médicale contribue à son développement, car je l'ai 
observé fréquemment dans le cours de certaines 
années, et je l'ai à peine rencontrée dans les autres. 
D'un autre côté, il est vrai que l'angine de poi- 
trine coïncide assez souvent avec des affections or- 
ganiques du cœur; mais rien ne prouve qu'elle en 
dépende, même dans ces cas, puisqu'elle peut exister 
sans cela , et que ces affections sont variables. J'ai 
ouvert plusieurs sujets attaqués à la fois d'hypertro- 
phie ou de dilatation du cœur et iï angina pectoris , 
chez aucun je n'ai trouvé les artères coronaires ossi- 
fiées. Un seul d'entre eux mourut subitement au 
milieu d'une violente attaque d'angine de poitrine ; 
et l'on conçoit que la réunion d'une affection ner- 
veuse aussi intense à une énorme hypertrophie du 
cœur ( qui existait chez ce sujet) puisse quelque- 
fois produire cet effet. 



/196 des affections nerveuses du coeur, etc. 

M. le docteur Desportes a émis , dans une Dis- 
sertation publiée il y a quelques années (i) , une 
opinion analogue à celle que je soutiens ici sur la 
nature et le siège de l'angine de poitrine : il en 
place le siège dans le nerf pneumo-gastrique. Je crois 
que ce siège peut varier , ou plutôt l'observation 
même montre qu'une névralgie dont le siège est 
dans des nerfs différens peut donner lieu aux mêmes 
symptômes. Ainsi, lorsqu'il y a à la fois douleur 
dans le cœur et dans le poumon, on doit penser que 
le nerf pueumo-gastrique est le siège principal de 
la maladie. Quand , au contraire , il y a simplement 
sentiment de pression dans le coeur , sans douleur 
dans le poumon , et sans gêne extrême de la respi- 
ration r on pourrait plutôt croire que le siège de la 
maladie est dans les filets que le cœur reçoit du 
grand sympathique. D'autres nerfs d'ailleurs sont 
affectés en même temps, soit sympatbiquement, 
soit à raison de leurs anastomoses avec ceux qui 
sont le siège principal de la maladie. Les nerfs nés 
du plexus brachial, etsurtout le nerf cubital, le sont 
presque toujours; souvent aussi les thoraciques an- 
térieurs nés du plexus cervical superficiel; quelque- 
fois même ceux qui naissent des plexus lombaire et 
sacré, puisque la cuisse et la jambe participent, dans 
quelques cas, à l'engourdissement douloureux. 

J'ai même vu l'angine de poitrine exister seule- 
ment du côté droit de la cavité thoracique, auquel 
seul le malade rapportait l'oppression. Il y avait en 
même temps engourdissement souvent très-doulou- 



(0 De Y Angine, de poitrine. Paris, i8i3, in-8°. 



NEVRALGIES DU COEUR. /[on 

loureux dans le bras, la jambe et le cordon sperma- 
tique du même côté, et dans les paroxysmes il y avait 
un gonflement notable du testicule. A peine quel- 
que douleur se faisait sentir dans la région du cœur- 
mais les redoublemens étaient accompagnés de pal- 
pitations assez fortes, sans signes de lésion organique 
de ce viscère. 

L'espèce et la variabilité des symptômes de Yan- 
gina pectoris confirment encore l'opinion que nous 
défendons , car on sait que les névralgies dont la 
nature est le moins équivoque , la goutte sciatique 
ou le tic douloureux, par exemple, produisent à 
des degrés divers des effets aussi variés et les mêmes 
que ceux de l'angine de poitrine , c'est-à-dire dou- 
leur aiguë, torpeur douloureuse, simple engourdis- 
sement dans le trajet du nerf affecté, et quelquefois 
spasme ou gonflement sub-inflammatoire des parties 
auxquelles il se distribue. 

Traitement des névralgies du cœur. — Les moyens 
à l'aide desquels j'ai le plus souvent réussi à procurer 
du soulagement aux personnes attaquées de Vangina 
pectoris et des névralgiesdu cœur plus légères et sans 
irradiations, sont principalement ceux que j'ai in- 
diqués en parlant des névralgies du poumon (tom. 11, 
p. 368), et surtout l'aimant, que j'emploie de la 
manière suivante : je fais appliquer deux plaques 
d'acier fortement aimantées, d'une ligne d'épaisseur, 
de forme ovale, et légèrement courbées sur le plat 
pour s J accommoder à la forme de la poitrine, l'une 
sur la région précordiale gauche , et l'autre dans la 
partie opposée du dos, de manière que les pôles 
soient exactement opposés , et que le courant ma- 
in. 32 



4g8 DES AfTECTIONS NERVEUSES DU COEUR. 

gnétique traverse la partie affectée. Ce moyen n'est 
pas plus infaillible que tous ceux par lesquels nous 
combattons ordinairement les affections nerveuses; 
mais il a réussi entre mes mains plus souvent qu'au- 
cun autre à diminuer les angoisses de X angina pectoris 
et les douleurs cardiaques, et à en éloigner le retour. 
Trop loué peut-être par quelques médecins du 
dernier siècle, il me paraît avoir été trop négligé de 
nos jours. Son action d'ailleurs sur l'économie ani- 
male ne peut être niée, car il produit souvent des 
effets locaux ou généraux tout-à-fait évidens. Dans 
le cas dont il s'agit , par exemple, il se fait le plus 
plus souvent, au bout d'un certain temps, une 
éruption de petits boutons, quelque fois assez dou- 
loureux pour qu'on soit obligé d'interrompre pendant 
quelques jours l'application de l'aimant. 

Cet effet ne peut être attribué à l'oxidation des 
plaques et à l'action de l'oxide de fer sur la peau , car 
l'éruption se fait presque toujours uniquement sous 
la plaque antérieure, et j'ai observé la même chose, 
à la suite d'applications de plaques aimantées sur 
divers points del'abdomen et dans les points opposés 
de la région lombaire. J'ai suspendu tout-à-coup à 
l'aide de deux plaques aimantées , appliquées l'une à 
l'épigastre et l'autre sur le point opposé de la colonne 
vertébrale , un hoquet qui durait depuis trois ans. 
Au bout de six mois, la malade ayant négligé un 
matin de mettre ses plaques, le hoquet reparut. 
Elle les remit , et il cessa de nouveau. Dernièrement 
encore, chez un malade attaqué d'une paraplégie 
incomplète, sans signe d'affection organique du 
canal vertébral , et pour laquelle le moxa avait été 



NÉVRALGIES DU COEUR. 4gg 

employé plusieurs fois sans succès, j'ai fait enfoncer 
une aiguille d'acier à un demi-pouce de profondeur 
dans les lombes , près de la colonne vertébrale, une 
seconde dans la cuisse, au voisinage du nerf poplité 
externe , et j'ai fait mettre ces aiguilles en contact 
avec deux barreaux aimantés. Au moment même où 
le contact a eu lieu , le malade est allé involontaire- 
ment à la garde-robe, chose qui ne lui était jamais 
arrivé. 

Quand l'application de l'aimant produit peu de 
soulagement dans l'angine de poitrine, on en obtient 
quelquefois davantage en appliquant un petit vési- 
catoire sous la plaque antérieure. 

Dans l'attaque même de l'angine de poitrine, si 
l'oppression est extrême, il faut tirer du sang, pour 
peu que le malade soit pléthorique. Les sangsues , 
appliquées en certain nombre à l'épigastre ou à la 
région précordiale, soulagent quelquefois plus dans 
ce cas que la saignée du bras; mais quelquefois l'état 
d'anxiété dans lequel se trouve le malade , et qui ne 
lui permet de garder aucune position , peut rendre 
cette application impraticable. Les dérivatifs sont 
également utiles, et particulièrement les sinapismes 
appliqués aux extrémités inférieures , et le vésica- 
toire sur les parois thoraciques antérieures. Il en est 
de même des potions anti-spasmodiques avec l'in- 
fusion de laurier-cerise ou de digitale, et quelquefois 
des gommes fétides. Un régime tempérant et l'usage 
des bains tièdes ou frais, selon la saison, sont au 
nombre des meilleurs moyens par lesquels on puisse 
prévenir le retour des accès. 



5oO DES AFFECTIONS NERVEUSES DU COEUR. 

ARTICLE II. 
Des Palpitations du cœur. 

Nous avons défini les palpitations en général (V. ci- 
dessus, p. 137). Les palpitations purement nerveuses, 
c'est-à-dire celles qui existent sans lésion organique , 
sont souvent plus incommodes que les autres. Loin 
de apaiser par le repos absolu^c'est ordinairement 
au commencement de la nuit que le malade en est 
le plus tourmenté, et souvent il est des heures en- 
tières avant de pouvoir s'endormir; tandis que lors- 
qu'il est levé, un exercice modéré et proportionnée ses 
forces lui permet de ne pas sentir battre son cœur , 
ou au moins lui procure quelque distraction à cet 
égard. 

Les palpitations purement nerveuses consistent 
dans une augmentation d'impulsion , de bruit et sur- 
tout de fréquence des battemens du cœur. Un sen- 
timent d'agitation intérieure , et surtout dans la tête 
ou dans l'abdomen, est inséparable de cet état, qui ne 
diffère de la fièvre qu'en ce qu'il n'est pas précédé 
de frissons, ni suivi de sueurs, et que la chaleur de 
la peau reste naturelle. Les urines sont habituelle- 
ment claires et ténues pendant tout le temps que 
durent les palpitations. La durée de ces palpitations 
est très-variable : une émotion vive, une affection 
morale peuvent en produire de passagères, et l'on en 
voit d'autres survenir sans aucune cause appréciable, 
et durer pendant des années , particulièrement chez 
les jeunes gens doués d'une constitution pléthorique 
et nerveuse à la fois. 



DES PALPITATIONS DU COÈTJll. 5oi 

On pense communément que les palpitations ner- 
veuses, supposant un excès d'action habituel du cœur, 
doivent à la longue entraîner l'hypertrophie de cet 
organe. Je ne nie point que cela puisse être , mais 
je dois dire que je n'ai rien vu qui orouve que cette 
opinion soit fondée. Je connais des personnes qui 
éprouvent depuis plus de dix ans des palpitations 
habituelles , sans qu'il existe chez elles aucun signe 
réel d'hypertrophie ou de dilatation (i). 

Nous avons déjà dit quelque chose des signes 
auxquels on peut distinguer des palpitations pure- 
ment nerveuses de celles qui indiquent une hyper- 
trophie ou une dilatation du cœur : nous allons les 
reproduire ici d'une manière rapprochée et plus 
complète. 

Dans les palpitations nerveuses , la première im- 
pression que produit à l'oreille l'application du sté- 
thoscope sur le région du cœur montre déjà que cet 
organe n'a pas de grandes dimensions. Le bruit j 
quoique clair, ne s'entend pas fortement dans une 
grande étendue; et le choc, lors même qu'il paraît 
fort au premier abord, a peu de force réelle d'im- 
pulsion , car il ne soulève pas sensiblement la tête 
de l'observateur. Ce dernier signe me paraît le plus 
important et le plus certain de tous , en y ajoutant 
la fréquence des battemens , toujours plus grande 
que dans l'état naturel. Le plus souvent elle est de 
quatre-vingt-quatre à quatre-vingt-seize pulsations 
par minute. 



(1) Ceci semble en contradiction avec ce qui a été dit plus 
haut p. 17?., mais ce n'en est pas moins vrai. (M. L.) 



502 DES AFFECTIONS NERVEUSES DU COEUR. 

Rarement les palpitations nerveuses sont accom- 
pagnées de quelque signe de congestion sanguine 
pectorale ou cérébrale, si ce n'est chez les vieillards. 

Le traitement des palpitations nerveuses doit con- 
sister principalement dans l'usage des bains tièdesou 
frais, suivant la saison, l'infusion de laurier*cerise, 
celle de digitale pourprée. La saignée ne doit être 
employée qu'avec précaution et seulement d'après 
une indication évidente, comme celle que fourni- 
raient la pléthore et la jeunesse. Elle est presque 
toujours nuisible dans les palpitations nerveuses qui 
surviennent chez les hypochondriaques et les femmes 
hystériques. Il en est de même de la diète trop sévère, 
qui a, comme la saignée, l'inconvénient d'exaspérer 
souvent l'agitation nerveuse. 

Il est très vrai de dire que, dans les palpitations dites ner- 
veuses, les émissions sanguines ne sont souvent que d'un très 
faible secours, et peuvent même être nuisibles dans plus d'une 
eirconstance. Il n'est pas rare en effet de voir ces palpitations 
survenir au milieu de certaines conditions générales de l'éco- 
nomie qui contre indiquent évidemment les saignées. Ainsi, 
elles accompagnent constamment la chlorose ; et dans cette 
maladie, elles peuvent devenir assez fortes et assez pénibles 
pour faire croire à l'existence d'une hypertrophie du cœur. 
Si on se laisse abuser à cet égard , et que , pour arrêter les 
progrès de la prétendue hypertrophie, on vienne à tirer du 
sang, on verra infailliblement les accidens s'accroître; et plus 
les malades perdront de sang, plus leurs palpitations devien- 
dront fortes et fréquentes. Mais ce ne sont pas seulement les 
chlorotiques qui éprouvent un pareil effet des émissions san- 
guines : observez sous ce rapport un grand nombre d'individus 
assez faiblement constitués d'ailleurs, et chez lesquels le sys- 



DES PALPITATIONS DÛ COEUR. 5o3 

tème nerveux présente une grande prédominance d'action; es- 
saierez-vous d'opposer des saignées aux palpitations qu'ils 
peuvent éprouver : le plus souvent vous échouerez, et le désor- 
dre du cœur s'accroîtra en raison directe de la quantité de sang 
qui aura été perdue. Je ne crains pas de le dire, parce que je 
l'ai maintefois observé, le plus sûr moyen de produire, et sur- 
tout d'augmenter les palpitations chez certaines personnes, 
c'est de leur faire perdre du sang ; et notez bien qu'il n'est pas 
nécessaire, pour produire cet effet, que de larges et abondantes 
saignées soient pratiquées : il suffît parfois, pour qu'il ait lieu, 
que quelques sangsues aient été appliquées. C'est une chose 
merveilleuse, et à laquelle j'oserais à peine croire., si je n'en 
avais été souvent témoin, que le désordre qui peut être ainsi 
déterminé dans le système nerveux par l'écoulement de sang 
peu considérable que les sangsues occasionnent, et en même 
temps on voit les malades tomber tout-à-coup dans un état d'as- 
thénie qui persiste souvent pendant un grand nombre de jours, 
et d'où ils ne se relèvent parfois qu'avec beaucoup de difficulté. 
En même temps les fonctions de l'estomac se pervertissent, le 
pouls s'accélère, une fausse apparence de fièvre prend alors 
naissance, et le cœur présente dans ses battemens un tumulte, 
un désordre difficile à décrire. J'ai vu des individus que tour- 
mentaient depuis long-temps des palpitations, et chez lesquels 
elles s'étaient montrées pour la première fois à la suite d'émis- 
sions sanguines, même peu considérables, qui leur avaient été 
pratiquées. J'ai vu aussi, pendant le cours de maladies aiguës, et 
en particulier de rhumatismes articulaires, traitées par d'abon- 
dantes saignées , survenir des palpitations que rien ne m'au- 
torisait à regarder comme autre chose que comme le résultat 
du mode de traitement mis en usage : elles se dissipaient à 
mesure qu'on s'éloignait de l'époque des saignées et que les 
forces revenaient. Andral. 



5o4 DES AFFECTIONS NERVEUSES DU COEUR. 

ARTICLE III. 

Du spasme du cœur avec bruit de soufflet et 
frémissement cataire. 

Nous avons vu que le bruit de soufflet du coeur, 
quoique lié souvent à une lésion organique, peut 
exister sans cela , et dépendre d'une simple modifi- 
cation de l'innervation. Dans ce cas même, il est 
toujours accompagné de symptômes qui constituent 
un véritable état de maladie. C'est en général chez 
les hypochondriaques , et particulièrement chez ceux 
qui sont d'une constitution sanguine et pléthorique, 
que l'on remarque le plus souvent le bruit de souf- 
flet du coeur; et presque toujours il existe en même 
temps chez eux dans quelque artère. Souvent il 
saute de l'un à l'autre de ces organes. Il est tantôt 
continu et tantôt intermittent; clans ce dernier cas, 
il revient à la moindre émotion physique ou morale 
qu'éprouve le malade. L'action de respirer fortement 
et de tousser suffisent pour le faire reparaître. Les 
symptômes qui l'accompagnent sont d'autant plus 
graves que le bruit est plus intense , plus continu , 
et étendu à un plus grand nombre d'artères. Lors- 
qu'il existe d'une manière très-marquée et continue, 
mais dans le coeur seulement , il y a presque toujours 
une dyspnée plus ou moins marquée, un sentiment 
de faiblesse générale , et tel que le malade peut à 
peine marcher. Ces symptômes sont encore plus 
marqués , si le frémissement cataire accompagne le 
bruit de soufflet. Il y a ordinairement peu d'agita- 
tion nerveuse, surtout lorsque le malade est dans 



AUGMENTATION DE LTMPULSION ARTÉRIELLE. 5o5 

l'état de repos; mais s'il veut marcher un peu vite et 
long-temps, il s'essouffle facilement,- et, dans les 
cas les plus graves , sa tête s'embarrasse par l'exer- 
cice aussi facilement que sa respiration. 

Lorsque le bruit de soufflet du cœur n'est pas lié 
à une affection organique , le traitement doit être 
le même que celui des affections nerveuses des ar- 
tères , dont nous allons parler. 

ARTICLE IV. 

Ajfections nerveuses des artères. 

Névralgies artérielles. — Des douleurs plus ou 
moins vives, continues ou intermittentes , suivent 
quelquefois le trajet des artères , et paraissent avoir 
leur siège dans le lacis nerveux fourni à ces vaisseaux 
par le système ganglionnaire. Ces douleurs sont, en 
général, moins aiguës que celles qui ont leur siège 
dans les nerfs provenant du cervau ou de la moelle 
épinière. Elles ont particulièrement lieu chez les 
hypochondriaques et les femmes hystériques. Les 
moyens que nous avons déjà indiqués contre les 
névralgies des poumons et du cœur sont encore les 
seuls auxquels on puisse recourir dans ces cas. Le 
meilleur, lorsqu'il est applicable, est sans contredit 
un vésicatoire sur la partie de la surface du corps la 
plus voisine de l'artère affectée. 

De ï! impulsion artérielle augmentée. — 'Ce phéno- 
mène est un de ceux qui prouvent le mieux, contre 
l'opinion de quelques physiologistes, que les artè- 
res ont une action propre et indépendante de celle 



5o6 DES AFFECTIONS NERVEUSES DES ARTERES. 

du cœur. Ainsi , il n'est point rare de trouver les 
battemens de l'une des carotides ou des temporales 
incomparablement plus forts que ceux de l'autre. 
La même différence est encore plus commune dans 
les artères radiales : il existe même dans l'état de 
santé , chez la plupart des hommes, une différence 
notable à cet égard; le pouls droit est presque tou- 
jours plus fort que le gauche. Serait-ce parce que le 
bras droit est celui qu'on exerce le plus? J'ai vu quel- 
quefois , dans la même maladie, chacune des artères 
radiales devenir alternativement la plus forte ou la 
plus faible; et souvent même l'artère radiale gauche 
devenir la plus forte , quoique le contraire eût lieu 
dans l'état de santé. 

L'augmentation morbide de la force d'impulsion 
n'est nullement rare dans l'aorte, et le plus souvent 
elle n'occupe qu'une portion de cette artère, qui , 
sous ce point de vue, comme sous le rapport anato- 
mique, peut être divisée en trois parties, savoir : la 
partie ascendante, la partie descendante pectorale, 
et l'aorte ventrale ; c'est surtout cette dernière par- 
tie qui est le plus souvent le siège du phénomène 
dont nous nous occupons. L'augmentation d'impul- 
sion est toujours jointe à la sensation de plénitude. 
L'artère affectée paraît toujours aussi pleine quelle 
puisse l'être , et plus que les autres parties du sys- 
tème artériel. 

Lorsque ce phénomène n'existe que dans une 
seule artère d'un petit ou d'un moyen volume , il 
n'est accompagné d'aucune altération appréciable 
dans la santé. Il faut en excepter le cas où il est dû 
à une inflammation développée dans la partie à la- 



AUGMENTATION DE L'IMPULSION ARTERIELLE. 607 

quelle se rend l'artère affectée : ainsi, l'on sait que, 
dans une inflammation de la main , les artères ra- 
diale et cubitale, quelquefois même la brachiale, 
battent plus fortement que celles du côté opposé ; 
et que, dans un panaris, les battemens des rameaux 
artériels des doigts deviennent assez énergiques 
pour être sentis et pour se faire continuellement 
sentir au malade. Des battemens trop énergiques 
des carotides accompagnent ordinairement des af- 
fections nerveuses plus ou moins graves , mais n'ont 
pas toujours lieu chez les sujets attaqués ou mena- 
cés d'apoplexie. 

Les palpitations nerveuses du cœur sont quelque- 
fois accompagnées d'une agitation semblable dans 
tout le système artériel : le malade en sent les bat- 
temens dans toutes les parties de son corps, et quel- 
quefois même ceux de très- petites artères devien- 
nent visibles à l'œil. 

Dans l'aorte , ils sont toujours joints à un état 
général plus ou moins pénible, lors même qu'ils 
n'existent que dans une des parties de cette artère. 
Dans l'aorte ascendante, ils sont accompagnés d'un 
degré quelconque de gêne dans la respiration , mais 
surtout d'anxiété et de penchant aux lipothymies. 
On reconnaît cette affection à ce que les battemens 
entendus au-dessus de la partie moyenne du ster- 
num sont plus forts et plus sonores que ceux que 
l'on entend à la région du cœur. La région du ster- 
num résonne d'ailleurs comme dans l'état naturel. 
Dans l'aorte descendante, les symptômes sont à peu 
près les mêmes. On peut reconnaître le caractère de 
l'affection à ce que les battemens du cœur parais- 



5o8 DES AFFECTIONS NERVEUSES DES ARTÈRES. 

sent plus faciles à entendre dans le dos, et surtout 
du côté gauche, auprès de la colonne vertébrale, 
que dans les régions précordiales. Dans ces derniè- 
res , ils sont le plus souvent tout-à-fait naturels sous 
le rapport de l'impulsion et du bruit; tandis que 
dans le dos , le bruit de la diastole artérielle se con- 
fondant avec celui des ventricules le fait paraître 
beaucoup plus fort; le bruit de l'oreillette, au con- 
traire , est plus faible qu'antérieurement. 

Dans l'aorte ventrale, le phénomène est beaucoup 
plus fréquent, et peut souvent faire croire, à tort, 
à l'existence d'un anévrysme. J'ai vu plusieurs fois 
commettre cette erreur , qui devient bien plus diffi- 
cile à éviter dans certains cas où des gaz enfermés 
dans l'arc du colon ou dans le duodénum peuvent 
simuler la tumeur anévrysmale, en même temps que 
l'artère par son action énergique en simule les pul- 
sations. J'ai vu , il y a environ dix-huit ans , en con- 
sultation avec Bayle, une jeune personne attaquée 
d'une fièvre pernicieuse double-tierce. En portant la 
main sur le ventre pour m'assurer si l'épigastre n'é- 
tait pas douloureux , je trouvai au bas de cette ré- 
gion une tumeur du volume du poing, rénitente, 
donnant des pulsations fortes, isochrones à celles 
du pouls , et accompagnée d'un mouvement de dila- 
tation générale bien marqué. Bayle répéta l'observa- 
tion , et nous ne doutâmes ni l'un ni l'autre que la 
malade ne fût attaquée d'un anévrysme de l'aorte 
vers la hauteur de l'artère cœliaque. Nous donnâmes 
cependant le quinquina pour parer aux accidens 
plus urgens de la fièvre , qui fut coupée très-facile- 
ment. Pendant plus d'un mois, la tumeur présenta 



AUGMENTATION DE L IMPULSION ARTERIELLE. 5oO, 

les mêmes battemens. La malade, quoique sans fiè- 
vre, restait toujours très-faible, et éprouvait beau- 
coup d'agitation nerveuse. Ce ne fut qu'environ six 
semaines après la cessation des accès qu'elle com- 
mença à reprendre des forces et à se sentir en pleine 
convalescence. Vers cette époque , j'examinai de 
nouveau le ventre, et je fus surpris de ne plus trou- 
ver ni la tumeur ni les battemens qui existaient en- 
core quelques jours auparavant. Je fis part de cette 
singulière observation à Bayle, qui ne trouva non 
plus que moi aucun vestige de l'anévrysme que nous 
avions cru reconnaître. J'ai eu souvent occasion de 
revoir et d'examiner le sujet de cette observation , 
qui n'a plus présenté rien d'analogue. J'ai rencontré 
depuis plusieurs cas tout-à-fait semblables, et je 
suis parvenu aisément à les distinguer de l'ané- 
vrysme réel de l'aorte ventrale, en ce que dans ce 
dernier on ne sent pas le calibre de l'artère , tandis 
que dans le premier on sent parfaitement qu'elle a 
partout son diamètre naturel. Je rapporterai ici 
brièvement deux de ces observations. 

Le sujet de la première était une femme de moyen 
âge, qui éprouvait des battemens très-incomrnodes 
vers la partie inférieure gauche de la région épïgas- 
trique. En portant la main sur ce lieu , on sentait 
distinctement une tumeur qui donnait des batte- 
mens très-forts et isochrones à ceux du pouls. Les 
élèves qui avaient examiné la malade avant la vi- 
site ne doutaient point qu'elle n'eût une dilatation 
anévrysmale de l'aorte vers la hauteur des artères 
cceliaque ou mésentérique supérieure. Je le crus 
moi-même au premier moment; mais en appliquant 



5ïO DES AFFECTIONS NERVEUSES DES ARTÈRES. 

le stéthoscope sur le point où les battemens se fai- 
saient sentir , je trouvai que l'impulsion n'était pas 
beaucoup plus forte qu'elle ne Test chez les sujets 
assez maigres pour qu'on puisse sentir les battemens 
de l'aorte à travers la masse intestinale. J'entendais 
le sang passer clans l'artère avec un bruit de souf- 
flet assez marqué (i) , et le stéthoscope me donnait 
la sensation de la forme et des dimensions de l'ar- 
tère , dont le calibre semblait tout*à-fait égal et de 
grandeur naturelle. Je ne balançai pas en consé- 
quence à prononcer qu'il n'y avait pas d'anévrysme; 
et effectivement, après une saignée, deux applica- 
tions de sangsues à l'anus , et l'usage d'un régime 
délayant, la tumeur et les battemens disparurent. 
Quelques jours après, je rencontrai un cas assez 
semblable dans la ville, chez une dame d'environ 
trente ans, excessivement sensible, susceptible, ir- 
ritable, sujette à des affections nerveuses très-va- 
riées, cultivant avec passion les arts, et particuliè- 
rement la peinture. Ici l'on sentait seulement à la 
main des pulsations très-fortes vers la hauteur de 
l'artère mésentérique supérieure; mais on ne pou- 
vait assurer s'il y avait ou non une tumeur. Le sté- 
thoscope donnait la sensation du calibre de l'artère 
et des battemens très-forts , mais non pas énormes, 
dans une étendue beaucoup plus grande que celle 
où l'on pouvait les sentir à la main. La flaccidité des 

(1) Il y avait par conséquent chez ce sujet autant de spasme 
avec bruit de soufflet que d'impulsion augmentée. Ces phéno- 
mènes, au reste, comme nous le verrons tout-à-1'heure, se 
trouvent fréquemment réunis. (Note de V auteur.) 



AUGMENTATION DE L'iMPULSION ARTERIELLE. 5ll 

parois abdominales permettait de suivre l'aorte, à 
l'aide de l'instrument , dans une étendue de plus de 
six pouces, quoique la malade eût assez d'embon- 
point; et partout on trouvait les mêmes signes. Les 
mêmes moyens furent suivis d'un succès semblable, 
mais qui se fit attendre un peu plus long-temps. Il est 
à remarquer que cette dame avait éprouvé pendant 
plusieurs mois , l'année précédente, des symptômes 
de maladie du cœur assez apparens pour effrayer 
son médecin ordinaire, qui me fit appeler en con- 
sultation. Je trouvai les contractions du coeur dans 
l'état naturel : je conseillai de saigner la malade, à 
laquelle on n'avait osé tirer du sang à raison des ac- 
cidens nerveux auxqu els elle était sujette; et ce moyen, 
joint aux bains, fit disparaître tous les signes de ma- 
ladie du coeur. Il y a actuellement six ans que cette 
dame n'a éprouvé aucun retour de ces accidens. 

On ne peut guère expliquer la formation et la 
disparition de la tumeur qui accompagne dans quel- 
que cas l'anévrysme simulé de l'aorte ventrale, qu'en 
admettant , comme je l'ai suposé , qu'elle est formée 
par des gaz emprisonnés en quelque sorte dans une des 
cellules du colon transverse. J'ai vu, au reste, des tu- 
meurs abdominales dues à cette cause persister pen- 
dant des mois entiers , et disparaître ensuite ; et les 
cas dans lesquels les praticiens croient avoir réussi à 
fondre des obstructions palpables sont toujours ou 
celui-ci ou celui où des tumeurs contenant des vers 
vésiculaires qui sont venus à mourir, se sont, par 
cette cause, resserrées sur elles-mêmes, et réduites à 
un si petit volume qu'on ne peut plus les sentir. 



5 12 DES AFFECTIONS NERVEUSES DES ARTÈRES. 

Spasme des artères avec bruit de soufflet et fré~ 
missement cataire. — Nous avons longuement exposé 
les phénomènes qui constituent le bruit de soufflet 
et le frémissement cataire des artères , et nous ne 
serions point entré dans autant de détails à cet 
égard , si ces phénomènes eussent été liés à quel- 
ques lésions organiques qui eussent permis de péné- 
trer plus facilement leurs causes. Nous avons vu que 
tout porte à croire que ces phénomènes sont dus à 
une anomalie de l'influx nerveux (i). Les circonstan- 



(1) J'ai voulu dernièrement m'assurer , par quelques expé- 
riences, de ce qu'il peut y avoir de purement physique dans 
les phénomènes de bruit de soufflet et de frémissement cataire. 
On sait que, lorsqu'on applique la main sur les tuyaux de cuir 
des pompes à incendies ou à arrosement, on sent un frémisse- 
ment manifeste. J'ai constaté que ce frémissement provient de 
l'air qui se trouve toujours mêlé en assez grande quantité à 
l'eau dans ces tuyaux; que, lorsque la colonne d'eau contient 
très-peu d'air, ce frémissement est moindre, et qu'alors l'o- 
reille appliquée médialement ou immédiatement sur le tuyau 
ne perçoit presque aucun bruit ; que quand , au contraire , il 
y a beaucoup d'air , on entend un gargouillement très-fort, 
et semblable tantôt au râle des mourans, tantôt à un ruis- 
seau qui coule rapidement à travers des cailloux nombreux. 
La tension en longueur des tuyaux n'a apporté aucun change- 
ment au bruit, seulement elle faisait entendre dans le lointain 
le bruit musculaire des hommes qui tiraient sur les tuyaux. 
Le tuyau , comprimé et lâché alternativement par dix mains 
vigoureuses , de manière à imiter la systole et la diastole arté- 
rielles , faisait entendre également un bruit musculaire et par 
conséquent assez analogue au bruit de soufflet ; mais ce bruit, 



SPASME DES ARTÈRES, ETC. 5l3 

ces dans lesquelles ils se développent , et les sym- 
ptômes qui les accompagnent tendent encore à con- 
firmer cette opinion (i). 

Quand le bruit de soufflet n'existe que dans une 
artère d'un petit ou d'un moyen volume , qu'il n'y 
occupe qu'une petite étendue, et surtout lorsqu'il 
est intermittent , il se lie seulement à une agitation 
nerveuse souvent très-légère, et à une accélération 
du pouls tantôt habituelle, tantôt excitée par le 
plus léger exercice ou la moindre émotion. C'est 
surtout chez les hypochondriaques jeunes et d'une 
constitution sanguine ou lymphatico-sanguine qu'on 
le rencontre à ce degré. Il a alors ordinairement son 
siège dans les sous-clavières, plus rarement dans 
les carotides, et plus souvent à droite qu'à gauche. 
Très-rarement le bruit de soufflet se trouve chez les 
sujets attaqués de fièvres soit essentielles , soit symp- 
tomatiques; il est assez commun chez les sujets 
attaqués de maladies du cœur, et surtout de palpi- 
tations purement nerveuses. 

Quand le bruit de soufflet a son siège dans l'aorte , 
et surtout dans sa portion abdominale , il y a tou- 
jours un état de trouble très -marqué dans les 

écouté sur le poiut comprimé même ou tout auprès, était beau- 
coup moins fort que celui que donne quelquefois une seule ar- 
tère , la carotide par exemple. Tout prouve donc que les phé- 
nomènes dont il s'agit sont entièrement dus à une altération 
des actions vitales. (Note de fauteur.) 

(i) J'ai discuté celte opinion dans une des notes de ce vo- 
lume, à l'article où Laennec parle du bruit de soufflet du cœur 
et des artères {Foy. pag. g 51 Andiul. 

in. 



*>3 



Dl4 DES AFFECTIONS NERVEUSES DES ARTÈRES. 

fonctions du système nerveux, une agitation accom- 
pagnée d'anxiété, des lipothymies plus ou moins 
complètes, déterminées par les plus légères causes , 
ou survenant même sans causes appréciables : le 
pouls, est dans ce cas, habituellement accéléré. 

Lorsque les deux carotides sont affectées à la fois, 
lorsqu'il existe en même temps un frémissement 
cataire , les mêmes symptômes ont lieu à un degré 
un peu moindre, Dans l'un et l'autre cas, on peut 
presque toujours développer artificiellement le bruit 
de soufflet dans les artères crurales et brachiales de 
la manière que nous avons indiquée. Quand le bruit 
de soufflet existe à la fois dans le cœur , dans l'aorte, 
les carotides , les sous-clavières, les brachiales et les 
crurales , il y a anxiété extrême , gêne de la respi- 
ration , fréquence du pouls , quelquefois sentiment 
d'une chaleur interne incommode, sans que l'état 
de la peau et l'ensemble des symptômes indiquent 
un état fébrile. Cet état est toujours extrêmement 
grave , et je pense que par lui-même il peut occa- 
sionner la mort. Cependant les sujets que j'ai vu 
succomber avaient en même temps une hypertrophie 
ou une dilatation plus ou moins marquée du cœur. 
D'un autre côté, j'ai vu guérir un jeune homme qui, 
outre le bruit de soufflet général , avait une hyper- 
trophie très-forte du cœur. 

Lorsque le bruit de soufflet est très-intense, et 
qu'il existe dans un grand nombre d'artères à la fois, 
le frémissement cataire est ordinairement sensible 
dans quelques-unes. Ce phénomène n'est cependant 
lié constamment ni à l'intensité du bruit de soufflet, 
ni à son étendue , ni à la gravité de la maladie. Je 



SPASME DKS ARTÈRES, LTC 5l5 

l'ai trouvé quelquefois très-manifeste dans l'une des 
carotides, qui seule donnait le bruit de soufflet, et 
encore très-faiblement. Dans le cœur, au contraire, 
il ne se rencontre guère que le bruit de soufflet ne 
soiten même temps extrêmement intense. 

Dans un grand nombre de cas où existe le bruit 
de soufflet à un degré un peu marqué dans quelques 
artères, le pouls des artères radiales présente un 
frémissement particulier, une sorte de vibration 
tout-à-fait analogue à celle qu'offre une corde mé. 
tallique tendue, lorsqu'on la touche du bout du 
doigt après l'avoir pincée légèrement. Ce caractère 
du pouls est probablement celui que Corvisart a 
rencontré dans les cas d'ossification des valvules 
mitrales où le frémissement cataire existe à la région 
du cœur ; il semblerait n'être qu'un diminutif de ce 
dernier phénomène. Cependant, je l'ai rencontré le 
plus souvent chez des sujets qui présentaient le 
bruit de soufflet dans quelques artères, et nulle part 
le frémissement cataire. Je l'ai rencontré plus rare- 
ment chez des sujets qui présentaient, outre le bruit 
de soufflet, le frémissement cataire soit dans le 
cœur, soit dans quelque artère. Je l'ai quelquefois 
trouvé chez des sujets qui ne présentaient nulle part 
ni l'un ni l'autre phénomène; mais alors je suis 
presque toujours parvenu à développer le bruit de 
soufflet dans les artères brachiale ou crurale par la 
pression intermittente (F. pag. 94), et dans les 
sous-clavières ou dans les carotides, en faisant 
marcher le malade un peu rapidement pendant 
quelques instans, en le faisant tousser ou inspirer 
fortement. 



5l6 DES AFFECTIONS NERVEUSES DES ARTERES. 

Il me semble , en conséquence , que ces trois phé- 
nomènes, le bruit de soufflet, le frémissement 
cataire, et le pouls frémissant, sont dus à des mo- 
difications diverses, quoique analogues, de l'action 
des artères et du cœur , et que l'un ne peut être 
regardé comme un degré plus ou moins intense de 
l'autre. 

Quelquefois , le bruit de soufflet étant continu ou 
intermittent dans le cœur ou dans quelque artère , 
le pouls n'est frémissant qu'à de longs intervalles 
et pendant une ou deux diastoles seulement : mais, 
dans ces cas , j'ai trouvé quelquefois le frémissement 
si distinct , si bien lié avec le flot sanguin , qu'il sem- 
blait se passer dans le sang lui-même, et justifier 
l'opinion de Tréviranus, qui, comme on sait, ad- 
met une action propre dans le sang. 

Le bruit de soufflet peut exister au plus haut 
degré avec ou sans frémissement cataire , soit dans 
les artères, soit même dans le cœur, sans qu'il y ait 
en même temps augmentation de leur force d'im- 
pulsion. Mais quand ces deux circonstances se 
trouvent réunies , ce qui arrive fréquemment, l'état 
d'agitation que nous avons décrit ci- dessus est beau- 
coup plus marqué. 

Traitement des affections nerveuses des artères. 
— Dans l'impulsion artérielle augmentée , la saignée 
est parfaitement indiquée , et souvent même on ne 
peut obtenir de soulagement qu'en y revenant plu- 
sieurs fois de suite , et tirant à chaque fois une assez 
grande quantité de sang. On doit être plus réservé 
sur l'emploi de ce moyen, quand il n'existe qu'un 
bruit de soufflet sans augmentation de la force 



SPASME DES ARTÈRES, ETC. OI7 

d'impulsion ; les bains tièdes , et surtout les bains 
d'ondées, donnés à l'aide d'un arrosoir et à une 
température telle que le malade finisse par éprou- 
ver l'impression du frais et même du froid léger, 
sont également utiles dans l'un et dans l'autre cas , 
et c'est même le moyen qui m'a le plus habituelle- 
ment réussi. J'ai obtenu quelquefois des succès de 
l'application de l'aimant , lorsque le bruit de soufflet 
était borné au cœur ou à l'aorte, mais moins sou- 
vent que dans Yangina pectoris. Les infusions da 
digitale et de laurier-cerise ne m'ont paru être que 
d'une utilité médiocre. Dans les cas de bruit de 
soufflet simple, sans impulsion augmentée, et prin- 
cipalement chez les sujets pâles et cachectiques , les 
ferrugineux, les gommes fétides et le castoréum 
m'ont quelquefois été plus utiles. Une diète modé- 
rée et l'abstinence de toute espèce de stimulant 
doivent, dans tous les cas , seconder les effets du 
traitement. 



APPENDICE. 



APPLICATION DE L'AUSCULTATION 

A PLUSIEURS CAS ÉTRANGERS AUX MALADIES DE LA 

POITRINE. 



ARTICLE PREMIER. 

Application de V Auscultation à V étude des 
phénomènes de la grossesse. 

Je n'avais pas songé à appliquer l'auscultation à l'é- 
tude des phénomènes de la grossesse. Cette heureuse 
idée est due à mon compatriote et ami M. le docteur 
de Kergaradec, qui, s'occupant à vérifier les faits 
contenus dans la première édition de cet ouvrage, 
voulut étudier, à l'aide de l'auscultation , les mouve- 
mens exécutés par le fœtus dans le sein de la mère. 
Ses premières recherches furent faites sur une 
femme qui touchait au terme de sa grossesse. Il ob- 
tint pour résultat la connaissance de deux phéno- 
mènes qui peuvent être regardés aujourd'hui comme 
les signes les plus certains de la grossesse : l'un est 
le battement du cœur du fœtus; l'autre, désigné par 
M. de Kergaradec sous le nom de battement simple 
avec souffle ou de bruit placentaire, parce qu'il en 
place le siège dans le placenta ou dans la partie de la 



APPL. DE l'aUSCCLT. A l'ÉTUDE DE LA GROSSESSE. 5 19 

matrice où il s'implante, est évidemment un batte- 
ment artériel avec bruit de soufflet (i). 

Les battemens du coeur du fœtus se reconnais- 
sent à des pulsations doubles semblables à celles du 
cœur de l'adulte, mais beaucoup plus rapides, et 
dont la fréquence est ordinairement double de celle 
du pouls de la mère. Ces pulsations s'entendent dis- 
tinctement dès le sixième mois et quelquefois même 
un peu plus tôt. Le lieu où elles se font entendre 
varie suivant la position de l'enfant , et est ordinai- 
rement assez étendu. Assez souvent cette étendue 
est de près d'un pied de long sur trois à quatre 
pouces de large; mais il est toujours facile de juger 
le point précis d'où elles partent , à l'intensité du 
bruit qui, augmente ou diminue , suivant que l'on 
s'éloigne ou que l'on se rapproche de ce point. Il 
est probable que l'étendue de la surface abdominale 
de la mère où l'on entend les battemens du cœur du 
fœtus doit être d'autant plus grande que le fœtus 
se trouve plus rapproché de ses membranes, et par 
conséquent qu'il y a moins d'eau dans l'amnios. 

Quelquefois on cesse d'entendre ce bruit pendant 
des heures et même pendant des jours entiers , ce 
qui peut dépendre de la faiblesse plus grande des 
battemens du cœur, mais ce qui dépend probable- 
ment plus souvent encore de ce que le fœtus se 
trouve momentanément éloigné des membranes et 
ne leur touche par aucun point de son dos ; car, 

(i ) Mémoire sur V auscultation appliquée à l'étude de la 
grossesse, par M. Le Jumeau de Kergaradec* D.-M.-P. Paris 
182a. 



520 APPLICATION DE l' AUSCULTATION 

pour le bien entendre, il faut nécessairement que 
le tronc du fœtus, les membranes, l'utérus et les 
parois abdominales de la mère se touchent immé- 
diatement. Une anse d'intestin placée entre ces der- 
nières et le corps de l'utérus suffit pour empêcher 
de l'entendre, et les eaux, comme ayant la propriété 
conductrice du son à un moindre degré que les so- 
lides , doivent être également un obstacle quand 
elles se trouvent interposées en trop grande quan- 
tité entre les membranes et le tronc du fœtus. 

Ce signe est du nombre de ceux dont on ne peut 
révoquer en doute la certitude, et qui ne peuvent 
être simulés par rien ; car quoique l'on entende 
quelquefois le cœur de la mère en appliquant le sté- 
thoscope sur l'épigastre , les flancs ou les lombes, 
l'extrême différence de fréquence qui existe entre 
les battemens du cœur de la mère et ceux du cœur 
de l'enfant, empêche que l'erreur soit possible à cet 
égard (i). 

(i) M. Mayor, chirurgien distingué de Genève, a entendu les 
battemens du cœur du fœtus avant l'époque a laquelle M. de 
Kergaradec a commencé ses recherches ; c'est ce qui résulte 
de la note suivante, insérée dans la Bibliothèque univer- 
selle, faisant suite à la Revue Britannique , t. ix, novembre 
1818, Genève. (Il s'agit du rapport fait à l'Institut par M. Percy 
suri' Auscultation médiate ). .< Cette observation nous en rap- 
« pelle une de M. Mayor, habile chirurgien à Genève, qui 
« nous a semble très -intéressante dans ses rapports avec l'art 
« des accouchemens et avec la médecine légale. Il a découvert 
* qu'on peut reconnaître avec certitude si un enfant est arrivé 
« à peu près ù terme, est vivant ou non, en appliquant l'o- 



a l'étude de la. grossesse. 52 1 

L'agitation de la circulation chez la mère n'influe 
pas, constamment au moins, sur l'état des batte- 
mens du cœur chez l'enfant, et vice versa. M. de 
Rergaradec a remarqué une fois entre autres que 
pendant qu'il examinait les battemens du cœur du 
fœtus , ils acquirent tout-à-coup une vitesse telle 
qu'il ne lui fut plus possible de les compter. La 
mère était dans un état très calme , et son pouls 
n'offrait aucune accélération. Au bout de quelques 
ïnstans , les pulsations fœtales reprirent leur fré- 
quence accoutumée, qui varie de cent vingt à cent 
soixante. Il m'est arrivé à moi-même de sentir le 
cœur du fœtus prendre tout-à-coup une énergie 
extraordinaire; le bruit devint presque égal à celui 
du cœur d'un adulte sain , mais sans impulsion et 
sans altération notable dans le rhythme ou la fré- 
quence des battemens. Ce phénomène ne dura que 
quelques secondes. La mère n'éprouva rien qui an- 
nonçât une émotion quelconque. 

Le second phénomène découvert par M. de Ker- 
garadec , et désigné par lui sous le nom de pulsa- 
tions avec souffle , est évidemment une pulsation 
artérielle tout-à-fait isochrone au pouls de la mère , 
et avec bruit de soufflet. Cette pulsation n'est point 



« reille sur le ventre de la mère : si l'enfant est vivant, on 
« entend fort bien les battemens de son cœur, et on les distin- 
« gue facilement de ceux du pouls de la mère (R.). » Cette note 
est du rédacteur. Il ne me paraît pas, au reste, que M. Mayor 
ait poussé plus loin son observation, puisqu'il n'a rien fait 
connaître à cet égard depuis la publication du Mémoire de 
M. de Kergaradec. (Note de l'auteur.) 



522 APPLICATION DE l' AUSCULTATION 

accompagnée de la sensation du choc ; on l'entend 
seulement , et elle paraît trop profondément située 
pour qu'on puisse la sentir. Le point où elle se fait 
entendre est immuable , mais il varie chez chaque 
individu , et 1 étendue des parois abdominales dans 
laquelle on peut entendre ces pulsations est ordi- 
nairement moindre que celle où il est possible d'en- 
tendre le cœur du fœtus. Le plus souvent elle n'est 
que de trois à quatre pouces carrés ; mais quelque^ 
fois ces battemens se font entendre dans un espace 
qu'on ne couvrirait pas avec la main. Dans une vi- 
site faite à l'hôpital de la Maternité avec MM. de 
Kergaradec et de Lens , nous les avons trouvées chez 
un sujet dans presque tout le flanc droit et les lom- 
bes du même côté; mais dans ces cas même, on 
sent parfaitement, que ces pulsations n'occupent 
qu'un point très-circonscrit , et le bruit diminue à 
mesure qu'on s'en éloigne. 

Ces pulsations m'ont présenté toutes les variétés 
du bruit de soufflet , excepté le sifflement , sur deux 
ou trois tons divers ; mais je l'ai trouvé fréquem- 
ment sibilant, particulièrement vers le quatrième 
mois, époque à laquelle on commence ordinaire- 
ment à l'entendre. Dès que le fond de l'utérus se 
trouve avoir dépassé le niveau du détroit, et peut 
être mis en contact avec les parois abdominales à 
l'aide de la pression exercée par l'extrémité du sté- 
thoscope, on entend ce bruit très-distinctement, et 
peut-être même plus fortement qu'à la fin de la gros* 
sesse. A cette même époque, ce bruit m'a présenté 
quelquefois un caractère que je n'ai pas trouvé à une 
époque plus avancée: il semble que le coup de souf- 



a l'étude de la. grossesse. 5?3 

flet , un peu sibilant, retentisse clans une bouteille 
vide. Plus tard le bruit de soufflet est presque tou- 
jours sourd , très-diffus , et ne donne nullement la 
sensation du calibre artériel. 

D'après les premières observations de M. de Ker- 
garadec et celles qui ont été faites depuis , il paraît 
que ce bruit a constamment lieu au point d'inser- 
tion du placenta , et^ par cette raison , M. de Ker- 
garadec le désigne aussi sous le nom de bruit placen- 
taire. Ce fait demande d'autant plus à être vérifié , 
que la connaissance du point précis où est implanté 
le placenta peut devenir , dans bien des cas , d'une 
grande utilité pratique. 

Le bruit de soufflet se fait entendre ordinairement 
dans le côté opposé à celui où l'on entend le cœur 
du foetus ; mais cela n'est pas constant : j'ai entendu 
très- fréquemment les deux bruits du même côté, 
et , dans une circonstance, M. de Kergaradec et 
moi avons entendu le bruit du cœur du fœtus der- 
rière le bruit de soufflet, qui avait lieu à la partie 
antérieure de l'hypogastre, de sorte qu'il est pro- 
bable que le placenta était implanté sur la partie 
antérieure de la matrice. 

Au reste , je ne pense pas que ce bruit puisse se 
faire dans le placenta lui-même , quoiqu'on ne sente 
que très-rarement le calibre artériel. Il est évident , 
pour quiconque a entendu le bruit de soufflet clans 
les carotides et la brachiale , que les pulsations avec 
souffle sont un phénomène identique, et qui doit 
se passer aussi dans une artère d'un certain volume ; 
et on ne peut, par conséquent, balancer qu'entre 
l'hypogastrique , l'iliaque primitive et les artères 



5^4 APPLICATION DE l' AUSCULTATION 

utérines. Il me paraît certain que les deux premiè- 
res ne peuvent être le siège du phénomène; car , si 
cela était, il existerait des deux côtés de l'utérus à 
la fois , ou tantôt d'un côté , tantôt de l'autre , chez 
le même individu ; on pourrait même le déterminer 
d'un côté ou de l'autre en variant la position du su- 
jet et amenant la pression tantôt sur l'artère du 
côté gauche , tantôt sur celle du côté droit , et tout 
cela n'est pas. Si toutes les artères utérines pou- 
vaient indifféremment donner le bruit de soufflet, 
on le sentirait dans des points divers et dans plu- 
sieurs à la fois , et probablement même on sentirait 
distinctement le calibre de l'artère soufflante. Ce 
qui me semble le plus probable , c'est que le bruit 
est donné par la branche artérielle qui sert prin- 
cipalement à la nutrition du placenta. Quoi qu'il en 
soit , le fait suivant peut servir à prouver que le phé- 
nomène dont il s'agit est lié à l'existence et aux fonc- 
tions de ce corps. Je fis part des premières commu- 
nications que m'avait faites M. de Kergaradec à l'un 
de nos amis communs, M. le docteur Ollivry, mé- 
decin à Quimper , qui a de fréquentes occasions de 
se livrer à la pratique des accouchemens. Quelque 
temps après , il me répondit ce qui suit : « J'ai re- 
tc connu bien positivement sur quatre femmes la 
« vérité des observations que vous m'avez commu- 
« niquées. Je me suis assuré, en introduisant la main 
« dans la matrice immédiatement après la sortie de 
« l'enfant , que le point où j'avais entendu les pul- 
« sations avec souffle avant l'accouchement, cor- 
« respondait exactement à celui où le placenta était 
« implanté. Je suis tellement convaincu de cette vé- 



a l'étude de la grossesse. 525 

« rite , que je ne répéterai plus cette recherche 9 qui 
« est assez pénible pour la nouvelle accouchée. S'il 
« vous fallait une nouvelle preuve à l'appui de l'o- 
« pinion que vous m'avez manifestée relativement 
« à la cause qui produit ce bruit de soufflet , vous 
« la trouveriez comme moi dans sa cessation à Vin- 
« s tant même oii ton coupe le cordon ombilical. » 

Ce dernier fait me paraît tout-à-fait décisif, et en 
supposant même qu'on ne puisse par la suite par- 
venir à déterminer d'une manière plus positive le 
siège des pulsations avec souffle, il est certain qu'el- 
les partent de la région où est implanté le placenta, 
et qu'elles sont liées à son action. Elles seront donc 
toujours bien nommées pulsations placentaires. 

Le bruit placentaire n'est pas continuel ; il est des 
jours où on a beaucoup de peine à le trouver. Sans 
doute l'interposition d'une anse intestinale entre l'u- 
térus et les parois de l'abdomen peut quelquefois en 
rendre la perception impossible ; mais souvent on 
l'entend cesser et reparaître sous le stéthoscope sans 
que l'instrument ait été déplacé. Ce fait rentre, au 
reste , dans l'analogie du bruit de soufflet artériel f 
et confirme ce que nous avons dit de sa nature spas- 
modique. 

Une autre analogie non moins remarquable et 
propre également à. confirmer ce que nous venons 
de dire sur le siège des pulsations açec souffle, c'est 
que les battemens des sous-clavières , qui dans l'état 
naturel ne s'entendent point au-dessous des clavi- 
cules , deviennent très-sensibles quand ces artères 
donnent le bruit de soufflet. 

Dans le cas d'une grossesse double ou multiple , il 



5â6 APPLICATION DE l' AUSCULTATION 

est évident que l'on entendrait deux cœurs , et même 
deux pulsations placentaires dans des points diffé- 
rens de l'utérus. Après la sortie d'un premier fœtus, 
on pourra également reconnaître qu'il en existe un 
second. Déjà, depuis la publication du mémoire 
de M. de Kergaradec , je sais qu'une grossesse double 
a été reconnue à l'aide du stéthoscope quelques jours 
avant l'accouchement. 

Outre l'avantage de pouvoir déterminer d'une ma- 
nière assez rigoureuse la position du placenta, il est 
très-probable, ainsi que l'a pensé M. de Kergaradec, 
que l'auscultation pourra donner quelques notions 
sur la position du fœtus avant même que la dilata- 
tion du col de l'utérus existe. A raison de la cour- 
bure du fœtus enfermé dans ses membranes, il est 
évident que le dos est de toutes les parties de son 
corps celle dont le contact avec les parois utérines 
doit rendre plus facile la transmission des batte- 
mens de son cœur; et par conséquent, lorsque ce 
bruit est clair et facile à percevoir , on en doit con- 
clure que le dos du fœtus se trouve immédiatement 
sous le stéthoscope. Si ce bruit est faible, on doit 
penser qu'on est à quelque distance du dos, et 
souvent même on distingue si le cœur est un peu 
à droite ou à gauche du point où l'on ausculte. 

On peut aussi espérer que l'auscultation jettera 
quelque lumière sur les grossesses extra-utérines; 
mais je n'ai encore aucun fait à l'appui de cette opinion. 

L'étude des phénomènes dont nous venons de 
parler dans cet article demande incomparablement 
plus d'attention que celle de tous ceux que présen- 
tent les maladies de la poitrine. Ces bruits étant 



AU DIAGNOSTIC DES FRACTU RES , ETC. 5*27 

très-faibles, il faut qu'un grand silence se fasse au- 
tour de l'observateur. Il faut quelquefois donner 
beaucoup de temps à l'observation , et y revenir à 
plusieurs reprises , puisque les phénomènes sont in- 
termittens; il faut surtout se bien exercer à distin- 
guer les bruits que Ton cherche, de quelques autres 
qui pourraient donner lieu à erreur, et particulière- 
ment du bruit du cœur de la mère , d'un bruit 
sourd analogue à celui que produit le dégagement 
d'un gaz à travers un liquide un peu épais, et qui 
est dû à l'action péristaltique des intestins sur les 
vents qu'ils contiennent; et enfin du bruit de con- 
traction donné par les muscles de l'observateur , et 
qui est à peu près inévitable , parce qu'il est né- 
cessaire d'employer une certaine force pour main- 
tenir le stéthoscope appliqué de manière à ce qu'il 
fasse corps avec les parois abdominales et l'utérus. 
Si l'on applique immédiatement l'oreille, ce bruit 
est plus intense encore -, parce qu'il faut une plus 
grande force. 

ARTICLE IL 

Application de V Auscultation au diagnostic des 
fractures , des calculs de la vessie , des abcès du 
joie , des maladies de la caisse du tympan^ etc. 

J'avais pensé depuis long-temps que l'ausculta- 
tion pouvait s'appliquer utilement à divers cas 
chirurgicaux , et particulièrement au diagnostic des 
calculs de la vessie et des fractures douteuses; je 
n'avais pu , faute d'occasions , et entraîné d'ailleurs 



528 APPLICATION DE l' AUSCULTATION 

par des occupations toutes différentes, faire aucune 
recherche suivie à ce sujet. M. le docteur Lisfranc 
a publié dernièrement une belle suite d'observa- 
tions et d'expériences qui ne laissent plus aucun 
doute à ce sujet, et qui déterminent d'une manière 
exacte les signes auxquels on peut reconnaître les 
cas de ce genre qui paraîtraient douteux (1). Nous 
allons exposer, d'après le Mémoire deM. Lisfranc, ces 
signes, quenous avons nous-mêmes vérifiés en partie. 

§ I er . Application de l'Auscultation au diagnostic des 

fractures. 

Le stéthoscope, appliqué sur le lieu d'une frac- 
ture, produit, sous l'influence du plus léger mou- 
vement que l'on imprime au membre , une crépi- 
tation plus manifeste que ne l'est à l'oreille nue celle 
que l'on obtient par les mouvemens les plus éten- 
dus. Souvent même la légère pression que l'oreille 
imprime au stéthoscope suffit pour la déterminer; 
et, sous ce seul rapport, l'usage du stéthoscope 
aurait déjà un grand avantage sur l'exploration 
par la main , puisqu'elle évite aux malades des dou- 
leurs souvent très-vives. 

La crépitation fournie par les fragmens des os 
compactes donne un bruit éclatant, et qui a de l'a- 
nalogie avec celui que produit un morceau de bois 
que Ion rompt sur le genou; elle est accompagnée 
d'une sensation d'âpreté qui fatigue l'oreille. 

(i) Mémoire sur de nouvelles applications du stéthos- 
cope, par J. lisfranc, membre titulaire de l'Acad. royale de 
Méd. , etc. 



AU DIAGNOSTIC DES FRACTURES. 5 2 9 

La crépitation des fragmens des os spongieux est 
plus sourde, et donne la sensation de l'action d'une 
lime sur ces os ; de temps en temps seulement on 
entend quelques sons plus éclatans , et analogues à 
ceux de la crépitation des os compactes, mais moins 
bruyans. 

Le bruit de la crépitation n'est nulle part plus fort 
qu'au lieu même de la fracture : il diminue à mesure 
qu'on s'en éloigne; mais il peut être entendu aune 
grande distance lorsque la fracture intéresse la sub- 
stance compacte d'un os long. La crépitation, dans 
les fractures du fémur surtout , peut être entendue 
jusque sur le crâne. La détermination du lieu pré- 
cis de la fracture devient, d'après ce qui précède, 
très-facile à faire , d'autant que le bruit perçu est 
accompagné de la sensation du point plus ou 
moins éloigné où il se fait. 

La crépitation des fractures obliques est plus forte 
que celle des fractures transversales ; mais s'il y a 
chevauchement , elle devient quelquefois plus obs- 
cure, et alors une oreille peu exercée ne l'entendrait 
peut-être distinctement qu'à l'aide d'une extension 
et d'une contre-extension légères. 

Si la fracture est comminutive, le stéthoscope 
donne distinctement la sensation de plusieurs es- 
quilles séparées. 

En général, plus on appliquera l'auscultation à 
des objets divers , et plus on trouvera que le tact de 
l'oreille a , dans une multitude de cas , une délica- 
tesse tout-à-fait surprenante. Nous avons déjà vu 
que, réuni à l'ouïe, il donne daus plusieurs maladies 
des organes thorociques les sensations d'humidité et 
111. 34 



53o APPLICATION DE LAUSCULTATION 

de sécheresse , de forme et d'étendue. J'ai distingué , 
dans des fractures faites sur des lapins , la forme 
pointue ou obtuse, et la comminution , lorsque la 
main, à raison de l'épaisseur des parties molles, ne 
reconnaissait ces circonstances que d'une manière 
obscure et douteuse. 

Lorsque des liquides sont épanchés autour des 
fragmens , îl se joint à la crépitation un gargouil- 
lement que M. Lisfranc compare à celui que produit 
le pied dans un soulier plein d'eau. Quand la frac- 
ture est compliquée d'une plaie des parties molles 
qui pénètre jusqu'au lieu même où elle existe , à la 
crépitation se joint un bruit de souffle analogue à 
celui que font entendre des inspirations et des expi- 
rations fortes, la bouche restant toujours largement 
ouverte. 

Il est impossible de confondre la crépitation des 
fractures avec la sensation fournie par les surfaces 
articulaires déplacées dans une luxation : cette sen- 
sation est sourde et obscure ; c'est celle de deux sur- 
faces polies et humides glissant l'une sur l'autre. 

Il suit de ce que nous venons de dire qu'au moyen 
du stéthoscope , on peut reconnaître facilement, et 
sans occasioner de douleur aux malades , toutes les 
fractures, et même celles dont l'existence, habituel- 
lement difficile à constater, reste quelquefois dou- 
teuse, même après la guérison, pour les plus habiles 
chirurgiens, et particulièrement les fractures du col 
et des condyles du fémur; celles du péroné, surtout 
à sa partie inférieure; celle de la malléole interne; 
les fractures longitudinales et obliques de la rotule ; 
celles des os du bassin; celles du radius et du cubi- 



AU DIAGNOSTIC DES CALCULS DE LA VESSIE. 53 I 

tus, lorsqu'un seul cle ces os est cassé ; celles du col 
de l'humérus et des condyles de cet os ; celles de 
l'extrémité acromienne de la clavicule; celles de l'o- 
moplate et des côtes; celles de la colonne vertébra- 
le; enfin, les fractures accompagnées d'un gonfle- 
ment considérable des parties molles environnantes, 
comme sont surtout celles qui ont lieu dans le voi- 
sinage des articulations. Dans tous ces cas, le sté- 
thoscope, appliqué sur le lieu même de la fracture, 
fera entendre la crépitation à l'aide du plus léger 
mouvement imprimé au membre fracturé, et le plus 
souvent même par la simple pression que demande 
l'application exacte de l'instrument. Lorsqu'une 
grande épaisseur de parties molles, augmentée en- 
core par le gonflement inflammatoire, rendra le signe 
plus obscur, on appliquera le stéthoscope sur le point 
de l'os fracturé le plus voisin de la peau, ou même 
sur l'un des os qui s'articulent avec lui , la crépita- 
tion, comme tous les sons, se propageant mieux à 
travers des corps un peu denses, tels que des os, 
qu'à travers des corps mollasses comme les muscles 
et le tissu cellulaire : ainsi, pour la fracture du col 
du fémur, on fera bien d'appliquer le stéthoscope 
sur le grand trochanter, ou sur la crête de Fos des 
îles. 

§ II. Application de V Auscultation au diagnostic des 
calculs de la vessie. 

Le cathétérisme est, sans contredit, un excellent 
moyen de constater l'existence d'un calcul dans la 
vessie: cependant la sensation que donne le choc 
du cathéter contre la pierre est quelquefois douteu- 



532 APPLICATION DE l' AUSCULTATION 

se; il n'est arrivé que trop souvent aux plus habiles 
chirurgiens de tailler des malades qui n'avaient pas 
la pierre ; et il est peu d'années que ce malheur 
n'arrive encore dans quelqu'une des capitales de 
l'Europe. On peut affirmer qu'il n'arrivera plus, au 
moins aux chirurgiens qui, dans les cas douteux, 
ne se décideront à opérer qu'après avoir exploré 
à l'aide du stéthoscope. 

Lorsque la vessie contient un calcul , si l'on ap- 
plique le stéthoscope sur le sacrum ou sur le pubis, 
pendant qu'un aide promène le cathéter dans la 
vessie, on entendra le choc de cet instrument sur le 
calcul beaucoup plus fortement et plus distincte- 
ment qu'on ne le fait à distance et à l'oreille nue, et, 
dans les cas les plus obscurs, la sensation en sera 
tout aussi évidente que le serait en plein air le bruit 
donné par un coup beaucoup plus fort, porté avec 
Ja sonde sur une pierre. 

Si, au contraire, la vessie ne contient point de cal- 
cul, lorsque l'urine qui y est contenue sera presque 
entièrement écoulée, on entendra un gargouillement 
analogue à celui que produit la salive poussée rapi- 
dement entre les dents, la bouche étant fermée. 
Lorsque la vessie est entièrement vide, les mouve- 
mens réguliers que l'on imprime au cathéter font 
entendre un bruit qui porte avec lui la sensation du 
jeu d'une pompe foulante et aspirante. Ces derniers 
bruits sont sans doute dus à la présence d'une cer- 
taine quantité d'air introduite en même temps que 
le cathéter. 

On sait que le célèbre Desault a été trompé lui- 
même par une tumeur fongueuse de la vessie qu'il 



AU DIAGNOSTIC DES CALCULS DE LA VESSIE. 533 

prit pour un calcul. M. Lisfranc a voulu vérifier si 
une production de ce genre pourrait en imposer à 
l'oreille armée du stéthoscope: il a placé en consé- 
quence dans la vessie des morceaux de muscles et 
d'autres tissus mous, et il n'a entendu que ce que 
l'on entend quand la vessie est vide ou ne contient 
que très peu d'urine. 

Il est une multitude d'autres cas où l'obscurité de 
la sensation fournie par le choc de la sonde peut 
cesser à l'aide du stéthoscope appliqué au voisinage 
du point où on la dirige, et entre autres les corps 
étrangers introduits dans l'oreille, les fosses nasales, 
le pharynx, l'œsophage, le rectum, les plaies, et cel- 
les d'armes à feu surtout. Je ne doute pas que les 
bruits différens donnés par le choc delà sonde con- 
tre une balle, une pointe d'épée, un éclat d'obus, 
placés profondément auprès d'un os, ou implantés 
dans sa substance, ne fassent reconnaître ces corps 
étrangers beaucoup plus facilement que la sensa- 
tion transmise à la main par la sonde. Il en doit être 
de même dans les cas de nécrose et de carie, et, en 
général, dans tous les cas où la sensation donnée 
par la sonde laissera encore dans le doute. Si l'on 
touche ou non une surface osseuse, ou un corps 
étranger plus dur ou plus mou qu'un os, le stéthos- 
cope appliqué le plus près possible du point frappé, 
ou sur l'os le plus voisin, donnera une conviction 
beaucoup plus pleine. 

Je pense que les injections que l'on a coutume 
de faire dans les plaies fistuleuses pourraient quel- 
quefois fournir un nouveau moyen d'exploration 
propre à faire connaître, plus complètement que la 



534 APPLICATION DE L'AUSCULTATION 

sonde, l'étendue et la situation des clapiers et des 
trajets fistuleux. En effet, une certaine quantité d'air 
pénètre nécessairement avec l'injection, et il serait 
facile de l'augmenter en injectant de l'air après avoir 
injecté de l'eau: le gargouillement qui en résulte- 
rait serait tout-à-fait analogue au râle caverneux, 
qui, comme je l'ai déjà dit, indique l'étendue des 
excavations ulcéreuses du poumon. 

§ III. Application de /' Auscultation au diagnostic des 

abcès du foie. 

Je pense que l'application du stéthoscope pourra 
encore faire reconnaître les abcès du foie, et les 
kystes hydatiques formés dans ce viscère, lorsqu'ils 
viendront à s'ouvrir, soit dans l'estomac ou les intes- 
tins, soit dans le poumon, comme on en a vu quel- 
ques exemples. Dans les deux premiers cas, en pres- 
sant l'abdomen dans la portion molle de l'hypo- 
condre droit, on obtiendra probablement un gar- 
gouillement manifeste dû à l'introduction des gaz 
intestinaux dans l'excavation du foie. Dans le der- 
nier, c'est-à-dire, dans le cas de communication fis- 
tuleuse de l'abcès du foie avec les bronches, je ne 
doute pas que Ton n'obtienne la toux et la respira- 
tion caverneuse, le râle de même nature, peut-être 
même la transmission de la voix à travers le tube 
du stéthoscope, et, si l'excavation était très vaste, le 
tintement métallique. 



AU DIAGNOSTIC DES MALAD. DE LOREILLE INTERNE. 535 

§ IV. Application de l'Auscultation au diagnostic des 
maladies de la caisse du tympan , de la trompe ctEus- 
tacho , et des sinus des fosses nasales. 

Je n'ai songé que depuis l'année dernière à cette 
application , qui , je le pense , pourra donner quel- 
ques résultats utiles. J'ai seulement constaté les faits 
suivans : si l'on applique sur la base de l'apophyse 
mastoïde le stéthoscope garni de son obturateur , ou, 
mieux encore , muni d'un obturateur d'un demi- 
pouce seulement de diamètre à son extrémité , qui 
doit être creusée en forme de pavillon , et si l'on re- 
commande en même temps à la personne sur la- 
quelle on fait cette expérience de boucher avec le 
doigt la narine du côté opposé , et de souffler un 
peu fortement par celle qui reste libre , on entend 
distinctement un souffle qui indique la pénétration 
de l'air dans les cellules mastoïdiennes. 

S'il se trouve un peu de mucosité dans la trompe 
d'Eustache, ou dans la caisse du tambour, on entend 
un gargouillement fort analogue au râle muqueux , 
et l'on distingue facilement s'il est dans la trompe 
d'Eustache , dans la caisse ou dans les cellules mas- 
toïdiennes. Ce phénomène s'observe fréquemment 
chez les personnes attaquées d'un coryza , même lé- 
ger ; il n'est pas toujours accompagné de dureté de 
l'ouïe. 

Si la mucosité vient à obstruer complètement la 
trompe, on n'entend plus rien jusqu'au moment où 
elle se débouche par les efforts indiqués ci-dessus. 

L'inspiration très-forte faite par le nez remue éga- 
lement la masse d'air contenue dans les sinus des 



536 APPLICATION DE l' AUSCULTATION 

fosses nasales et dans les cavités de l'oreille , et fait 
entendre un brait fort semblable à celui de la res- 
piration bronchique. 

Lorsque l'on applique le stéthoscope sur l'apo- 
physe mastoïde , le conduit auditif externe, les bos- 
ses sourciliéres , les os maxillaires supérieurs ou le 
nez d'un homme sain , et qu'on le fait parler , on 
entend retentir la voix à peu près comme elle le fait 
dans la trachée , mais avec beaucoup moins de force. 
Quelquefois cependant elle traverse évidemment le 
stéthoscope. Cette résonnance, qu'on pourrait ap» 
peler rhinophonie , puisqu'elle est due au retentis- 
sement de la voix dans les fosses nasales et dans la 
partie de l'oreille interne qui est en communication 
avec elles , s'entend plus ou moins sur toute l'éten- 
due du crâne, et cela se conçoit d'autant plus faci- 
lement que la substance cérébrale est assez compacte 
pour être un bon conducteur du son. 

De ces faits , on peut conclure que l'auscultation 
deviendra un moyen sûr de reconnaître l'oblitéra- 
tion permanente de la trompe d'Eustache 5 et servira 
à déterminer les cas dans lesquels on peut tenter , 
pour remédier à la surdité , soit de faire des injec- 
tions dans ce conduit, soit de perforer le tympan 
suivant la méthode d'Eli , renouvelée par Astley 
Cooper (i). Le même moyen d'exploration pourra 

(i) Le passage suivant d'une lettre écrite a Haller prouve 
qu'Eli, chirurgien de Paris , mort vers le milieu du dernier 
siècle, est le premier qui ait eu l'idée de cette opération, et qui 
l'ait exécutée : Est Lutetiœ homo quidam, Eli dictus , qui 



AU DIAGNOSTIC DES MALÀD. DE l'oREILLE INTERNE 537 

s'appliquer sans doute à l'étude de diverses autres 
affections de l'oreille interne , et particulièrement 
des suppurations catarrhales et ulcéreuses qui y ont 
leur siège. 

J'ai exploré l'oreille d'une dame âgée d'environ 
quarante-cinq ans , dans un moment où elle éprou- 
vait un tintouin auquel elle est sujette depuis plu- 
sieurs années : je n'ai absolument rien entendu. 
L'air circulait avec la plus grande liberté dans la 
caisse du tympan , la trompe d'Eustache et les cel- 
lules mastoïdiennes. Ce bruit semblerait par consé- 
quent n'être qu'une illusion d'acoustique. Le bour- 
donnement d'oreille , exploré de la même manière, 
m'a paru dépendre d'une contraction spasmodique 
des muscles qui meuvent les osselets. 

Le stéthoscope, appliqué sur les bosses sourcilières 
et à la racine du nez, fait entendre la pénétration de 
l'air dans les sinus frontaux et éthmoïdaux. En ap- 
pliquant l'instrument sur l'arcade dentaire supé- 
rieure ou sur Fos delà pommette, on entend l'air 
pénétrer dans les sinus maxillaires. On doit par con- 

surdilatem curare audet, dummodo rnalum non à pa- 
raiysi nervi septimi paris oriatur. En vero ejua metho- 
dum : tympanum exscindit et subpositium immittit. 
Fecit vero expérimenta quœdain , guœ satis 6enè ipsi 
cesserunt (Epistoiœ ad H allcrum scriptœ). Les essais d'EIi 
fixèrent, a ce qu'il paraît, fort peu l'attention des chirurgiens 
de son temps; car M. Tenon, mort il y a peu d'années, doyen 
(TCige des chirurgiens de Paris, et que j'ai interrogé ù ce sujet, 
n'en avait conservé aucun souvenir, quoiqu'il eût connu per- 
sonnellement Eli. {Note de fauteur.) 



538 APPLICATION DE L'AUSCULTATION 

séquent penser que le stliétoscope donnera des signes 
utiles de plusieurs maladies de ces cavités, et parti* 
culièrement des collections muqueuses ou purulentes 
qui s'y forment. Je ne doute pas que les mouvemens 
des larves de l'œstre , qui pénètrent si souvent dans 
les fosses nasales des chevaux et des bêtes à cornes, 
ne produisent des bruits propres à faire reconnaître 
leur présence. 

Il est une multitude d'autres cas particuliers où 
l'auscultation , seule ou aidée de quelque autre mé- 
thode d'exploration , telle que la pression ou l'ac- 
tion de la sonde, pourra fournir des données utiles: 
ainsi l'emphysème commençant et profond se re- 
connaîtra beaucoup plus vite en pressant un peu 
fortement le stéthoscope sur la partie affectée, que 
par la simple pression des doigts. Dans les cas où cet 
accident est la suite d'une plaie pénétrante et fort 
oblique de la poitrine, on reconnaîtra aisément le 
point où l'air traverse les parois thoraciques; il en 
sera de même dans le cas d'un abcès du poumon 
s'ouvrant à l'extérieur, etc. 

§ V. application de l'Auscultation à ia médecine vété- 
rinaire , etc. 

J'espère que l'utilité de l'auscultation médiate ne 
se bornera pas à la médecine humaine, et que l'art 
vétérinaire pourra en tirer quelque parti. Je ne crois 
pas cependant qu'elle puisseljamais devenir aussi utile 
chez les animaux que chez Fhomme. Outre les 
signes tirés de l'exploration de la voix , qui devien- 
nent nuls chez les premiers, et que l'on ne pourra 
jamais remplacer qu'imparfaitement par ceux que 



A LA MÉDECINE VETERINAIRE. 53g 

peuvent donner la toux, le hennissement , le mu- 
gissement, etc., etc. d'autres obstacles s'opposeront 
encore à ce qu'on puisse obtenir des résultats aussi 
étendus que chez l'homme. Mes occupations ne 
m'ont pas permis de faire beaucoup de recherches 
de ce genre ; mais les premières que j'ai faites m'ont 
montré tout de suite que, pour appliquer l'auscul- 
tation à l'art vétérinaire, il faudrait une étude toute 
nouvelle et de longues observations comparatives 
faites sur les animaux sains et malades. Voici les 
principaux obstacles que j'ai rencontrés : i° Chez 
les grands quadrupèdes, tels que le cheval et le 
bœuf, le cœur n'est pas facile à sentir, à cause de 
la position gênante qu'il faut prendre pour le trouver, 
et de la forme du sternum ; i° chez le cheval , et 
probablement chez tous les herbivores, la respiration 
est si peu bruyante qu'on l'entend à peine, même 
quand l'animal vient de courir. Je crois cependant 
que , dans l'état de maladie , elle serait plus facile à 
entendre dans les parties saines du poumon, dont 
l'action se trouve, dans ce cas, doublée ou triplée; 
et j'ai même reconnu une péripneumonie chez une 
vache, aussi facilement que j'eusse pu le faire chez 
l'homme. Chez le chien , le chat , et probablement 
chez tous les carnivores , la respiration est aussi fa- 
cile à entendre que chez l'homme. 

Malgré les inconvéniens que je viens d'indiquer, 
je ne doute pas qu'à l'aide d'observations attentives 
et suivies, on n'obtienne encore de l'auscultation 
médiate beaucoup de résultats utiles à l'art vétéri- 
naire, surtout en y joignant ia percussion de la poi- 
trine. 



54o APPLICATION DE l' AUSCULTATION 

5- VI. application de V Auscultation à l' éducation des 
sourds-muets. 

Il est encore un autre art aussi étranger à celui 
dont je viens de parler qu'à la médecine humaine, 
qui pourra peut-être retirer quelque avantage de 
l'auscultation médiate : c'est l'éducation des sourds- 
muets. M. Itard , médecin de l'institution des 
Sourds-Muets à Paris, a prouvé dans deux Mémoi- 
res lus, il y a quelques années , à la Société de la 
Faculté de Médecine de Paris (1), que la plupart 
des sourds - muets ne sont pas complètement 
sourds ; que beaucoup ne le sont qu'à un assez mé- 
diocre degré, et qu'une simple dureté de l'ouïe qui 
forcerait à peine un adulte, chez lequel elle survien- 
drait tout-à-coup, à prêter l'oreille plus attentive- 
ment, et à faire parler un peu haut, suffit lorsqu'elle 
est congénitale, ou lorsqu'elle est survenue dans 
les premières années et avant que l'enfant ait appris 
parfaitement à parler, pour produire le même effet 
que la surdité complète, c'est à dire le mutisme. 
M. Itard est parvenu, à force de soins et de patience, 
à rendre plus ou moins complètement l'ouïe et la 
parole à quelques-uns de ces sujets. Le procédé 
qu'il a employé consiste à faire peu à peu l'éduca- 
tion de l'ouïe, en faisant entendre d'abord des sons 
très-forts ou aigus, puis des sons moins bruyans et 
d'une autre nature, et successivement la voix arti- 



([) Bulletin de la Société de ia Faculté de Médecine de 
Paris, 1808, n° v. 



a l'éducatioîc des sourds-muets. 54i 

culée. Une des expériences consignées dans cet ou- 
vrage me paraît propre à rendre cette éducation 
plus facile, et à en abréger la durée. Je cherchais 
depuis quelque temps une occasion de faire quel- 
ques essais à cet égard, lorsqu'un sourd-muet entra 
à l'hôpital Necker , vers le commencement du mois 
de mai 1819, pour une indisposition assez légère, 
Cet homme, naturellement intelligent, a reçu pen- 
dant quelque temps les leçons de l'abbé Sicard_, et 
écrit de manière à se faire bien comprendre. Comme 
presque tous les sourds-muets, il entend certains 
bruits très-forts, comme ceux d'un coup de canon 
ou de fusil, d'une cloche sonnée à peu de distance, 
etc. J'appliquai sur ma trachée l'une des extrémi- 
tés du stéthoscope, et posant l'autre sur son oreille, 
je prononçai quelques mots. Il retira aussitôt la tête, 
se frotta l'oreille, et témoigna que ce qu'il avait en- 
tendu lui produisait la même sensation que plusieurs 
coups de fusil tirés coup sur coup. Je recommandai 
à un élève de répéter plusieurs fois l'expérience, et 
au bout de deux ou trois jours, il y était habitué, 
et n'en éprouvait plus de sensation désagréable. Je 
mis alors devant lui cinq objets différens : un mor- 
ceau de bois, une clef, une pièce d? argent, une 
plume et des ciseaux; je lui en prononçai les noms 
à travers le stéthoscope appuyé sur ma trachée, 
pendant qu'un élève indiquait les objets, et je lui fis 
entendre par écrit que je désirais qu'il me les dési- 
gnât, s'il trouvait quelque différence entre les sons 
de chacun d'eux. Je les lui fis désigner d'abord dans 
l'ordre où ils se trouvaient, puis dans l'ordre inverse, 
et enfin en les nommant dans un ordre variable. Au 



542 APPLICAT. DE l'aUSCULT. A l'ÉDUC , ETC. 

bout d'un quart d'heure , il distinguait parfaitement 
bois, et ne le confondait avec aucun autre mot; 
mais il se trompait souvent à' argent à ciseauœ et de 
clejk plume. Le lendemain, les erreurs étaient moins 
fréquentes, et à la troisième leçon, elles étaient plus 
rares ^encore. Quoiqu'on ne puisse à proprement 
parler, tirer aucune conclusion d'un essai de cette 
nature , je n'ai pas cru devoir le taire ; je pense qu'il 
suffit pour engager les hommes qui en auront le 
temps et l'occasion à répéter la même tentative 
d'une manière plus suivie, et particulièrement chez 
les sujets qui, par leur jeunesse et par la persistance 
d'un reste de la faculté d'entendre, peuvent donner 
plus d'espérance de succès. 

J'emploie habituellement le même moyen pour 
me faire entendre des malades sourds que je ren- 
contre à l'hôpital, et il équivaut à peu près à un 
cornet acoustique. Le même moyen peut être em- 
ployé pour obtenir des réponses de certains mala- 
des plongés dans un coma que la surdité fébrile fait 
paraître plus profond qu'il ne l'est réellement. 



RÉSUMÉ DES SIGNES STETIIOSCOPIQUES. 543 

RÉSUMÉ DES SIGNES STÉTHOSCOPTQUES EXPOSES DANS CE VOLUME. 

I. De l'exploration des battemens du cœur. 

i. L'exploration des battemens du cœur à l'aide du stéthos- 
cope demande que cet instrument soit garni de son obturateur. 

2. On doit distinguer, sous le rapport de l'exploration , 
deux régions précordiales, l'une droite, qui comprend l'es- 
pace couvert par le tiers inférieur du sternum ; l'autre gauche, 
qui correspond aux cartilages des quatrième , cinquième , si- 
xième et septième côtes sternales. Les mouvemens des cavités 
gauches du cœur se font principalement sentir dans cette der- 
nière, et ceux des cavités droites dans la première; de telle 
sorte, que, lorsqu'il y a maladie d'un seul côté du cœur, l'ana- 
lyse des battemens de cet organe donne des résultats différens 
dans les deux régions. 

3. Les battemens du cœur doivent être étudiés sous quatre 
rapports principaux : celui de Yétendue dans laquelle on peut 
les entendre à l'aide du stéthoscope, celui du choc ou de Virn- 
pulsion qu'ils communiquent à l'oreille de l'observateur, ce- 
lui de la nature et de l'intensité du bruit qu'ils font entendre 
et celui de leur rhytlime ou de leur ordre de succession. 

k. L 1 'étendue des battemens du cœur varie suivant l'âge 
et l'embonpoint du sujet, sa conformation, son énergie vitale, 
son état de calme ou d'agitation , et quelques autres circons- 
tances qu'il importe d'apprécier dans l'analyse des battemens 
de cet organe. 

5. Dans l'état sain , chez un homme d'un embonpoint mé- 
diocre , et dont le cœur est dans de bonnes proportions, les 
battemens de cet organe ne se font entendre que dans les ré- 
gions précordiales (g 2), et quelquefois, quand le sternum est 
court, dans l'épigastre. Chez les sujets très-gras, et chez les- 
quels on ne sent pas les battemens du cœur à la main , l'espace 



544 RÉSUMÉ DES SIGNES STETIÏOSCOPIQDES 

dans lequel on peut les entendre à l'aide du stéthoscope se ré- 
duit quelquefois à une surface d'environ un pouce carré. Chez 
les sujets maigres , au contraire , chez ceux qui ont la poitrine 
étroite , chez les enfans , et surtout chez les enfans en bas âge, 
les baltemens du cœur se font entendre sous la moitié ou les 
trois quarts inférieurs du sternum, quelquefois même sous la 
totalité de cet os, à la partie antérieure et supérieure gauche 
de la poitrine , et souvent , quoique moins sensiblement, sous 
la clavicule droite. Jusque là, l'augmentation de l'étendue des 
battemens du cœur n'a rien d'anormal, surtout lorsque ces 
battemens sont beaucoup moins sensibles sous les clavicules 
qu'à la région précordiale. 

6. Lorsque l'étendue des battemens du cœur dépasse les li- 
mites naturelles, ces battemens se font successivement enten- 
dre : i°. dans le côté gauche de la poitrine, depuis l'aisselle 
jusqu'à la région correspondant à l'estomac; 2°. dans le côté 
droit, et dans le même espace; 5°. dans la partie postérieure 
gauche de la poitrine ; 4°- enfin, mais rarement, dans la partie 
postérieure droite. L'intensité du son est progressivement moin- 
dre dans la succession indiquée. 

7. L'augmentation insolite de l'étendue des battemens du 
cœur est en raison directe de la faiblesse et du peu d'épaisseur 
des parois de cet organe, et en raison inverse de leur force et 
de leur épaisseur. Elle dénote, en conséquence, une dilatation 
passive de cet organe. 

8. Toutefois il ne faut pas oublier que des causes acciden- 
telles peuvent augmenter momentanément l'étendue des bat- 
temens du cœur. Telles sont surtout l'agitation nerveuse, une 
fièvre un peu intense, l'hémoptysie , et en général tout ce qui 
augmente la fréquence du pouls. Telles sont encore l'hépati- 
sation du poumon ou son induration par suite du développe- 
ment de tubercules ou de quelque autre production acciden- 
telle , l'existence d'excavations à parois fermes dans cet organe, 



RÉSUMÉ DES SIGNES STETHOSCOP1QUES. 545 

sa compression par un épanchement pleurétique , le pneumo- 
thorax, la déformation de la poitrine par le rachitisme , etc. 

9. L'impulsion des battemens du cœur est en raison in- 
verse de l'étendue de ces mêmes battemens. Nulle on presque 
nulle dans l'état sain, et surtout chez les hommes qui ont un 
peu d'embonpoint, elle augmente quand les parois du cœur 
acquièrent plus d'épaisseur , et peut dans ce cas devenir assez 
forte pour soulever d'une manière sensible la tête de l'observa- 
teur, et même pour produire un choc désagréable à l'oreille. 
Elle diminue, au contraire, quand les parois du cœur perdent 
de leur épaisseur, et finit ordinairement alors par devenir 
tout-à-fait insensible , même quand le cœur bat avec le plus de 
violence. 

10. Une impulsion forte doit en conséquence être regardée 
comme le signe principal de l'hypertrophie du cœur. L'absence 
de toute impulsion caractérise, au contraire, la dilatation de 
cet organe. 

11. L'impulsion du cœur n'est ordinairement sensible qu'à 
la région précordiale (§2) et tout au plus sous la moitié in- 
férieure du sternum. Elle l'est dans l'épigastre chsz les sujets 
dont le sternum est court et le cœur un peu fort. Elle peut le 
devenir sous les clavicules , dans le côté gauche du thorax , et 
quelquefois même un peu dans le dos, quand le cœur a des 
parois épaisses en même temps qu'il est dilaté. 

12. L'impulsion du cœur est rendue sensible par le stétho- 
scope alors même que la main appliquée à la région précor- 
diale ne sent absolument rien ; et, d'un autre côté, la main peut 
faire sentir, chez des sujets grêles et impressionables, des bat- 
temens du cœur que le stéthoscope démontre n'avoir aucune 
force réelle d'impulsion. 

i3. L'impulsion du cœur diminue ou cesse presque entiè- 
rement , et même quand il y a hypertrophie , lorsqu'il survient 
une dyspnée très-intense par suite d'une hépatisation du pou- 
III. 35 



54^ RÉSUMÉ DES SIGNES STETHOSCOPIQUES. 

mou, d'un épanchement pleurétique ., d'un œdème pulmo- 
naire , de l'asthme ou d'une congestion quelconque du poumon. 
Les évacuations sanguines, la diarrhée, une diète sévère et 
long-temps continuée, et en général toutes les causes capables 
de produire l'affaiblissement de l'économie, déterminent le 
même effet. 

i4, La marche rapide, la course, l'action de monter, l'agi- 
tation nerveuse, les palpitations, la fièvre, augmentent au 
contraire l'impulsion du cœur* surtout lorsque cet organe a 
naturellement des parois fermes et un peu épaisses ; et à plus 
forte raison lorsque cette disposition est portée au point de 
constituer une véritable hypertrophie. 

1 5. Le, éruit des 'battemens du cœur résulte de deux sons 
successifs > que le stéthoscope fait entendre lors même que le 
cœur a le moins de force et de volume, et dont l'un, clair, 
brusque , analogue au claquement de la soupape d'un soufflet, 
parait correspondre à la contraction des oreillettes , tandis que 
l'autre ? plus sourd , plus prolongé , coïncide avec le batte- 
ment du pouls ainsi qu'avec l'impulsion communiquée à l'oreille 
par le stéthoscope, et indique évidemment la contraction des 
ventricules. 

16. Dans l'état naturel , le bruit des battemens du cœur ne 
s'entend nulle part aussi fortement qu'à la région précordiale; 
et il devient plus faible dans les divers points de la poitrine, 
suivant la progression indiquée précédemment ( §6). Il est 
semblable et égal dans les deux régions précordiales. Celui des 
cavités droites s'entend sous le sternum , celui des cavités gau- 
ches sous les cartilages des côtes , et toute différence entre les 
deux côtés dénote un état pathologique ( § 2 ). 

17. Le bruit des battemens du cœur est d'autant plus mar- 
qué, que les parois de l'organe sont plus minces, et son im- 
pulsion plus faible. Il diminue dans l'hypertrophie, de telle 
sorte que la contraction des ventricules ne produit quelquefois 



RÉSUMÉ DES SIGNES STETIIOSCOPIQUES. 5/^ 

qu'un choc sans bruit, et que le claquement de l'oreillette de- 
vient sourd et est à peine entendu. Il augmente , au contraire, 
dans la dilatation du cœur, dételle sorte que le son fourni par 
la contraction des ventricules se rapproche de celui dû à la con- 
traction des oreillettes, et devient quelquefois aussi clairet 
aussi intense. 

18. Le bruit des battemens du cœur , et particulièrement 
celui qui coïncide avec la contraction des oreillettes, devient 
plus sourd et moins distinct , quand les bords antérieurs des 
poumons se prolongent au-devant du cœur, et le recouvrent 
entièrement. Le même effet paraît avoir lieu quand le cœur 
est affecté de ramollissement. Dans ces cas, le défaut d'impul- 
sion montre que la diminution du bruit du cœur n'est'pas due à 
l'hypertrophie de cet organe. 

16. Le rhythme des battemens du cœur résulte de l'ordre 
dans lequel se contractent les diverses parties de cet organe, 
de la durée respective de ces contractions , de leur succession 
et de leurs rapports. 

20. Dans l'état sain, et lorsqu'on ausculte les battemens du 
cœur en même temps que l'on touche le pouls , l'oreille est 
légèrement soulevée, au moment où l'artère vient frapper le 
doigt, par un mouvement du cœur isochrone à celui de l'ar- 
tère , et accompagné d'un bruit un peu sourd ; c'est la contrac- 
tion des ventricules. Immédiatement après, et sans aucun inter- 
valle , on entend un bruit plus éclatant , plus court , que n'ac- 
compagne aucun mouvement sensible à l'oreille, qui semble 
borner le premier et l'interrompre brusquement, et qui résulte 
très-probablement de la contraction des oreillettes (i). Cesecond 



(1) En rapportant les opinions contradictoires e'mises sur les deux bruits 
du cœur par MM. Barry, Turner et Pigeaux (p. 48 etsuiv. de ce volume), 
j'ai dit à tort que ce dernier plaçait le repos du cœur après la contraction 
des oreillettes, tandis qu'il aurait dû le placer après celle des ventricules, 



548 RÉSUMÉ DES SIGNES STETH0SCOP1QUES. 

bruit e3t immédiatement suivi d'un temps de repos très-court, 
mais bien marqué, après lequel on entend de nouveau les deux 
bruits se répéter dans l'ordre indiqué. 

ai. La durée respective des deux bruits du cœur et du repos 
qui les suit peut être déterminée assez exactement, en disant 
que, sur la durée totale d'une contraction complète du cœur, 
un tiers au plus , ou même un quart, est rempli parla contrac- 
tion des oreillettes, un quart ou un peu moins par un repos 
absolu , et la moitié ou à peu près par la contraction des ven- 
tricules. Cette observation, quoique minutieuse, est facile à 
vérifier lorsqu'on ausculte pendant quelques minutes les batle- 
mens du cœur chez un homme sain et dont le pouls est rare ; 
car , lorsque le pouls est fréquent, le temps de repos est moins 
marqué, la durée des contractions des ventricules est moindre, 
et son isochronisme avec les batîemens du cœur plus difficile à 
saisir. 

22. Le rhythme des battemens du cœur s'altère quand cet 
organe est hypertrophié ou dilaté. Dans le premier cas , la con- 
traction des ventricules est plus sourde, plus prolongée, et 
semble anticiper sur le temps de repos; la contraction des 
oreillettes, plus sourde aussi, est au contraire plus courte; et 
quand la maladie est portée à l'extrême, l'oreille ne perçoit 
qu'un soulèvement isochrone aux battemens du pouls, sans 
bruit distinct, ni temps de repos appréciable. Dans le second, 
la contraction des ventricules est plus courte, plus sonore, 



à laquelle, selon lui , appartient le bruit clair du cœur. J'avais e'te' induit 
ea erreur par le journal dans lequel j'avais puise mes notes. C'est en effet 
après la contraction des ventricules que M. Pigeaux place le repos du 
cœur. Les expériences sur lesquelles il se fonde d'ailleurs pour e'tablir que 
les bruits du cœur sont dus au choc du sang sur les parois de cet organe 
n'ont paru rien moins que concluantes à M. Piorry, quel' Académie de Mé- 
decine avait chargé d'examiner le Mémoire de M. Pigeaux, et qui a pris la 
peine de les répéter. V. Revue médicale. Novembre \ 830. (M. L.) 



RÉSUMÉ DES SIGNES STETHOSCOPIQUES 5/(9 

donne peu ou point d'impulsion, ressemble plus ou moins com- 
plètement à celle des oreillettes, est moins distinctement iso- 
chrone avec les battemens du pouls, et quelquefois même ne 
l'est plus du tout, pour peu que le pouls soit fréquent, ce qui 
a presque toujours lieu en pareil cas. 

23. Le bruit et le rhythme des battemens du cœur sont sujets 
à des anomalies variées , et qui ne coïncident pas toujours avec 
un état de maladie réel. Les anomalies du bruit de cœur ont 
été désignées sous les noms de bruit de soufflet, bruit derâpe, 
bruit de cuir neuf, frémissement cataire, etc.; celles du rhy- 
thme sont connues depuis long-temps sous les noms de 'palpi- 
tations, d'irrégularités et d'intermittences. 

24. Le bruit de soufflet. , suffisamment caractérisé par son 
nom , peut a ccompagner la contraction des ventricules ou celle 
des oreillettes, ou même l'une et l'autre à la fois, et leur est lié 
de telle sorte qu'il remplace et fait disparaître entièrement le 
bruit qui leur est naturel. Il est plus commun toutefois de l'en- 
tendre pendant la contraction des ventricules seulement , très- 
souvent même il n'existe que dans l'un des ventricules. Il est 
rarement continu. Il cesse ou reparaît brusquement , et sou- 
vent sans cause appréciable autre qu'une légère émotion mo- 
rale. 

25. Le bruit de soufflet accompagne souvent aussi les bat- 
temens artériels , et est quelquefois alors sibilant ou même 
musical. On l'a entendu dans presque toutes les artères , et 
principalement dans les carotides et les sous-clavières , dans 
l'aorte ventrale, dans les crurales et dans les brachiales. Il est 
rare que les artères donnent le bruit die soufflet sans que le 
cœur ne le donne aussi ; il est assez commun , au contraire , 
que ce bruit existe à un haut degré dans le cœur sans que les 
artères présentent rien de semblable. 

26. Le bruit de soufflet du cœur existe assez souvent chez 
les sujets atteints d'hypertrophie ou de- dilatation , et très-sou- 



55o RÉSUMÉ DES SIGNES STETHOSCOPIQUES. 

vent dans les cas de rétrécissement des orifices de cet organe ; 
mais on le trouve plus fréquemment encore chez des person- 
nes dont le cœur est parfaitement sain. Il en est de même du 
bruit de soufflet artériel : l'un et l'autre sont très-communs chez 
les hypochondriaques et les femmes hystériques , chez les su- 
jets attaqués ou menacés d'hémorrhagies diverses, etc. Il est 
probable en conséquence que le bruit de soufflet , tant du cœur 
que des artères , est sous l'influence d'un trouble de l'inner- 
vation , ou peut-être d'une modification dans la masse ou les 
qualités du sang, 

27. Le bruit de râpe, parfaitemeut semblable à celui que 
produit une râpe en agissant sur du bois un peu mou, ne se 
fait entendre que dans le cœur, et peut, comme le bruit de 
soufflet, accompagner soit la contraction des ventricules, soit 
celle des oreillettes ; il ne cesse plus , une fois qu'il est déve- 
loppé , et paraît se rattacher constamment à un rétrécissement 
de l'un des orifices du cœur. On peut, suivant qu'il accompa- 
gne la contraction des ventricules ou celle des oreillettes, et 
suivant qu'il est plus marqué sous le sternum ou sous les car- 
tilages des côtes, déterminer exactement quel est l'orifice 
rétréci, 

28. Le bruit de cuir ^ comparable à celui que fait entendre 
une selle neuve sous 3è cavalier, n'existe également que dans 
le cœur, et accorapagrne toujours la contraction des ventricu- 
les. Il paraît résulter du frottement qu'exercent l'un sur l'autre 
les deux feuillets du péricarde au moment où le cœur se porte 
en avant, et dénote q-ue la surface interne de cette membrane 
séreuse est devenue rp.igueuse et inégale par suite de son in- 
flammation; du moinis ne l'a-t-on entendu jusqu'ici que chez 
des sujets affectés de piéricardite. 

29. Le frémissemen t cataire est une sensation particulière 
que perçoit la main ap pliquée sur la région du cœur, et que 
l'on a comparée au fréu .lissement qui accompagne le murmure 



RÉSUME DES SIGNES STKTHOSCOPIQUES. 55 X 

de satisfaction que font entendre les chats quand on les caresse. 
Ce phénomène accompagne constamment le bruit de rftpe, et 
indique, comme lui , un obstacle mécanique apporté au cours 
du sang par le rétrécissement de quelqu'un des orifices du 
cœur. On observe aussi dans les artères qui présentent le bruit 
de soufflet quelque chose d'analogue au frémissement ca- 
taire ; mais ce phénomène est fugace , et paraît se rattacher , 
comme le bruit de soufflet , à un simple trouble de l'inner- 
vation. 

5o. Les battemens du cœur peuvent quelquefois être enten- 
dus à distance ? sans qu'il soit besoin d'appliquer l'oreille mé- 
diatement ou immédiatement sur les parois de la poitrine. On 
fa vu des sujets chez lesquels les battemens du cœur s'enten- 
daient ainsi à quelques pouces, et même à un ou deus pieds 
de distance. Ce phénomène assez rare peut exister avec ou 
sans aucune affection du cœur ; il paraît se rattacher à une 
exhalation gazeuse dans le péricarde ou même dans l'estomac. 

3i . On désigne communément sous le nom de palpitations 
un battement du cœur sensible et incommode pour le malade, 
plus fréquent que dans l'état naturel , et quelquefois inégal sous 
le rapport de la fréquence et du développement. Dans beau- 
coup de cas, et particulièrement quand le cœur est affecté de 
dilatation, les palpitations consistent uniquement dans l'aug- 
mentation de fréquence des battemens du cœur. Quand, au 
contraire, le cœur a des parois épaisses, les palpitations con- 
sistent dans une augmentation de force et de fréquence à la fois 
des battemens du cœur. Celles qui se développent chez un hom- 
me sain d'ailleurs , par l'effet d'un exercice violent ou sous l'in- 
fluence d'une affection morale , ont également ce double carac- 
tère. Il ne faut jamais, en conséquence, tirer de conclusion 
de l'analyse des battemens du cœur , que quand elle a été faite 
après un repos assez long, si le sujet a fait de l'exercice , ou 
dans l'état de calme le plus parfait, si on le sait réellement 
attaqué de maladie du cœur. 



552 RÉSUMÉ DES SIGNES STÉTHOSCOPIQUES. 

32. Les irrégularités des faattemens du cœur sont ordi- 
nairement jointes aux palpitations, quoique cependant, et 
principalement chez les vieillards , elles puissent avoir lieu sans 
elles. Les irrégularités avec palpitations consistent le plus sou- 
vent dans des variations de fréquence de battemens du cœur. 
Tantôt alors cette fréquence varie à chaque instant; tantôt, au- 
contraire, on n'entend que de loin en loin quelques pulsations 
plus rapides et plus brèves que les autres ; quelquefois même 
on n'en perçoit qu'une seule , ce qui produit sur le pouls une 
sorte d'intermittence. Souvent aussi, les irrégularités résultent 
d'un changement dans la durée respective des contractions des 
oreillettes et des ventricules. C'est ordinairement la contrac- 
lion des ventricules qui est plus longue ou plus courte qu'elle 
ne devrait être ; et, dans ce cas , la durée du repos du cœur 
est aussi augmentée ou diminuée. Il est très-rare d'observer 
une altération dans la durée de la contraction des oreillettes. 
Quelquefois cependant chaque contraction des ventricules est 
suivie de plusieurs contractions des oreillettes, rapides, brè- 
ves et comme convulsives , qui , réunies , n'occupent pas plus 
de temps qu'une contraction ordinaire. D'autres fois enfin l'une 
des contractions anticipe sur l'autre, et quelquefois même la 
masque entièrement. (§ 22). 

33. Les intermittences des fiattemens du cœur accom- 
pagnent souvent aussi les palpitations. Elles sont toujours pla- 
cées après la contraction des oreillettes , et résultent par con- 
séquent d'une prolongation insolite du repos ordinaire du cœur. 
Leur durée est variable; elle égale tantôt celle d'une contrac- 
tion complète du cœur, tantôt seulement le tiers ou la moitié. 
Leur retour est irrégulier, et a lieu tantôt après deux ou trois 
pulsations complètes du cœur, tantôt après dix, vingt, trente 
et même cent. On les observe assez souvent chez les vieillards, 
sans aucun trouble de la santé ou à l'occasion d'une indisposi- 
tion légère. Chez l'adulte, on ne les observe, au contraire, 



RÉSUMÉ DES SIGNES STÉTHOSCOPIQUES. 553 

que dans le cas d'une maladie du cœur, principalement de 
l'hypertrophie, et quand il y a en même temps des palpita- 
tions. Il ne faut pas confondre avec ces intermittences vraies, 
et qui consistent réellement dans une suspension complète des 
contractions du cœur, les intermittences fausses qui consistent 
en des contractions tellement faibles qu'elles ne se font pas 
sentir dans les artères ou y déterminent une impulsion à peine 
sensible. Cette espèce d'intermittence, qui n'est au fond qu'une 
irrégularité (§32), s'observe souvent aux approches d'une diar- 
rhée critique. 

34. L'exploration des batlemens du cœur à l'aide du stétho- 
scope indique exactement, d'après le plus ou moins d'impul- 
sion de ces battemens , quelle est l'énergie réelle du système 
circulatoire, et fournit en conséquence l'indication des émis- 
sions sanguines beaucoup plus sûrement que ne saurait le faire 
l'exploration du pouls. 

II. Des signes stéthoscopiques des maladies du cœur. 

35. Les signes stéthoscopiques des maladies du cœur se tirent 
principalement de l'altération du bruit ou de celle de l'impul- 
sion des battemens de cet organe. Les altérations du rhythme 
n'indiquent par elles mêmes aucune lésion constante, et méri- 
tent rarement d'être prises en considération. 

56. L' hypertrophie du cœur est caractérisée par une aug- 
mentation de l'impulsion et par une diminution du bruit, et 
par conséquent de l'étendue des battemens de cet organe. Assez 
souvent il s'y joint, surtout dans l'hypertrophie des cavités gau- 
ches du cœur, des palpitations qui consistent plus dans l'aug- 
mentation d'impulsion des ventricules que dans celle du bruit, 
et qui sont rarement accompagnées d'irrégularités ou d'inter- 
mittences, si ce n'est peut-être quand l'hypertrophie est iné- 
gale, c'est-à-dire plus forte dans quelques points des parois du 
cœur, et moins forte dans d'autres. 



554 RÉSUMÉ DES SIGNES STÉTHOSCOPÏQUES. 

37. Lorsque l'hypertrophie a son siège dans le ventricule gau- 
che, les contractions de ce ventricule, explorées entre les car- 
tilages des cinquième et septième côtes sternales, donnent une 
impulsion forte qui soulève la tête de l'observateur, et un bruit 
plus sourd que dans l'état naturel ; elles sont aussi plus pro*- 
longées qu'elles ne devraient être, tandis que les contractions 
de l'oreillette sont, au contraire, très-brèves, peu sonores, et 
par cela même à peine sensibles. Souvent même, quand l'hy- 
pertrophie est extrême, on n'aperçoit qu'un soulèvement plus 
ou moins marqué, sans pouvoir distinguer les deux contrac- 
tions successives (§ 22). Dans tous les cas , les battemens du 
cœur ne s'entendent que dans une petite étendue, et souvent 
même sont bornés à l'espace compris entre les cartilages des 
cinquième et septième côtes. 

38. Lorsque l'hypertrophie a son siège dans le ventricule 
droit, on observe également que l'impulsion des battemens du 
cœur est augmentée, et que leur bruit et leur étendue sont 
moindres ; mais alors c'est sous la partie inférieure du sternum 
que le cœur donne le plus d'impulsion. Le bruit de ses con- 
tractions est aussi un peu moins sourd que dans l'hypertrophie 
du ventricule gauche. 

39. Cette distinction de l'hypertrophie de l'un ou de l'autre 
des ventricules, suivant le lieu où le cœur se fait sentir avec 
le plus de force, est tout-à-fait sûre. Il est pourtant un cas 
dans lequel elle est difficile à établir : c'est lorsque, par suite 
de son hypertrophie, le ventricule gauche a acquis un volume 
énorme ; parce qu'alors il devient antérieur et se fait sentir 
beaucoup mieux sous le sternum que dans l'espace précordial 
gauche j tandis que le ventricule droit, comme creusé dans les 
parois de l'autre, devient postérieur et ne se sent plus. Mais 
dans ce cas , on peut s'aider des autres signes , et particulière- 
ment du gonflement avec pulsations des jugulaires, assez cons- 
tant dans l'hypertrophie du ventricule droit, et qui manque ici. 



RÉSUMÉ DES SIGNES STÉTHOSCOPÏQTIES. 555 

4o. L'hypertrophie simultanée des deux ventricules se re- 
connaît à une augmentation de l'impulsion du cœur aussi 
marquée dans l'une que dans l'autre des régions précordiales. 

4i. La dUatationdu cœur est caractérisée par la diminu- 
tion de l'impulsion et par l'augmentation du bruit et de l'éten- 
due des battemens de l'organe. Ces phénomènes s'observent 
dans l'une et l'autre des régions précordiales quand la di- 
latation du cœur est générale, et l'on peut mesurer le degré 
de dilatation par l'étendue dans laquelle le cœur se fait enten- 
dre (§ 6). Quand la dilatationest bornée à l'un des ventricules, 
la sonoréité plus grande des contractions du cœur n'a lieu que 
dans l'une des régions précordiales, ou du moins y est beau- 
coup plus marquée. 

Les palpitations sont assez fréquentes dans la dilatation du 
cœur, et consistent principalement en une augmentation de la 
fréquence et du bruit des contractions; les irrégularités et les 
intermittences sont, au contraire, assez rares, quoique moins 
cependant que dans l'hypertrophie. 

42. L'hypertrophie avec dilatation du cœur , affection 
beaucoup plus commune que la dilatation simple, et surtout 
que l'hypertrophie sans dilatation, est caractérisée par une 
augmentation de l'impulsion et du bruit du cœur tout à la fois. 
Les contractions des ventricules donnent une impulsion forte 
et un bruit assez marqué; celles des oreillettes sont sonores. 
Les unes et les autres s'entendent dans une grande étendue. 
L'analyse des battemens du cœur, faite alternativement dans 
les deux régions précordiales, fait connaître exactement quel 
est le ventricule affecté, s'il n'y en a qu'un, ou si tous les deux 
le sont, comme c'est le cas le plus ordinaire. 

C'est dans l'hypertrophie avec dilatation que les battemens 
du cœur sont le plus fortement sensibles à la main, et surtout 
dans les momens de palpitations. Il n'est pas rare alors de voir 
tout le corps du malade, même quand il est dans le calme le 



556 RÉSUMÉ DES SIGNES STETIIOSCOPIQTÎES. 

plus parfait, et quelquefois, en outre, les couvertures de son 
lit être ébranlées à chaque contraction du cœur. Ces palpita- 
tions, examinées à l'aide du stéthoscope, n'ont pas d'autres ca- 
ractères, à l'exagération près, que les battemens indiqués ci- 
dessus, et sont rarement accompagnées d'irrégularités. 

45. L'hypertrophie de l'un des ventricules, avec dila- 
tation de l'autre est une complication qui n'est pas très rare. 
Ses signes sont encore un mélange de ceux de l'hypertrophie 
et de ceux de la dilatation, avec prédominance des uns ou des 
autres dans l'une des régions précordiales, suivant le ventricule 
affecté. 

44- L'appréciation des divers signes qui viennent d'être ex- 
posés, quoique très-facile dans le plus grand nombredes cas, de- 
mande cependant que l'on s'aide des symptômes généraux, et 
que l'on répète plusieurs fois l'examen des battemens du cœur 
avant de prononcer sur l'état de cet organe. Un seul examen, 
fait dans un moment d'agitation nerveuse, pourrait faire croire 
aune maladie du cœur qui n'existerait pas; et, d'un autre 
côté, on pourrait, en raison de la dyspnée occasionnée par 
une affection concomitante du poumon , ou par toute autre 
cause, méconnaître une maladie du cœur très réelle, et même 
fort avancée* On ne doit pas oublier non plus que, chez les en- 
fans et chez les personnes maigres et nerveuses, les battemens 
du cœuronten général beaucoup d'énergie, sans que pour cela 
le volume de l'organe soit augmenté ; tandis que chez un adulte 
jeune et vigoureux, le cœur peut être beaucoup trop volumi- 
neux sans déterminer d'accidens assez incommodes pour que 
le sujet y fasse attention. 

45. La dilatation et l'hypertrophie des oreillettes du 
cœur sont des affections très rares et jamais isolées. Leurs si- 
gnes se confondent avec ceux de la lésion qui les accompagne, 
et particulièrement du rétrécissement des orifices nuriculo-ven- 
triculaires. 



RESUMA DES SIGNES STETHOSCOPIQUES. 557 

46. Les signes de V endurcissement du cœur sont les mê- 
mes que ceux de l'hypertrophie, avec laquelle celte altération 
coïncide presque constamment. Ceux du ramollissement du 
cœur, altération qui coïncide presque toujours avec quelque 
autre affection du même organe, consistent dans une diminu- 
tion simultanée du son et de l'impulsion du cœur. Quand le 
ramollissement est joint à la dilatation, le bruit produit parles 
contractions du cœur, quoique encore marqué, a quelque 
chose de sourd, et perd le caractère éclatant qui dénote ordi- 
nairement la dilatation ; quand il est joint à l'hypertrophie, le 
bruit du cœur devient tellement obtus qu'on l'entend à peine; 
et dans les cas extrêmes, on ne sent qu'une impulsion sans 
bruit. 

47. L'induration cartilagineuse ou osseuse des val- 
vules du cœur, et le rétrécissement des orifices de cet organe, 
qui en est la suite, se reconnaît au bruit de râpe et au frémis- 
sement cataire qui l'accompagnent presque constamment. Le 
bruit de râpe a lieu pendant la contraction de l'oreillette, quand 
l'induration a son siège dans la valvule mitrale. Quand, au 
contraire, l'induration a son siège dans les valvules sigrnoïrles 
de l'aorte, le bruit de râpe coïncide avec les contractions du 
ventricule. Il est très rare que la valvule triouspide ou les si- 
gmoïdes de l'artère pulmonaire soient le siège d'une indura- 
tion cartilagineuse ou osseuse; mais il est probable qu'on re- 
connaîtrait encore ce cas à la force plus grande du bruit de 
râpe sous le sternum que sous les cartilages des côtes. 

48. Le rétrécissement des orifices du cœur, dû au dévelop- 
pement de végétations verruqueuses sur les valvules de ce